‹ La Petite lanterneChapitre 31 sur 50 · T..TEZ · texte numérisé non relu

T..TEZ

Avant de mettre les formes sous presse, M. Kugelmann demanda à voir les épreuves, — c’était son droit, - - et les lut.

Mais cette lecture ne fut malheureusement pas, à beaucoup près, aussi favorable à mon travail que celle de messieurs les correcteurs*

11 affichait, paraît-il, des dehors politiques empreints d un certain danger; mes idées s’affirmaient trop vertement; les principes que je posais frisaient de trop près la discussion pro-

hibée. Bref, on en vint fl prendre pour de l’Économie social des réflexions philosophiques bien naturelles cependant, naïves presque.

Décidément; ledit numéro de la Petite Lanterne était trop pimenté... Haro! haro donc sur la copie!... Il fallait tailler dedans et tailler encore !

Ce qui fut dit fut fait.

C'était pendant la unit; j’étais absent, je le répète. IL ne m’a donc pas été possible, — ou devait tirer ia brochure le lendemain matin à la première heure, — de réparer les énergiques mutilations que Ton venait de faire subir à ma copie. Lés blancs pouvaient seuls remplir les vicies nombreux qui, dès lors, se produisaient dans les épreuves.

Des blancs furent jetés h profusion.

j Ge sont ces blancs qui constituent aujourd hni ia presque totalité du numéro que les habitués de la Petite Lanterne ont acheté,

Avouez, messieurs mes confrères, que j’ai * bieii débuté dans mil charge de rédacteur de ce journal, et que vous auriez beau jeu de m’en vouloir ou d’en rire si je n’avais confiance en voire indulgente sympathie et si je ne savais que voûs prendrez le fait pour ce qu’il est, pour ce qu’il vaut surtout.

Certes, les intérê s industriels de M. Kugelmann, — un homme charmant par excellence et qui m’est personnellement très sympathique, — sont à tous égards respectables. Je suis donc loin de lui tenir rigueur, de la peu gracieuse physionomie qu'il a donnée à mon dernier numéro.

D apres lui, sa sécurité l'exigeait; il a donc

eu raison d’agir ainsi. Peut-être à sa place eu auFcus-je fait autant.

Cependant, si la presse littéraire, dite ptpAe yressg, dite presse non cautionnée, est ainsi contrôlée!., si, non contente d’être sévèrement Wée par l’Administration, d’être peu aimée, — à tort, bien sûr, — par quelques uns de ses confrères du grand format, elle doit être encore en butte aux nombreuses tracasseries de atelier; si.pour plaire à messieurs nos imprimeurs, il faut nous résoudre à écrire chaque jour des fadaises, à conter des rocambolades, à exécuter des tours de passe-passe avec la morale si facile d’aujourd’hui, je me demande non sans trembler ce qu’il va falloir de patience ou de bonne volonté an lecteur sérieux pour digérer la pâture qu'on lui prépare dans certaines otfieines'soi-disant intellectuelles.. .

S’il allait détourner la tête...

Pensez-vous qu’il aurait tort?

Ceci soit dît une fois pour toutes#

Nous en passerons par la volonté de nos maîtres, mais rien ne nous empêchera de croire et de crier bien liant qu’il est des rigueurs qui sont toujours irrationnelles et qu’il est utile parfois de savoir détendre la corde qui lie.

Il est si bon, en effet, d'avoir un peu d’air à respirer, un peu d’espace à parcourir!

Les grands horizons font les grandes pensées.

Paris n’cstpas encore dans Paris.,.

Paris esta la campagne, à la chasse, aux eaux, aux Laies de mer*

Paris est partout, sauf à Paris.

On remarque bien, par*ci par-là, dans les allées du bois de Boulogne, sur les boids du lac, la queue de quelque traîne aristocratique; fai bien aperçu moi-meme, nonchalamment cambré dans un landau soie vert tendre, le bout du pied de la marquise de S,*.; j’ai bien entendu, hier soir, sous le fourré qui couronne la cascade, l'aboiement plaintif du griffon blanc d'une beauté à la mode, mais c’est là tout* Ces dames, du reste, ne font pas le Paris d'hiver: elles 3e préparent; elles sont les ambassadrices de ce milieu hétérogène qui va nous arriver bientôt tout parfumé des senteurs des champs, tout regaillardi parles brises de nos mers normandes ou bretonnes*

î Non, Paris n est pas dans Paris...

l\ est encore à la campagne où il s’amuse, ou il ioJatrrîj où ü cancane.

li est au château où H caquette, où il rêva où il s'enamoure, où il trompe.,.

II est à k chasse, où il mène la vie plantaleuse et insouciante... où il se venge sur Je gibier des proéminentes végétations de son front.

U est aux eaux où il joue, où il perd, où il gagne, ou il vole parfois, où il est immoral et absurde toujours.

Il est enfin aux bains de mer où il fait tout, tout hors de se baigner... Vôyez-ïe, ce Parislà, il lorgne les baigneuses élégantes.,. Parmi ces baigneuses, sont des femmes mariées, des jeunes filles, des hétaïres, des Lais très courues sur le turf de la prostitution. Elles sont de roi-nu es, — je sais modeste en écrivant le demi, elles sont confondues, jouant, s'ébattant dans les flots amers... Mais Paris lorgne !... Qu'importe, dès lors, si réponse, si la Jilie est là?N5ont«eUes pas leur part des regards impurs? N ont-elles pas leur part de désirs, de

sourires et d’éloges? La honte et Innocence fraternisant sous le Toile des eaux, n est-ce pas le nee plus ultra du bonheur vrai, du risque-tout conjugal?

Voilà pourtant » qu'on appelle le Paris des bains de mer !

Voilà ce qu’on appelle lé progrès l

Applaudis 1 applaudis donc, mon siècle, car ton œuvre est grande, car ton œuvre est belle 1

Je vous le die, en vérité, Paris n’est pas encore dans Paris...

Pour notre malheur, il y reviendra d’ici à deux mois et ce ne sera que trop tôt.

Je voudrais bien parler quelque peu du terrible accident de Metz, mais q a apprendraisje de nouveau à mes lecteurs?... Rjeh, malheureusement, qu’ils ne sachent déjà, rien qu’ils ne devinent sans peine, rien dont ils ne se fassent une funèbre idée... Cette histoire d’hier déroule chaque jour ses pages lugubres sous les yeux de tous... La désolation, les larmes, le désespoir, la mort, sont partout... guel table a iz liorrible à voir !

Et le peuple impuissant, et la France pétrifiée de stupeur, attendent, apprennent, écoutent et courbent la tête I

, Soullaitmis' Ih’une souscription nationale s ouvre dans tous nos départements... Puisset-elle adoucir tant de douleurs, soulager tant de misères i

On a souvent dit que l’or séchait bien des larmes, prouvons-Ie une fois de plus... à ceux

• survivent à ce désastre. Les ouvriers de £sTon\ besoin; «» n'onl tont U’benre bientôt plus (le larmes a \eisei

L’Opéra-Comique a repris le Premm joar bonheur, la dernière œuvre si justement applaudie de l’illustre vieillard qui a nom Au ber*..

Cette reprise a eu tout le succès^ qu’on en attendait... MlleMoisset, lanouveUeDjelma a dignement tenu le rôle créé avec le talent que vous savez par la jolie Marie Roze. - C était scabreux, mais elle y est arrivée.

On dit que Mlle Moisset, fort belle et grande

artiste d’ailleurs, est une pécheresse qm laisse à d’autres les sentiers risqués qu elle a toile ment parcourus jusqu’à ce jour, pour se con-

sacrer désormais au théâtre*..

Chantez! mademoiselle, chantez encore ! U

— ôïl —

vous sera beaucoup pardonné, car vous avez du beaueoup'tumer 1

Puisque j’ai parlé théâtre, laissez-moi vous dire que les réouvertures se font ou sont faites partout. Rien de saillant, il est vrai, ne nous est encore promis, mais enfin on s’occupe de nous créer de bonnes soirées d’hiver.

Nous verrons bien. Les pièces à maillot s’écrivent, se répètent et se montent. Il faut bien que les fines ou grosses jamLeè deces dames ne perdent paslèurs droits. 0iiôn serions -nous, en effet, si le banquier un tel n’allait plus être à même d entretenir, au profit du directeur de tel théâtre, ces modèles vivants qui parlent au public, qui lui montrent si volontiers à nu les trésors dont dame Nature les a ornées? Nous serions perdus, certes!,.. Photographes et crevés s’insurgeraient contre nous... Âl-

Ions, vivent donc les blanches épaules et les mollets bien tournés !

Mais alors quelle bizarre idée a donc eue M. Edouard Cadol d’écrire les Inutiles, et M.tarochelle de les recevoir dans son Théàtre- Cluny?.. Eli mon Dieu ! la bizarrerie est bien simple. M. Larochelle est un homme de cœur qui s’est dit un jour : Si je trouvais une œuvre saine, vigoureuse et honnête, je la jouerais avec bonheur sur la scène que je dirige. — M. Edouard Cadol, de son côté, est un écrivain de talent, qui, depuis des années, avait escompté la pensée de l’impresario du boulevard Saint-Germain..

Ces hommes d’une autre époque, — de la vraie, — se sont rencontrés par hasard ; ils se sont compris. Leurs mains se sont fraternellement serrées et les Inutiles, refusés partout, seront enfin joués d’ici à peu de jours.

Honneur à M* Laroehelle \

Nous avons lu la préface que M. Édouard Cadol distribuera, sous forme de prospectus, aux auditeurs de la première représentation de sa pièce. Elle est très belle, très noble surtout. Elle affirme d’avance le succès des Inutiles t s il y a encore quelque chose de bon en nous fous..*, et, certes, qui affirmerait le contraire?

Bonne chance aux Bouffés* Parisiens et à son très intelligent directeur Jules Nûriacl..

Quelle fièvre endiablée dans cette fraîche bonbonnière ! ouverture, ma mie, soyez-leur propice !

Les brochures se meurent, les brochures sont mortes! Cette littérature malsaine qui me-

naçait de tout envahir, — JBosannah ! — a fait son temps... Elle disparaît sous le coup d'une condamnation terrible, inévitable, sons celui de Vin différence et du mépris... 11 pouvait sortir quelque chose de grand de cette tendance du journal à brochure. Le bon goût, la morale et la liberté avaient à y gagner gros jeu. Mais

le coup est manqué; la spéculation s’est mise delà parie; eJest à recommencer, sous une autre forme, bien entendu. Puissiez- vous être plus heureux, et surtout plus sages, ô vous qui marcherez à nouveau sur les traces de Rochefort.

Je connais un des disciples de l’ancien rcd acteur du Figaro qui ne mérite certes pas les reprochés que j’adresse, à juste titre, aux auteurs de ces pamphlets orduriers qui ont souillé le clan des vrais hommes libres,

11 a fait sa Lanterne^ celui-là aussi. Mais cette Lanterne est bonne. Admirablement écrite, vi-

gôiireuseraeat pensée, elle est taillée sur le modèle inventé parle maître. Je ne sais meme si elle ne le dépasse pas...

Lisez ces quelques lignes, les seules que je puisse reproduire ici, et vous me direz si M. J. -R. Clément, Hauteur de la Lanterne du Peuple, n’est pas un de ces hommes dont la plume est précieuse à bien des titres.

a À Paris, il y a de grandes intelligences, de grandes gloires, de grandes colonnes, de grandes infamies, de grands dévouements et de grandes fortunes ; comme tout y est grand, les misères le sont aussi, elles logent dans les ruelles, dans des carrefours où la charité ne met jamais le pied... La charité est* elle aussi une grande dame ?

» Hier, je voyais un pauvre diable, un blés-

sé du travail ; il avait une jambe de bois tellement usée qu’il ne pouvait plus s’appuyer dessus**.

y, Le malheureux m’avoua n’avoir pas les moyens de la remplacer... Mallleur! quelle misère ! ça m’a semblé bien triste, plus triste que de voir un pauvre traîner la savate.

,i Quelle injustice ! me disait un jour un vieux bonhomme qui -marchait pieds nus sur l’asphalte brûlant, voici ûefe gens qui ont des chevaux et des voitures pour les traîner et ils sont chaussés comme des ministres , moi,Jpn suis obligé de marcher à pied, je n’ai même pas une paire de savates*

)> Trop simple l trop vrai 1 trop heaul Vérité à laquelle on ne peut répondre que par une paire de souliers, »

Dans son Cornet d’un /'’ittwewr, M. Georges

Maillard j un des plus sympathiques écrivains du Figaro , nous a dernièrement entretenu, avec sa plume si élégante et si souvent émue, d'une des plus brillantes, mais des plus modestes personnalités artistiques de nos jours, de M, Àotonîn Yeclite, le repousseur célèbre, l'émule, régal peut-être de Benvenuto CellinL M. Àntonin Yechte est mort, il y a quelques jours, à l'age de soixante-neuf ans.

Les journaux ont peu parlé de cette perte çpie l'art français vient de faire, perte à tout jamais irréparable ; mais l'éloge funèbre que M. Georges Maillard décerne à l'illustre défunt vaut h lui seul une longue biographie* Lisezle, lecteurs ; il en vaut la peine.

Un bon point et une cordiale poignée de main à notre confrère pour son bon et généreux article.

ÀMÉDÉB OltSAKDRÉ,

mée, un vieillard, le père Baptiste Brunot, agonisait sur un grabat*,.

Quatre hommes, dont le plus âgé avait trente ans à peine, entouraient la couche funèbre, étudiant secrètement les lèvres tremblantes du patient.

Ces quatre hommes étaient paysans ; «es quatre paysans étaient frères.

C'étaient les fils de Brunot,

Le vieillard était riche, et il atteignait pourtant dans une masure étroite, dont les murs, déjà dépouillés depuis la veille des quelques objets qui les ornaient, laissaient voir de larges fissure^ par ou le veut glacé du Nord pénétrait en maître.

Les quatres paysans étaient les fils de Baptiste, et pourtant ils laissaient expirer dansjla plus profonde misère, sans lui donner le baiser suprême, cet homme qui était leur père !

C’est que le vieillard avait trop aimé ces enfants dénaturés ;

C'est que les quatre paysans, avides d'or.

de plaisirs et de liberté, brûlant de se partager l5 héritage paternel» avaient brutalement fermé leur cœur à tons les sentiments humains;

C’est qu’ils convoi talent, g1 est qu’ils épiaient le dernier soupir du vieillard,.*

Cependant l’agonie touchait au terme fatal.

Le râle de la mort faisait entendre son sifflement sinistre..* le regard voilé de Baptiste Se promenait, inquiet et lent, auteur de sa couche. c. ii semblait chercher quelque chose.,.

Enfin, les lèvres glacées du moribond se desserent et peuvent balbutier ces mots :

— Votre frère .Jérôme, mon cinquième fils, où est-ü ?, * . je voudrais le bénir, , .

— Il est absent, mon père, répond Tainé; il ne pense pas à vous ; privez-Ie de votre bénédiction dernière, car s’il vous aimait, il serait ici.-.

— Vous vous trompez, méchants enfants!,, si Jérôme idest pas ici, c'est que le soin de nos

affaires le retient dehors— c'est qu'il ne sait pas que je suis malade *. c'est qu'il ne snitpas que son vieux père va mourir !.,. Le lui avezvops fait savoir ?

Oui, mon père, venait de répondre le cadet.

Le cadet venait de mentir...

— Eh hien 1 alors, s'il irest pas venu, mon fils Jérôme, c'est qu'il ne l'a pas pu... Dites-lui que je le l^énisde tout moneœm , que je meurs avec le regret de ne pas l embrasser .. car il est bon, votre frère Jérôme, et iî m'aimait, lui, au moins 1..* Adieu, mes enfants!... je vous bénis aussi... Adieu !... je vais ïà-iiaiifc, au ciel, rejoindre votre mère... Âh 1 Ah î mon... Jé... rô... me... sois .. béni I...

Et Bruno t , inclinant légèrement la tête, rendit sa belle âme à Dieu...

Et le fils aîné ferma les yeux du vieillard «. mort...

" l'i ères! s écria-t-il aussitôt^avec i.ï ne sombre énergie, à nous quatre, maintenant, mais à nous quatre seulement, les vastes biens du père ! Que Jérôme, le Benjamin du défunt, soit dépouillé de tout, comme le sont les mursde cette chaumière !... Le soleil de la fortune nedoit pas luire pour lui. — 11 dépend devons | de le terrasser sans pitié... Jurez, frères, sur | ce corps inanimé, jurez de seconder la haine i pc je lui porte, jurez de servir la jalousie que nous dévore...

! — Nous le jurons !... dirent les trois frères j d’une voix ferme.

Et quatre mains sacrilèges s’étendirent lenj (ornent sur le cadavre encore chaud du pauvre , Baptiste.

Quelques instants après le vieillard était enj seveli dans un suaire noir.

Le soleil venait de luire à l’horizon.

Le lendemain matin, vers la huitième heure, les quatre paysans, l’air éploré, les veux mouillés de lannes hypocrites, le conduisai ent à sa dernière demeure .

One foule pieusement consternée suivait le cercueil du père de Jérôme, car le père de Jérôme était aimé partout dans la campagne de Roquemaure.

A peine sortis du cimetière, les fils du mort s’éloignèrent des amis.de Brunot et prirent un chemin détourné pour se rendre à la ehauinière*

L’aîné, dont les traits hébétés accusaient une méchanceté naturelle, feignait de sécher des larmes... C’était le plus inintelligent des trois... c’est ajouter qu’il était le plus jaloux...

Le cadet, plus rusé, mais non moins hypotjito Que 1 amé, marchait courbant la tête vers la terre; il pensait à son frère absent ! il pensait h Jérôme, il pensait aux moyens h employer pour l’écraser dans l’ombre,"

La troisième, une nullité complète, composait sa physionomie sur celle do ses frères., C’était un être méchant doublé d’un homme fourbe,,, c’était le haineux de la pire espèce.

Le quatrième était le plus jeune, mais le plus à craindre de tons; c’était le fourbe qui terrasse son adversaire, caché derrière une haie pour ne pas être vu; c’était celui qui déguise son allure sons un habit d’emprunt...

c’était le H asile de la famille1 Mortels

étaient ses coups, car très faux était son sou- | rire.

Frères, dit l’aîné, nous allons arriver à lu cabane pour nous partager les biens de noire père. Si Jérôme, prévenu par un ami du défunt, arrivait à nous, que ferons-nous de 'lui?

bions le chasserons comme un galoux I répondit le cadet.

Le troisième :

— Oui, mais il ne faut pas le chasser sans Lavoir châtïê, sans lai avoir fait chèrement payer le droit gu’il s’est arrogé de se faire préférer par notre père, Taudace de se faire aimer par tous ceux qui le connaissent

— Mûî3 ajouta le plus jeune, je me charge de vous seconder à ma manière. Je saurai lut trouver tous les défauts possibles; je ternirai le peu de qualités qu’il possède ; je ridiculiserai le travail de ses mains; je délirai J es élans de son coeur... Frères, si je ne le perds pas, au moins saurai -je lui barrer le chemin qui conduit à la fortune... Tous vous unirez h moi; nous lui arracherons son pain, après avoir insulté à son travail et les quelques mîettrs quenous lui offrirons après, nous les tremperons dans le fiel et le vinaigre !...

Tous répou dirent :

Guerre h Jérdtne L..r haine a notre frère,

travailleur et bon !...

Les fils de Baptiste Branot arrivèrent à la cabane paternelle.

Un jeune homme, les yeux pleins de larmes, attendait à la porte... Il avait frappé, et on ne J ü i a vai t p as r ép on d a !

C’4nt Jérôme ; c’était l’enfant béni du pere ; c’élait le maudît des fils du vieillard !...

~ Mon père !.. ou est mon père?. s’était '■cric le pauvre voyageur en voyant arriver ses freres.

— Il est mort d’hier, lui fut-il sèchement r' pondu; il est mort et enterré*.,

"7 MorÈ Mort sans ravoir vu !."J sanglota Jérôme..* moi qui ruimais tant !.*,

— \jiii ne t’aimait pas, car il t’a maudît avant de rendre le dernier soupir*.*

— Lui !.„ mon père, nravoir maudit !... on, vous nrg trompez... non, mon père nJa

pas fait çela !...

— 11 l’a tellement fait que nous te chassons d’ici...

Ya-t-en ! tu souillerais la maison que

son cercueil vient à peine de quitter.

pitié 1 pitié ! mes frères!... j’étais pourtant son fils !...

— Tu ne l’es plus, aujourd'hui que tu t’es avisé de travailler sans nous; tu ne l’es plus, aujourd’hui que tu as cru que loin Lie nous lu pourrais chercher la fortune... La fortune te sera toujours étrangère et ne te sourira ja-

mais !

Du reste, tu n’as rien de ce qu’i! faut pour

te l’ attacher,

Tu es ignorant et tu ne connais pas de métier,

— Tes" champs ne produisent que des ronces et des épines,

— Ta main est maudite et tu devrais la couper.

— Intrus 1,,.

— Vagabond I.v.

— Mendiant !.. ;

— Fuis loin, bien loin de nous ; cesse de te dire notre frère, on nous te,..

Et les quatre mains sacrilèges qui, pour an serinent impie, s’étaient étendues sur le cadavre du vieillard, se levèrent sur Jérôme comme pour l'assommer*,,

Jérôme leva les yeux au ciel, se retira lentement, voulant épargner peut-être un fratricide, et murmura ces mots, que les fils de Baptiste purent entendre :

— O mon père, no vous vengez pas sur

eux!... Il sont aveuglés; la jalousie les a rendus coupables... pardonnez leur comme je leur parnoane, car ils ne savent ce qu’ils font I...

Et Jérôme, une pioche sur l’épaule, se perdit, sans mot dire* dans le champ voisin, où il récita la prière des morts pour le repas de I âme de son père trépassé.,.

Amèdée J)ê sandre* (La fin au procha in numéro ,)

Pièces eu ¥ôjshl'

opéra, lia mie t.

français» Il ne faut jurer de rien, o pér à-go miqu e * L es h ra g oïi s d e Vil la rs ,

VAUDBYILLE* UAblDae.

variétés* La Le Joueur de ilûre* gymnase* F an ri y- Lear* palaïS“ROyal»Lc Lys clans la vallée, gaîté» Les Fugitifs.

AMBTGtJ-eOMIQUE, Pris-C de Példü»

Le direclcm^gèrunt : Tu. Mauxion* Paris* — lmp Kugelnoa^i* rue Granjfe-Batclito, 13.

Paris, 3 Octobre 1868

La

petite lanterne

PAR

Atnédéc ©ÉS AMUSÉ

J V iemai;e,r de s’écouler a été

des 6o”nes de l’année courante; elle comptera pour deux, pour plus peut-être, dans les éphéméndes historiques et littéraires du dix-neu- Vieme fcle- Quand je dis une des bonnes pourtant, je m'entends. Bonne pour ceux qui

événe^ p ^t A la quantité qu’à la «uaUtéll événements, excellente pour la chronique fan-

e’ crousüllante même pour les caque-

te ors des hautes sphères sociales, elle a été, en revanche, triste, douloureuse, funèbre pour ceux qui dans on fait cherchent plutôt un enseignement vrai qu'une indécente surprise, plutôt une consolation ou un remords qu'un scandale ou une âpre jouissance, pour ceux surtout qui, ayant trop à pleurer, ont désappris de rire; et, n'en déplaise au sire de Beaumarchais, il y en a encore de ceux-là, parmi nous et ailleurs..., je vous le garantis.

Ï/Europe attentive écoute; elle attend anxieuse, préoccupée.

Elle attend, quoi? Elle attend, parbleu, ce que, comme moi, vous attendez aussi ; elle attend la solution d'une grave affaire dont les phases se déroulent aujourd'hui dans la péninsule Ibérique ; elle attend la tin d'un commencement dont, hélas ! je n ai pas le droit de vous parler ici j elle attend ce que vous désirez, ce que nous désirons tous, ce que je désire ardemment pour mon propre compte ; elle at-

ïâT jUStiCe Se ,à 0Ù eîie a *■<* *

diraÏnlT ne-C°ra?teZ d0nc P°bipn, m sœur Patron^ m%r<*culame intercession de ï Pl' , ‘ c‘mo’ Ies samtes prières du R. pnch

CS9B«=swï

,,meS3ieUrS’ J'e ““pie ceia pf

rIî0e dl0Se’ pour <» que cela vaut moins; mais je sais aussi que ce Dieu dont parie punit aussi le charlatanisme, 'fût-H ,

SSSæa.-

fore ; Je sais surtout qu'il foudroie Je lâcl

PPie se fera, espérons-Ie, car enfin ;i „ .

I un Dieu là* haut sur notre tête. ’ " ' <l

complaisant qui n’a qu'un sourire idiot pour venger les secrètes infamies de 1 alcôve*

Yoilà ce que je sais, mes frères ; si vous sa-* vez, si vous croyez autre chose, allez y voir.,. Il n’y a plus de Pyrénées.,, Le vin y est bon, le vice y est facile, les femmes y sont belles.,. Des jours plantureux vousv sont encore réservés.

M. le comte Walewski est mort!,,.

Ce comte était un grand de la terre ; ce grand de la terre — par exception — était un homme, un homme comme je l entendSj un homme fort, un homme vrai, celui-là.

De cet homme, de cette incarnation gracimsemeni politique, je voudrais aire deux mots.,., mais ces deux mots seraient de trop

Page 1