FAR
Amtdcc DÉ&tNDRÊ
Mercredi iG septembre i8G8r
Mon ami Maimon, chers lecteurs, me charge de rédiger désormais la Petite Lanterne. Ce soir seulement il me faisait part de cette bonne fortune, et voilà qüe demain, au lever de Vau rm (sic), ma copie doit être couchée sur la casse des compositeurs,
(Test prendre un homme bien à l'improviste* n’est-ce pas, que de le mettre ainsi en des meure d'avoir à vous livrer, en une nuit, ce-*
trente-deux petites pages que, samedis vous déshabillerez sans façon de leur coquette robe orange, pauvres petites pages qu'une demiheure après vous aurez lues, critiquées et sans doute oubliées?
Vous penserez avec moi, bien sûr, qu'on ne sam ait pourtant trop se défier de soi quand on a mission d'occuper quelques uns de vos loisirs.
Mais point! le vent aujourd'hui est aux lignes improvisées, aux brochures 1 estonien) troussées.— Puisqu’il en est ainsi, soitl
Cu reste, le maître a parlé; Lecteurs, vous atleudez;
11 faut obéir; j'obéis.
Les faits à louer, ceux à blâmer surtout abondent cette semaine dans le monde des cabinets et des coure. J’aurais, certes, beau f “ a les analyseri à dire de quelques-uns d’en- Ire eux touMe peu de Mm que j :en pense la somme de méfiance qu’ils m mspb enï, si fa-
vmou plutôt si la Petite Lanterne avait qua- Jiié p ci tir cela* *
' Forcé de me tenir à l’écart de la sphère, » f1'6 «vilement politique, -autour de
KVT
laquelle I1b se meuvent et s’embrouillent chaque jour davantage, je ne puis que ne pas y toucher, sans avoir toutefois la consolation de les admirer.
Lecteurs qui pensez, vous qui lisez * vous qui comparez les divers organes de la presse! parisienne, voyez si je dis vrai, et concluez pour moi - ».
A propos de presse, il paraît qu'on s’en occupe en haut lieu, ou qu'on s’en est occupé du moins ces jours derniers.
Tous les journaux ont relaté les parole authentiques que l Enrpereur, au moment b
son départ du camp de'ChâlOBs, aurait adrcsh son état-major présent il la gare de
sées Mourmelon,
Ces paroles, que je ne reproduirai point ici, “ eau se j - prouvent que le souverain a pleinement conscience de la puissance de l’opinion publique, dont la presse est le fidèle écho,
II en a conscience; il le dit bien haut, et il a raison. Ce n est pas redouter une force que de la constater, ce n’est pas trembler devant un ennemi que de rendre loyalement hommage à $ûtj courage. —
Sj, dans le monde de la diplomatie, dans ce
monde où la parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée* on ayait plias souvent de ces bonnes franchises-là, j'estime que les choses n’en iraient pas plus mal , . Que \ous en semble?
Oui I quoi qu’on eu ait dit, quoi qu’en écrive parfois M. Emile de Girardin* la presse est le premier des moteurs sociaux.
Le rôle qu’elle occupe dans le jeu des combinaisons humaines est beau; il est grand, il est sublime, et je ne crains pas d’ajouter quil est sacré au premier chef, La presse* si je
puis m’exprimer ainsi, est le missionnaire Je pontife, l’ami de la pensée, de la pensée, celte religion sainte, la seule vraie, la seule possible, la seule logique, la seule morale, la seule qui nous unisse à Dieu, qui nou’s l’a donnée.
Pendant qu’au camp de ChAIons notre variante armée entassait marelles sur contremarches, évolutions sur revues, parades sur festivals et retraites, la Suisse inaugurait pai- ■nblement son chemin de Dr du Simplon, dont . Adrien de la Valette, un vaillant confrère <juo nous retrouverons bientôt dans les rangs ‘le la presse militante, vient de la doter. Le
pays de Guillaume Tell a tressailli de fierté et de joie devant le gigantesque travail que l’Eu rope scientifique vient d’acclamer.
Heureux peuple que ce peuple suisse! Il vit libre et sans ambition; son honneur lui suffit. Que lui importe son histoire dans les âges passés ou futurs? Il n’en a pas, ou du moins il n’en veut pas !... C’est pourquoi on écrira sur lui la plus belle, la plus pure su: tout, parmi celles de ses frères du continent.-.
f "Sous le ciel bleu du midi français, une fête qui, elle aussi, a bien sa poésie et sa portée philosophique, déroule ses pompes joyeuses sous les regards amoureux des brunes filles de Provence.
Saint-Rémy fêle Y Union des poètes Catalans et Provençaux. Les poètes d*Àvig!ion, de Marseille, d'Arles, de Reaucaire et de Maillane, précédés de leur illustre maître et ami, Frédéric Mistral, reçoivent dans le pays des troubadours les trouvères de la
sont réunis les fé unies Midi, les journalistes de Paris via ce; là sont groupés les amis du rire, ks Roumanîlle, les Théodore Aubaneh ces amants passionnés de notre belle Provence,,, Là sont attendus* les bras ouverts, nos
amis du Nord, nos frères de la plume, ces j braves soldats de la pensée, qui savent si bien aimer et combattre,
Oli ! que belle est sans cloute, au moment où j’écris, cette fête provençale! Qu’heureux doivent être les poètes catalans de cette cordiale réception î
Ils diront à leurs sœurs d’Espagne combien j sont jolies les filles de Provence, comment &ont grands, noirs et parlants les yeux de ces enfants du soleil I Ils leur diront le charme eni~ vrant de leur sourire, la chaste gaieté de leurs chansons d’amour; ils leur diront ce qu’ont de voluptueux et de modeste h la fois leurs farandoles indigènes.,. Ils leur diront,.* Que ne leur dironL-ils pas?.,.
Mon compatriote, Emile Blavet, quand vous parcourrez ces lignes, vous en aura dit bien davantage dans le Figaro»*. Lisez-le, chers lecteurs; on ne perd jamais à lire les récits do ce jeune écrivain,
M* Octave de P, du Gaulois écrit que don Victor Balagner, ^historien populaire de ta
Catalogne, a porté un toast è ln Provence, à ia poésie, h la presse, à l ‘union des peuples*
Puisse ce toast avoir un retentissement dans le cœur de ceux qui servent encore leur . pays et leur siècle !
On m'a dit,— je ne sais si ie fait est vrai,— que M. Pinard allait rendre au Figaro J a vente sur la voie publique quïl lui avait enlevée*
M* le ministre de l’intérieur mériterait bien ée 3a presse en général et du journal frappé m particulier s'il revenait sur cette regrettable mesure, qui a été si largement désapprouvée et trop amèrement critiquée peut-être
rvV^
En dehors de la question du principe d’interdiction que je ne puis discuter ici, il en est une sur laquelle on ne saurait trop s’appesantir, et qui sans doute aura touché le cœur du ministre. . • Les rondeurs des kiosques, protondément atteints par les mesures sévères appliquées à un journal dont les opinions ou les attaques lui sout de tous points indifférentes, se découragent, et sont prêts à laisser aux libraires le soin de vendre, avec le Figaro , la série
des journaux autorisés.
Ce serait donc encore* là une industrie intéressante, honnête et utile oui disparaîtrait!
Quoi qu’il eu soit et bien que, pour mon compteje n’accepte pas toujours les allures du Figaro, bien que ses opinions ne soient pas tou* jours les miennes, je désire de tout cœur quêta vente sur la voie publique lui soit pleinement rendue.
Je crois que tout le monde y gagnera
Les vendeurs des kiosques d’abord, qui ae~ ront contents et battront des mains;
ngarisies ensuite qui, jAm satisfaite, feront pour sûr une opposition moins systématique etipartant plus logique.
Le gouvernement , enfin, qui aura rendu les armes à'J un ennemi qu il ne saurait craindrez
M. Yermorel va, paraît-il, fonder le Courrier du Peuple, antre organe politique,*, du cm.
Je conseille an jeune écrivain, tout en lai êo limitant un franc succès, de viser on peu plus, dans ses écrits, à la partie pratique... Certes, en politique comme en économie sociale,
la théorie est bonne, mais enfin pas frop ïfen faut, savez-vous?
Nous avons déjà, dans le faubourg Saint- Martin : Le Café de la Lanterne de Rochefort À quand maintenant, dans le faubourg du Temple, Le Théâtre de la Cloche de Ferragm ? Pendant quony est,.. Continuez, Calino,
Albert Wolff et L? Yeuillot sont toujours sur le qui vive* Ils joutent, — je ne dirai pas galamment* — maïs enfin ils joutent*.. Le premier en a assez; s’il ne veut plus de cette lutte, inégale, du reste, il n’a pas tort, ma foi- L’autre tient bon quand même; il ne bronchera pas, et vous verrez, — tant on est charitable dans le camp des cléricaux, — qu’il fondra de plus belle sur son ennemi désarmé* . , Ab um dïsce rnnes
Allons! la fable du Pot de terre et du Pot de }er sera toujours un chef-d’œuvre.
E$t“il vrai que M< Sardou a porté ou portera
ÉS
à l’Odéon sa pièce, les Dévot es ^ destinée d'abord au Vaudeville puis ensuite au Gymnase? Si ouï, tant mieux. — Jî serait juste, je crois, que rheu-eux écrivain obtînt un de ces bons succès de Mge mur sur le théâtre ou il fut jadis Vi a fortuné héros de k retentissante chute que vous savez.** car en fait de chutes, celle de la Taverne des étudiants peut servir de type achevé*,. Celles d° G 'Màna, du Tannhauser, etc,, etc , n’en ont été que les pacifiques copies.,, Jugez arors
Vengez-vous donc, Sardjuî Les armes offensives ne vous manquent^ as et les étudiants d aujourd’hui vous aiment !
— $bi —
Les Dévotes ... voilà un titre, certes I un bon ti t r e me m e . Q u e ci ? e turî es charmantes et d o u io lire ns es a la lois il renferme ! combien nombreuses et curieuses sont les variétés que compte cette famille d’honnêtes folies!*. Tragédie, comédie, drame, cette enseigne veut tout dire*
L auteur des Pattes de mouches aura-t-i donné place dans son œuvre à cette étrange variété de 1 espece que vient de noos découvrir TiTc/m de Fonrmères , à cette jeune tille çni, ne pouvant rien offrir de sa bourse au Saint Père, — elle est trop pauvre, hélas ï la belle enfant ï — lui a offert ce qidelle avait de plus précieux : ses magnifiques cheveux blonds?* .
Il y a pourtant ce me semble, à Lyon, un établissement qu'on appelle les Antiquaille* et
clans lequel on enferme les fous... qu3en fait- on Jonc ?
La question du travail des femmes se corse chaque jour davantage; elle marche, elle menace même de devenir sérieuse. „ Ce n’est pas moi qui en serai fâché,,. Cependant, mesdames, permettez-moido vous donner ici un conseil d’ami : n’allez pas au-delà du but; ne soyez pasplus femmes que vous ne pouvezetne devez l'être. Laissez donc là vos prétendus droits
politiques qui n'existent pas, qui ne sauraient exister.
Vos droits domestiques, ceux du foyer, sont déjà si grands* si beaux, si indiscutables I
Plaidez votre droit an travail, plaidez votre droit au gain rationnel, àl^ssociatîon par lapro duction.., Oh! pour cela, bravo I La France ouvrière s’unira aux classes saines de la société pour vous encourager, pour battre des mains à votre triomphe...
Mais, s'il y a anguille sous roche, s'il s’agit,
flans vos réunions, de vos droits politiques, s'il s'agit d'ambitions électorales, de débats législatifs, nh! alors, allez en.,, Amérique,,, Sar dou vous dira bientôt que nous avons bien assez de folles de toutes nuances en France, ;
Le prince royal de Belgique se meurt an milieu d'atroces souffrances.
^ La jeunesse du patient, les secours réunis de la science, l'admirable dévouement delà mère, terribles angoisses du père ne peuvent rien le mal qui marche, rapide, menaçant, !... G’est la mort! Elle s'a-
Pourtant la mère de cet enfant est reine, Kilo est jeune et belle; elle n’a qu'à sourire pour être ohéie... pour être adorée.*.
Pourtant le père du prince est roi. Il est jeune et aimé... il a une armée, dés trésors...
Oui, mais qu'importe tout cela à la Mort?.. Elle n'a pas peur des armées et elle ne counaît pas P or!,..
Les prochains numéros de la Petite Lanterne contiendront, en outre la Chronique théâtrale s'il y a lieu, une ou plusieurs Causeries qui re-
produiront aussi fidèlement que possible les diverses physionomies de la semaine pari¬
sienne.
Amédée DésakDrA.
M. et Mme Gerny
(Suite.)
— Les voilà, dit madame Gerny (appelonsla ainsi), en prenant son porte-monnaie dans une coupe, et le lui jetant, j
— Merci*- Eh bien î j’ai remarqué que souvent monsieur sentait vers on&e heures, et ne rentrait oue le matin*
La soubrette se tut.
— G'est tout co que tu sais?
— Je n'ose.
— Continue.
— En louillant un jour dans le paletot de monsieur pour le brosser, j’ai trouvé une lettre ouverte, et malgré moi je T ai lue,
— Cette lettre*,,
— t ..Etait signée Coralie.
—Pouah ! le vilain nom-1 Que disait-elle ?
Je vous attends demain h l’heure accoutumée, y avait-il.
— C’est infâme, , * Et cette lettre, qu’en astu fait ?
— Mais, madame, je h ai remise h sa place.
— Tja mens, donne-la moi ï