NOUVELLE
l U Evénement illustré donne la nouvelle sui¬
vante :
La question de Ruy-Blas revient sur le Lapis, et si noos en croyons M. Hector de Callias3 il paraîtrait que M, Camille Daucet serait très favorable à la reprise du théâtre de Victor Hugo.
Pour notre part* nous désirons très fort qu’on joue Ruy-Blas , d’abord parce que c est un chef-d'œuvre, et puis qu'on nous laisse tranquilles quand nous irons voir les Caprices de Marianne , ou entendre la Nuit dr octobre.
Scapitii journal littéraire paraissant tous les jeudis et rédigé en chef par M, Amédée Üésandré, se vend chez tous les libraires et dans tous les kiosques.
Ce numéro de la Petite Lanier m no pouvant être considéré que comme spécimen, attendu que notre déclaration de titre n’a été déposée que le î5 courant, nous prions nos lec leurs, pour nous mettre à môme de laisser expirer le délai légal, de se reporter au 3 juillet prochain, jour où ils trouveront la Petite Lanterne chez les libraires et dans tous les kiosques, avec la date du samedi 4.
Le directeur-gérant : Th, Mauxion,
Paris, — lmp. Kugelmann, rue Grange «Batelière, la, /j
Numéro 1*
4 juillet 1868*
LA
PAR
ACHILLE DE SECQNBÏGIfrÉ
Paris > 4 juillet,
je serais assez d'avis de ne pas pousser à l'extrême le besoin des vérités voilées et de ne pas habiller de vêtements trop lourds la Vérité, — dette charmante personne que Von représente toujours sortant de son puits, toute nue, n'ayant même pas la plus petite écharpe de gaze sur les épaules. Je préférerais que Von vêtit davantage les drôlesses qui figurent sur nos théâtres, et que 1 on laissât celle-ci vaquer-à ses petites affaires, dans sa nudité primitive* Gela offusquerait sans*
doute bien des gens, mais, somme toute, je crois que chacun y trouverait son compte.
Un exemple entre mille : Voici venir le 1 H août, journée mémorable où il pleuvra tout plein, tout plein de petits rubans rouges. Eli bien I je serais désireux que le Moniteur inscrivît en regard du nom de chaque nouveau décoré le motif qui a valu à ce dernier un le! excès d’honneur. On lirait peut-être quelques mentions de ce calibre ;
M. K...,. promu au grade de chevalier de la Légion d’honneur, pour avoir bien conduit le éotillôn chez MmeZ...
M. Ü..., promu, etc..., pour avoir encombré pendant dix, quinze ou vingt ans, les antichambres ministérielles.
M. P..., promu, etc.., inventeur d’une aime meurtrière qui « fait merveille, » ou bien encore avec ces simples mentions : « bouffon, — flatteur, — courtisan. »
Ah I je pressens bien qu’il 'y aurait cris.
rolère indignation dans le camp des quémamdèuTS assouvis:; mais, bastl leur difaiton puisque vous avez voulu vous couvrir û’honne ur s immérités , n’y regardez pas de si près. Laissez -nous au moins le plan>n (allons Lires dont les boutonnières ne demandent qu’à rester vierges, — pléthore de vertu incompréhensible dans ce temps de débauche) da connaître la cause des honneurs qui vous accablent.
Je suis certain qu’avec mon procédé il se ferait un grand vide dans les rangs des solliciteurs et que le Moniteur du 18 août se vendrait h dix millions d’exemplaires.
Loin de moi la pensée d admettre cependant que 1T exception soit plus forte que la règle. J'accorde au contraire à celle-ci toute suprématie sur l’autre, mais il me semble que sur les sept ou huit cents décorés du H> août, il y en a bien quelques-uns qui accaparent fallacieusement le ruban rouge . Prouver le contraire serait prouver quil y a des règles sans exceptions.
G, Q. F. D., s'il vous plaît?
Certains journaux officieux et de bonne * volonté, — s’ils iront déjà commencé, — livreront bientôt au public, par avance, — les noms des personnes qui devront infailliblement figurer au Moniteur du 15 août.
Feuilles imprudentes, vous ne savez donc pas ce que vous apportez de déboires et de désillusions dans les familles, car malgré vos ' indiscrétions puisées à si bonne source, dites-vous, vous vous trompez souvent, ne vous en déplaise.
Contemplez plutôt cette scène intime : :
MJ Coeardeau est en train de dîner avec 1 sa femme et sa fille. Mais comme le potage est un peu chaud, il jette, en attendant que | ce dernier refroidisse, un coup d’œil sur sa ' Patrie , sa douce Patrie , Tout à coup il très- > saute sur sa chaise, et comme tout va à Tunisson dans ce paisible intérieur, la mère et la fille tressautent aussi sur leurs chaises.
Encore un crime ou un suicide, n’estce pas ? fait aussitôt maman Gocardeau.
— Mais non! tu n’y es pas, Mëlanic; tu sais bien--. C’est pour cette année, répond Cocardeau en faisant passer son petit doigt par la boutonnière de son habit. C est là, c’est écrit dans ma bonne Pairie.
— Enfin ! exclament à la fois les deux femmes,
— Je vais donc pouvoir apprendre à ma boutonnière, — car je n’ai que le temps, — le rôle qui lui est destiné*
Voilà une famille heureuse, qui achète beaucoup de ruban. Les répétitions se font en présence des amis, des parents, car if faut bien être prêt quand la première aura lieu dans les colonnes du Moniteur . Mais esbee oubli ou rigueur de dame censure î La première n’a pas lieu. Voyez d’ici Fair comique et vexé de la famille Coeardeau.
Ce qui précède me rappelle un type bien
drôle, peint par M. Cirante, de riUuüration, dans Time de ses chroniques de l'année dernière :
Le 10 ou le 11 août, au moment où les journaux dits de renseignements avaient publié par avance la liste des nouveaux chevaliers, M, Louis Ulbacli rencontre sur le boulevard un de ceux que désignait la chronique pour le futur ruban rouge :
jtt — Eh bien! lui dit- il, je vous félicite. On a rendu celte fois justice au mérite.
* — Comment cela ?
« — N’êtes-vous pas décoré ?
(( Moi! oh! on le dit. Les cancans, la
chronique. Mais qni le prouve? Quant à moi, à? 'si’y compte püs\
. ïl n’y comptait pas, et déjà près de sa , boutonnière on pouvait voir de petits fragments de peluche de soie rouge, trace évidente d’un ruban essayé en famille, devant ta glace, en présence de la femme, des entants, du portier peut-être. La décoration ivaü été répétée comme un décor de féerie,
m, et le chevalier modeste avait oublié de Brosïv~ ser son paletot. »
Être fils de ministre !
es Voilà une bien belle position sociale que
u- je rêve depuis fort longtemps et que j’eme- brasserais volontiers , s'il était possible., le : Mais le malheur est qu’il est plus aisé de o- naître avec uoe infirmité que naître fils de ministre. FA malgré les plus violentes dïspo- ! si lions qu'un fils ambitieux puisse ressentir
pour cette sublime carrière, il lui est interdit de l’embrasser ? s’il nTa pour cela un papa complaisant et capable de diriger [style imagé une des huit barques qui conduisent ThUat.
tire fils de ministre !
i, Quoi de plus beau ? Ce titre — car erest tm
titre aujourd'hui que les fils Duriiy ont mis à la mode — est toute une révélât ian* 11 porte a # bien plus loin que tous les fusils perfectionnés du monde. Il dispense de tout commentaire, il ale prestige qui gagne les masses.
Avez-vous vu quelquefois tomber une pierre dans l’eau ?
( La chute de cette pierre produit sur h
surface liquide un rond qui s'élargit Unijours, toujours..*
Eli bien ! figurez-vous entendre au milieu d’une foule :
« Je s tus M. un telfds, du ministre. »
Ça vous gagne, ça vous étreint, ça vous empoigne.
On s'agenouillerait presque devant l'heureux mortel qui jouit d'une telle qualité !
Dame, c/est beau, très beau I Et à défaut d'un certain mérite personnel, le fils d’un ministre n'hérite-t-il pas de celui de son père?
Je sais bien que si j'avais à choisir, je préférerais de beaucoup être annoncé sous cette rubrique ; M. un telfi's, de ses œuvres. »
Mais tous les goûts sont dans la nature.
Etre député 1
C'est encore une mission qui me sourirait assez à cause de l'inviolabilité inhérente au privilégié qui k remplit.
On siège à la Chambre, on cause, onbavaL, on* a 1» liberté de lout dire, on défend son pays entre deux verres d eau, - ceqo doit être une tâche bien douce, fcn un m , on a la bras long et l’on peut, si le train, faire chauffer une locomotive pom
sa petite personne.
Le département que l’on représente attend, chaque jour, avec impatience i, le coursier qui apporte les comptes rendus de Chambre. Il dévore vos longues Phases votre éloquence, — quand v ous P-1’ coup, - car pour hü c’est la quantité et non
la qualité qui lui plaît.
N’ est-ce pas là quelque chose de 5UP^e qui donne envie de goûter au suffrage um-
• verset?
Mais ce qui me console, — moi qui ne serai jamais ni fils de ministre ni député , — c est que ces favoris du sort et du suffrage ne sont pas plus que vous et moi a l’abri des faiblesses humaines et de certains ridicules.
L’administration des omnibus, qui est ■vraiment une bonne fille, entre parenthèse* ne cesse pas cle s’inquiéter du bien-être de son public. Tantôt elle change Titinéraire et TëtigueUe de ses voitures dans le but sans doute de varier le voyage de ses clients, habitués pour la plupart à franchir, chaque jour, la même distance. Tantôt il lui prend la fantaisie d’entasser quatorze personnes là où douze étaient déjà à rétroit.
Rassurez- vous, sa prévoyance à l’égard de *on cher public à 1 5 cent, ne s’arrêtera pas là; elle ira, j’en suis certain, jusqu’à glisser quelques voyageurs dans les poches des cochers, histoire de les tenir chaudement en hiver i de les garantir de la chaleur en été.
Eu attendant, voici qu’elle crée un nouvel emploi, toujours pour l’agrément de ses voyageurs. Elle va installer, sur un strapontin, iixé au fond de chaque voiture, un juge h >aix ambulant, dont la mission consistera 'ûüer illico tonies les difficultés et et que-
relies qui pourront surgir dans le courant dt trajet*
Premier exemple : Un vieux paillard fait mine de laisser tomber sa canne pou r pmem la cheville de sa voisine. Plainte de la dairn
et condamnation immédiate du vieux po
son à payer la place d’icelle pour attoiu ments illicites-
Deuxième exemple : Une personne distraite surprise en train de glisser dans sa P. che l’argent que lui passe son y°«?»
condamnée, séance tenante, adix ans dt prison pour abus de confiance. Etc., etc.
Troisième exemple : Un jeune étourdi qui s’amuserait à faire une déclaration d-amour à une jeune fille de 15 ans, dans une langue étrangère, serait tout bonnement poursmv pour détournement de mineure.
Etc., etc.
ÿj 'allez pas croire, cependant, que le premier venu soit capable d’occuper ce poste (le confiance. L’administration veut des b.om' '
mes complets sur tous les points. Lisez plutôt rénonciature —que j’emprunte au Fi garo, — des conditions exigées des candidats :
« 1 0 Les diplômes de bachelier ès-le lires, de bachelier ès-sciences et d'avocat;
w 2° ha connaissance approfondie des la& ynes française, anglaise, allemande, italienne, espagnole, russe, arabe, turque et chinoise ;
« 3° Des certificat de vaccine, de bonnes vie et mœurs, duement attestés et légalisés ;
* h Une connaissance parfaite du Paris nouveau de M, Ilaussmaini ;
K 5- Une santé de fer, un caractère excellent, un physique agréable (sans excès de beauté, cependant), une pureté de mœurs exemplaire, une honorabilité absolue el une certaine aisance personnelle.
Vous le voyez, ce n'est ni plus ni moins (ni\m petit chef-d’œuvre de perfection que
désire' l'administration (pour 1 ,200 irancs palan), qui s’est tenu sans doute ce langage :
— Je veux, dit-elle, que mes juges de paix ambulants aient une santé de fer pour résister, chaque jour, à un jeûne de douze heures; qu’ils aient un caractère excellent, afin de conserver toute leur intégrité ; qu ils possèdent un physique agréable (sans excès de beauté cependant)quï plaise aux voyageuses, mais ne les séduise pas. Enfin, comme il m’arrive quelquefois de perdre le prix des places de certains osés qui prétendent avoir oublié ou perdu leurs bourses, j’impose à mes juges une certaine aisance personnelle ijui leur permette d’avancer les places des personnes gênées et oublieuses.
Exemple (j’aime les exemples) :
Madame met la main dans sa poche pour solder sa place, mais elle la retire aussitôt eu poussant deux ou trois cris de terreur. Elle n’a pas sa bourse!
Le juge au strapontin prononce îa sentence suivante :
— Vous n’avez pas d’argent, sang doute, madame ?
— Mais, monsieur...
— -èuffït ! c’ est très bien... Je là cannais celle-ci, il ne faut pas me la faire... Mais il y a peut-être moyeu c!e s’arrange^ En foùiïtânt bien dans vos poches, vous trouverez saris doute un objet qui puisse répondre des ISO centimes que je vais vous avancer...
Tableau.
Lu dame se fouillé, Se fouille tellemérit qu’elle ne trouve rien. C’est toujours ainsi que les choses arrivent.
J aurais bien l'intention, madame, — répond l’homme au strapontin, - de vous juger comme aventurière cherchan t à sé faire voi tarer sans bourse délier et ne possédant pas le plus petit objet de valeur.
— ib —
~ De grâce, épargnez-moi ! Je vous jure !
... ]s[0 jurez pas , madame, mais passezmoi plutôt les deux journaux qui sont suives genoux..
— Voilà, monsieur*
__ Constitutionnel et V Etenda.nl, mau<vaine affaire ! ça ne se vend pas ! Vous n’avez pas une Lanterné ? — tout le monde a sa Lanterne aujourd’hui.
— Non. monsieur, mon mari ne lit que ces deux journaux.
Avez-vous au moins une Petite La/tir
terne ?
Signe négatif et rougeur de la dame-
__ Malédiction ! s’écrie l’homme m étra ponlin, je suis relait de six sous.
Puis, se ravissant aussitôt :
— Conducteur, faites descendre madame ; Il est inutile de la conduire plus loin*
HOCHE (Lazare)
Le centenaire de Hoche Lazare, nui lut général en chef clés armées de Sambre-et* Meuse et du Rhin et qui pacifia la Vendée a été célébré à \ ersailles le 21! juin dernier. On sait le piètre éclat avec lequel cet anniversaire a été célébré, et pourtant Iloclie, la plus noble célébrité peut-être de la Révolution française, mourut au camp de Wetzar, le iis septembre 17 97, dans la plus profonde misère! Nourri pour la grossière condition du manouvrier, il fut élevé par une tante (fruitière à Versailles), qui lui faisait gagner sa subsistance en Remployant à vendre ses légumes. A quatorze ans, il entra comme palefrenier surnuméraire dans les écuries de Versailles.
y une Petite histoire authentique de la jeunesse de Lazare.
Un soir Marie- Jeanne, la fruitière, donnait
dans son vieux (iue e
T ,av.nre fil avaU^WW^f ses pieds sabre qu’ib&vait reçus en étrenne/®/e:Jeauue ^®\ieaatôt sa
main ridée [su? *a ^aujâére eonnwA P01*1 ^ forcer à s’(W*> et promena atfhju' d elle un regard iV^estigatenr . Pas de^ <ftà\ e .
— Voilà encore le ^
— Je suis là, dit uhe -r-Bfi^Taichc .
— Allons, viens te coucher.
Encore un instant, je t’en prie, bonne
tante.
— Va pour un instant, mais presse-toi.
Marie-Jeanne s’assoupit de nouveau, niais cette fois le réveil fut terrible.
— Le feu! s’écria- belle.
On battait la chargé, on battait la générale, on battait toutes les batteries imaginables.
— iS —
Elle sourit en reconnaissant d’où venait le tapage.
Quel enfant I toujours des idées de pierre. Au lieu d'aller à l'école* il lui arrive souvent de courir dans les rues avec une troupe de bambins comme lui* et il me revient tout en lambeaux. Quand je veux le gronder, il m'embrasse : « C'est au général adonner l'exemple * et j'étais général, s — Beau général* ma foi !
Et, par jun mouvement naturel de curiosité, la vieille fruitière se dirigea doucement vers la porte vitrée, écarta le rideau et plongea ses regards dans la boutique. Elle avait devant les yeux un magnifique spectacle.
Lazare avait allumé une lampe, et* placé au milieu de légumes de toute espèce rangés en bataille cl séparés en deux camps ennemis, les Autrichiens et les Français, le iam-
bour sur la cuisse, le sabre en main, il dirigeait les mouvements de son armée.
— Soldats I s’écriait le petit bonhomme en se tournant vers une centaine de carottes, vous n’avez pas de souliers, pas de pain, pas d’argent, et l’État ne peut vous payer ce qu’il vous doit. La Richesse et la Gloire son dans ces plaines. Suîvez-moi !
Il ajouta :
L’ennemi nous attend. Soyons dignes de
310 ire gloire et de notre nom»
En mèïn'é temps, il mon traitdes rangs épais de melons brodés, pressés les uns contre les autres et présentant un aspect formidable. Derrière, sur des chaises entourées de salades et simulant des collines, on distinguait une batterie de navets roulant sur des pommes dé terre, batterie prête à vomir le feu et le carnage, batterie qu’il fallait enlever à la baïonnette» Sur le flanc dé cès col' Unes, une réserve de tomates, cachée dans
tm bois cle rosiers, de violettes et de résédas, n’attendait qu’un signal pour voler au secours des Autrichiens et hâter notre défaite ou retarder notre victoire en protégeant leur retraite.
Marie-Jeanne poussa bien un long soupir, en voyant tout ce remue-ménage; mais, malgré elle, elle restait bouche béante, attendant l'issue de ce combat .
Feu sur tous les rangs! cria Lazare; et la vieille fruitière crut entendre une épouvantable décharge de mousquefèrie. L’enfant ne perdait pas de temps; il courait, il gesticulait, il brandissait son sabre, et, parfois, le mettant au fourreau, il oubliait le commandement pour battre du tambour.
L’ennemi avançait à grands pas, et l’aile droite de notre armée, culbutée par un régiment de radis, reculait sans essayer de se rallier.
êtes-vous plus 110s soldats d autre-
fois? s’écrie Lazare; il vole au comptoir, noue un mouchoir rouge au bout d’un balai, et revient avec ce drapeau improvisé. 11 ordonne aux œufs, ses cuirassiers, d attaquer de front les Autrichiens, et aux haricots et aux petits pois, sa cavalerie légère, de les tourner, pour les prendre sur le côte.
L’ennemi avance toujours, et la victoire menace d’èlre perdue pour nous.
—Eli carré ! comrnande-t-il aux grenadiers de sa garde, de magnifiques asperges qui se dressaient an centre de sa ligne de bataille, mais les tomates étaient déjà au milieu des rangs français et brisaient les carrés, qui, seuls, pouvaient faire notre salut, mais qu on ne parvenait pas à former. Le désordre était à son comble, et l'on entendait même, de loin en loin, le sinistre sauve-qui-peut!
Lazare 11e se sent pas de rage. Il saisit, son drapeau d’une main , et plongeant 1 autre
dans uti: sac de noix sèches, il envoie bombes et boulets à tour de bras,
— Laissez-moi mourir comme un brave, puisque vous êtes assez lâche pour fuir et m'abandonner!
— Tu vas tout casser, répond sa tante inqu i èt e , qu i v ena i t d’o u v ri r la p or t e .
L’enfant n’entend plus rien. Il veut succomber en héros. Peut-être son exemple aurait-il entraîné ses soldats, mais par malheur, au moment où il gravit une colline, le pied lui glisse elle général tombe la figure dans un énorme pain de beurre*
Ainsi se termina cette bataille, qui, sans être aussi sanglante que celles de l’histoire, n’en est pas moins digne d’être racontée,
Marie-Jeanne releva son neveu en colère ; mais à la vue de ce visage barbouillé, de ce visage où le dépit se mêlait à la honte, elle partit d’un franc éclat de rire, et embrassa sur les deux joues celui qui .devait être plus
lard un de nos meilleurs généraux, celui qui tavaiTpacifier la Vendée, 1= «■*•> HW-