UNE DROLE DE QUESTION
« Qn’est-ce qu’un fils de famille '?
, Réponse S. V. P. dans le. plus prochain numéro de la Petite Lanterne. »
Telle est la question que me P 0bC " ,
pourpoint un lecteur, avec prière O pondre le plus tôt possible.
J'avoue que je ne m’attendais pas à loet voir une pareille tuile sur la «le; mais eom- 2 ««il toute chose, le lecteur dort Mro satisfait, le vais en quelques lignes repondre Tmon correspondant, en esquissant de mon mieux le portrait du fils de famille.
dire tout d’abord, cher
Je dois vous
lecteur, que « fils de famille » est une position sociale qu’arborent avec assez d’orgueil une foule de paresseuz assez heureux de devoir le jour à des parents millionnaires ou riches à différents degrés*
Ce qui vous explique assez implicitement que Ton naît « fils de famille » comme on naît bossu, borgne ou aveugle* On le devient, quelquefois, si Von a un papa assez complaisant pour faire une fortune rapide, soit en jouant k la Bourse, soit en volant une grenouille quelconque, — ce qui n’est pas rare de nos jours, et surtout bien plus expéditif*
( lar un père qui veut assurer le bonheur de son füs, dans lequel il voit une grande aptitude a devenir fils de famille, préfère souvent employer ce dernier moyen et partir* pour un certain laps de temps, à l’étranger, après avoir laissé le magot à sa progéniture,
Cela pourra peut-être, aux yeux d’uii grand nombre, ressembler à de la faiblesse paternelle ; mais il est certain monde où les préjugés sont bannis, où la conscience est
,7 élastique. Je veux parler de ce monde tü lJSTï amille règne en maître, no.
ave? Vieil ce monde qui n’admet que la ; "eUa représentation, et dans lequel on S sepfU à l’aise avec beaucoup d’espèces et très peu de titres.
N’ dlez pas croire cependant que la poside femme soit une smecnre, loin de làf au contraire, c’est une véritable r r r-e ou plutôt une véritable corvee.
Il faut jeter l’argent par les fenêtres, crever des chevaux, dévorer tes ancêtres, entasser folies sur folies et se brûler - n la cervelle pour les beaux yeux de Mlle Br dkU, des Délass.-Gom. Dans ce monde-la, plus on a mangé d’oncles à sncÿmn plus on a fait de bêtises, mieux on est consr déré. La réputation du fils de fmmlle croit en raison directe de son idiotisme.
Vous allez sans doute crier à l’exagération.
mais ouvrez, je vous prie, un journal quelconque, et vous y lirez toujours, puisée à bonne source, une nouvelle analogue à celle-ci :
« Deux fils de- famille (sic) , MM . X. . . e t K..., a la suite d’un plantureux souper, ont joué à l’écarté Mlle Cramponetle, dont ils étaient tous deux follement épris. M. K... a gagné Gramponette, mais en revanche, M. X... a gagné 14 chevaux, 6 coupés, 12 breaks et 16 victorias à son ami, etc.
Vous voyez d’ici la balance pour M. X... perte totale, Gramponette; mais bénéfice net, tout un attirail de carrosserie et de marchand de chevaux.
Si cela continue, je crois que ces messieurs ne larderont pas , à jouer l'obélisque contre le chignon de la Silly ou le râtelier de la Schneider, tant ils sont portés à endosser toutes les sottises humaines.
Le procédé par lequel on obtient des fils de famille est bien simple.
A dix ans, les parents enferment leur ptf- -‘■énilure sous les verrous umvei claires, parce qu'à cet âge ils feraient encore triste figure dans le inonde.
Et n’était la crainte de les voir bâill er dans les salons, je crois bien qu’on les tiabdlerpit tout de même comme des grands gommes, on les affublant du faux-col casse tradition nel, du gilet en coeur, du pantalon collant et du veston; court à la mode.
Après avoir essuyé, pendant six ou sept ans environ, les bancs de l’école, ils prennent le grand air et troquent leurs défroques lycéennnes contre le costume du gandin, i en savent-ils pas assez, du reste, pour s ébattre dans le monde guindé et empesé?
N’onl-üs' pas appris au collège assez de français pour souscrire des billets à ordre, des lettres de change, assez d'arithmétique pour dépasser leurs budgets, assez de geographie pour savoir que Paris est la capitale
de la France, et que Biarritz, Vichy, OomJ pi égaie, Bade sont des villes charmantes où I on s amuse beaucoup ?
Quelques-uns d’entre eux, - — et ceux-là sont les plus rares et les plus lettrés, — rêvent de devenir attachés d’ambassade et d obtenir une sinécure dans la société.
^ Iie croirez peut-être pas que ces glands garçons, dont l’unique souci est de bien 'vivre, bien manger, bien s’amuser et auxquels leurs papas allouent des budgets de maréchaux, encombrent l’antichambre des ministres, et cela dans le seul but de pouvoir s’étirer les membres et bâiller pendant deux ou (rois heures dans un bureau quelconque.
Ces messieurs ne s'imaginent pas qu’en émargeant sur les feuilles ministérielles un
traitement de mille à douze cents francs, ils vêlent — c’est le mot — le rêve et le pain d’une foule de postulants.
All ] 3i j’étais ministre, ou quelque chose de ce genre, je renverrais bien; vile a leurs plaisirs ces grands gaillards, ces désœuvrés.
;M:hltede Second igné.
HISTOIRE AAECDOTIQUE ET UllISTREE
De I» lU-Toliilion de 1§1S