LA VOCATION RELIGIEUSE 2J
corrigera pas de l'homme, à travers ses dévouements les plus purs, sa misère originelle transparaîtra.
Maintenant si, à cette partie si noble des devoirs professionnels du prêtre et qui prend son cœur: Texercice de la bienfaisance, nous ajoutons l'enseignement de l'Église auquel il doit se conformer et qui prend sa tête, il nous sera encore plus facile de nous rendre compte de certaines froideurs, de certaines ingratitudes qui blessent chez les hommes voués au service des autels.
Dès le lendemain même de son ordination, le prêtre se trouve environné de dangers. Hier encore, dans l'étroite cellule du séminariste, en proie à Dieu, il édifiait des projets magnifiques : il se dévouerait à ses frères, il les aimerait à l'exemple de Jésus-Christ jusqu'à la mort. Aujourd'hui, le voilà jeté dans une paroisse, en pleine agitation mondaine, en pleine complication d'intrigues, d'intérêts, de passions qu'il ignore complètement. Il avait cru son ministère aisé, il se hérisse de difficultés dont un grand nombre lui paraissent insurmontables. Pauvre jeune homme! il a à peine vingt-cinq ans ! ^
Il interroge son doyen.
Celui-ci lui répond :
« — Je connais cela. Il n'est qu'un remède : soyez réservé. »
Quelquefois, rarement, il faut çn convenir, le mal-
heureux est admis à confesser son angoisse à quelque haut dignitaire du diocèse.
a — Soyez froid et sachez vous taire », lui riposte un chanoine métropolitain.
Nous, à qui il a été donné de connaître des ecclésiastiques, nous nous souvenons d*un ami entré dans les ordres, lequel, invité par Monseigneur à venir au palais épiscopal pour y déplorer le découragement où il était tombé, une fois aux pieds de Sa Grandeur, ne put que répandre des larmes comme un enfant. Il est mort depuis : la douleur des débuts trop cruels dans la vie sacerdotale Pa tué.
Mais tous ne meurent pas; la plupart traversent cette crise redoutable et en rapportent la vigueur, la fermeté, Taudace de caractère qui naît des illusions perdues.
Une fois dégagé des premières souffrances de sa vocation, des premières ténèbres de ses relations socialesy le prêtre, assis enfin sur la pierre angulaire de l'Église, € contre laquelle les portes de Tenfer ne prévaudront pas, » entrevoit clairement le but oti doivent tendre ses efforts. Ce but est grand : traverser les hommes et les sauver, sans se mêler à eux pourtant, dans la crainte de recevoir leurs souillures.
Sauver les hommes I Comment ? Chacun, au pied des autels, sonde ses reins, selon l'expression biblique, et se résout.
Celui-ci, tendre, affectueux, sensible jusqu'à la fai-