‹ La petite mère (volume 4)Chapitre 19 sur 33 · LA COMMUNION DE SAINT JÉRÔME · texte numérisé non relu

LA COMMUNION DE SAINT JÉRÔME

prosternation muette, tout à l'heure courant dans des directions diverses, agissant en mille manières, trouvant des ailes pour orner, transfigurer, purifier l'endroit oîi allait paraître leur Dieu.

Une chose particulièrement portait au comble sa surprise, c'était qu'on fût parvenu, en moins d'une heure, à retirer du jardin de lourdes caisses d'orangers, dont les pieds étaient enfouis dans le sol des allées, et à les disséminer de côté et d'autre de façon à cacher les meubles, à faire disparaître en quelque sorte ces témoins de la misérable vie d'ici-bas. Où ces religieux, ces religieuses avaient-ils trouvé des muscles pour soulever ces énormes masses? Rendu froid, presque dédaigneux par les motifs de prosélytisme grossier qu'il supposait à cette foule, s'élançant sur un moribond comme sur une proie, dans l'acte imposant qui s'accomplissait sous ses yeux, il refusa de voir autre chose qu'un spectacle où deux acteurs admirables se donnaient la réplique : la baronne Fuster et le révérend père Phalippou.

Parti de cette idée, puisque nulle voix ne s'élevait encore, Stéphane remarqua plus que jamais avec quel art merveilleux on avait disposé le décor pour la représentation. La table, en vulgaire acajou, qui, un moment auparavant, occupait le milieu de la pièce, avait été poussée vers le fond, contre le mur faisant face au lit, et était devenue un autel somptueux, avec nappe, dentelles, candélabres et fleurs. Le saint ciboire écla-

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tait au milieu comme un soleil^ et, au-dessus, se déroulait un vaste tableau qu'on n'eût pu rêver mieux approprié à la cérémonie.

A l'époque où le comte Guillaume Trémière de la Sylve était revenu d'Italie, chargé d'innombrables richesses artistiques, il avait fait don au a Cabinet du Roi » d'une splendide toile du Dominiquin. Cette peinture, de proportions colossales, acquise à Ferrare dans la succession du cardinal Aldomarchi, représentait la Résurrection de Lazare. Louis XIV se montra sensible à la délicate attention du comte Trémière et lui offrit, à son tour, une tapisserie des Gobelins reproduisant l'œuvre capitale du maître de Bologne : la Dernière Communion de saint Jérôme. Autant pour rendre hommage au roi que pour honorer le chef-d'œuvre de Tartiste, M. de la Sylve enchâssa ce présent magnifique en un cadre d'ébène travaillé par les plus habiles ciseaux, et la chambre où on Tétala prit désormais le nom de « chambre des Tapisseries ».

C'était dans la chambre des Tapisseries qu'André Fuster, terrassé par le mal, avait été transporté sur l'ordre de sa femme, et c'était devant la Dernière Communion de saint Jérôme qu'il devait recevoir sa dernière communion.

Dans ses préoccupations obsédantes, Nadalewski ne fut pas loin de supposer que, dès la première heure, madame Fuster avait prévu l'état tout à fait désespéré où allait arriver son mari, et que, surmenée par l'idée

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