UN CATHOLIQUE MATRIMONIAL
On s'était acheminé vers le petit salon sans trop savoir où Ton allait. Les plus fins : la baronne, le colonel de la Livinière, le vicomte Eustazade, le duc de Vialemont croyaient sans doute accompagner la critique dd V Essai sur les Miracles^ qui battait en retraite tout penaud ; les naïfs : le révérend père Barandon, le révérend père Canitrot, M. de Roquebrun, M. de Kermareck, M. Darnétal, madame de Mérifons n'étaient peut-être pas loin de supposer qu'ils fournissaient un bout de conduite au général, en train de leur échapper.
Ce fut madame Fuster, toujours en avant dans la lutte, qui, malgré la lenteur des pas de son mari, arriva la première sur le diazome du vaste perron.
Elle appliqua sa mignonne main nerveuse au bouton de la porte vitrée et Pouvrit toute grande.
En ce moment, le salon, tout à Theure si désert, si méticuleusement propre et rangé, offrait Faspect du plus complet bouleversement. Fauteuils amenés au milieu de la pièce et encombrés de petits paquets : coffrets en carton, nécessaires en cuir de Russie, mignons sacs de voyage aux étincelantes cuivreries ; les chaises et les tables étaient, elles aussi, surchargées de toute espèce de menus objets. Au milieu de ce chaos, Marie David, pleurant des larmes grosses comme des pois, allait et venait, dépitée, furieuse, poussant des cris éperdus.
— Non, mademoiselle, non, vous ne viendrez pas avicc moi ! lui criait Madeleine quand parut notre monde du jardin.
— Que se passe-t-il ? demanda sévèrement la baronne.
A la vue de madame Fuster, au bruit de sa voix, Loulou, épouvantée, demeura immobile de saisissement, les beaux diamants ronds qui rayaient ses prunelles restèrent fixés à ses cils comme n^osant pas couler, puis elle s'élança de toute la vitesse de ses courtes jambes vers Madeleine et se noya dans ses jupons.
— Voyez-vous, quelle scène ! Et tout cela, parce qu'elle ne me suit pas à Bellevue aujourd'hui.