‹ La petite mendianteChapitre 10 sur 13 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Heureux ckusemeuts.

Après une absence de quatre jours, VsM revint à Erlenbusch. Sa figure était rayonnante de joie, et sa femme et sa tille se pressèrent aussitôt à ses côtés pour apprendre l'heureuse nouvelle qu'elles lisaient déjà dans ses yeux : « Femmes de peu de foi, leur dit-il, pourquoi vous êtesvous ainsi laissé décourager? Pourquoi avez-vous douté de la bonté et de la puissance divine? Le Seigneur a-t-il jamais délaissé ceux qui espéraient en lui? Vous craigniez qu'il ne vous abandonnât ; et voilà qu'il vient à votre secours au moment môme où vous croyez tout perdu. »

Et il leur raconta dans les moindres dé-

tails sa visite à Frombold et comment ce généreux ami s'était offert à les accueillir. Anne et sa tille se jetèrent au cou de Wild et lui demandèrent pardon de leur défiance et de leur faiblesse , et tous les trois se disposèrent aussitôt à leur prochain déménagement.

Huit jours après, ^Vild avait déjà rendu ses comptes et reçu son successeur, et lui et sa famille se mirent en route, non sans répandre quelques larmes en quittant ces lieux qui leur étaient devenus si chers. Ils arrivèrent à Trommdorf avec leur petit mobillL^r , et furent reçus avec une franche cordialité par le garde-forestier, qui les attendait. Celui-ci les conduisit ensuite à leur nouvelle demeure, et ne les y laissa qu'après qu'ils lui eurent promis d'aller le voir le plus souvent qu'ils le pourraient.

La petite famille ne tarda pas à s'accou-

lumer à sa nouvelle position. Fron-.hold > qui avait beaucoup de connaissances dans la ville, n'eut pas de peine à procurer à Anne et à sa fille autant d'ouvrage qu'elles pouvaient en faire; car elles travaillaient très-bien, etleurardeurégalaitleur adresse.

Wild, de son côté, travaillait aussi avec courage et contribuait pour sa part aux dépenses du ménage. Il nettoyait les armes aussi bien qu'un armurier, et tissait des berceaux en osier si élégants, que bientôt il les vit rechercher par une nombreuse clientelle. Il aidait aussi son ami Fromhold dans les fonctions de sa charge , et son plus grand plaisir était de lui rendre, comme il disait, une partie du bien qu'il en avait reçu.

Ainsi vivait la petite famille , contente du peu qu'elle gagnait si péniblement , parce que l'économie la plus stricte réglait leurs dépenses, et que la confiance en Dieu

secondait lears efforts. « Voyez , mes enfants, disait souvent Wild, comme il est avantageux de s'être accoutumé de bonne heure à l'exercice de diverses professions. Si nous nous étions renCermés uniquement dans les connaissances nécessaires pour notrepremier élat , nous serions peut-être en ce moment au comble de l'infortune.,.. Remercions donc le Seigneur de nous avoir donné la force et la santé, pour utiliser nos connaissances. Aussi longtemps que nous jouirons de ces avantages joints à la conllance en la bonté du ciel, nous ne craindrons point l'indigence. »

Élise, que la vente de ses ouvrages et de ceux de sa mère obligeait d'aller souvent à la ville , se fit bientôt remarquer par sa beauté et l'amabilité de son caractère; tous ceux qui la voyaient ne pouva ent s'empêcher de l'admirer , et un jeune ébéniste, ouvrier jouissant d'une honnête

aisance et d'une réputation bien méritée la demanda en mariage.

Wild et son épouse , que tous les renseignements qui leur étaient donnés sur le comptedu solliciteur avaient pleinement satisfaits , consentirent aux vœux des deux jeunes gens , et bientôt l'union fut contractée. Après les cérémonies du mariage et une petite fête de famille à laquelle se trouvaient seulement les parents et la famille du garde-.forestier , Wild se vit encore séparé de son troisième enfant ; mais cette séparation lui parut moins pénible, car il savait que sa tille ne pourrait manquer d'être heureuse avec son époux , et la proximité de la ville lui permettait de la voir aussi souvent qu'il le désirait. .

De son côté , Élise ne visitait jamais ses parents sans leur renouveler l'assurance du bonheur qu'elle goûtait dans la compagnie

de son époux, et ainsi elle leur causait toujours une joie nouvelle. « Que nous sommes heureux 1 disait alors Wild à sa femme. Le Seigneur est plein de bontés pour nous. Élise est heureuse; les nouvelles que nous envoie Jérôme sont des plus satisfaisantes : qui sait si bientôt aussi nous ne reverrons pas encore Edouard î n'en désespérons pas. — Que Dieu nous en fasse la grâce! » répondait Anne, et une larme brillait dans ses paupières.

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