‹ La petite mère (volume 2)Chapitre 4 sur 45 · SAINTE THÉRÈSE SORT DU TABERNACLE I · texte numérisé non relu

SAINTE THÉRÈSE SORT DU TABERNACLE I

sèment miraculeux de ses membres, dans cette rc^ naissance physique universelle, que deviendrait la grâce qui l'avait un instant touché ? Si la faible lueur céleste allumée dans Tâme de son mari y tremblotait encore, malgré le souffle empesté de Stéphane Nadalewski, le âot de sang qui montait ne pouvait manquer d'en avoir raison. Et elle, que deviendrait-elle devant cette résurrection de la béte ? Se laisserait-elle dévorer tranquillement, ou encore une fois tenteraitelle de fuir? Oîi fuir? Au Pertuis, sa terre de la Touraine ? On l'y suivrait. Le général, hors de l'arinée, se trouvait dégagé de devoirs embarrassants, et, épris comme il Tétait, elle ne pouvait douter qu'il n'employât sa liberté, toute sa liberté, à la poursuivre comme une proie.

Les sept glaives qui percèrent le sein de la Vierge divine, madame Fuster, à la pensée d'une chute possible, en sentait les pointes aiguës s'enfoncer dans sa chair. Ce déchirement de sa poitrine, dont elle percevait la douleur bien nette, était atroce. Dans ces courts instants, sa beauté, sa fatale beauté qu elle connaissait bien et qu'elle avait toujours considérée comme une pierre d'achoppement de plus dans le rude sentier du salut, elle la maudissait, et demandait à Dieu la suprême faveur de quelque horrible maladie propre à la défigurer. A l'exemple de certaines mystiques, volontiers elle se fût Héchiré le visage de ses propres

ongles, si, au lieu d'être condamnée à vivre dans le monde, à y faire figure^ il lui eût été permis de goûter la solitude heureuse d'une cellule en quelque cloître retiré. Quelles délices elle eût éprouvées à se martyriser^ et, dans la céleste extase, à baigner de son sang les pieds du Rédempteur !

Parfois, en ses lancinantes angoisses, elle avait des rêves qui, grandis par la surexcitation de son cer* veau, affectaient le caractère de la vision. Des Bienheureux, des Bienheureuses, FÉpoux lui-même s'étaient montrés à elle tout rayonnants à travers Tobscurité de la nuit, et elle éprouvait, durant plusieurs jours, une langueur qui lui procurait comme Tavant-goût de la quiétude sereine du paradis.

Une sainte particulièrement l'obsédait, c'était sainte Thérèse, sa patronne.

Un soir qu'elle était prosternée dans la chapelle, au moment oti s'éteignaient aux vitraux les derniers reflets du ciel, elle entendit la porte du tabernacle s'ouvrir avec fracas. Elle regarda, et vit sa sainte favorite debout sur le marche-pied de l'autel. Son corps lumineux était engouffré dans les vastes plis d'une grossière robe de bure, sur sa tête le voile noir, à ses reins la corde blanche, à ses pieds nus les sandales ouvertes de la carmélite. Sainte Thérèse, ainsi que dans le tableau célèbre attribué à Zurbaran, développait son bras droit en avant et présentait sur sa main une maison dont les murailles, percées de fenêtres étroites et

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