‹ La Petite lanterneChapitre 26 sur 50 · SOE · texte numérisé non relu

SOE

Mme Victor Hugo n’aimait pas son mari, elle l’adorait. Et, pour preuve de ce que Vavance, j’extrais les lignes suivantes de la page émue que M. Jules Claretie a écrite à ce sujet :

Mme Victor Hugo avait pour son mari cette admiration et cette affection complète des femmes qui, pour ainsi dire, se dédoublent et revivent dans l'être aimé. Elles ont alors deux cœurs et comptent deux fois leurs joies et leurs souffances.

Un soir 3 à Bruxelles, dans cette maison où elle est morte, le diner achevé, Victor Hugo s’éloigna. Il était las.

Je le voyais pour la première fois.

A peine était-il sorti, que Mme Victor Hugo, avec une sorte de hâte, me dit, désignant d un mouvement de tête Victor Hugo dont j’entendais encore les pas ;

Eh bien î qu’en dites- vous? n’esHl point vrai qu'il est charmant^

Elle ne parlait point du poète, elle parlait de l'homme :

— D’autres connaissent son génie, je connais son cœur, disait-elle.

Elle le montrait aussi travaillant sans cesse s'imposant des tâches lourdes pour trouver l’oublij étouffant les regrets et maîtrisant la colère parle labeur.

Elle r admirait et le voyait grand jusqu'en ses moindres paroles. »

Mercredi 3 septembre (858.

Je suis inquiet et tourmenté en songeant qu 'aujourd'hui on ne doit pas appeler * un chat un chat et RoIIet un fripon, * sans porter aussitôt la peine de sa franchise, (Vestfacheuxj et d’après le vieux dicton : toute vérité n'est pas bonne à dire.

J 'al rencontré bien des gens oui racolent de

ce dicton, et qui ont la pudeur de s’effaroucher devant les mirlifés écrites.

Voilà pourquoi cette Yêhiïé, — que I on prétend sortir toute nue de son puits, --est tellement travestie de nos jours, qu’elle n’a plus l'ombre d’elle-même.

A propos de vérités, j 'en sais une vis-à-vis de laquelle je me sens mal à Taise, et que pourtant je n’offusquerai point d'un voile, au risque de déplaire à ceux qui ont pour mission de mettre la vérité sous le boisseau, Je ne crains aucune peine en disant i

Notre siècle est pourri, pourri jusqu a k

les mœurs, pourries les En haut comme en bas, le vice et la honte s’étalent sans vergogne. Je défie à quiconque voudrait se donner la peine de monter ou descendre l’échelle sociale, de ne point trouver, à chaque échelon, une place à brûler, un vice à châtier I

Enumérer les scandales, les platitudes de , notre époque, faire la peinture exacte et fidèle I des mœurs de notre époque, serait, à mon sens, la meilleure façon de les corriger un peu. , Mais, bons Deus, qui voudrait se charger de cette lourde et longue besogne ?

Je pense que ce qu’il y a de mieux à faire, — en présence de tant d’abaissements, de tant de décompositions, — c est de no rire, de peur d’être obligés

Timothée et Pooson du Té'rrail I Je gage que ces deux hommes — s'ils voulaient un beau jour se payer les douceurs de gouverner la France ■ — rallieraient sous leurs drapeaux les quatre cinquièmes des Français* Et de même qu’il y a des gens qui sont royalistes, bonapartistes, républicains , il yen a — ■ mais il y en a qui se disent hautement timotkèistes et rocambolistes*

Quelle decadence, mon ami I Quelle dégringolade !

N’avons -nous pas, comme compensation, Timothée et Ponson du Terrai!, les deux personnifications du progrès?

Je ne sais pas au juste si je suis pessimiste 1 outre mesure, ou si j’entrevois la société au travers d’un orisme qui grossit, qui grossit toujours. . mais il me semble apercevoir des Rocamboles partout.

Rocamboles, ces tripoteurs, agioteurs qui s’emkhissent de la fortune de leurs commanditaires ou de leurs actionnaires !

Rocamboles, ces va-nu-pieds, ces souteneurs de mauvais deux, qui deviennent capitalistes | dans leurs commerces honteux !

Rocamboles, les hommes politiques qui nagent dans toutes les eaux, qui font peau neuve de leurs sentiments d'autrefois, qui jettent derrière eux leurs convictions d’hier, et étri* gnent — jusqu’à l’étouffer — le nouveau parti qu’ils embrassent ?. . .

Faux bonshommes ! charlatans politiques I comédiens de cour ! valets des puissants qui les payent! tout est bon pour eux. Ils revendraient leur âme cent fois au diable, pour lécher les pieds d’une majesté en vogue !

Enfin,

N'est-Ce pas le cas de dire :

Et vous, Roeamboles, qui passez votre vie À vous faire petits, pour devenir bien grands, Descendant pour monter, qui léchez tantde gants, Dites, faites-vous envie ?

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Jeudi 3 septembre ldea.

Un correspondant masqué m'adresse nn certain nombre de nouvelles à la main sous cette rubrique :

Propos Om§§cpot

m'assurant qu'il eu fait (des propos} trentecinq à la minute. Je veux bien croire mon correspondant, mais quïl me permette de lui dire que le temps et la quantité ne font rien à ta chose.

Toutefois je lui ouvre un crédit à la caisse de la Pêti e Lanterne pour les trois propos suivais, mais a la condition expresse quai

ne recommencera plus et qu'il enlèvera son masque.

Entendu au parc d'Asnières :

Une biche accoste un jeune gandin de lettres et lui demande sa profession.

— Je suis journaliste, madame!

— Tiens, reprend la belle, moi qui vous prenait pour un homme comme il faut !

Au même endroit :

Un petit crevé met un louis dans son œil et, s'adressant a une crevette lui dit :

— Je suis l'Amour, mon enfant.

— Je croyais. .. moi, que T Amour était aveugle* répond celle-ci.

X..., un bohème s'il en fût, payait Taddhion assez forte d’un copieux dîner quoi venait de faire avec un de ses amis.

— Ah 1 disait-il, j'ai bien dîné; mais, depuis quelque temps, je vis au-dessus de mes moyens.

— Des autres, reprit malicieusement son ami.

A tb il 3 e de Secon digne

Le direcCmi'-gàrout : Th- Mauxion*

Paris. imp, Kugeln^û* rue Granit!- Batelière, 13.

Numéro il.

13 septembre 1866

PAR

T. MAXJXION

Ï1 règne à Paris une classe d'individus gui sans s'intituler mendiants, sont la pire espèctde ceux-là. Ces gens obséquieux, disons plutôt, ces jeunes gens obséquieux, d’un accoutrement irrépi ochable, vous abordent en vous serrant la main et le sourire aux lèvres, s’intèreasent avec sincérité de l’état de votre santé.

! ce n est pas tout, - — ils vont plus loin encore : ils s'accaparent de vous par mille pro-

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