‹ La Petite lanterneChapitre 7 sur 50 · L’ART INDUSTRIEL · texte numérisé non relu

L’ART INDUSTRIEL

Rédacteur en chef : PAUL DE LÉONÏ.

Se vend dans tou^ les kiosques et chez tous les libraires.

SiCÀPIÏVj journal littéraire paraissant tous les jeudis et rédigé en chef par M. Amédée Désam dré, se vend chez tous les libraires et dans tous les kiosques

pièces en vogue

opéra. Herculanum.

français. Agamemnon.

opéra-* coMiQUB' Les Dragons de pillais.

vaudeville. L’Abîme.

variétés. Le ront des Soupirs.

gymnase. Les Amendes de Timothée.

palais-royal. Le Château à Toto.

gaîté. Lg Courrier de Lyon.

amrigu-comique, La Cr.arine.

Numéro 2.

il juillet 1868»

LA

PAR

ACHILLE DE SECONDIGNÉ

I» Im an cite j â |iBiïlct,— ' Le fait capital du

jour est assurément l'apparition du Gaulois t qui a fait prime sur tous les journaux. Joli titre et bonne rédaction, ma foi, qui assurent au journal de Mtf. H, de Pêne et Tarbé succès et longue vie. J’ai lu, pour ma part, avec beaucoup de plaisir, dans le premier numéro du Gaulois, un remanïnable article de M Ed* xnond About, un esprit charmant, nerveux et caustique, qui passe en revue — avec une rame rie bon teint — les feuilles de tous formats et de toutes nuances»

Je ne puis résister au désir d 3 citer quelques passages de sa Premièfe aux Gaulois, Âpres avoir parlé des journaux politiques blancs et noirs, il donne une picAe etle aux journaux littéraires qui ont appétit de scandale*

«Nous avons, dit-il, enfin, les journaux purement littéraires, à l'usage des sceptiques de brasserie et des épicuriens de café. La presse, Dieu merci ! ir oublie pas cette fière génération de citoyens français qui. se moque de la Pologne, se bat fcejl du Danemark, traite Lamartine de 'Patachon, et Gatihaldi de sublime ganache, maïs qui së passionne pour ot contre le zouave ' guérisseur, et se fait gloire de connaître à quel numéro du faubourg Montmartre Mlle Turkmtte a sonné. Les grains de sable de la mer sont moins nombreux que les petits journaux parisiens qui spéculent sur le scandale de la veille, sur le dernier calembour du café de Mulhouse, sur les cent mille francs que M* X... a perdus au cercle, ou que Mlle 1 *. a gagnés au lit. &

Ceci n'est malheureusement que trop vrai.

Vlan ! attrapez reportas et canardiers I voici qui est à votre adresse .

« Tout un peuple de jcune3 bacheliers bien vêtus d’honnête famille, va battant les boulevards' de Paris, guettant les 'conversations, écoutant aux portes, flairant au soupirail des cuisines, pour surprendre une nouve le vraie ou fausse, et la servir à l’appéht insatiable de deux cenfc.mil a désœuvrés. Et comme c est une chasse dont on revient bredouille un jour sur deux, ces jeunes gens s’arrachent les vieux anas du dix- Huitième siècle, "et s’escriment a

rajeunir les anecdotes, les bons mots, les sottises que la paix du tombeau devrait mieux protéger. »

M. About n’épargne pas plus les journaux illustrés. Ecoutez plutôt son appréciation :

tt Mille et un caricaturistes qui ne seraient point admis à vernir les bottes de Deumier, coupent les têtes les plus notables de ce pays, les enflent, les déforment, les salissent et les posent triomphalement sur un petit corps ratatiné. Cette heureuse plaisanterie, renouvelée

dix fois par jour, n’a pas encore fassé le monde auquel elle s’adresse. On demande toujours des fêtes ! »

Tudieu - monsieur About, vous êtes, à mon

av)s, un peu trop cruel à l'égard des petites fenillésa caricatures, qui sont parfois très amusantes Le crayon est souvent aussi énergique que fa plume, et pour mon compte,j’avoue°incèrement que GUI ma fait plaisir en adaptant la tete d Emile OUmer à une carapace d’écrevisse, on bien encore en donnant à Vallès l’as pectdu chien du convoi dn pauvre, traînant une casserole an bout de la queue.'

Mlle Schneider donnera, dit on, à son retour de Londres, cent cinquante représ en talions aux "Variétés avant d’aller aux Boudes, aux modestes conditions de 3.00 francs par soirée.

Pi ois cents francs par soirée pour cascader, montrer sa gorge, ses jambes, pousser des laïtous, ce n est rien quand on songe qa’il y a des honnêtes femmes qui travaillent quatorze

heures par jour pour gagner à peine leur subsistanee !

Tout compte fait, voilà une femme que le public paie un peu plus de cent mille francs par an. L“S vaut-elle? Sans vouloir la cb'préeler, j1 affirme qu’elle vaut beaucoup moins.

Le bruit court également que Mlle Schneider fera bientôt paraître ses mémoires.

J’avoue que, personnellement, eela m’intéresse peu, et que dans ce temps de mémo resf un de plus ou de moins ne fera rien à la chose.

Il faut croire qu'il y a, aujourd'hui, une utb lité quelconque h condenser sa vie en un volu ne tire à plusieurs milliers d exemplaires et h la vendra au public. Je sais bien qu il y aura dans les Mèmoite^ de la Grande- Üuihï&se certaines aventures qui plairont au public amoureux

de ^scandales, surtout si ces Mémoires sont ]( résumé sincère de la vie de la 'Schneider,

La Grande-Duchesse bis bleui cela seul mi donne des nausées. Après tout, n'y a-t-il pas par-ci pardà certains bonshommes qui rédigent ces sortes de mémoires, et que Ton peut appeler impunément les historiens de m dam: s,

Mlle Schneider n’a jamais craint de faire parler (Telle, Au mois de septembre dernierj elle ht courir elle-même le bruit de sa mort, dans T espoir de jeter un peu plu a de renommée autour cle son nom. Quelque temps après, la nouvelle de son mariage prit de grandes proportions. On ne prêtait ni pluSni moins, h celte eascaimse^ qu’un mari millieunuire, portant un des plus beaux noms de l’époque.

Ce n’était qu’une fausse alerte f

Naguère encore son séjour de quarante-huit

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heures à Vichy fit les délices de presque tous les journaux. On le commenta, on ùt lastatis- 11 des étrangers qui se trouvaient h ce moment h Vichy, et l’on reconnut... ce que vous savez., de qu’il y a de plus joli canstou cela, c’est que, selon lus uns cHc ammt imt réellement ce voyage incognito , d après lçs 'autres, elle ne l'aurait point fait du tout. Pî 'importe, que la nouvelle ait élé fausse ou Ue, le nom de lu Schneider a été prononcé par toutes les bouches. N’est-ce pas assez pour Lire oublier ce désagrément b. la gràhdeduchesse, si gourmande de publicité

.Quant aux Miimoires, — j’ affirmerai, sans trop me compromettre, — que le In.som ne s’en fait nullement sentir. Je cirai plus : * sont tout h fait inutiles, car on connaît toute la vie de la Schneider... à moins que, cependant... Que voulez-vous? il y a toujours quelqae chose que Tua ignore.

I^micli « jjrasUïcï* — Quelques individus plus ou moins moustachus,- — se disant agents de la police , comme s'il y avait quelque honneur à se faire p* sser pour tels quand on ne l’est p ns j — ont pris La peine de passer dans la plu part des kiosques pour empêcher la vente de la Pitite Lanttrne sur la voie publique. Quelques marchandes timorées cédèrent à l’invitation de ces faux habitants de la rue de Jé* ru salem, tandis que d'autres, moins craintives, excipèrent de leur droit en montrant h ces drôEes audacieux un numéro estampillé.

L? administration de la Petite Lmferne} étant remontée à la source, s’est convaincue qu'il ne s'agissait là que dJune manœuvre inqualifiable, ayant pour but d'entraver la vente du journal et que le mandat, dont s'affublaient ces individus moustachus, n'émanait pas de la police. Pour éviter le retour de semblables expédients ét ne voulant pas nous abaisser jusqu'à nous faire justice nous mêmes, nous avons chargé quelques recors, — sans ouvrage depuis la fermeture de Qichy, — d'admînis-

trer à ces drôles moustachus, - aussitôt qu'ils recommenceront leur joli apprenUssage.^ vendus, - une superbe volée de bois vert dans

les prix doux.

On mVsure qu’un marchand de la rue du

r>t elles sont nombreusesJ ^ pas, — et elles ann évident et

m*m*l *«•“ P“ “ *%£ „ revanche, de la façon la pl«s s°te' m ’ , Mm.

mandées au public a coups fb.ire uue ré-

On croirait entendre un pu ‘

clame à la grosse Dqonna.se, ou bien en

au veau à sept pattes.

Cette

brochure est prodigieuse d’esprit et

Mardi 2 juillet, — Il est au monde m certain M. Gagne, — un areln-fon de la pim belle espèce, — qui lance, chaque mois, sain, tambour ni trompette, un journal universel d panéoqlottô de l'avenir, dit I’Unité. Je stiispe* suadé que radm nistratiori n'a jamais songéa refuser l'estampille au journal de l’auteur à Y Arcki-Monarque et de la Phi l a n trop op h a g ie , qui doit, — jTen répondrais sur ma tête, — rédiger? sa feuille dans le silence d'un cabanon de Cbarenton.

G- est une folie douce, sans doute, qui donne

OlljUf

le délire Si ce bon MÉ Gagne* Ecoutez-le dans la BiaboL>phagie ^ (oufï I) ;

et Je me fais sauveteur des âmes en natif rage. Afin de les ravir à l’enfer plein de rage;

Je serai toujours prêt à diabolophager

Tuas diables eu feu prêts à nous psycophager ! »

Manger les diables qui veulent dévorer nos âmes, voilà une nourriture qui mé paraît assez indigeste. J’aime encore mieux la viande de cheval.

m pim ians.

l i )erpfi'i de qui jep ja-

Et dans 3a Diaboloeratù :

« Pour noyer dans le sang les partis démocrates, Rugiront les partis des noirs diabolocr'ates 1 »

« Quant à moi, je crois que mon impérieux devoir est de tout risquer pour sauver les âmes naufragées et les arracher à Satan, qui les pêche avec l’hameçon de Pim piété la plus niaise et les psy cophage ou les mange comme d’ignobles et d imbéciles carpes ! s

Ma foi, je n'y comprends plus rien*

Mais où l’archi-fou Gagne est superbe, c’est bien lorsqu’il se déguise en Jupiter repentant. Lisez donc cette tirade, et dites-nioi, après cela, si la place de cc diahlocrûte n’est pas sous la vénérable coupole de l'Institut plutôt qu’à Charenton :

LA GRÊLE DES JOURNAUX Rappêl a l'Unité fïiatebnelle

Assez et trop longtemps j’ai retenu la foudre.

Je fulmine, et je mtt* tous les diables en poudre! La loi de presse en feu qu’un soge du pays N cm ma loi soliveau , malgré tous les partis,

Et qui sera bientôt, pour sauver lïbs dépouilles,

La iière loi-héron qui croque les grenouilles,

À déjà fait jaillir vingt journaux de son sein Par l’opération de Yesprit le moins mini Si cela continue, au mois d’août tout morose Les journaux monteront au numéro cent rose î

La loi de presse a fait le rouge Pîà>r%

Qui brûle de tout mettre à son po relui fleuri;

Elle a fait le Scapmî le Fallût > la Chcndihy VÊ teignvir, qui répand le plus d’éclat de grêle l

Dans 1g but d’illustrer ses sots enfantements,

Dans les fours toujours pleins des Figaros fumants La jeune loi de presse a mis bas lu L(int^rnot Dont l'an fier qui la voit s’appellera Van terne 1 A la lanterne, on a mis l’aigre Roehefort,

Fort comme le fromage à vers de Roquefort !

Toute réflexion faite, je suis certain que M. Gagne est fou. Vite, vite, qu’on lui mette une muselière î

Il paraît que dame Censure serait disposée à lever le veto qui pèse depuis trop longtemps sur le théâtre d’Hugo. C’est, il me semble, l’acte le plus intelligent qu’elle puisse accomplir, car le public, qui a soif (l’œuvres fortes, sc demande pourquoi on lui soustrait le répertoire du maître, tandis qu’on lui permet d’immorales pièces à truc et à drôlosses presque nues*

Il est certaines choses auxquelles, — faute de n’avoir pas versé trente mille francs quel-

que p art j — je ne puis toucher sam danger; car la ligne de démarcation est faiblement marquée entre le permis el le défendu.

Une simple question cependant :

— Pourquoi les pauvres institufeurs ont-ils la perspective de pouvoir dépenser vingt cm - Urnes par jour, à soixante ans, comme rémunération de plus de trente années de travail ?

Voilà certes une bien belle retraite pour ces pauvres diables, qui, le plus souvent, n’ont pu s amasser des rentes avec leurs modiques traitements, et qui se sont usés a la pénible tâche d'instruire la jeunesse î

Je demande qu’on leur accorde, comme sup-; plément, un caniche et une clarinette, ce qui leur permettrai? peut-être de ne pas mourir de faim sur leurs vieux jours.

Un maire d une certaine commune des envi-

rons tle Bordeaux, craignait <pie, dans les i t Mvilrars les eh^ebs ne devint nt en Sgés^Yient de faire afficher l’arrêté suivant :

„ Noos, maire de..., vu des chaleurs qui sévissant sur autre contrée et la maladie des chiens, avons été obligé de jeter des saucisses empoisonnées sur la voie publique mais nous prévenons nos administrés, dans le cas ou ils trouveraient une saucisse, que ta p««* M est cl u coté gauche* »

U me paraît aussi difficile de trouver le côté gauche de ces saucisses qu’un coull^r qui... ne saute pas, par ce temps de saute-

ries* w

Je n’ai pointl honnenr de connaître la chienne de MUa Marie Roze, mais si jamais je rencontrais celte petite évergondée de Titn, je lui Es' o» fait <n loi UraoUc» oreilles. Com-

prend-on un bêle qui s’éclipse un beau jour

Los mot dira «I qni 1* ' "jt

sa maUresae 7 Si encore M c

glissé sous l'oreiller d’icelie quelque chose de ce genre :

— «Adieu!.,, Inutile de me chercher, Je pars. Je m enfuis avec le bel Âlcindor^ le chien de la fruitière, »

Je suis persuadé qu'avertie ainsi Mlle Roze n'aurait pas dépensé tantdJargent en réclames et n'aurait pas commis la petite strophe suivante, dédiée à sa chienne :

Et toi, pour qui mon cœur imploré Et s'ouvre au plus flatteur espoir, Sans donte aussi ton cœur déplore Le malheur de ne me plus voir.

Je parie bien que damoiselle Tita ne pleure pas tant que ça. Surtout si elle est, comme je le présume, da.is*,P les pattes d’Àlcindor,

Décidément l Tita deviendra aussi célèbre que le chien d'Alcibiade !

„CBdîî » juillet «•*.-!* sî'ltistTe a du bon; mais, en revanche, pour etre vraie le plus souvent, elle nous donne aussi quelquefois des chiffres dont l’éloquence est navrante. Je ne veux peur preuve que ceux relevés par M. Horu, à la dermere réunion de a salle Pilodo, après l’enquête delà chambre de commerce sur l’industrie parisienne.

U y a à Paris 106,310 ouvrières.

Elles se peuvent diviser en trois grandes sections :

Celles qui gagnent de 4 fr. 80 a 10 fr. Pai jour : il y en a 'HO ,

Celles qui gagnent de 80 c. a 1 lr. 2a c. • il y en a 11,000;

Celles qui gagnent 2 franc : d y en a 40,000 ;

Celles qui gagnent de 2 fr. 25 à 8 franc! : il y en a 39}OOQ.

Cela donne environ une moyenne de 2 fr. par jour, suit 600 fr* Par aE«

D ou II faut défalquer soixante dimanches et jours de fête;

Et en moyenne quatre mois do mortesaison.

Faites' le compte maintenant, et vous arriverez an chitlre de 1 fr. 10 c. comme moyenne de gain d'une ouvrière à Paris.

Avis aux jeunes filles qui débarquent à Paris avec la conviction qu’elles n’auront qu’à ouvrir la bouche pour y recevoir des allouettes toutes rôties. Les voilà bien édifiées désormais sur les bénéfices d’un travail honnête I

Un franc dix centimes pour une journée de quatorze heurts! Cola fait frémir et songer surtout aux malheureuses ouvrières qui ne veulent avoir que leur travail pour soutien.

La vertu d’une fille est chose précieuse et

— Si —

bonne à conserver; mais rester sage quand nn a faim et que l’on est jeune et jolie, — a-vec 1 fr. 10 cent, par jour, est-n’en glaise

à certains malins -plus difficile que tonne

pense*

Aeli Ue de Secondigaé.

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