‹ La petite mère (volume 2)Chapitre 20 sur 45 · URBI ET ORBI · texte numérisé non relu

URBI ET ORBI

OS, et Fadmiration respectueuse que j^éprouve depuis longtemps pour une personne qui, bien uvam madame Fuster, remplissait Paris et le remplit encore du bruit .de sa bienfaisance, ne me rendait pas indigne de vous présenter mes devoirs. Si, depuis Tarrivée du général ici, il m^eût été accordé de vous connaître, je ne puis douter, madame, que votre reli* gion, aussi généreuse que haute, ne vous eût placée dans mon parti. Qu'est-ce que je demande après tout? Une seule chose : que mon vieil ami Fuster recouvre la santé. Peut-on m'adresser le reproche d'avoir jamais songé à lui imposer des idées qui, à tort ou à raison, épouvantent M. le vicomte Eustazade de la Livinière? Outre qu'une pareille supposition constituerait une offense pour le général, lequel, à aucune époque de sa vie, n'eut besoin qu'on lui traçât son chemin; ce serait absolument méconnaître l'auteur de l'effroyable Essai sur les Miracles, dépouillé, je vous l'assure, de tout esprit de prosélytisme... Je vous en conjure, madame, aidez-moi à emmener mon ami à Bellevue.

— Eh bien! ma chère Thérèse, qu'en pensez-vous? demanda la marquise qui sourit fort gracieusement à Nadalewski et daigna s'appuyer sur son bras.

— Je pense, chère madame, que le Révérend Père Supérieur arrivera d'ici à deux ou trois jours, et qu'il n'y a aucun inconvénient à retarder jusque-là notre départ pour Bellevue, répondit-elle.

Et, comme on touchait au grand escalier monumental qui, du jardin, accède aux salons, la baronne, sous le prétexte ingénieux d'aider son mari à en gravir les marches, mais en réalité dans le but de ressaisir sa proie, se précipita pour le soutenir.

— Alors, ma chère Thérèse, tu ne veux pas que je parte aujourd'hui? murmura le général.

— Nous partirons ensemble dans quelques jours.

— C'est cela, ensemble.

— Je suis joué, grommela Stéphane.

Page 1