ROSALIE
Vers les derniers jours de juîn, un -beau matiih la Maisonnette, qui, après les premiers éclats de Tarrivée, était redevenue une habitation paisible a^ milieu de ses grands arbres et de ses pelouses vert^^^ se remplit tout d'un coup d'agitation, de bruit, ^^ clameurs. Il était cinq heures à peine, et Ton n'^^" tendait que portes se refermant avec fracas y cj^ gens empressés escaladant quatre à quatre les es^^ licrs et les dégringolant de même.
Sous la spacieuse verandah du Pertuis, dont ^ soleil déjà levé allumait le vitrail de couleur comr^ une rosace de cathédrale, piaffaient plusieurs ch^ vaux sellés et bridés; puis, à dix pas, dans Pall^ conduisant vers Saint-Avertin, attendait la calèct^
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telée, astiquée, prête à partir. Où allait-on? Enfin, [adeleîne, en amazone , un élégant petit chapeau e feutre — un chapeau de gamin — planté à la cime e ses cheveux ébouriffés, parut au seuil de la Maidunette, pimpante. Jolie, aussi fraîche qu'une fleur ans la rosée. En sautillant avec la grâce d''une ►ergeronnette-lavandière voletant, à Paurore, le long le quelque ruisselet perdu, elle hasarda vingt pas n avant parmi le sable, puis, se retournant vers la açade du château, dont son œil brillant parut sonder es fenêtres :
^ Eh bien ! eh bien ! siffla-t-elle d'une voix très iguë, on n'est donc pas prêt encore?... — Madame eiss, vous êtes une coquette !... — Madame Nada- Wska, vous en êtes une autre!... A-t-on jamais vu, -s vieilles femmes comme celai...
— Madeleine I cria quelqu'un qui venait d'ouvrir ^e fenêtre au premier étage.
C'était le général. Elle, l'apostrophant :
— Toi, puisque tu es fatigué, malade, tu ferais lieux de rester couché que de boire à plaisir l'humidité du matin. Voilà ce que j'ai à te dire. C'est mauvais pour tes douleurs, l'humidité, voyons !
-^ Et l'on ne me dit pas bonjour ?
— Tu le mérites bien, vraiment... — Ma cou- '^nel ma cousine!
— Veux-tu te taire!... Tu n'oseras pas t'en aller sans monter m'embrasser, je suppose.
l54 LA PETITE MftRE
— Si, j'oserai! si, f oserai!... Pourquoi ne Tienstu pas avec nous à Chenonceaux, vilain?... Apprends que c'est un château historique, Chenonceaux, si tu ne le sais pas... — Madame Nadalewska! madame Nadalewskal on part!...
André Fuster rentra dans sa chambre, et Madeleine, se démenant, battant des mains, appela son monde de plus belle.
Daniel se montra sur la pelouse.
— Cest honteux, un homme qui ne peut pas quitter son lit, lui dit la jeune fille, qui avait rougi légèrement.
Le jeune Nadalewski lui tendit la main.
— J'ai bien envie de te renvoyer dormir, balbutia-t-elle , se raidisssant pour paraître toujours gaie, mais dans le fond éprouvant un trouble q^^ Tembarrassaît grandement.
Elle lui abandonna le bout de ses doigts, q^® Daniel eût bien voulu porter à ses lèvres. Il ^ contenta de les presser délicatement.
— Partons-nous ? demanda-t-elle pour rompre ^^
charme dangereux.
Mesdames Reiss et Nadalewska surgirent au sC^de la Maisonnette, celle-ci vêtue d'un costume tf^ simple d'alpaga gris, celle-là habillée d'une robe ^ soie à longue traîne, historiée bizarrement de v^ lants et de toute espèce de biais capricieux entr^ croisés.
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— Comment, madame, demanda Daniel à la femme du député au Corps législatif, vous ne vous êtes pas mise en habit de cheval, aujourd'hui ?
— Vous trouvez donc ma toilette ridicule, cher monsieur ? se récria-t-elle, minaudant.
— Elle est ravissante, au contraire!... Toutefois, pour monter en selle. . .
— Je vais dans la calèche, car. . .
— Quelle lâcheté! interrompit Madeleine.
— Ma chère enfant, riposta madame Reiss piquée, fai pensé à madame Nadalewska, qu'il ne serait pas gentil, puisque ni votre père ni M. Stéphane Nadalewski ne nous accompagnent, de laisser seule dans la voiture.
-^ Comme vous êtes aimable, madame, et comme )e vous remercie ! murmura Daniel.
Il lu{ o£frit son bras et la conduisit vers la calèche, qui commença à descendre la côte au pas. Comme Madeleine, dont David gardait le poney, assemblait les rênes de sa bête, des cris perçants éclatèrent derrière elle.
"^ Marraine ! marraine !
£lle se retourna et vit Loulou qui lui tendait les bras.
•^ Quoi ! tu es levée à cette heure ?
■^ Aller avec toi, petite mère, aller avec toi ! sanfilota l'enfant
l56 LA PETITE MÈRE
La jeune fille baisa ses joues inondées, lui fit mille promesses et la rendit à Rosalie, qui remporta.
Quand Madeleine, laquelle s^était éloignée un peu, attirée par le désespoir de sa filleule, revint vers sa monture, ce n^était plus David qui la tenait; cMtait le général.
— Alors, on ne m'embrasse pas, moi ?. . .
Elle lui sauta au cou.
Diamant, que Daniel venait d^enjamber, se cabrait dUmpatience, puis son sabot mordait le sol. Madeleine s'étant élancée en selle, cheval et poney partirent au petit trot. David allait en avant, planté sur le magnifique Luxor.
— Et ma cousine, disait Madeleine, et ma cousine qui voudrait nous faire croire que c'est pouf ta mère qu'elle est montée dans la calèche. Elle a peur, voilà...
— Peur de quoi ?
— De ne pouvoir supporter le cheval jusqu'au bout, parbleu 1
-^ Il est certain que trente-cinq kilomètres pour une femme...
— Avec ça qu'une femme ne vaut pas un homm^ en tout et pour tout!... Seulement, ma cousine An* gélica est une femme gâtée... Son mari est si ridi* culel... C'est moi qui ne souffrirais pas d'avoir un mari de cette tournure et de cet esprit I
— Si vous l'aviez, pourtant...