LA FKHME DOIT SB TAIRE
»- Adorable enfant t adorable enfant! répéta Fuster.
Il retomba sur la chaise longue et y demeura un instant muet. Enfin, relevant son visage blême, oti les pleurs de tout à l'heure avaient laissé des traces luisantes :
— Eh bien, ma chère Thérèse, avaîs-Je tort d'en appeler à vous-même de votre jugement ? Etes-vous sûre désormais que Madeleine vous aime ? Si vous ne dominiez, si vous ne remplissiez mon âme, et si )e n'étais fait pour me réjouir de ce qui peut vous arriver d'heureux, savez-vous que j'aurais tout lieu de me montrer jaloux ? A cause de son aisance, de sa familiarité avec son père, {Jus facile que vou», vous
aviez pu croire que j'occupais la première place dans le cœur de notre enfant ; peut-être n*avais-je pas craint de le penser moi-même. Nous voilà renseignés à ne plus nous y méprendre : c'est vous, avant moi, qu'elle chérit, qu'elle...
— Il me semble, André...
— Non, non, continua le général, dont la passion longtemps refoulée cherchait partout des issues, vous avant moi l N'est-ce pas juste, d'ailleurs ? Quand je courais la carrière des armes, la carrière de mon ambition, qui veillait ici sur notre fille? qui développait chez elle tant de qualités charmantes et fortes? qui lui parlait de son père à peine entrevu ? Vous, chère et noble Thérèse, vous seule. Certes, plus d'une fois, au milieu du tumulte de la guerre, ramenant mon cœur à des félicités perdues, j'écrivis aux Dames de la Légion-d'Honneur de me faire connaître à mon enfant. Mais ce ne sont pas elles assurément qui lui enseignèrent les mille tendresses dont elle me pénètre journellement, les mots qu'elle seule trouve et qui sont comme autant de témoignages d'une affection ancienne, apprise en quelque sorte dès le berceau... Hélas ! je ne sentis jamais plus vivement combien je suis coupable envers vous 1
— Mon ami, dit madame Fuster, je ne mérite pas vos éloges. En inspirant à Madeleine les sentiments qu'elle fait paraître, j'ai accompli le premier, le plus simple devoir d'une mère chrétienne.