‹ La petite mère (volume 3)Chapitre 22 sur 52 · GOUTTES DE PLUIE · texte numérisé non relu

GOUTTES DE PLUIE

Le déjeuner se passa fort tristement. La vaste salle à manger du Pertuis, que Madeleine la veille encore remplissait des éclats de sa voix joyeuse, malgré le soleil riant à toutes les fentes des vieilles persiennes un peu disloquées, était lugubre. Le général, les esprits attirés bien loin, à Paris sans doute, touchait à peine du bout de sa fourchette aux plats que lui présentait Marchand, et Stéphane, dont Pâme chevauchait sur la route de Chenonceaux, mangeait avec indolence et comme sans s'en apercevoir.

— Quel temps ! dit-il, réveillé en sursaut au bruit d'un ustensile de porcelaine se brisant sur le parquet.

Il regarda. C'était une assiette que Fuster, préo^-

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cupé ailleurs, en la recevant de Marchand, avait Laissé glisser de ses doigts.

— Quel temps ! répéta Nadalewski. •

— Affreux, murmura le général levant les yeux aux volets.

— Nous aurons très certainement de Forage avant ce soir.

— Cest possible.

— Diable I mais nos enfants sont en route...

— Bah ! Madeleine a du sang dans les veines, et ce n^est pas le tonnerre qui Tefifrayera beaucoup.

Soudain la salle à manger se trouva plongée en d^épaisses ténèbres.

— Vois-tu ! vois- tu !... s'écria Stéphane.

André Fuster, sans répondre, repoussa sa chaise et se mit debout. Nadalewski en fit autant. Marchand ouvrit une porte vitrée, et les deux amis s'aventurèrent dans la grande allée développant, comme une ceinture, son cercle grisâtre autour des gazons verts d»^. ia pelouse. Ils allaient lentement, silencieusement, ie temps à autre lançant un regard furtif sur Tours, lui, grâce au ton plombé des gros nuages encombrant Horizon, ressemblait moins à la ville aimable et î^nte que nous connaissons, qu'à un ensemble redoutable de carrières d'ardoises abandonnées par les ouvriers, à la suite de quelque effroyable explosion lu «cl.

— C'est bien mauvais signe lorsque, d'ici, on

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ti^aperçoit plus les tours de Saint-Gatien, dit enfin général.

— Pourvu que Madeleine soit retirée en lieu s quand Torage va éclater ! repartit Stéphane.

— David est avec elle, je ne suis point peine.

— Alors, tu comptes pour rien ma femme, Dan madame Reiss ?

— Angélica est une enfant imprudente et fo tout à fait incapable de commander à ma fille el se faire obéir. Pour madame Nadalewska, ses gâte touchantes ne lui ont permis de prendre nulle torité sur Madeleine...

— Et Daniel ?

— Oh! celui-là, s'il osait parler, c'est lui exemple qu'on enverrait promener avec enth siasme 1

— Tu te trompes, mon cher : si celui-là par c^est justement celui-là qui serait écouté.

Nâdalewski avait articulé ces derniers mots < ton bref, où vibrait une note encore assourdie ( dignation. Fuster, s'arrêtant au milieu de l'alléi considéra d'un œil plein de surprise.

— Voilà ! conclut Stéphane, qui continuait à i cher.

Comme le général ne le suivait pas, à son toi demeura fixe; puis, montrant un banc posé i

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un bouquet d'ormes à quatre pas en avant de la pelouse :

— Si tu veux en savoir plus long sur ta fille et sur mon fils, asseyons-nous là et causons.

— Écoute donc ça, intraitable philosophe de Bellevue, lui cria Fuster, allongeant sa tête attentive vers Tours.

— Je le connais, ça : c'est le tonnerre, parbleu !

— Et il ne te prévient de rien ?

— Il me prévient qu'il pleuvra bientôt.

— Dans ce cas, je me sauve... Tu comprends, avec ^on rhumatisme....

Nadalewski, plus ingambe, s'était élancé d'un Jnouvement impétueux, et, se plantant devant lui :

^ Fuster, lui dit-il, j'ai besoin de te parler, et je tiens à ce que ce soit tout de suite.

— Dans quelques jours.

— Non, à rinstant !

** Attends à après-demain au moins, je t^en priô.

"* Pourquoi après-demain ?

^e général, comme un enfant qui veut s'échapper, tenta de passer à côté de son ami. Mais celui-ci, le ^^sissant à bras-le-corps :

"^ Tu ne t'en iras pas !

Stéphane ! gronda le vieux soldat regimbant ^^s l'étreinte.

*^^dalewski, quelque peu honteux, lâcha prise. ^^ Va-t'en, lui dit-il, puisqu'il te plaît de t^enalkn III* \S

Ce n'est ni la pluie, ni le rhumatisme que tu redou* tes, mais une explication avec Thonnéte homme que tu as trompé.

— Moi, je t'ai trompé !

— Que sommes-nous venus faire en Tpuraine?

— Il me semble que nous y sommes venus....

— Est-ce dans le but d'y marier nos enfants, oui ou non ?

— Ai-je prétendu le contraire ?

— Tu le prétends chaque jour, le contraire, pat ton incroyable attitude. Depuis plus de deux mois que nous sommes ici, m'as-tu entretenu une fois, une seule fois de ce qui devrait être le sujet si doux de toutes nos conversations ? Nous quittons Paris daos des circonstances fort douloureuses; nous arrivon au Pertuis, et, au bout de quelques jours, quan^ Madeleine mieux portante, j'attends que tu vienne à moi et me dises ces simples mots : — « Occupoaî nous de nos enfants, » — non-seulement tu ne fa pas un pas, non-seulement tu n'articules pas un mo mais tu passes ton temps à me fuir, à disparaître, te cacher...

— A me cacher ?

— Crois-tu que je ne me sois pas aperçu de promenade de tous les matins vers le village, just^ l'heure où le facteur arrive de Saint- Avertin ?

— Le facteur ! balbutia Fuster troublé.

— As-tu peur, par hasard, que les lettres q"*

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