‹ La petite mendianteChapitre 12 sur 13 · CHAPITRE Xn · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xn

Suite de l'iiisioire d'Edouard.

Fromhold , après avoir embrassé le fils de Wild avec cette franche cordialité qui lui avait mérité l'affection de tous ceux qui le connaissaient , se hâta de lui demander par quel heureux hasard il s'était

trouvé là , au moment où son secours était devenu si nécessaire. «< Oh oui , ajoutèrent AVild et son épouse, dis-nous maintenant ce qui t'a amené ici, raconte-nous ton histoire. — C'est là Providence qui m'a conduit vers vous; c'est à elle que nous devons rapporter mon arrivée dans ces lieux que je ne cherchais pas , et où , certes, j'étais loin de soupçonner la présence de mes parents. Mais j'ai encore beaucoup de choses à vous dire, et comme, d'après le manque de réponse de votre part, je doute que jamais vous ayez reçu de mes nouvelles, je commencerai mon récit à l'époque où je vous ai quittés; et, si je vais vous atïliger d'abord, j'espère que la suite de mon histoire vous consolera , et que vous aurez comme moi la confiance que le Seigneur m'a pardonné. » Ce début surprit étrangement nos trois

auditeurs , et ils se pressèrent autour d'Edouard avec une curiosité aussi vive que naturelle , quoique l'air sérieux du père annonçât assez qu'il n'était pas moins inquiet que désireux de connaître les aventures de son fils.

Mais à peine Edouard eut-il commencé , qu'il fut interrompu par l'arrivée d'une voiture qui s'arrêta à la porte de la mai- ,son. C'était Élise avec son mari , que Wild avait, dans la matinée même, fait prévenir par un messager des événements de la nuit, et qui venaient s'enquérir de l'état de leurs parents. Mais ils ne savaient pas encore le retour d'Edouard, Wild avait voulu leur ménager cette agréable surprise. Aussi avec quel transport le frère et la sœur se jetèrent dans les bras l'un de l'autre !

Wild ne tarda pas à interrompre ces épanchements, car il était injpatient d'ap-

prendre l'histoire d'Edouard; et, après que tous se furent rangés en demi-cercle autour du jeune liomme, celui-ci commença.

Quand il en vint au meurtre du colonel russe, Wild ne put s'empêcher de frémir, et son regard , aussi perçant et aussi terrible que celui d'un juge irrité , fit trembler le jeune homme, qui commença à balbutier et à pleurer. Ce regard de sévérité paternelle fut le dernier châtiment du crime , et Wild , voyant les larmes de son fils, l'engagea à continuer. Bientôt l'air sombre et soucieux du père commença de nouveau à s'éclaircir , il avait appris que, si son fils avait été coupable, il avait été aussi repentant, et Edouard continua son récit, jusqu'à l'époque de son départ.

« 11 est donc bien vrai , ajouta Wild , que la confiance en Dieu est le souverain remède à tous nos maux. Tu avais oublié

ton Dieu, tu l'avais otfensé; mais l'espérance du pardon t'a soutenu ; tu es retourné à lui par la pénitence , dans l'amertume de ton cœur, et la suite de ton histoire me fait espérer que ton crime a «été remis. — Oui , mon père , reprit Edouard, j'ose croire que les mérites de notre Sauveur Jésus-Christ , qui m'ont été appliqués par son Église, m'ont réhabilité dans sa sainte grâce; maintenant, continua-t-il , il ne me reste plus qu'à vous rapporter de quelle manière j'ai eu le bonheur de vous retrouver.

« J'étais parti de Russie , portant le costume de chasseur , et muni de papiers en règle; j'arrivai en Prusse, et je m'arrêtai à Eylau , pour y faire réparer les buffleterics de mes armes. Quelle fut ma surprise lorsque, étant entré dans l'atelier d'un sellier, je reconnus mon frère Jérôme î

Jugez de ma joie. J'appris de lui votre démission , votre départ d'Krlenbusch et votre domicile actuel , ainsi que la nouvelle position de ma sœur.

<( Après m'étre arrêté quelques jours à Eylau , je me remis en route. Jérôme aurait bien voulu m'accompagner , mais nous jugeâmes tous les deux à propos qu'il continuât comme il avait commencé , d'autant plus que son maitre était trèscontent de lui , et lui promettait de lui faire obtenir dans peu de temps un brevet de maîtrise.

« Je continuai donc seul mon chemin, et j'arrivai hier, au coucher du soleil, dans un village voisin, qui n'est séparé de cette maison que par un bois épais. Ne pouvant maîtriser mon impatience de vous surprendre , je r.e voulus pas attendre jusqu'aujourd'hui pour venir ici, et je m'a-

venturai seul dans un sentier étroit qui m'avait été indiqué. Bientôt je m'égarai dans les ténèbres, car le jour avait cessé de luire, et, après avoir erré longtemps sans retrouver mon chemin, je m'assis sous un arbre, en attendant le retour de la lumière. J'allais succomber au sommeil, lorsqu'un coup de fusil et votre cri me firent en un instant oublier toutes mes fatigues. Je soupçonnai aussitôt la réalité, et, me dirigeant de ce côté , je trouvai votre maison ouverte et envahie par les voleurs. »

Quand Edouard eut fini, Anne lui ouvrit ses bras : « Tu es notre sauveur , mon enfant , lui dit-elle en pleurant, c'est le ciel qui t'a envoyé! Qu'il me pardonne d'avoir tant de fois peut-être murmuré contre ses décrets ! — Oui , ajoutèrent-ils tous ensemble, le Seigneur nous a manifesté aujourd'hui toute l'étendue de ses

miséricordes; que son saint nom soit boni !

Edouard n'avait encore rien dit à ses parents de la promesse qu'il avait faite au prince russe, son bienfaiteur, de retourner auprès de lui. Alors seulement il osa en parler. Cette nouvelle affecta vivement toute sa famille ; Anne surtout déclara qu'elle ne pouvait se résigner à se séparer de nouveau de son fils, et celui-ci crut ne devoir plus en parler.

La dernière attaque des voleurs , le saisissement qu'elle avait occasionné à la bonne mère, et la joie si subite et si vive que lui avait causée le retour de son fils, eurent pour elle les suites les plus tristes. Une maladie intérieure, que les médecins ne purent prévenir, se développa en elle, et bientôt sa famille perdit tout espoir de la conserver. Trente jours après les derniers événements, elle s'endormit du re-

pos des justes, dans les bras de ses enfants, qu'elle n'avait cessé d'édifier par sa piété et sa résignation. Tous la pleurèrent sincèrement , car elle avait toujours été bonne épouse et bonne mère. Elle fut enterrée sans pompe, accompagnée seulement des prières et des larmes de sa famille, et une simple croix de bois couronnée d'immortelles orna sa tombe.

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