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parfois 5 ils jetai ont des flammes. Lancé par le hasard sur la route périlleuse des aventures, cet homme laissait deviner à l’observateur qu'il n'était point né bandit*,. Le Blaireau s’é> chappa un jour du toit paternel, pour vivre d’abord d’illusion, d’oisiveté, de paresse, plus tard de contrebande et de braconnage. Le travail aurait pu faire de lui un bon citoyen, la débauche en fit un hideux1 forban ; confondu dans la foule, il aurait pu frayer les voies honnêtes ; hors la loi, il côtoya colles du crime ; il eût pu s’abriter sous un toit domestique, il préféra risquer celui des Bagnes.
Le jour oh il vit Claire pour la première fois, il la trouva jolie ; il la désira, il la voulut, 11 la désira, comme pouvait désirer un homme de cette trempe, il la désira avec frénésie, avec ra m ; il la désira honteusement, diaboliquement. Il la voulut, comme il savait vouloir, avec une volonté de fer ; iî la youlut à lui, pour lui, toute entière, sans partage! Lui parler, la séduire, l’entraîner sans retour dans le libertinage, c’était là son but* son but avoué. — Son plan était tout dressé ; hideux
architecte, il l'avait trop solidement construit pour ne pus être sûr de la réussite.
Déjà le Blaireau avait dit un mot, le premier, unseul, par bonheur, lorsque la biusque interpellation de Jacques vint tout à coup compromettre le succès de son œuvre infernale.
Ce jour-là, le Blaireau se sentit atteint en pleine poitrine. On le saif, IJ jura de se venger — ét le Blaireau savait se venger!
Claire était installée chez la Perche latte.
La maison de la veuve Iw avait été de tout cœur ouverte. Bientôt à bon droit, pouvaitelle la croire comme sienne, car la brave femme cent fois déjà loi avait dit :
— Tu es ma fille* Claire. Ta place est Ici maintenant. Sols y ce qu3y était ma pauvre Marguerite, la .maîtresse, la gûtée, la bonne fée.,.
L enfant avait souri a lu bonne mère; radieuse, elle s'était jetée dans ses bras et lui avoit répondu :
OU ! je te soignerai bien, va, ma Perchelatte i Que je t aime donc depuis que je suis avec toi 1
— Et Jacques, l 'aimes-tu? reprit la brave vieille*
— * Comme mon pere ! fit Claire avec un élan spontané.
- Et Antoine? ajouta malicieusement la Perchelatte.
— Comme mon...
La jolie mignonne s'arrêta tout court; elle baissa la tete,,. elle venait de rougir.
Comme ton? s'acharna la veuve en redressant le visage chastement honteux de Claire. Voyons* comme ton?
— 1 Comme mon frère !... murmura l'enfant,
— Comme un frère fiancé* hein?
La jeune bile, tonte pâle de surprise, regarda timidement la Perchelatte.
— Que dites-vous là, mère ï minaudat-elle ? \
— Je dis, pardieu, que tu aimes Antoine, depuis le jour ou sou père t’a délivré des griffes do Blaireau, n’ est-il pas vrai ?
— C'est vrai, j’aime Antoine, avoua Glaire avec une naï^e franchise, ■
— Je dis aussi qu’Àntoine t’aime,
— Oh ! serait -il possible, Antoine m’aimerait I
— Oh ! tu le sais bien, petite rusée I je sais moi quTil te l’a dit.
— Mère,..
— Et que tu lui as répondu :,Moï aussi, je t'aime ! interrompit la veuve en souriant*
— Je vous.,.
— Ne dis pas non; j’ai tout entendu ; j’étais derrière le buisson de la Croix verte . Hein, fripponne, est-ce vrai, maintenant?
— Vous avez de bonnes oreilles, mère Perchelatte, mais vous ne m’en voulez pas au moins? Antoine est si beau! il m’aime tant,
übjectaXT enfant qui venait de sauter au cou de la bonne femme*
— Eh! Je le sais mieux que toi, fillette. Aimez-vous donc, mes enfants, sous le regard de Dieu ; profitez*., car bientôt peut-être...
— Bientôt, dites-vous, mère? s'écria Clairette effrayée, vous avez dit bientôt?
— Et la conscription, et les vingt ans d'Antoine? tu n'y songes donc pas? Ton promis est du bois dont on fait les bons soldats, et s'il amène un mauvais numéro,]] faudra bien...
— Àh î je n'y avais pas encore songé* soupira la pâle amoureuse, qui, toute frémissante, tomba presque inanimée sur un siège ; c'est vrai.,, la souscription,,, je l'avais oubliée.
Antoine sortit le numéro qmtre de la corbeille municipale.
Terrassé, comme anéanti, par cette fatalité.
il apporta cette triste nouvelle à soo père, qui, le pauvre homme, ne sut pas le consoler, à sa mère, qui rétrejgnit douloureusement sur son cœur, à la Perchelatte qui maudissait armée, fusils et gib rues, h Claire qui, révoltée, éperdue, se jeta dans les bras de son fiancé, et y pleura toutes les larmes de ses y ux,
Mais la loi avait parlés Ie conseil cle révision avait dit soo dernier mot ; il fallait partir, . .
Il partit.
Jamais conscrit plus amoureux ne quitta une promise plus aimante.
Ils s’embrassaient j puis en se souriant, ils se disaient :
— Je te serai fidèle, je t'attendrai, sou vienstoi, aime-moi L, >
Mots d'amour, phrases si souvent répétées mais toujours si neuves, promesses brûlantes, serments fiévreux, qui s'échangèrent entre les deux amants, comment vous les redire ici !
Antoine s’éloigna.
Lti pauvre enfant rentra triste, découragée dans la maison de la Pcrchelatto.
Le conscrit, accompagné de Jacques, de sa mère et de tous les gens de Posiac, prit la grande route. On chantait, on dansait, un riait, mais on pleurait aussi !
Aux environs d’Abbeville, on s’embrassa une dernière fois... puis tout fut fini.
Antoine était soldat.
Jacques et Rosette n’avaient plus leur en* fant !
Jacques, le sourire sur les lèvres, mais la j mort dans l’âme, reprit ses tournées quoti- I diennes; son devoir l’appelait, il sut quand , tv.ême le remplir. Sans son fils, sans Antoine, eilesfurent pénibles, souvent dangereuses! Son | aide n était plus là ! pouvait-il espérer écbap- [ ptr toujours aux dangers fréquents auxquels i il éfait exposé? Il se promit, toutefois, de faire
de sou mieux, La croix des braves brillait sur sa poitrine ; ü s’en souvint.., et le courage peu h peu remonta au cœur du père désolé,
— Après tout, se disait- il pour se consoler, sept ans, ça passe vite ! je n'en ai que soixante, moi ; la mère Rosette en a cinquante [ nous sommes encore bien portants. Eh ! jarnigné, nous reverrons pour sûr notre bel Ànloine ! Ü est le fils de son père, il saura se battre ; mais i! nous reviendra sain et sauf.
Et le vieux sergent tordait amoureusement ses grosses moustaches ; il oubliait sa peine; il marchait, il marchait toujours. Le soir, au coin de la cheminée, il présidait la veillée; Rosette souriait aux joyeux récits de Jacques ; Claire pensait à Antoine ; laPerchelatte, écoutait, s’exclamait et soupirait en tricotant la laine grise du Crotoy. On arrosait les histoires du garde-côtes de plusieurs pichets de bon cidre, puis on allait dormir en paix.
Mais le Blaireau ne dormait pas, lui, Sans cesse à l'affût d'une proie, toujours prêt pour
Un jour que Normatif, accompagné de sa femme* se dirigeait vers le Crotoy, il aperçut le Blaireau rôdant autour de Posïue. Le farouche contrebandier tenait son fusil en ü semblait attendre quelqu’un.
quelque fraude, il passait ses jours à dépister Jacques Normont , à mettre en défaut son zèle, ses nuits à comploter contre lui, à lui ourdir des embûches, à lui creuser l ï abîme*
De son côté, le vieux sergent serrait de près son ennemi. Il le guettait, le poursuivait, l’acculait, et le plus souvent le mettait hors d’état de nuire*,. Cent fois il le prit en flagrant délit de contrebande ou de braconnage ; cent fois il verbalisa contre lui ; cent fois le Blaireau sut échapper aux recherches de la justice, aux poursuites des gendarmes, aux prisons, aux bagnes,
Jacques en était malade.
Cet homme me fera mourir de chagrin I se disait-il quelquefois, comme désespéré.
Voler aussitôt à lui, lui sauter à la gorge, l’étreindre vigoureuse me ut, fut pour Jacques l’affaire d’un instant.
Le bandit se baissa soudain, se releva d’un bond, et, plongeant un énorme coup de poing dans la poitrine du garde-côtes, le força à lâcher prise. Celui-ci, exaspéré, recula pour s’élancer sur l’hercule...
Rosette vit son mari exposé, perdu.
Rapide, elle s’élança en sanglotant entre les deux adversaires. Mais le filai reau avait armé son fusil ; il visait Normant, lorsqu'elle interposa son corps entre eux. .. Le coup partit... La balle vint frapper au cœur Rosette qui tomba morte aux pieds de Jacques.
Améoee DésandriS,
(La foi au prochain numéro )
Le directeur-gérant : Th. Mauxion.
Paris. — lmp. Kugelmann, rue Grange-Batelière, 13,
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Numéro spécimen.
LA CHANDELLE