III
2l8 LA PETITE MERE
La Tranchée, le pont sur la Loire furent traversés en volant. A Tentrée de la rue Royale, Madeleine et Daniel découvrirent David qui tenait les chevaux de Stéphane et du général. Pauvres bêtes! leurs mors blancs d^écume, elles fumaient, elles haletaient bruyamment. La surprise de nos amoureux fut grande : le dragon était passé à côté d^eux sans être aperçu, enveloppé sans doute dans quelque tourbillon de poussière.
— Où est mon père ? demanda la jeune fille.
David montra la maison formant le coin de la rue.
Aux murailles de cette maison un homme, un pinceau à la main, collait des affiches fiévreusement. Daniel et Madeleine sautèrent à bas de leurs mon* tures.
A ce moment, André Fuster et Stéphane, se détachant du groupe compacte qui lisait le papier de la préfecture, vinrent à eux. Le général rayonnait; le philosophe, au contraire, paraissait abattu, consterné.
— Eh bien ! qu'y a-t-il ? interrogea Daniel.
— Capitaine, s'écria Fuster transporté d'enthousiasme, la guerre est déclarée !
— La guerre ! fit-il.
Il recula d'un pas.
— Oui, mon fils, la guerre, articula Nadalewski d'un ton grave, presque déchirant.
— O mon Dieu! murmura Madeleine.
Et d'abondantes larmes, s'échappant du réservoir Je son cœur, qui crevait de toutes parts, noyèrent son beau visage, devenu subitement livide, glacé, comme si la mort, la hideuse, l'effroyable mort, venait de le toucher de son doigt.
Dès le lendemain, tous nos personnages deTouraine arrivaient à Paris. La réception fut enthou* siaste. La Paroisse du Jugement-Dernier, prévenue dès le matin par les soins du Révérend Père Supe* rieur, à qui le général avait adressé une dépêche^ sauf le comte et le vicomte, de la Livinière, poufl* première fois absents au rendez-vous, se trouva sur pied tout entière, inondant la cour, le péristyle, 1^ vestibule, le petit salon de Thôtel Trémière, et b^^' tant presque des mains.
— Enfin , je vous revois ! s'écria Thérès^î heureuse.
Elle embrassa Fuster, puis elle embrassa MadeleîJ^^ et tendit très affectueusement la main à Daniel Na^i^
ski, lequel, ayant laissé ses parents gagner seuls ue Barbet-de-Jouy, avait voulu arriver jusqu'à la Vaneau.
iprès la baronne, ce fut le tour du révérend e Phalippou de céder à la pente de son cœur ; îtreignit son ami longuement, silencieusement, ster, pénétré d'une émotion qui lui rendait îmssible toute part)le, étouffait. Il ne sut que donner î poignées de main muettes aux révérends pères Tandon et Canitrot, à MM. de Roquebrun, Darné- , de Vialemont, de Kermareck, s'incliner respecîusement, et toujours sans articuler un mot, devant vieille marquise de Mérifons. On s'assit, et, un u d'ordre ayant fait place à la confusion des preers instants, on respira.
— Alors, général, vous venez pour reprendre du *vice? dit M. de Roquebrun.
•* J'espère bien, général, qu'on me permettra de
î battre encore une fois pour mon pays, répondit
ister, redressant la tête non sans fierté.
*- Mais, ce rhumatisme?...
■^ Je voudrais voir que le rhumatisme essayât de
2mpêcher de monter à cheval !
ie son poing fermé il se frappa un grand coup sur
genou gauche.
— Affreuse décrépitude ! gémit M. de Roquebrun, 'ant les bras au-dessus de sa tête par un geste sespéré.
222 LA PETITE MÈRB
Le hasard avait placé Daniel juste à côté de ce vieillard, qui, en son temps, avait été un rude soldat. Remué par une douleur, dont lui, le dernier rejeton d'une race de guerriers superbes, comprenait toute rétendue, bien qu'il connût peu M. de Roquebrun, il osa lui saisir la main, et, la lui serrant avec énergie :
— Mon général, lui dit-il, c'est un grand malheur pour la France d'être obligée, en ce moment, de se passer d'un officier vaillant et expérimenté à la guerre comme vous l'êtes. Mais, soyez tranquille, les exemples des anciens ne sont pas perdus pour les jeunes, et nous nous efforcerons de leur ressembler.
André Fuster, assis auprès de sa femme sur un canapé, se trouva debout presque à son insu, et, désignant Daniel à la Paroisse du Jugement-Dernier, avec un élan d'orgueil magnifique :
— Messieurs, voilà le mari que je donne à ifl* fille ! dit-il.
On se regarda de toutes parts, les yeux pleio^ d'étonnement, de trouble, et l'on se tut.
Cependant M. de Roquebrun, lequel venait H*^ treindre Daniel, allait vers Madeleine, droite cont^ la porte vitrée du jardin et paraissant occupa aux massifs de fleurs qu'elle avait fait planter ell ^ même au mois d'avril, qu'elle avait tant arros^ et qu'elle retrouvait aujourd'hui flétris, desséché^ perdus.
— Mademoiselle, lui dit-il, je tiens à être le premier à vous offrir mes félicitations.
La jeune fille se retourna. Son visage était effrayant de pâleur.
— Merci , général, murmura-t-elle d'une voix éteinte.
Et elle retourna à sa contemplation mélancolique de plantes effeuillées, mortes dans Fabandon et dans Toubli.
Enhardi par ce qu'il avait entendu, par ce que tout le monde avait entendu, tandis que, dans divers groupes, qui s'étaient formés brusquement aux affinités de chacun, on s'entretenait à voix chuchotante ^t mystérieuse, Daniel traversa le petit salon d'un bout à l'autre et rejoignît Madeleine. La petite mère, ^^réablement surprise, rappela son âme flottant dans les tristesses des massifs, où personne n'avait songé à laisser tomber une goutte d'eau durant les chaleurs torrides de juillet, et sourit à celui que dé- ^^rmais elle avait le droit d'appeler publiquement ^^n fiancé.
•— O mon Daniel I mon Daniel ! lui dit-elle, lais- *^nt transparaître l'angoisse où elle demeurait comme ^ï^éantie.
— Qu'as-tu, ma Madeleine ?
•— Vous vous souvenez de mes balsamines, de ^^ héliotropes, de mes géraniums, de mes reines-
marguerites, qui s'annonçaient si bien avant notre départ?
— Eh bien ?
— Regardez !
— Il est de fait qu'on aurait pu prendre un peu | plus de soin de ton jardin.
— Oh ! oui...
— Tu sais, des prêtres... Il ne faut pas leur en vouloir, ces gens-là n'aiment pas les fleurs.
— Ça me cause une peine, mon Daniel, mais une peine !...
On murmurait toujours à la cantonade, et Ton ne paraissait nullement prendre garde à eux. Daniel, préoccupé de dérober à tant de profanes le visage bouleversé de la bien-aimée, qui voulait être le seul à y lire, à y épeler mot à mot une douleur qui Tenivrait tout ensemble et le faisait mourir, poussa, non sans précaution, un des battants de la porte vitrée et entraîna Madeleine dans le jardin.
Deux fois ils descendirent et remontèrent la grande allée du milieu sans prononcer une parole. L'œil de la jeune fille demeurait égaré au milieu des ruines, du dépérissement de tout ce qu'elle avait planté, et 1^ jeune homme, saisi, impuissant à arracher un mot ^ ses lèvres, s'appliquait à lancer son regard dans la d^' rection du regard de Madeleine, essayant ainsi de ^^ fondre plus intimement en elle, d'éprouver les mêm^^ sensations qu'elle et, avant de partir pour là-bas d'o"^
Ton ne revient pas toujours, de vivre une seconde de sa vie.
— Pourtant!... murmura-t-elle enfin.
— Pgurtant ?
— Pourtant si...
Elle contempla Daniel. Tout d'un coup, elle ne retint plus ses pleurs ; ils se détachèrent de ses longs cils un à un, pareils à des diamants énormes, et tombèrent.
— Je te le Jure, il ne m'arrivera rien, s'écria-t-il avec exaltation.
— Cest que moi, vois-tu...
— Oh ! parle...
— Ma mère m'aime, je le crois, et je Paime ai^ssi, je le crois... Mais mon père part... Mais vous partez, vous aussi...
— Pour quelques jours... Cette guerre ne sera qu'une promenade militaire .. Si tu connaissais nos soldats d'Afrique! Vois ton père... Le temps de vaincre, et nous rentrerons à l'hôtel Trémière...
— Comme je vais prier pour vous deux ! murmura cet ange avec un élan religieux qui lui fit joindre les deux mains.
Ils avaient, sans s'en apercevoir peut-être, quitté l'allée maîtresse du jardin dévasté, et suivaient un court sentier très étroit serpentant dans le voisinage de la haute muraille de clôture. Daniel s'arrêta.
— Madeleine, lui soupira-t-îl à Porcille, c'est toi maintenant qui me dis c vous ».
— Mais...
Elle courba le front.
— € Tu, » je t'en prie.
— Tu veilleras bien sur mon père au moins, puisque tu dois redevenir son aide de camp ?
— Si le ministre m'attache à ton père, avant que la mort ait pu Tatteindre, je l'aurai reçue cent fois.
— Oh non! s'écria-t-elle, non, non, je ne veux pas!
Elle se suspendit à son bras. Daniel inclina la tête, et la baisa chastement au front.
— Une violette f dit-elle s'échappant.
— C'est comme dans l'Allée du Roi , balbutia ' jeune homme, immobile au milieu du sentier.
Madeleine, à moitié noyée dans les herbes haut< de ce coin perdu, où l'ombre des grands murs entr tenait quelque humidité, recherchait les touffes c violettes, qui çà et là éclataient comme de grossi étoiles vertes sur les gazons plus pâles, et les rav2 geait impitoyablement. Elle revint à Daniel, lequ^ l'avait suivie des yeux sans bouger, et, lui tendai sa récolte de fleurettes parfumées de la senteur dél cieuse des bois :
— Tiens! lui dit-elle... Puisque tu en cueillis poi
n à Bellevue, je puis bien en cueillir pour toi à Dtel Trémière.
Daniel saisit le bouquet et Fenfouit dans sa peine avec un tressaillement de toute son âme et de IX son corps.
Au même instant, un bruit de voix, d'abord assourdi, puis s'accentuant davantage, et d'où se dégagèrent des paroles, résonna dans le lointain. On chantait.
— On célèbre donc quelque office dans la chapelle? demanda Daniel.
— Écoute ! répondit Madeleine.
Ces pauvres vers parvinrent jusqu'à eux :
a De Marie
QuLon publie Et la gloire et les grandeurs.
Qu'on l'honore^
Qu'on Vimplore^ Elle règne sur nos cœurs!,,, »
LR CANTIQUE DES CAKtlQUES 229
— Ce n'est pas ici, dit le jeune homme.
— Non, c'est dans le jardin de la maison-mère des Filles de la Charité, dont nous ne sommes séparés que par cette muraille...
Elle voulut entendre le second verset du cantique.
— Ces bonnes sœurs I elles prient sans doute la Sainte Vierge pour qu'elle veille sur l'armée... J'aime un peu mieux les sœurs de Saint-Vincent que les sœurs du révérend père Phalippou, ajouta-t-elle, toujours attentive au chant.
— Et moi aussi, je les aime mieux.
— Si tu connaissais la sœur Bénédicte I
— La sœur Bénédicte?
— Elle dirige la crèche de la rue Saint- Julien-le- Pauvre... Est-elle heureuse I elle est la mère de cent înfantsau moins...
— Et tu voudrais peut-être avoir une si nombreuse Famille, toi ?
— Je crois bien!,.. Enfin, j'ai ma Loulou touiours...
*-En attendant...
— En attendant ?
Daniel n'eut besoin que d'un regard pour laisser deviner une pensée qui le transportait.
— Ah ! mon Dieu ! mon Dieu ! soupira Madeleine, ortant une main à son cœur.
Ils étaient parvenus à l'endroit le plus solitaire, le lus épais du haut taillis qui, bien avant les muni. 20
23o LA PETITE MERE
railles, clôture de tous côtés le jardin de Thôtel Trémière. La jeune fille, après s'être éloignée du jeune homme, de nouveau se rapprocha de lui .
— Mon Danielj lui dit-elle enivrée de mélancolie, demain peut-être tu vas partir... Je veux te revoir, moi I... Permets-moi de te faire un cadeau... Des violettes, ça se fane comme toutes les fleurs... Tu vois mes plates-bandes, mes massifs, . . Je veux te donner quelque chose qui ne se fanera jamais, et qui, je le sais, te sera une protection au milieu des dangers que tu vas affronter... Acceptes-tu mon présent?
— Si je l'accepte !
— Prends garde, il va f imposer des devoirs, ce présent de ta Madeleine.
— Vite ! vite ! dit-il tendant une main avide. Incontinent elle disparut derrière un tronc, et lui,
dont Poeil acéré transperçait Fécorce épaisse des arbres, vit Madeleine défaire trois ou quatre boutons de son corsage, puis, des profondeurs de sa jeune poitrine haletante, amener par un fil deux petits carrés de drap brun historiés de deux images sur toile blanche.
— Ton scapulaire I dit-il.
— Oui, répondit-elle, le lui tendant avec simplicité encore tout chaud d'elle-même, de son aniour ensemble et de sa foi.
Il Tenleva, le couvrit de baisers et le noya dans les violettes parfumées.
— Ma mère, dît-il, te remettra mon présent, car moi aussi je veux t'en faire un. Cest une bague très ancienne dans ma famille. Tu la recevras, n'est-ce pas?
— Oui.
— Oh! comme je conserverai ton scapulaireî
— Cest la sœur Bénédicte de la crèche Saint- Julien qui me le donna... Il a été bénit à Rome par le Saint-Père... Je lui demanderai de m'en donner un autre... Tu me promets de réciter chaque matin un Pater et un Ave f
— Je te le promets.
— Oh ! n'oublie pas laSainte Vierge... Surtout avant la bataille... Si tu savais combien elle est puissante au ciel !... Mon Daniel, je f en supplie...
Madeleine, prise d'un trouble subit indicible, en jetant ces phrases entrecoupées, regagnait vivement, à tire d'ailes ainsi qu'un oiseau blessé, la maison ouverte là-bas, qui lui souriait et allait l'abriter comme un nid.
— Petite mère ! petite mère ! cria la voix de Loulou.
Madeleine, qui ne la voyait pas dans son brusque effarement, aperçut à ses pieds sa filleule, se vautrant demi-nue dans le sable profond de l'allée principale, en plein soleil .
— Que fais-tu là? lui dit-elle, la soulevant et courant avec son fardeau.
a32 LA PETITE MÈRE
— Loulou s^amuse, répondit Penfant.
En se retournant dans les bras de sa marraine, elle montra un trou quelle venait de creuser avec une petite pelle de bois.
— Il faut dormir, à présent. Tu es fatiguée.
— Pas fatiguée! pas fatiguée! glapit le terrible baby.
David se montra sur le perron.
— Elle est mauvaise, cette mioche ! 4it-il. Rosalie, croyant que le voyage Pavait rendue, a voulu la coucher. Ah! bien, oui! elle lui a glissé des mains comme une anguille, et a filé, criant à travers Phôtel : — t Malé! petite mère ! Malé! » — Par bonheur, tout notre monde du Jugement-Dernier avait levé la chambrée ; car si madame la baronne s'était trouvée ici, quelle danse! et sans violons, allez...
Le dragon parlait encore, que Madeleine, qui devinait quelqu'un sur ses pas, serrant toujours Loulou, traversait le petit salon absolument vide et disparaissait promptement.
— Comment, le général n'est plus là ? demanda Daniel, étonné de voir le salon désert.
— Non, mon capitaine, il est sorti.
— Sorti!... Mais il m'avait dit que nous irions ensemble au ministère de la guerre. . .
— Soyez tranquille, mon capitaine, le général est
en ce moment avec madame la baronne et le révérend père Phalippou. . . Vous comprenez, il n'était pas descendu de voiture que tout le Jugement-Dernier lui tombait sur le dos comme la misère tombe sur le dos à un pauvre... Oh! que c'est donc naturel, de la part de cette vermine, de vouloir ronger quelque chose ! Ils ont pâti peut-être pendant que nous étions là-bas, à la Maisonnette, ces mendiants, et maintenant ils mordent à la chair fraîche comme des enragés. . .
— Enfin, puisque le général n'est pas allé au ministère sans moi... dit le jeune officier rassuré et marchant vers la porte.
— Alors, mon capitaine, — pardon, excuse de ma curiosité, — comme ça vous êtes dans l'intention de demander à servir sous les ordres du général Fuster?
— Certes ! . . . Et toi donc, est-ce que tu ne seras pas de la partie, mon vieux ?
— Par exemple ! je les déteste bien trop, ces sacrés Prussiens de la Prusse ! Oh ! puis moi, voyez-vous, je ne suis content que lorsque je flanque des coups à quelqu'un. . . Tenez, mon capitaine, pour en revenir à ces meurt-de-faim du. Jugement-Dernier, croyezvous que je n'aurais pas débarrassé l'hôtel Trémière de cette racaille, si le général m'avait laissé mettre la tnain à la trique. Tonnerre! avec quel plaisir j'aurais enfoncé le carré, et quels bpns coups de pointe aux révérends pères Phalippou, Ganitrot, Barandon, sans
épargner les échines maigres des frères Évariste, Uni-
genitus, Edélestand, et les cous penchés des sœurs Euphrasie, Bernardine, Aimée-de-Jésus...
— Quand le général rentrera, tu viendras me prévenir.. .
— ... Si j'avais fait cela, poursuivit le dragon lancé à fond de train et incapable de s'arrêter en si beau chemin, ce qui se passe ne se passerait pas...
— Que se passe-t-il? demanda Daniel, demeuré fixe au moment de franchir la porte.
— Moi, mon capitaine, je ne suis pas tout de même aussi bête qu'un conscrit, et j'y vois clair dans les manigances de ces gens-là. Le Jugement-Dernier en veut à la bourse du général, et, puisque vous devez épouser mademoiselle Madeleine , veillez au sac, autrement. . .
— Autrement?
— Nom de Dieu! que vous êtes dur d'oreille!... Autrement, vous le trouverez vide à votre retour, parbleu !
— Cela m'est bien égal ! dit le jeune officier avec un geste d'indifférence dédaigneuse.
— En voilà un qui n'aime pas les piquaillons! s'écria David.
— Je n'aime que mademoiselle Madeleine.
— Bon, bon... Suffit. . . N'en parlons plus... Laissons plumer le général à ras de la peau, comme une
ie à la cuisine, chez Tarabel, laissons-lui faire stament...
:e mot, Daniel, que les bavardages décousus igon lassaient intimement, après les émotions crantes du Jardin, et qui, pour y échapper, avait li déjà la moitié du vestibule, se retourna.
Comment, on a osé ! . . . s'écria-t-il avec une ^ration qui lui rougit la face.
A.h ! ah I ceci vous réveille ! fit David d'un ton ois et se frottant les mains. Allons, mon capivous ne détestez pas le quitus autant que vous isez...
liel Nadalewski foudroya le soldat d'un regard le:
Tu n'es qu'un insolent, toi ! lui dit-il de toute la Lir de son orgueil, — de son orgueil outragé, — mademoiselle Fuster ne t'aimait comme elle :, tu me paierais cher cet afiFront.
le put s'empêcher de saisir le dragon au collet le secouer rudement.
Mon capitaine!... mon capitaine!... répétait abasourdi...
l^ue m'importe, à moi, le testament de M. Fusst-ce que j'ai besoin de la fortune de M. Fus- Ce qui m'est douloureux, imbécile, ce qui me , c'est de voir notre pauvre général, à peine arede venir la proie de M. Grégoire Phalippou. Si, [ il n'avait qu'une idée en tête : courir avec moî
au ministère de la guerre, ce prêtre a pu le condu ailleurs, Toccuper d'autres affaires que de Ténor affaire qui nous amène à Paris, que n'ai-je pai craindre pour mon mariage, qu'on ne manquera de vouloir entraver de nouveau ?
— Monsieur Daniel!... monsieur Daniel!...
— Mais c'est une véritable fascination que ce ( goire Phalippou exerce sur le géfiéral Fuster! décider à faire son testament comme cela [au pi levé...
— Ils étaient plusieurs qui poussaient à la rc principalement madame la baronne, puis les n rends pères Canitrot et Barandon... J'ai tout enter et, s'il vous plaît, mon capitaine, de fourrer le dans leur marmite, je vas vous la découvrir.
— Tu as tout entendu?... Conte-moi ça et n'ou rien.
pan! pan!
David rentra dans le petit salon, et Daniel l'y suivit, ttiré par une curiosité invincible.
— Quand nous sommes arrivés, narra le dragon aissant la voix, Rosalie ne se soutenait plus... Taibel est un brave homme; il a servi tout de suite à ^a malade un consommé sur le bord de la grande ble de la salle à manger... Moi, j'étais là, regardant ^^ pauvre femme... Quel consommé! Elle l'a pris ^squ^à la dernière goutte... Mais soit qu'elle eût "^alé trop vite, soit toujours la fatigue du voyage, — ^îs ça lui coupe un peu les jambes aussi de penser ^e je pars avec vous autres, — Rosalie se sentait faible, que je lui ai demandé de se reposer là ^ peu, avant de monter dans nos chambres... La
porte de la salle à manger, qui donne dans le petit salon, se trouvait un peu entr'ouverte... Vous comprenez... Par exemple, quand J'ai entendu le général dire qu'il vous accordait mademoiselle, peu s'en est fallu que je n'éclatasse de rire, tant j'étais content... Mais, lorsque avec mademoiselle vous vous promeniez dans le jardin, les autres ont parlé à leur tour. C'est la grosse voix du révérend père Canitrot qui a commencé ; puis c'a été' un véritable feu de peloton. Chacun a épaulé son arme : madame la baronne, M. de Roquebrun, madame de Mérifons, M. le duc de Vialemont, M. Darnétal, M. deKermareck, le révérend père Barandon. Il ne manquait, pour que la liste fût complète, que le comte de la Livinière et son fils Eustazade. Un fier gars, celui-là, et pas timide du tout avec les femmes...
— Que disaient-ils ?
<t — Il faudra peut-être prendre des dispositions avant de partir... Pan!
a C'était M. de Kermareck.
« — On ne meurt pas pour faire son testament» Pan!
a C'était M. le duc de Vialemont.
« — Moi, je ne montai jamais à cheval sans mett^^^ ordre à mes affaires... Pan!
a C'était le général de Roquebrun.
«c — Mon ami, au nom du ciel, agissez selon va '^ cœur... Pan !