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PAH

ACHILLE DE SECOKDIGNÉ

Vendredi 11 août 155$.

Je me moque, — comme de Colin Tampon, — de tout ce que Von pourra dire à cet égard, mais j'affirme que la garde nationale est la seule arme qui se lève aussi promptement au moindre appel. On voit aujourd'hui des gardes nationaux sortir de tous côtés, on se demande même d'où ils surgissent, tant ils apparaissent comme par enchantement. Ce qu'il y a de plus

joli dans cette arme, c'est bien assurément cette prodigieuse variété de barbes et de coupes de cheveux. Et h les voir sortir ainsi de chez eux, les uns bouclant leurs ceinturons, les autres leurs faux cols, on serait tente de croire que ces courageux patriotes sVn vont sauver la patrie en danger, tandis qu’ils vont tout sim cde ment tuer le verre*

Deux 'eunes gens du meilleur monde échangèrent, Vautre jour j des propos malsonnants*,* et leurs cartes*

Le lendemain, ils se battaient ù Compïègne au pistolet, et Tun (feux tombait très grièvement blessé au ventre*

En^re ce fameux point d’honneur qui fait clés siennes 1

Tout le inonde sai* ce qu’est celte déplorable tyrannie do l’opinion qu’on appelle poini d’honneur, et qui force deux hommes à s’égorger souvent de sang-froid pour des misères. Tout le monde sait quels malheurs

et que de sang répandu sont résultés d’un jugé contre lequel les lois de divers vainement lutté, et qui se soutient encore nos jours malgré des dispositions pénal vent très rigoureuses, malgré la douceur que générale de nos mœurs et en dépit raisonnements les plus victorieux, desuttaqi les plus vives et les mieux dirigées des philosophes et des écrivains, en dépit de ces belles pages de la Nouvelle-Héloïse oh Rousseau semble avoir épuisé tout ce que la raison peut offrir d’arguments contre ce barbare usage.

Le duel n’est pas juste parce que l'offensé rçste seul juge dans sa propre cause, au lieu que la société doit être investie par chaque individu du droit de vengeance, tant dans l’intérêt de l’offensé que dans celui de l’offenparce que, dans ce système barbare, iî ™;nt d’échelle de pénalité, les moindres

Par rapport 11 l’offensé, ni sage

injustices étant ou pouvant être punies de mort comme les plus grands crimes ; parce que ceux qui croient que Hlpnpeur est eu raison directe de la susceptibilité sont poussés au due par une prétendue offense qui n'a véritablement rien de ce caractère; parce qu'enfïn c'est le plus souvent la passion le préjogê et la colère qui décident de la gravité de l'offense et non le sang-froid d'une saine raison.

Le duel n'est pasplus sage qu'il n’est juste, parce que l'offensé qui n'a point d'honneur n’en peut acquérir par ce moyen ; ou s'il peut lui revenir quelque chose d'analogue, ce n'est que la réputation d'un courage qu'on apprécie mieux maintenant et qu on sait être même quelquefois le partage do l'homme îe moins résolu, dans des circonstances où il faut visiblement s'exposer à la perte de la vie pour satisfaire au véritable honneur ou au devoir*

Si l'offensé est honoré de ses concitoyens, si surtout il est connu par son courage physique, il est absurde que le premier venu puisse

le déshonorer : notre honneur est entre nos mains, il est inattaquable au dehors* Le duel est absurde puisque ce n’est pas une vengeance oh le droit soit respecté attendu que l'offensé court les mêmes risques que l'offensant et quelquefois de plus grands. L'assassinat serait moins déraisonnable s’il n'était plus odieux, ce quî ne veut pas dire que le duelliste ne soit souvent un assassin*

Le duel est absurde dans ses principes parce qu il suppose que le courage physique peut réparer une injustice, tandis qu'il n'y a rien de commun entre ces deux choses ; il est absurde dans ses résultats, car si l'offensant succombe, il est censé avoir réparé sa faute, tandis qu'il n'a été que maladroit ou impuissant, et si c'est l’offensé, le préjugé du duel suppose l’offense réparée quand en fait elle n'est qu'aggravée ; U est absurde enfin parce qu'il suppose que le courage physique est la seule vertu, tandis

que les faits prouvent tous les jours que le courage physique n’est pas toujours accompagné du courage moral* non plus que de la probité* de la bienfaisance, de lu générosité* jii niêraô de V honneur* car les assassins et les voleurs de grands chemins ont aussi leur courage.

Samedi 15 août 1868,

Tous ne me ferez pas un crime, je l'espère, devoir rompu pour aujourd’hui la chaîne qui ïûc lie au rivage, c’est-à-diie à la capitale,, Ouï* je me suis tnsaufé comme un homme

qui a peur du bruit, des fusées, des pétards et autres sonorités qui concourent à l'ébahissement des masses.

Avouons, au moins, qu’il faut peu de choses pour réjouir les masses!

Je ne sais pas si je fais exception à la foule, mais il me tant davantage pour me contenter» Je l’exposerai bientôt, quand j'aurai leîdroit de parler politique à cette place.

A l’heure oîx j’écris ces lignes, loin des échos bruyants de Paris, je suis dans ce il dolce farniente, cette jouissance vague, indéfinie, voluptueuse, qu’éprouve ordinairement le colon bercé dans son hamac, TArabe fumant son chibonck et regardant le ciel étoilé, tandis qu’à ses côtés son cheval, attaché aux poteau de la tente, gratte avec impatience la terre. Le far mente n’est-ïl pas la vie du poète, lorsque, égaré dans les bois, au bord des frais ruisseaux, il confie scs vers à l’écho sonore et réunit autour de lui les è res fantastiques auxquels il va prêter la vie?

En quittant Paris, le matin, je m'étais dit ; 15 août étant la fête des pauvres, on ne verra pas, comme les années précédentes, les

Avec le far nknte on rêve les yeux ouverts, on construit des châteaux en Espagne, on se sent délicieusement o coupé à ne ritn faire.

En lin, il n’est, pas de si beaux rêves qui n’aient leur réveil. 1! est onze heures du soir, j'essaye de me convaincre, — avec beaucoup de peine, — qu’on prenant le dernier train qui mène à Paris, je pourrai sans clou to rentrer chez moi sans encombre. Je pars, mais a peine aije mis le picrl droit dans cette pétaudière parisienne, que j 'aperçois la foule soûle do lumières électriques, de fusées et d’autres choses, qui s’écoule à la débandade comme un troupeau qui rentre repu a récurie.

mendiants, les éclopés é-uler I oj rs plaies aux regards des Parisiens en fête, *>

Mais, comme je rentrais chez moi, quel ne fut pas mon étonnement quand je 'vis un pauvre m’offrir, — sons le nez, — son bras mutilé et couvert de pus.

Décidément, me suis-je dit, ce ïï était pas encore aujourd'hui la fête des pauvres 1

La plus grande nouveauté de la fête, m? a-ton dit, a été la complainte sur le jugement et la condamnation de ce bon M. Henri Bûchéfart, qui se cirant ait partout.

Voici les deux premiers couplets, sur l’air de Fuolàés, naturellement :

« Charcutiers, capitalistes,

Banquiers, marchands de pai. lassons ; Vous tous don Vaxbition Sérail d'étre joyrnalntes,

Jusqu'au bout, veuillez me lir%

Ça vous f: ra réfléchir ! , - ,

U Car, hélas !... tout n’est pas rose Dans ce métier fatigant ;

Il faut du cœur et de la dent,

11 faut encore autre chose...

Mais on n os t pas chroniqueur Quand on n’a ni croci ni cœur ! »

Mardi 18 août 1868.

Le chef d’une grande administration — nous apprend le Siècle — entre en voiture dans la cour de l'établi -sement qu’il dirige. Il avise un des plus modestes employés de la maison : c Dîtes donc, vous la-bas! venez ouvrir la poriière* »

Mais, je ne sub pas un domestique, répond timide m eut l’employé.

— C’est bon! suivez-moi, réplique le directeur irrité.

Le pauvre homme est congédié. Mais, coin me il est aimé, estimé de ses chefs, on inter cède auprès du grand homme, on l’implore e faveur de l’employé.

— C’est bien! qu’il reste! mais une autr fois qu’il soit moins ûer... ou sinon !

Moins fier! On n’est pas difficile dû ns ce monde-là. Refuser de remplir des fonctions serviles, refuser d’ouvrir lu portière d’un personnage officiel c’est de la fierté! Etre homme c'es! être trop fier. On nous conseillera bientôt d’êlre valets.

Nous alions bien !

J’imagine fort que ce chef, — qui n ponté pas issu delà cuisse de Jupiter,

ta,

pas venu a u monde dans une voiture. Je de mande le nom de ce faquin directeur.

Voyez ces satellites de la richesse se hisser avec orgueil derrière la voilure de leurs maîtres : grooms,, laquais, jockeys ou chasseurs, tous affichent d’égales prétentions dans leur pose étudiée ; ils affectent dans leur maintien je ne sais quelle dignité comique et grimaçante; ils ont la tête haute, l’œil fier ; on yoit è leur airs quïls sollicitent des suffrages, qu ils appellent l'admiration- Ils prennent en pitié le cocher qui, craignant la police et les amendes, se détourne pour éviter la foule des piétons et ils s’indignent de trouver ladite police sans respect pour la -bigarrure de leur livrée, le clinquant de leurs panaches.

Je me Mte de dire cependant que dans les

classes moyenne-, où au lieu d’une opulence fastueuse, on trouve cette honnête aisance qui est le fruit du travail et dont la conservation est subordonnée à la même condition, il n’est pas rare de rencontrer encore, de maître à serviteur, cette affection, ce dévouement antique qu’on chercherait vainement ailleurs. Là, jamais la dignité n’est méconnue dans le serviteur ; il est comme un membre de la faim lie, admis à s’asseoir arec elle autour du foyer domestique, à partager la même table, et souvent initié aux joies et aux douleurs de ses maîtres.

11 est un genre de domesticité plus relevé, dit-on, que celle dont je viens de parler et que. le préjugé a autrefois érigée en titre d honneur ; je veux dire la domesticité de cour.

Les Romains avaient des esclaves affectés uniquement au service de leurs personnes, taudis que d’autres étaient voués exclusivement à l’agriculture et aux travaux manuels ; de même, les princes français employaient a leui service personnel, non pas des esclaves, ma s

des hommes hauts placés par leur naissance, g f; il fut un temps où la domesticité près de no s rois devint an privilège recherché par la noblesse avec une telle fureur d’engouement qu’on eût dit que l'ambition de l'homme ne pouvait pas se proposer un but plus élevé.

Cela me rappelle une anecdote relative à Louis XUI, encore enfant. Le roi s'étant mis a table, le prince de C.opdé et le comte de Boissons coururent l’un et l'autre prendre sa serviette pour la lui offrir; ils la saisirent eu même temps, et, chacun d’eux prétendant avoir seul le droit de remplir cet office, se disputaient le linge avec un acharnement grotes-

que, Aucun d'eux ne voulut céder, et le roi faisant mine de ne pas s'apercevoir de cet assaut de courtisanerie, dîna sans serviette !

La révolution de 89 enveloppe, comme on sait j la domesticité de cour dans la proscription générale, dont elle frappa tant de distinctions souvent abusives. Mais Napoléon, en entourant son trône de toute la pompe impériale, lui rendit le privilège qu elle avait uri instant perdu, et les personnages les plus éminents briguèrent avec une fureurtoute féodalel bonne u r d f ô tre I e s v a 1 e ts d u m ai tre *

Aujourd'hui, la valetaille de palais, iot du château, n’c*t p as sans avoir sa grande importance; elle représente encore les personnes qui passent pour être le plus on crédit nrès du souverain , c'est-à-dire les courtisans.

le naturel, il revient au galop,,,*

Mercredi 19 août

M. J. Duruo, assista de M. Barrel, ont accompli une ascension en ballon, a Calais. Le ballon s’appelait Neptune. 11 s’est dirigé vers la mer. Ce qu’on ne dit pas, c’est que le Neptune, trop gonflé, est accouché d’un astronome, comme M. Leverrier a jadis mis au monde la planète Neptune, du temps du grand Ara go, de mémoire écrasante, pour M. Le verrier surtout Quel bon temps pour les astronomes que le temps où Arago dirigeait l’Observatoire!

On a vendu de l’eau à la revue du 14 août; de l’eau pure, sous le cri ; Qui veut du sirop de canards un sou la choppe ?

Pas chiens les gouvernements ! pas si chiens que M. Ladre! t de la Charrière, l’ex-adrainistrateur des journaux réunis.

« Un jour, dit le Figaro, — il était alors préfet dans un département du Midi, le Lot, je crois, - il trouva sur la porte de la préfecluie, écrit à la craie, le quatrain suivant :

La droit, selon le Qicüopnaire,

De ladre est le diminutif;

Mais ladre est le superlatif Lorsqu’il s’agit été la Charrière !

Le prince Nicolas de Leuohtenberg a quitte la Russie sans passeport, comme M. Roche-

fort a quitté la France — ni permission, ajoute IbFigaru* — M. Hoehefort n’ avait pas la per mission de quitter notre beau pays* je vous le

jure.

Hourra h ! h

Betlusÿ, maire deMormant, conseiller général de Sein j-et-Marrie ! ïl n’y a réellement que les ci-d'ivanû7 ces gentilshommes qui ont eu des grands papas aux croisades, pour parler la langue d'aujourd’hui Et quelle iruagi nation inépuisable 1 Quelle verre [ Oyez, lecteurs! À ppî raidissez!

1° Aux pompiers !

» Messieurs les pompiers, aujourcThm que vous m’avez fait l’honneur d'élargir ma situation qui est devenue quelque peu officielle, je viens remplir un devoir qui m’est agréable et vous proposer de porter la santé de l’Empereur, qui vient, dernièrement encore, de rehausser Thonneur du drapeau national en allant repousser un drapeau révolutionnaire.

» A la santé de l’Empereur ï vive dEmpereur î

» Suivant les anciens usages, je pourrais borner mon toast à ia personne du souverain mais je suis chevglier français, et ma galanterie me pousse àne pas séparer une gracieuse darne de son auguste époux : A la santé de l'Impératrice,. belle, bonne, et qui, recherchant les occasions de faire le bien partout, a été, vous vous le rappelez, surnommée à just ^ litre la noble sœur de charité d'Amiens: A l'Jmpèra- U îce !

» Quant au petit prince, je ne puis, pour le jnoment, que lui souhaiter uns très bonne santé.

» À no t ro g ï acie u s e c an tin iè r e ! à 1 a farn i île féminine des pompiers î «

Bravo tics mains et des casques ! C est ru dénient pensé et rudement écrit* Une sente chose m?a tait trembler, À îa lecture d votre oraison**. qui n’est pas funèbre, chevalier français, marquis de Béthigÿ, ni ire de'Hormânt (Seineet-Marne), etc*, si pourtant *,.. oui, si pourtant un malin compositeur avait oublié une virgule entre les épithètes dont vous gratifiez S. M. l'Impératrice, bMie, bonne, voir s r tffîtiaher français, vous auriez appelé notre souveraine bd c bonne ; vous auriez parlé un langage de soudard, Quelle dégringolade ! Avoir des aïeux bardés de 1er, cuirasse, cuissards et le reste, et s'exprimer comme un porte coupe choux !

Le Prince impérial se portera bien, n'en doutez pas, car il rira d’un bon rire ou lisant votre allocution, que je suppose plus qu’imprôvisée, parlée , car un bon rire facilite la digestion.

Quant à la cantinière et à la famille féminine des pompiers, éli s parleront pour vous à ces messieurs que vous oub iez d-m? votre toast. Arriver par les femmes est charmant* plus que charmant. Ce moyen sent la régence de la dis lance qui nous sépare de Mormant.

^ À ceux qui assistaient à la distribution des prix de Mormant :

« Chers païen -s, chers enfants,

d C’est toujours avec plaisir que je me trouve au milieu de tous, eu famille; je vous apporte mes meilleur^ sentiments et mes plus beaux habits, JJai resku, pour cette solennité , un uni jorm(i neuf; je dis neuf, je m Vai mis encore que d ux fois pour aile r à Ut Cour Je vous re mercie de m'avoir envoyé au conseil général f et pour vous prouver ma reconnaissance, vous pouvez vous adresser à moi loutcs les fois que vous aurez besoin de quelque chose. Par mes relations et ma position, je suis à môme ae demander et d’ob tenir tout ce que tous demanderez de juste et de possible. »

De plus fort en plus fort !

Le nom du tailleur* s'il vous plaît ! Le nom du mortel fortuné qui a confectionné les habits n uf$ que vous avez revêtus pour cette solennité et que vous ri avez mis que clettx fois pour aller & la Conr (pas la Cour tille) , et qui resteront éternellement neufs comme votre langage. Le nom, s'il vous plaît, chevalier français de M armant et autres lieux! Quel dommage que vos aïeux aient eu l'orgueil de ne pas vouloir apprendre h écrire, c’eût été beau 1

Croyez-vous après cela que M. Yeufllot n?ait pas eu raison d’écrire, dans nn autre style que le vôtre, monsieur de Béthisy, h propos de distribution de prix :

« Le temps de la distribution des prix est proprement la saison de la mauvaise éloquence- Elle pleut, elle grêle* elle inonde, ou mentionne des accidents partout. Partout des eaux limoneuses charrient les parties du bon sens et les

parties du discours affreusement fracassées. L'effroyable trombe effondre les greniers, ereuse les cimetières, remet en circulation un bric-àbrac oratoire ordinairement banni. On voit reparaître les fragments les plus décriés de la poterie grecque et romaine; pas de métaphore cornue, de lieu commun récusé, de platitude authentiquée nulle fois, qu'on n’entende hurler dans l'insipide saturnale; et ce sont les sages, les doctes et les posés de la société civile qui donnent ce sabbat 1

» Malheur à qui fréquente en ce momentlcs journaux de préfecture, particulièrement le Moniteur, On y rencontre, in extemof lergrabds personnages commis par M, Dura y pour présider aux distributions des grands établissements. Les hauts universitaires, les anciens ministres, les sénateurs, tous ces dieux qui se gabent désormais de la pauvre engeance humaine, ce sont ceux-là qui en disent, qui se prolongent, qui tripotent, d'une voix lourde et impertinente, les oreilles de l%udïtojre excédé!

- Mi) —

)) Le simple professeur s'observe encore; il bâtit son morceau, récure sa phrase, s'efforce d'être court, il veille à ne pas trop heurter les principes et les sentiments de ceux qui pourront l'entendre ; à défaut de modestie, il a des chefs dont il craint la censure, et des égaux dont il redoute la satire* Mais ces victorieux, ces passeraentés et chamarrés d’or, qui n'attendent plus rien, ne se refusent rien; ils sont arrogants et négligés, ils déploient, avec irn sans-gêne doux fois injurieux, le faste de leur insuffisance et de leur fortune. »

Pour moi, ne vous en déplaise, je voudrais faire de la prose Veuillot, même sans le savoir, comme cet excellent M. Jourdain.

Un mot de la fin, un mot d'enfant :

Mimi venait h Paris avec sa maman pour faire divers achats, entre autres un instrument souvent employé par Molière (une seringue, pour ceux qui ne comprendront pas}.

Les emplettes étant faites, la mère allait oublier cet objet de ménage t indispensable aux grands et aux petits.

Miïïii tire sa mère par la robe dans le magasin :

— Maman 3 maman I

— Que veu^-tu?

— Tu oublies...

— Quoi? mon enfant.

— Ta sais bien.* *

— Quoi, enfin?

— Ton lavement neuf,

La mère rougit un peu et rit avec tout le monde.

Àiïbllle de Secondigne

Pièces caa

opéra. llumlet* français, Rcliche.

opéra-comique. Le? Dragons de Villars, vaudeville. L* Abîme* variétés* La Belle Hélène.

gymnase* Fanny-Lear,

palais-royal Les Mémoires de Mimi Bamboche. gaîté. Les Fugitifs,

AMïiiGü-GOMiQUE, Prise de PéLirw

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Pariai tmp, Kugclmann, rue Grange- Batelière, H,

Muméro 9M

£9 août 1868

LA

PAR

ACHILLE DE SECOSTDIGNÉ

Jeudi 2Û août 1868*

Je crois avoir dit, dans la Petite Lanterne y en annonçant la fin tragique de M. de Kervégucn, que quelques personnes trouveraient bien le moyen de le réhabiliter après sa mort. Je ne m'étais pas trompé, et si la réhabilitation n’est pas encore complète., on peut au moins espérer qn/on y arrivera avec une telle découverte : c’est la copie d une lettre adres-

sés à un cIb ses amis par feu le député^ du Gard.

Je la cite en entier, parce qu'elle est l’expression la plus sincère d'un prétendu regret:

«... Des hommes qui avaient su capter ma confiance et que j'avais en la faiblesse de croire sur parole, ont abusé de ma bonne foi... C'est en produisant des pièces qu'ils savaient sciemment falsifiées, sinon provenir de source impure, que je me suis fait l'aveugle instrument de leurs rancunes personnelles et que j*al assumé la responsabilité d’une machination organisée contre nos ennemis politiques.

» Dans cette circonstance, je me suis laissé emporter par l’esprit de parti au-delà des bornes assignées à tout homme jaloux de son honorabilité,

» J'aurais voulu parer le coup; il était trop tard. J'ai servi de plastron à tonte la presse et couvert de mon corps les auteurs de cette trame aussi abominablement ourdie que lâchement dirigée...

» C’e si un coup dont je ne me relèverai jamais* J ’m subirai toutes les conséquences* kmt.es les amertumes. Puisse mon malheur servir d'exemple I »

On dit que Cora Pearl va décidément lancer ses Mémoires* C’est la profusion des brochu* res.*, raies et.*, parues ces derniers temps* qui Tout décidée à dépecer sa vie intime pour la Tendre par tranches à une foule d’imbéciles*

Àh I si Cora Pearl sc met h secouer son al-

céve sur îe publie, je préfère de beaucoup me sauver n'importe où.

Il est réservé h notre époque de voir la composition de cette sorte d'écrits et le goût du public pour eux devenir une manie. On sait que! débordement de Mémoires nous a inondés, surtout depuis une vingtaine d'années : tel personnage politique faisait des siens son panégyrique, tel autre son apologie, Les uns y consignaient des accusations contre leurs adversaires, d'autres des appels au scandale. L'amour-propre de tel homme, presque ignoré,

lui persuadait qu’il ne pouvait pii ver ses concitoyens du récit détaillé de ses faits et gestes.

Enfin, après être descendu jusqu’aux ignobles narrations d’un agent de police, Vidocq, les Mémoires en viennent à nous offrir les vaniteuses révélations de l1 assassin Lacenaire et les calomnieuses épîgrammes de fempoisonneuse Lafarge, née Gappelle,

Ce n’est pas tout* voilà maintenant que les cocottes font imprimer également leurs Mémoires. Etj du moment que la fièvre mémorîa liste envahit la classe des femmes galantes, je ne vois pas pourquoi nous ne fermerions pas iiqs yeux et nos narines.,, de dégoût,

— TôO ~

Il existe entre les femmes et la souffrance un lien mystérieux, une sympathie nerveuse, si j'ose m’exprimer ainsi, qui tonnent a expression de leur douleur meme un charmeindéfinissable.

Qualités et défauts, vices et vertus, tous on chez la femme une origine commune dans cette organisation plus affective dont la nature les a si généreusement douées,

C’est ainsi quela pudeur, suivant l’ingénieuse définition de Cabanis, n’est chez elles que l’expression détournée du désir ; que la coquetterie n’est, au contraire, que le signe indiscret d’une même impression plus franchement exprimée.

Du besoin de plaire est née chez elles la dissimulation, qu’elles opposent avec tant ue succès dans l’état social à ee droit du plus fort qu’elles subissent quelquefois, mais qu’eLes ne reconnaissent jamais*

Rousseau a écrit quelques pages charmantes sur cette Impulsion invincible qui porte un sexe vers l’autre dans le but de la perpétuation de l’espèce. C’est cet accomplissement du vœu le plus ardent de lu nature que tous les peuples de la terre ont poétisé sous le nom d’àmouTj afin d’avoir le prétexte de parler

sans cesse et dééerament d'une action très peu décente en elle-même, et dans laquelle les femmes jouent incontestablement le plus beau rôle.

L'auteur d'Emile assigne à l'homme le droit d’attaquer et à la femme le devoir de sc défendre; peut-être on examen plus approfondi de cette question, dans l'état actuel des mœurs, nous forcerai t-il h déclarer que les uns usent mieux de leur droit que les autres ne s'acquittent de leur devoir.

Ji

On prétend que M. Yandal, — 'auquel un grand nombre de plaintes ont été adressées relativement aux retards apportés dans la dis-

tribu tion des lettres, — vient de prendre une mesure aussi efficace qu’énergique,

Ï1 veut que tous ses facteurs soient munis de vélocipèdes. Déjà on voit une foule de facteurs s’exercer sur la vélocépédomanie dans la cour de l’hôtel des Postes,

Cetle mesure aura du bon, je trouve, et sgïs surtout d'une économie sensible quant aux souliers, mais pas quant aux fonds de culottes des facteurs.

Si août 4 dnS,

Le rédacteur en chef du Figaro est un homme bien malheureux. A peine lui prend-il la fantaisie de quitter la rue Rossini, qu?un de ses

Mi

rWV * A

Mais voilà que l’œil du martre, pour êtie jraqué de loin sur les manœuvres des Figai'is tes, n’en voit pas moins ee qui se passe. C’est pourquoi le J upiterrminien fronce le sourcil,.., se tape sur le ventre, et s’écrie d une voix en • rouée, à un secrétaire qui écrit sous sa dictée :

«Depuis que j’ai quitté Paris, il a passé dans le Figaro des artic es qui m’ont fait sauter au plafond. Un monsieur qui nous donne des renseignements parce que sa position, que je ne lui envie pas, le met à même de tout voir, a trouvé le moyen de faire passer sa copie sans qu’elle fût revue, corrigée et considérablement diminuée, comme c’est l’habitude. Nous avons toutes bs opinions au Figaro, excepté celle de

Je sais bien que le Figaro arbore toutes les opinions, — et c'est ce qui fait, je croîs, îa plus grande partie de son succès, mais ce qui m'afflige le plus, c'est de songer à ce malheureux reporter dont l'opinion seule, seule, entendezvous bien, — n'est pas admise au Figaro

Un peu plus loin, le rédacteur en chef de ce dernier donne un conseil tout paternel à sou reporter :

* ... p f « Quant au monsieur qui s'affuble eu pseudonyme de baron de R...p je lui donne îe conseil de signer le baron de bel quil; avec une semblable carte on passe partout. %

Attrape, baron -de H., r, et va promener ta prose ailleurs*

Que ressort-il de tout ceci/ Une chose profondément triste et écœurante : à savoir que dans le journal dit des bien élevés ^ il se glisse un baron de Bel-GEil. H est vrai de dire aussi que ces sortes de personnages ne se reconnaissent guère au physique et aux habits* II n'y a rien qui ressemble aussi bien a un mouchard qu'un honnête homme, M. de Yillemessant le sait bién.. . . .

— %bi —

A is très important :

Ayant besoin d’un reporter, d’un raccoleur de nouvelles , au prix exorbitant de vingt-cinq centimes la ligne, je prie ceux— qui voudraient bif n se présenter au bureau du journal, — de se prémunir d’un certificat du préfet de police, attestent qu'ils n'ont jamais émargé aux fonds secrets et fréquenté les abords de la rue de Jérusalem,

Il est vrai qu'un pareil certificat ne me rassurerait pas encore complètement.

22 aouL

Un maudit rlfume m’oMi géant de garder la chambre, je profite de cette incarcération forcée pour vous offrir ce Eté petite histoire très véridique en elle-même, et que je tiens bonne source

Maman ?

Mon ange !

J'ai faim , , 4

Pauvre petit, plus qu'une minute ; je sors je t'apporte tout ce que tu voudras.

L’enfant pleurant :

— Mais ta dis toujours ça et tu ne bouges pas d'ici* JPai faim, moi*».

— Mon Dieu ! mon Dieu! murmura la mère, pourvu que eette dame me paie. Je n’en puis plus..,* voilà deux nuits que je travaille pour donner du pain au pauvre petiot, qui souffre

Telle est la conversation qui a lieu dans une grande chambre mal carrelle, aux murs recouverts d'un vieux papier humide et lacéré* Point de rideaux à la fenêtre, dont un papier huilé simulait un carreau. Ajoutez à cela un lit sur lequel un p^tit enfant, entouré de jouets informes, et mâchonnant de temps à autre une vieille croûte souillée que ses petites dents ne peuvent broyer, tant elle est sèche, et vous

— wo —

aurez sous les yeux le tableau de la misère la plus complète.

Tandis que l’enfant trompe la faim qui I0 ] torture en jouant, tantôt avec ses petits bihe* j lots et sa vieille croûte, la mère est là, - le visage pâli parles veilles, les mains crispées et fiévreuses, — qui travaille, assise près d’une g table boiteuse, couverte de chiffons.

À force, à force de pousser T aiguille, la malheureuse touche à la lin de sa besogne et bientôt elle se lève eu disant, heureuse et coutente, au petiot : « C’est fini* »

Mettre son châle, porter son travail à la personne qui le lui avait commandé , fut 1 affaire dJun instant.

Elle touche le bouton de la sonnette, son j cœur soubressaute de craintes, car Î1 pourrait bien arriver qu’elle ne touchât pas de suite le fruit de ses veilles,

«Que dirait le petiot ?... » pensait-elle tout bas.

Enfui, ou l’introduit dans une chambre dont j les tentures magnifiques de velours, les tapis j moelleux annonçaient le bonheur mystérieux et capitonné. Au bruit de la marquise qui re-

tomba, une femme, indolemment couchée dans un vaste fauteuil, jouant avec une gravurede mode, levadoueeLtement la tête.

— Madame, exe usez-moi, mais je vous rapporte*..

Ah I c’est vous.*., je vous ai déjà dit de

ne pas venir après une heure. Gela me dérange..:

— Madame, je venais...

__ C7esf bien j je comprends, venez demain matin à onze heures.

Et la superbe dame regarda sa gravure, sur laquelle elle entrevoyait peut-être une toilette nouvelle et excentrique.

La pauvre mère se releva a :ifuse et désolée en essuyant une larme qui glissait le long de sa joue. Arrivée dans la rue, elle réfléchit à

son enfant qui attendait son retour , quand elle aperçut tout à coup un bureau du Moot-de- Piété. Elle so glisse furtivement dans Ja sombre allée qui conduit vers cette banque du pauvre. Elle relève son châle, Le roule en paquet, et le jette, toute honteuse, au commisexpert.

— Vous n'avez rien à mettre avec ce chiffon, fit brutalement ce dernier après avoir examiné le nantissement de l'emprunteuse?

— Bien!

— C’est insuffisant.

Elle reprend tristement son haillon, anais le cœur lui manque rien qu’à l’idée de son enfant qui va pleurer.

üne idée vint à la malheureuse mère. Là, tout à côté, en face, il y a un boulanger. La vitrine est pleine de petits pains appétissants. La porte est ouverte, le ma.'chand ale dos tourné. Tendrela main fut bientôt fait. — OUÏ la faim, la faim!... c’est horrible.

Mardi 25 août 1863.

Si jamais l’envîe me prenait d’écrire une physiologie du mariage (comment l’oseï après Balzac !), je ne pourrais assurément découvrir un exergue mieux choisi que ces vers d’un poète connu :

t L'ennui naquit un jour de l’uuifonniié. »

Méditez bien ce vers, philosophes et moralistes, car, vous le savez, on voit souvent entre époux l'harmonie régner quelques mois, quelques années par aventure ; mais un beau matin, le mari, se prenant à regretter sa vie aventureuse, aperçoit a travers la fumée d'un cigare les bords charmants du célibat.

La femme, lassée de l'accablement et de la tiédeur de son mari, voit s'envoler toutes ses illusions, elle s'ennuie ; de l'ennui an dégoût il n'y a qu’un pas, et alors... pauvre mari, que les saints te protègent !

Loin de moi la pensée de dénigrer le mariage, et bien fous j'estime ceux qui ont essayé

** 'lèb

d'ébranïer cette pierre angulaire de toute société morale. Je veux tout simplement en esquisser quelques faiblesses, en ajoutant toutefois que ees faiblesses sont loin d'être générales.

Nombreuses et spirituelles sont les chroniques qui ont exploité ce fonds toujours à louer et jamais a vendre (comme la description de la nature), et si j'ai écrit le récit qui va suivre, c’est parce qu'il m'a semblé présenter quelques situations pittoresques et originales. Mais ce qu’il y a de plus clair devers lui, c'est qu'il est vrai.

M, et Mme G-erny

Représentez-vous une de ces bonbonnières

parisiennes — comme on en rencontre de k me Richelieu au faubourg Saint-Honoré, — toute capitonnée de reps gris -perle et meublée dans le dernier goût : un lit façon Louis XYI, voilé par des rideaux pareils aux tentures, occupe un enfoncement ; une pendule et des flambeaux, débris d'un mobilier célèbre, sur la elle minée, et un beau vais à ramages sur le parquet*

Admettez maintenant que vous possédez les facultés du diable boiteux, tout voir, tout entendre à l'abri du regard \ voici ce que vous aurez vu et entendu.

Le marteau avait discrètement frappé dix fois sur le timbre de la pendule ; on ne percevait encore que le bruit cadencé de deux res-

pirations. Une porte s'entr'aime doucement, une soubrette se glisse dans la chambre, se dirige vers la croisée, en écarte les rideaux, ouvre les personnes et se retire sur la pointe du pied.

Un mouvement se fait alors dans l'alcôve, car un rayon de lumière est verni offusquer les yeux de l’un des dormeurs. Nouveau mouvement suivi d un bâillement formidable.

— Tiens ! il fait jour, dit la voix accentuée d’un homme qui se parle h lui-même,

— Tous pourriez bien ne pas réveiller ceux qui dorment, répond une voix de femme.

— Ma chère amie, permets.,..,

— Oh ! vous êtes insupportable jusque dans votre réveil 1

— Merci du compliment, mais je te ferai remarquer que je suis attendu à mon cabinet vers onze heures pour une affaire importante, (On est quart d'agent de change,)

— Sacrifier sa femme aux affaires, voilà bien les maris d’aujourd’hui!

(la suite prochainement.)

Jeudi 37 août (868,

Je trouve dans le Figaro de ce jourunenote qui m'a bien fait rire, pour ne pas dire autre chose. Elle est consignée sous la raison sociale Duvemois et Comp . :

« ïl n’est rien que je ne fasse pour satisfaire mes lecteurs... L'un d'eux, qui habite la rue d’Amsterdam, me demande le nom dhm monsieur qui, au 56 de la même rue, passe une bonne partie de la soirée à sa fenêtre, la bouche ornée dTnne pipe énorme... et en compagnie d'une cocotte.

* Notre abonné sera édifié demain ou après..* »

Bon î voilà maintenant qoe le Figaro fait concurrence aux compagnies de Renseignements,

Je ne suis pas méchant, mais il me semble que sî j’étais à la place du monsieur" « qui passe une bonne partie de la soirée- à sa fenêtre, la bouche ornée d’une pipe énorme*., et en compagnie d’une cocotte, n — je tirerai las oreilles au fîgariste qui se permettrait de venir demander mon nom à mon concierge*

Si c'est nne plaisanterie que Figaro a voulu

taire, je rae permets de dire qu’elle est d’un goût douteux. D’un autre côté, si l’on ne peut pas fumer sa pipe à la fenêtre, même accompagné d une cocotte, sans encourir les indiscrétions du journal de la rue Bossini, je demande où commence et où finit le mur de la rie privée de l’immorLel M. ü-uilloutet.

Yemll'edi âS août i86â.

Mon ami Bathol, un chansonnier de ! on aloi vient de me lire une chanson qui m’a tel-

lement plu que je n?ai pu résister au désir de vous en communiquer quelques couplets.

A Heurt Rocbcfort

Air : Et voilà la vie, La vie Suivie.

De tout Tjournalisme Quel est le plus fort?

D'ici jusqu'à Pisthme De Suez j c’est Ro ch5 fort,

Sans craindr* qu'on nous berne Marque-nous donc Ppas Sur Pair que tu voudras,

Et que ta Lanterne Lan terne ,

Lanterne,

Et que ta Lanterne Ne lanterne pas.

C’est pour nous kermesse Quand tu tiens Fburin,

Ça vaut mieux qu’un* messe.

Dirait ton parrain.

Tir* de ta citerne L’ôternelF beauté QjTon ïiomm* la Vérité5

Et qu’en ta Lanterne,

Lanterne,

Lanterne,

Et qu’en ta Lanterne Elle ait droit d’eité.

Je regrette de ne pouvoir citer les trois derniers couplets de la chanson de BatM, mais rassurez- von s; vous la lirez bientôt en entier.

Achille de Secondïgné

Le directeur-gérant : Th* Maux ion.

Paris* — ïiflp, Kugelm&nn, nie Granp^JBateïière* 13*

Numéro 10,

5 septembre 186 S

LA

PAR

ACHILLE DE SECGNDIGN É

Dimanche 30 août i8G8.

il est de notoriété publique que par ces temps d’orage et de tempête le boulevard n’est pas sûr.

On j voit rôder des têtes suspectes, échangeant quelques mots à vois basse. Ou serait tenté de croire qu’il s’agit dJun noir complot à voir ces têtes effarées.

Un ami me rassure à peu près, en m’assuranfc que ce senties batailleurs qui se remuent et qui veulent dérouiller leurs vieilles rapières Je crois assez le dire de mon amï3 car le duel a ses périodicités*

Aussi ne serait-ce pas étonnant de voir surgir un bonhomme et vous crier ;

“I lasambl.eul mossieu le journaliste, vous avez écrit partout que je portais des bretelles et de la flanelle ' Comme je sais par cœur I amendement Guilloutet^ et que je ne veux pas que vous regardiez dans rua vie privée, je vous fais grâce de la correctionnelle, mais nous allons en découdre un brin!..*

frie nûihao.T !>« «mp non s 7 ^ v ,v .;i, *

S il est au monde une chose qui m'irrite,

c'est bien l'insolence des cochers vis-à-vis de leurs clients- Ces messieurs mettent leurs véhicules à l'enchère et ne veulent se déranger qu’au poids de l’on En un mot, leur façon de répondre et de taxer eUx-mêmes leurs courses — au mépris des règlements ad hoc , serait ridicule, si elle n'était impertinente.

Dernièrement, une dame, dans un état de grossesse très prononcé, hèle une voiture à la porte Saint-Denis. La voiture s'arrête et la dame, une fois installée, dit au cocher de la conduire à Àuteuil, grande route de Versailles, n0.,,; mais ce dernier, que cette longue course effrayait sans doute, employa un moyeu très habile pour évincer la voyageuse et la déposer à terre. Il pria sa trop confiante cliente de vouloir bien descendre sous le prétexte de secouer les coussins de sa voiture. Et aussitôt fait, il fouetta vigoureusement son cheval. Cette manière de refuser de travailler n*estelle pas des plus ingénieuses ? — Avis à ceux qui pourraient se trouver dans le môme cas- L'infortunée voyageuse, que sa position embarrassante gênait beaucoup, ne put parvenir à attendrir un automédon quelconque* et force

en om=;

lui fut de rentrer fort tard chez elle, nibus.

Il n’existe donc aucune peine disciplinaire qui puisse corriger ces prétentieux Colligcon, etM. Ducoux, le colonel de ce joli régiment de polissons j ne peut-il donc les faire marcher à la baguette? Toutefois, si quelques-uns de ceux qu’on ldi signale chaque jour étaient bel et bien déchus de leurs trônes, oh ils siègent avec tant d’arrogance le fouet à la main, il est à croire que la leçon serait salutaire et amènerait à obéissance cette poignée d’insolents, *

Un pauvre diable d’acteur, dit le Phare du Littoralj attaché à un des grands théâtres de

Londres, où il remplit les rôles les plus modestes, et dont les appointements d’un an seraient à peine ceux d’une soirée pour la diva PatÜ, sollicitait depuis longtemps de son directeur une représentation à son bénéfice.

Dernièrement enfin, on lui annonça qu'il aurait sa représentation. Cette faveur , accordée à tin pareil moment, avait tout l'air d’une mauvaise plaisanterie et l’éloignement que le public manifeste pour le théâtre par la chaleur tropicale dont le ciel nous gratifie, semblait laisser au pauvre bénéficiaire: peu. de chance de remplir sou escarcelle... Cependant*

il ne se découragea pas et fit insérer immédiatement dans quatre grands journaux l'annonce suivante :

« M, Williams B,*, désire marier sa nièce qui a vingt-six ans et un million de dot, avec un jeune homme de bonne famille* On ne tient pas à la fortune; seulement il est essentiel de ne pas avoir l'habitude de fumer,. * Ecrire, etc. y

Le lendemain, plusieurs milliers de gentlemen, après avoir jeté au feu pipes et cigares, écrivirent de leur plus belle main qu'ils abhorraient le tabac ; qu'ils ne tenaient pas à la fortune n'enjayant jamais possédé, et que, s'ils venaient offrir leur main à la jeune miss, cJé-

tait uniquement parce qu'ils se sentaient capables de faire son bonheur.

Pendant trois jours, Facteur travailla sans Relâche pour répondre h ces amoureux te que leur demande avait grande chance d'être agréée, mais qu'une première entrevue était indispensable,*,, etc,; jî et enfin que la jeune miss serait au théâtre de G,,, tel soir, dans la première loge de face.

Le jour du bénéfice arriva; la salle fut cornble> et les dernières places furent enlevées à des prix fabuleux. Le directeur était stupéfait.

surtout en voyant l’étrange composition du iblic*

On n'apercevait partout que des gentlemen en grande toilette, frisés, pommadés, gantés, la bouche en cœur et l’oeil langoureux. Par un hasard bizarre, il arriva que les envoyés d’un taïcoun quelconque prirent la fantaisie d’aller au théâtre ce soir-là et vinrent occuper la loge indiquée aux amoureux par la circulaire. "Vous voyez d’ici le coup d’œil.

tjp sun s impro une mystification in offensive, et est certainement un homme dus-

Lundi 3i août 1868.

Hier, j'errais, à T aventure, dans le temple du Jeu et de la Chicane. — Jfai nommé la Bourse.

Comme je ne savais que faire au milieu de cette gent boursîcotière qui vient 1*, chaque jour, se livrer aux poignantes angoisses de la hausse et de la baisse, je pris un siège sur le devant de ce tombeau, où viennent s’ensevelir tant de fortunes et d’honnêtetés I

Je ne fus pas longtemps sans remarquer

l'antithèse de l’aisance et de la misère. — C'était un être couvert dé faillons qui n'avait pas néanmoins l’attitude humble et résignée que donne la pauvreté. Le contraste de ces loques effilochées avec celui qui les portait me fit penser aussitôt que ce personnage bizarre n'était point né vulgaire et malheureux.

Il devait avoir une histoire 1

A voir sa grosse tête expressive prématurément grise, inclinée comme une tête qui pense et réfléchit, et ses bras croisés qui semblaient étouffer dans son cœur un chagrin cuisant, on se sentait attiré malgré soi vers cet homme, moins par la curiorité que par la compassion.

Voici, en quelques lignes, ce que jhtppiis sur, notre héros, que j 'appellerai Lorédan :

Lorédan arrivait à Paris — un jour de l’an, née 184,,,* avec quelques millions en portefeuille, Rejeton dJune grande famille, 11 portait haut le front et le pins beau des écussons sur le chaton de sa bague, À eet âge ouFhomme n’a pas encore assez de virilité pour se mettre en garde contre les passions* il était millionnaire* maître de ses actes, et par conséquent libre de jeter par la fenêtre le patrimoine de ses ancêtres. Et idayant pour conseillers, que le plaisir et la soif de vivre, il ne tarda pas à suivre le courant de ses caprices.

Bientôt rien ne lui manqua, chevaux, voitures, maîtresses.

Lorédan étalait tout L’appareil d'un luxe princier et étonnait le monde avec lo bruit qu'il faisait autour de lui.

Que diriez- vous d'un il omme qui .descendrait la vie traîné par les chevaux de la folie? — Vous le plaindriez assurément et n'essaieriez point surtout de le retenir dans sa course vertigineuse.

Aussi chacun se rangeait sur son passage, et devant le nuage de poussière que laissait derrière lui cet éguipage insensé , tout être

Les femmes ï’avaientravagé; elles lui avaient

sage fermait les yeux, de crainte de voir chavirer ce fou cjni courait la vie à si grandes guides.

V homme est ainsi fait : une fois lancé dans le tourbillon qui remporte, il n'ose plus regarder derrière lui* II se laisse aller au gré de ses passions, et, souvent au moment suprême, il veut se cramponner désespérément..*, mais l'appui a disparu, et l'imprudent tombe infailibiement dans le gouffre qu'il s'essore usé- Arrivé au paroxysme de Tivresse, Lorédan s'aperçut qu’il avait vidé la coupe jusqu'à la lie, — 11 en ressentit du dégoût.

Lorédan ôcf sang-froid

et

son projet, et

pris tout ce que son cœur contenait d’illusions et de poésie* Les orgies avaient achevé Lhon> f me, et c’est à peine s’il lui restait quelques épaves de sa brillante fortune.

Il arriva alors ce qui arrive presque toujours en pareille occasion : après les femmes, le jeu. L’homme a toujours une passion qui le ronge, et Lorédan, qui commençait à regretter trop \ tard sa vie orageuse, résolut de se refaire une fortune avec les débris de colle qu'il avait sî inconsidérément dissipée*

sesîamisj sans chercher à le dissuader, lui conseillèrent toutefois deprocéder avec ménagement, Ses premières opérations fructifièrent, ruais pareil au glouton qui dévore trop yite un mets favori, il se livra avec frénésie au jeu de la Bourse, voulant atout prix revenir b sa première splendeur.

Il fatigua la fortune — > cette courtisane qui n’aime jamais deux fois — et se trouva bientôt, lui né pour être riche, puissant, heureux, dans la plus grande misère. Cette fois il avait irrévocablement tout perdu, jusqu’à ses amis, qui, après favoir adulé et flatté alors qu 11 vivait en prince, le délaissaient maintenant comme un

Ce dernier moyen était lâche, mais il plut néanmoins à Lorédan qui, après avoir revu une

homme gangréné. N 3 était* ce pas là F application du vieux dîclon : «Dcmc eris feliw^mul* Los numerabis omit os. w Qui n aurait pas des moments de défaillance et de découragement, se voyant tout à coup rejeté par la société comme une lave brûlante?

La vie n’avait plus désormais que deux issues pour ce millionnaire décavé par les femmes et le jeu : un travail assez opiniâtre pour éteindre le souvenir du passé — ouïe suicide*

dernière fois les lieux témoins de sa ruine, sq rendit un soir dans la mansarde qu’il occupait.

De toute sa splendeur passée, il ne lui restait qu’une paire de pistolets, et ces pistolets

|es geuis a mis qui lui fussent restes fidèles,

recelaient depuis longtemps assez de poudre pour donner la mort. 11 les prit, les examina, et, les caressant d’un regard sinistre, il leur dit avec amertume :

« 11 ne faut pas tant de poudre pour mon cerveau allai blî par l'orgie et le désespoir; vos deux charges subiront Lien pour faire de mon corps un cadavre, »

Puis appuyant les deux canons sur son front, il lâcha les détentes : deux coups se firent entendre, et le malheureux**,, demeura debout dans un nuage de fumée*

le repoussait.

— « Dieu fait bien ce qui! fait, dit-il, et puisquil ne veut pas de ma vie : je vivrai ... »

Il vécut, en effet : oui ne sait où il alla cacher pendant quelque temps son existence malheureuse. À-t-il voyagé ? — ün 1 ignore,— Toutefois j on peut affirmer qu'il n'a pas oublié à voir la mélancolie avec laquelle il se promène chaque jour, & la Bourse, sous des dehors sordides.

Lorédan est un exemple frappant de ce que peuvent sur l'homme les femmes et le jeu, sa vie peut se diviser en deux parties ; la première, vécue au sein de richesses et de jouissances excessives, et la seconde, toute de misère, de souvenir et d'expiation.

Hardi 1er septembre 1R68-

Mme Victor Hugo est morte à Bruxelles ! Et, pour accomplir ses dernières volontés, ses restes ont été ensevelis â-Villequier.

On a souvent blâmé l’exil volontaire du poète, que son orgueil immense rivait au sol de Guernesey. Pour moi, jTai toujours respecté et compris l'entêtement de l’auteur à1 Han d'/sland& ,

Qn a du coeur, on on n’en a pas.

Mais, depuis la mort de Mme Victor Hugo, mon respect pour cet entêtement s3est changé

en admiration , je F avoue. Oui, j'admire cet entêtement du maître gui, — en présence du malheur qui le frappait, de sa plus forte affection qui s’envolait, — a trouvé assez de force et de courage pour rester sincère dans son exil et ne pas accompagner les derniers restes de sa compagne, — parce qu ils entraient en France !

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NJesHl pas fort l'homme qui,— dans îa plus grande douleur et pour rester immuable dans scs principes, — peut imposer silence à son cœur?

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