‹ La petite mère (volume 2)Chapitre 11 sur 45 · L ORDRE DU JUGEMENT-DERNÎER ^J · texte numérisé non relu

L ORDRE DU JUGEMENT-DERNÎER ^J

Hélas ! pourquoi son père, honnête avoué à Muret, au lieu de lui léguer pour toute fortune trois cent mille francs, ne lui avait-il pas légué un million ? Notre Toulousain, qui, dans son rêve, ne perdait point de vue la réalité, savait le parti qu'un homme habile peut tirer de l'argent, à Rome surtout oti la piécette se trouve amalgamée aux choses les plus saintes. Que tenter avec trois cent mille francs? Il est bien vrai que saint Antoine, patriarche des moines d'Orient, que saint François, patriarche des moines d'Occident, avaient levé leurs innombrables troupes religieuses sans un sou vaillant dans le gousset. Mais les temps étaient changés. En France particulièrement, le Concordat de 1801 ne permet d'existence légale qu'aux associations qui justifient de suffisantes ressources pour subvenir à leurs besoins.

La première fois que Phalippou, en balbutiant, toucha un mot au cardinal Maffeï du projet qui l'obsédait, Son Eminence haussa les épaules, et ses lèvres ébauchèrent un sourire d'une cruelle ironie. Pourtant, lorsque notre jeune homme, piqué au jeu, d'une voix décidément ferme, eut déclaré qu'il était prêt à dépenser trois cent mille francs pour asseoir les bases de sa fondation. Monseigneur ne songea plus à le traiter légèrement et lui prit les deux mains par un mouvement empreint de la plus vive affection.

Il faut avoir vécu au Vatican, avoir frayé avec la

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grande prélature romaine, pour deviner la valeur, audelà des monts, de ce simple mot : régulier. Ce mot seul, dans les malheurs qui accablent la Papauté, évoque l'idée de salut. Certes l'Eglise, oîi tous les vents qui soufflent du cerveau humain émancipé font brèche, ne méprise pas le secours qui pourra lui venir du clergé séculier; mais il est évident que c'est sur le clergé régulier qu'elle compte. Tandis que le premier, pauvre, empêtré dans la vie laïque par des contacts journaliers, opprimé par les nécessités du pain quotidien et les tyrannies de l'ambition, se trouve asservi aux gouvernements, le second, puissant par Tinfluence de sa richesse énorme, dégagé des nécessités morales et matérielles par la prévision d'une règle admirable, discipliné « comme une armée rangée en bataille, sicut acies ordinata^ » selon les mots de l'Ecriture, n'a qu'un chef effectif, le pape, un souverain, le pape, et, depuis la proclamation du dogme de l'Infaillibilité, un Dieu, le pape. De là l'accueil empressé qu'on fait, à Rome, à toute proposition tendant à l'augmentation des recrues du Saint-Siège. On n'ignore pas les répugnances des divers Etats à se laisser envahir par les Congrégations ; aussi agit-on avec une extrême réserve, une prudence très diplomatique, pour autoriser la formation de nouveaux régiments. Mais enfin il faut se défendre, et on ne se défend qu'avec des soldats. Cette phrase pittoresque de l'abbé Combalot trouve ici sa place naturelle ;

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