‹ La petite mère (volume 3)Chapitre 15 sur 52 · LA DEMANDE I^N MARIAGE · texte numérisé non relu

LA DEMANDE I^N MARIAGE

melle, et, pâle, mais énergique, Tâme et le corps tendus» mais paisibles, regardait son mari avec tran« quillité,

— Madame, articula le général, se domptant par un efiFort héroïque, nous allons nous séparer encore une fois, et ce sera pour toujours. Ne craignez pas, oh ! ne craignez pas que je vous impose jamais l'insupportable ennui de ma présence. Je partirai demain pour la Touraine avec ma fille et mon vieux soldat David.

— Vous emmenez Madeleine ?

— Je r-emmène.

-—Alors, vous comptez disposer absolument et exclusivement de ma fille ?

— Je compte me conformer à l'ordonnance de son çiédecin et lui faire respirer longuement, aussi longuement que possible, Pair de la campagne. Du reste, il y a de la place au Pertuis pour vous, et, s'il vous est agréable d'y suivre notre enfant, nous pourrons y vivre sans nous rencontrer. Quelques portes à condamner, quelques aménagements intérieurs nécessaires, et tout sera dit.

— Non, monsieur, je ne vous y suivrai pas, à votre Pertuis. Trop d'affaires importantes, et que Dieu bénit, m'attachent à Paris pour que je songe à m'en éloigner,

— Cependant, madame, intervint le religieux courageusement, votre devoir...

— Mon devoir, Révérend Père Supérieur, est de

demeurer attachée à votre œuvre si grande, si sainte , de ne la perdre jamais de vue. Certes, il m'est pénible, quand, dans Pintimité pieuse de la Paroisse du Jugement-Dernier, nous avions préparé à ma fille un établissement enviable entre tous, de voir avorter nos espérances, de voir le bonheur de ma chère enfant détruit. Tout en protestant contre la violence dont je suis victime, j'accepte Pépreuve que m'envoie le ciel, et, pour conjurer sa colère, je me lie plus étroitement à notre chapelle privilégiée de Phôtel Trémière, à ce sanctuaire que vous avez créé, où pleuvent les grâces les plus abondantes, où viendra, j'en conserve Pespoir, s'humilier un jour celui qui me persécute si odieusement aujourd'hui.

Ces longues paroles avaient été jetées, lancées avec une exaltation furibonde. Le général hocha la tête d'un air de suprême dédain ; puis, rétrogradant de dir pas, se planta le dos appuyé contre le plateau de marbre de la cheminée.

Pourtant André Fuster se tenait bouche close. La situation devenant de plus en plus embarrassante, le révérend père Phalippou, qui se réservait peut-être de choisir dans la soirée un moment propice pour revenir à la charge, tendit la main à son ami, à son pénitent, une semaine auparavant si docile à suivre ses conseils, si soumis à son autorité, et balbutia, au moment de se retirer, une phrase intermi-

LÀ DEMANDE EN MARIAGE lOI

nable, où il eut le malheur de s'empêtrer un peu.

— Un seul mot, mon Révérend Père, Je vous prie, lui dit le général l'interrompant. Vous n'avez pas oublié peut-être qu'à mon arrivée à Paris, Je ne fus pas médiocrement surpris de trouver ma maison transformée en une Communauté religieuse. Durant ma maladie si longue, si absorbante. Je n'ai pu m'occuper de faire faire ici des réparations indispensables. Cependant les murailles de l'hôtel Trémière crient ruine par mille brèches béantes, et je compte les livrer aux maçons cet été. J'éprouve un vrai chagrin à vous communiquer des résolutions qui porteront, je le crains, quelque trouble dans votre vie si calme ; mais le Saint-Sacrement exposé dans le grand salon deviendrait un embarras pour mon architecte, et je vous invite, dans le délai le plus prochain, à transporter ailleurs le siège de la Paroisse du Jugement- Dernier.

— ciel ! s'écria la baronne atteinte à son tour d'un coup de poignard au cœur.

Le moine était atterré. Il se remit, et, avec le plus aimable des sourires :

—Je me plais à le croire, mon bien cher ami, ce ^'est pas un congé définitif que vous donnez à Dieu, ^^ les réparations terminées, il lui sera permis, sai^ii doute, de rentrer dans cet asile béni de l'hôtel Trémière...

— Je suis désolé, mais. ..

— Si Ton refuse la porte de ma maison à Dieu, c'est moi-même qui irai la lui ouvrir toute grande, interjeta madame Fuster, dont le visage convulsé avait revêtu une expression tragique.

— Malgré moi ?

.*-» Malgré vous, malgré l'enfer soulevé, t^ Penfer que vous représentez si fidèlement à mes yeux i . -^ Il est certain, général, que nul de nous ne vous reconnaît, osa dire le révérend père Phalippou.

Et, s'apimant :

— En effet, vous n'êtes plus le même homme.

Pourquoi faut^jl que la grâce divine se soit éloignée de vous !

*-- Quand on songe qu'il n'a pas même accompli son devoir pascal 1 s^écria la dévote d'un air à la fois furieux et navré.

— J'ai la douleur de vous l'avouer, général, insinua tristement le religieux, votre absence de la sainte messe, en un grand jour comme celui-ci, a rempli de deuil toute la Paroisse du Jugement-Dernier.

— C'a été une véritable consternation, gémit hypocritement le colonel de la Livinière, qui parvenait enfin à placer un mot.

c — Et l'on a récité à votre intention la prière pour la conversion des pécheurs, insista la baronne.

Fuster, subitement guéri de la maladie religieuse qu'on lui avait si patiemment inoculée, à tant d'attaques diverses parties de tant de passions et d'intérêts

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