‹ La petite mère (volume 3)Chapitre 21 sur 52 · ROSALIE · texte numérisé non relu

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—Voyons, Daniel, ne me fais pas enrager : tu sais ien que cela n^est pas possible.

— Je ressemble à M. Reiss plus peut-être que ous ne pensez.

— Cette bêtise I... Ce n'est pas vrai... heureuselent, murmura-t-elle baissant les yeux.

On était arrivé sur la route de Saint-Avertin à ^éretz. La calèche, au loin, disparaissait dans la >oussière. Le poney, dûment fouaillé, prit le galop itDiamant le suivit.

Cependant, tout en haut du Pertuîs, dans le voisinage des combles bleuâtres, une fenêtre à croisilons de pierre s'était ouverte, et un point blanc y ivait paru. Ce point, c'était Stéphane Nadalewski igitant un mouchoir pour être aperçu de nos voyageurs. Occupés à des sensations intimes délicieuses, >û Daniel, ni Madeleine ne virent ce père tout aussi licureux qu'eux de leur bonheur et leur envoyant son idieu. Hélas f l'amour est terrible : que d'oublis, ^ingratitudes, il met au cœur des enfants 1 Pauvres parents I quand la fille qui fut votre joie, votre consolation au foyer domestique, aimera un homme ; îuand le fils qui fut ensemble et votre orgueil et votre espoir dans l'avenir, aimera une femme, malheur i vous 1

Au fond de la vallée du Cher, Nadalewski, lequel

"Cessait sans doute l'illusion qu'on l'avait aperçu, m. 14

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— le cœur paternel se complaît aux naïvetés de cette sorte, — ne voyait plus rien, n'entendait plus rien. Il quitta la fenêtre et s'assit. Sous le poids des réflexions graves qui visitaient son cerveau, la tête de notre critique-philosophe s'inclina doucement. Méditait-il un nouveau chapitre, de nouvelles observations à ajouter à VEssai sur les Miracles^ dont il préparait juste en ce moment une édition définitive et dont les épreuves, criblées de corrections hiéroglyphiques, voltigeaient sur le parquet, encombraient les tables, embarrassaient les fauteuils? Il demeura longtemps absorbé. Enfin, il tendit la main vers une tasse de chocolat, que son valet de chambre avait déposée sur un guéridon sans bruit, et la vida d'un trait; puis il reparut à la fenêtre, demeurée grande ouverte. Le soleil avait marché à pas de géant. Il laissa son regard distrait errer une minute à travers le paysage. Sous l'énergie de la lumière, on ne voyait que d'énormes places lumineuses succédant à des places noires non moins énormes. Il porta ses yeux plus haut. Au zénith, le ciel apparaissait d'un bleu intense, puis, peu à peu, ce ton se brouillait et finis* sait par prendre des nuances lactées d'un blanc équivoque, clair-semées, aux bords extrêmes de l'horizon, de monticules aux crêtes légèrement enfumées.

a II pourrait bien faire de l'oragd avant la nuit, > pensa-t-il avec ennui.

Nadalewski ramenait ses persiennes pour mettre

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chambre à l'abri du soleil, quand, au moment de :s accrocher, il lui sembla entendre parler dans le entier étroit qui, de Saînt-Avertin, monte à la Maionnette sous bois. De sa position élevée, il dominait :ous les chemins perdus zigzaguant à travers le parc. Involontairement il lança un coup d'œil. O surprise! il vit Fuster recevant plusieurs lettres des mains du fecteur rural, les enfouissant dans ses poches d'un air de mystère, puis s'éloignant sous les arbres, tandis que Phomme de la poste achevait de grimper vers le château.

t Pourquoi Fuster, avec tous les hôtes du Pertuis, tfattendait-il pas qu'on lui distribuât ses lettres et ses journaux à l'heure du grand déjeuner? Pourquoi allait-il au-devant du facteur, prenait-il ses dépêches comme à la dérobée, puis courait-il se cacher honteusement? Notre philosophe se souvint que plusieurs fois -p la veille encore — David, apportant son courrier à chacun, lui avait soufflé malignement à l'oreille : "" « Toujours rien pour le général.... Quelle chance ! »

Stéphane eut envie de descendre, d'aller surprendre André Fuster en je ne sais quel réduit solitaire du parc et d'aborder coup sur coup l'explication pour laquelle il avait de bon matin vidé le Permis, pour laquelle il s'était donné rendez-vous à lui-même aujourd'hui. Après une hésitation qui ne dura pas une minute, il dégringola les deux étages

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de la Maisonnette, tout enfiévré par son desseii désireux d^en finir, capable de tout brusquer. E^ demment, la baronne, le Supérieur du Jugemei Dernier, qu'il avait crus morts, vivaient encore. Coi ment, en effet, expliquer les précautions du gêné: pour lire les lettres qui lui étaient adressées, si • lettres nMmanaient pas de gens avec lesquels il était difficile d'avouer qu'il maintenait des relatioi Les ennemis du bonheur de Madeleine, du bonhi de Daniel, de leur bonheur à tous, un mom terrassés, s'étaient remis debout, et la lutte reco mençait.

Comme Nadalewski, courant sus au général, ap avoir franchi le vestibule de la Maisonnette, se dis sait à descendre le perron, Loulou, accroupie sur marches, se jeta dans ses jambes.

— Marraine ? où est marraine ?

— Elle reviendra, se contenta de lui répondre ne homme, très pressé.

De mauvaise humeur, il dénoua les petits bras l'enfant qui lui embrassaient les genoux.

— Méchant! lui cria Marie.

Stéphane s'élança ; mais il se trouva en face de salie, qui buvait le soleil, à demi couchée sur un b de pierre rivé à l'antique muraille du Pertuis.

— Excusez-la, monsieur Nadalewski, murmura femme de David. Une mioche comme cela, ça ne

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pas ce que ça dit... Oh ! puis que voulez- vous ? elle a tant de chagrin aujourd'hui !... Vous comprenez, quand mademoiselle s'en va...

Stéphane coupa court aux doléances de la pauvre malade en embrassant Loulou; puis il tenta de s'éloigner. Mais Rosalie osa s'emparer d'une de ses mains et le retenir.

— Que me voulez- vous? demanda- t-îl durement.

— Oh! rien, monsieur Nadalewskî, rien... je vous assure...

Il la regarda et vit ses yeux pâles noyés de larmes.

— Enfin, vous avez quelque chose à me dire, puisque vous m'arrêtez, fit-il d'un ton moins rude et dégageant sa main.

— C'est de mademoiselle Madeleine et de M. Daniel... que...

— Que vous voulez me parler ?

--Oui.

•^ Un autre jour...

-- Quel malheur pourtant si ce mariage ne réussissait pas!...

•^ Il réussira .

^ J'ai bien peur que non, moi, monsieur Nadalewski.

"**Vous avez peur, vous, Rosalie? demanda-t-il, ^o^rnant vers la mère de Loulou un visage où la froideur avait fait place à l'inquiétude.

"^ Vous ne savez pas tout, allez.

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— Alors, vous avez appris quelque chose ? interro^ gea-t-il, se rapprochant.

Rosalie, qui longtemps s^ était tenue debout, sentant ses jambes fléchir, se laissa couler sur le banc de pierre. Stéphane s'assit à côté d'elle.

— Voyons, ma bonne Rosalie, contez-moi ça, dit-il.

La malade ouvrit la bouche ; mais, au lieu de parler, elle toussa. La quinte dura de longues minutes. Elle fut terrible,* écrasante pour cette malheureuse à qui il ne restait plus qu'un souffle, tout ce qu'il fallait juste de forces pour endurer le plus cruel dc5 martyres.

— Mon Dieu ! répétait-elle parmi ses efforts et stf souffrances, mon Dieu !

Une profonde pitié paralysait Stéphane ; pour $< donner une contenance, il avait mis Loulou à cali fourchon sur ses genoux, et, le bras tendu, lui moatraitau loin les tours de Saint-Gatien.

— Petite mère est là-bas? s'informait l'enfant, impuissante à se distraire de Madeleine.

— Oui, oui, lui répondait Nadalewski, dontlapei» sée errait ailleurs... — Eh bien ? demanda-t-il à 1X<p salie apaisée.

— Figurez-vous, murmura-t-elle d'une voix haletante, que, pour montrer à ma Loulou sa marraine s'en allant à Chenonceaux avec M. Daniel, nous étions montées toutes deux vers le haut du parc... Que voulez-vous ? cette petite se désolait tant... Vous

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devinez, monsieur Nadalewski, si une pareille course m'a fatiguée... Ah ! j'ai toussé, je vous le promets... Mais ma Loulou a vu les chevaux sur la route beaucoup plus longtemps... Moi, je me suis assise par terre. Je n'en pouvais plus... La gamine a fini par s'amuser par là à cueillir des fleurettes dans les buissons... Je continuais à me reposer tranquillement... Mais voilà que j'entends un bruit léger. Je regarde. Qui est-ce que je vois ? le général, qui, debout dans un fourré, lisait une lettre et, en la lisant, agitait le papier, ne cessait pas de l'agiter... Le froissement de ce papier, c'était le bruit. que j'avais entendu... J'ai courbé la tête. Je tremblais que le général, s'il me découvrait, ne pensât que j'étais venue là dans l'intentton de savoir ce qu'il faisait: Du coin de l'œil pour- ^nt je suivais ses mouvements... Tout d'un coup... Ah I mon Dieu, la voix me manque...

■** Respirez un instant, lui dit à regret Nadalewski. "^ Un bouquet pour petite mère, marmotta Loulou, ^'fant à pleines mains des poches de son tablier ^^ marguerites, des rameaux de bruyères roses, des ^^^hettes de liseron pêle-mêle avec des fleurs épa- ^^ies de chèvrefeuille et des feuilles pointues de fou-

"* Tout d'un coup?... interrogea Stéphane, impa- ^t et s'adressant à Rosalie.

Tout d'un coup, le général a fait un geste de co- ^, puis il a replié ses lettres, car il en tenait plu-

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sieurs, et s'est assis sur une pierre. Comme quelqtf qui a du chagrin, beaucoup de chagrin, il se cachai tête dans les deux mains... Moi, je n'osais pas b ger...Je n'avais qu'une crainte : que Loulou, qui al et venait pareille à un jeune écureuil de branche branche, ne l'obligeât à se retourner... Nous éti perdues... Mais non, le général réfléchissait sans fi Pourtant il avait laissé retomber ses mains... Je Dieu ! quelle figure ! Vous vous souvenez de sa fac cire, quand il fut si malade dans la chambre des pisseries ? Eh bien. Je vous le jure, monsieur N dalewski, c'était la même chose, absolument la m chose... Il s'est levé, et, un moment, il est demeui immobile, comme un homme égaré dans les bo qui ne saurait de quel côté tirer... — « Ah ! ils ne lent pas que ce mariage se fasse ! s'est-il mis à dii parlant à lui-même, ah ! ils ne veulent pas que ce riage se fasse ! Et moi qui aurais désiré que toi passât sans scandale !... » — Il marchait déjà en nonçant ces mots, et, à un tournant du bois, j( perdu de vue... Vous pensez bien que nous son vitement descendues de là-haut, Loulou et moi.. Stéphane ne pouvait plus en douter : André Fu dans son habitation champêtre de la Touraine, en proie aux mêmes démons qu'à l'hôtel Trém à Paris. Pourtant il sut gré à son ami de son de colère et trouva qu'il n'était peut-être pas si pable de cacher à tous les yeux la lutte où :

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débattait. Il fallait compter avec un cœur qu'une passion terrible avait entamé, encore saignant de sa blessure. Mille raisons déterminèrent Nadalewski à attendre quelques heures avant d'aborder Fuster. Certes, il l'aborderait sans retard. Mais il convenait de lui laisser le temps de se remettre des trop vives émotions qu'avec la brusquerie d'une décharge électrique la poste venait de lui apporter de Paris.

— Merci, Rosalie, dit-il en quittant le siège de

pierre, ce que vous m'avez rapporté me servira.

— Monsieur Nadalewski, je vous recommande surtout, murmura-t-elle, de vous arranger pour que le mariage ait lieu au plus tôt... Vous savez, je m'en vais chaque jour, moi, et je ne voudrais pas mourir sans avoir vu mademoiselle mariée à M. Daniel... N'est-ce pas que vous me promettez au moins de faire tout ce qui dépendra de vous ?.,.

Nadalewski avait la gorge serrée. Il ne put articuler wn mot.

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