‹ La petite mère (volume 3)Chapitre 42 sur 52 · LE REQUIEM · texte numérisé non relu

LE REQUIEM

En effet, un homme, enveloppé d'une longue houppelande grisâtre à brandebourgs effiloqués, que retenait à la ceinture une sangle de cuir usée, entra. Cétait David, mais David absolument méconnaissable, la barbe inculte, les cheveux sales, la face terreuse, presque noire, tenant à la main une loque de fourrure qui lui servait sans doute de bonnet. Un frémissement parcourut l'assistance, et personne ne put parler. David promenait des yeux hagards de tous les côtés.

— Pardon... excuse... balbutiait-il enfin... Vous savez, c'est comme ça... Où est madame la ronne?

Madame Fuster fit un pas vers lui.

Le RE^iùiEïi i^7

— Quoi que vous ayez à m'apprendre, mon ami, dit-elle d'une voix dont toute la force de son caractère viril ne suffisait pas à réprimer lé léger tremblement, parlez I Dieu est grand, et c'est en lui que j'espère pour ne pas être confondue.

— € /fi • fe, Domine^ speravij non confundar in œternum^ » murmura le révérend pèr 2 Barandon.

Le vieux soldat regardait tantôt à droite, puis à gauche, et se taisait.

— Mademoiselle Madeleine, elle va bien au moins? demanda-t-il tout à coup.

— Et mon père ? et Daniel ? s'éc ;ia la jeune fille, s'échappant des bras de madame Nadalewska qui la tenait embrassée.

-"- Oh ! le général, il s'est tiré de la bagarre sans perdre un cheveu... En voilà une chance !... Présentement, il se mange le sang à la citadelle de Mayence, car il n'a pas voulu demeurer dans les hôtels de la ville, comme tant d'autres officiers, lui !... Ah ! si vous l'aviez vu au combat de la fabrique Bergonnîer!... C'est bien toujours le général Fuster, cet homme-là. A l'hôtel Trémière un agneau, à la guerre un lion, quoi !... Nom de Dieu ! comme il a parlé à ces sacrés Prussiens, quand il leur a crié en descendant du wagon à Mayence : — « Je ne suis pas venu chez vous pour loger en garni ; enfermez-moi ou je file mon nœud I » — C'était plus fort que lui : on continuait à se battre en France, il voulait être de la noce jusqu'à III. 24

2^8 t'A PETITE MÈRE

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la fin... Quelle noce I Cest nous qui payons le rôd et les violons... Enfin... ■■^'

— Et Daniel ? insista Madeleine, rinterrompant.

— On ne sait donc rien par ici ? interrogea le dragon, saisi d'un trouble subit, que sa nature sincère ne parvint pas à dissimuler complètement.

— Non, par ici on ne sait rien, articula Stéphane jL Nadalewski, se dégageant de la tourbe curieuse du Jugement- Dernier et marchant à son tour vers |n David.

— Eh bien... eh bien, reprit ce dernier, je vous raconterai tout ça, moi, monsieur Nadalewski... J'en ai Vu, allez, des c^joses, depuis Wissembourg jusqu'à Sedan.., Pour le capitaine, — pardon, pour le commandant, car M. Daniel reçut la grosse épaulette après l'affaire de Beaumont, — une petite égratignure au front... La pointe d'un cuirassier de la garde prussienne qui lui a souhaité le bonjour en passant, à cette fabrique Bergonnier, que le diable emporte!...

— Alors, mon fils vit ? s'écria la mère de Daniel

— Dieu de Dieu ! s'il vit !...

— Où est-il ? interjeta Madeleine palpitante.

— Quant à ça, mademoiselle, je n'y vois cfi^ du feu... Vous comprenez, on ne pouvait pas caserner toute l'armée française à Mayence. Les uns sont allés plus loin, les autres plus près, d'autres sont encore dans la presqu'île d'Iges... Pour sûr, le coin-

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