‹ La petite mère (volume 3)Chapitre 27 sur 52 · II · texte numérisé non relu

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« vantle développement de mes idées, la sondant de « temps à autre par un regard, je constatais avec ■ • regrer, à la seule inspection de ses traits immo- 1 « biles, qu'aucun de mes arguments ne lui imposait^ « la conviction.

a — Eh bien I me suis-je écrié en me levant, que « dois-je répondre au général ?

€ — Répondez-lui que rien ni personne ne réussira a à me détacher de l'Ordre du Jugement- Dernier.

« — Mais il ne s'agit aucunement de l'Ordre du « Jugement- Dernier, madame.

« — Ma fille mariée à M. Daniel Nadalewski, c'est « l'Ordre du Jugement-Dernier chassé de l'hôtel Tré- « mière, c'est ma poche vide pour mon Orphelinatde « la rue Saint-Séverin, pour toutes les œuvres chari- « tables que Dieu jusqu'ici m'a permis de soutenir*

« — Madame, quelle injure vous faites au général i « Comment pouvez-vous croire votre mari capable de « vous priver de l'argent nécessaire à vos aumônes ?

« — Et si M. Fuster venait à mourir ?

« — Pourquoi prévoir les malheurs de si loin ?

t — Tout serait à ma fille, à M. Daniel Nada* t lewski, car moi, je me mariai sans fortune et rie^ « ne m'appartient en propre.

« — Je suis persuadé, madame, que le général a si' a gné un long bail avec la vie. Mais enfin, pousso^^ c les choses au pire, admettons une catastrophe q^^ « tout rend invraisemblable, ni votre fille, si aff^^'

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* tueuse, si douce, ni la famille Nadalewski, laquelle « ne cessa de vous entourer de son respect, je m'en « porte garant, ne songeraient à vous dépouiller.

« — Mon Révérend Père, m'a-t-elle riposté vive- « ment, ici-bas je ne veux dépendre que de Dieu.

« — Eh bien, lui ai-je répliqué à mon tour, puis- « qu'il vous plaît de nourrir des méfiances que je con- « damne, invitez M. Fuster à vous assurer, dès au- « jourd'hui, par devant votre notaire, M. Roussillon- « Barbette, une situation indépendante, et consentez « au mariage de mademoiselle Madeleine avec M. Da- « niel.

< — Une situation indépendante ?

«^Voyons, madame, on évalue la fortune de « votre mari à six millions. Puisque, malgré la santé « toute neuve du général, des prévisions funestes « assiègent votre esprit, que vous avez une peur ter-

* rible, par une perte irréparable, d'être réduite un « jour à déserter certaines obligations charitables qui « vous sont chères, pourquoi ne m'autoriseriez-vous " pointa inviter M. Fuster à vous assurer le capital

* de la rente qu'il vous servit durant vos trop lon-

* gués années de séparation ?... Au fait, de combien

* fut cette rente ?

« *- De cinquante mille francs, quand je m'éloi-

* ë^^i de mon mari pour la première fois, à Tou-

* louse. Elle s'éleva à cent mille après la mort de

* M. Théodore Fuster, mon beau-père, le général

« étant entré en pleine possession de tous ses biens de c famille.

« — Je ne me dissimule pas, si vous vouliez mêle « permettre, combien serait délicate la question que « j'aurais à traiter avec votre mari. Mais une chose a me rassure tout de suite : sa générosité, que j'ai vue « à Pœuvre. Ainsi donc, madame, s'il vous était « agréable qu'en lui écrivant je lui touche un mot...

« Elle m'a interrompu aussitôt.

« — Rien ne presse, m'a-t-elle dit... Nous ver- « rons...

« Et, s'étant aperçue que j'avais remarqué en elle

« comme un subit embarras :

« — Pardonnez-moi, je vous en supplie, un reste € d'orgueil. Révérend Père Supérieur, murmura- « t-elle : il n'est pas commode à une Trémière de la « Sylve de tendre la main.

« Je l'ai quittée incontinent.

« Le soir même, au monastère de la rue Oudinot, € en notre salle capitulaire, j'ai réuni mes deux très « vénérables Assesseurs, les révérends pères Baran* « don et Canitrot, nos amis de la Paroisse du Juge- « ment-Dernier : madame la marquise de Mérifons,!^ « général de Roquebrun, le duc de Vialemont, M.d^ « Kermareck, M. Darnétal, et. pour me conforma ^ « fidèlement à votre lettre datée du 5 juillet, je leO-'

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* ai rapporté mon entretien avec madame la baronne, ' et j'ai eu rhonneur de solliciter leur conseil.

« Général, Pavis unanime de rassemblée a été que * ^ous deviez au plus vite quitter la Touraine et « centrer à Paris. Sans parler du bon effet qu'après la

• brusquerie de votre départ produirait, sur Tesprit

* ^e lïiadame la baronne Fuster, un retour spontané « qui renfermerait, sinon une excuse, du moins un

* ^^Sret, ces messieurs pensent que votre présence « sufUrait à lever les derniers doutes, les derniers « scrupules d'une personne qui vous est chère par- « dessus tout, et que vous n'auriez aucune peine à « ertx porter d'assaut son consentement.

• Ma conviction est, a ajouté madame de Mé-

* ^^^ons, que, pour vaincre, il n'a qu'à se montrer.

* -A propos de cette excellente et sainte marquise,

* )^ ne veux pas oublier de vous transmettre une ^ ^ ^flexion qu'elle a faite, au moment où j'allais

^ ^^Ver la séance, et qui me paraît des plus judi-

* ^ï'^uses.

^ Après avoir parlé de M. Stéphane Nadalewski

* ^Vec une indulgence, au point de vue des doctrines,

* ^ui lui communiquait une vague odeur de fagot;

* après avoir touché un mot fort discrètement de la

* piété douce de madame Nadalewska, ft à qui Dieu

* accorderait la conversion de tous les siens ; » après

* avoir poussé l'enthousiasme pour vos amis — de

* quelles bontés n'est pas capable la femme vraiment

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« chrétienne ! — jusqu'à prononcer une sorte de pa- « négyrique de M. Daniel Nadalewski, a ce noble « jeune homme qui a raison d'aimer la plus noble « des jeunes filles^ » madame de Mérîfons nous a « rapporté l'impression fâcheuse qu'avaient produite a sur madame la baronne vos promenades « un peu « folles » à travers la Touraine.

a — Quand je songe, aurait dit madame Fuster à a la marquise, qu'ils ont trouvé le temps de visiter € Plessis-les-Tours, Marmoutiers, Sainte- Radegonde, <c Chambord, les grottes Gouttières, et qu'ils n'ont € pas une minute pour voir la colonie de Mettray, € cette œuvre si admirable de charité ! Dieu ne les € occupe donc jamais?

a Mon ami, comme préparation à votre voyage ici « et afin que le ciel bénisse vos projets et leur accorde

« une entière et pleine réussite, visitez Mèttray et ou-

« vrez votre main aux jeunes colons de M. de Metz.

« Maintenant j'entends, général, la double question c que vous m'adressez :

« — Tout cela accompli, obtiendrai-je le mariage € de Madeleine avec Daniel ?

€ Je crois pouvoir vous dire : — Oui.

< — Obtiendrai-je de rentrer dans l'union où « doivent vivre les époux ?

« Voici ma réponse :

« En son évangile, saint Mathieu raconte que

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