LA FEMME DOIT SE TAIRE
— Vous pratiquâtes tous vos devoirs, vous, tandis que moi...
Il s'arrêta.
Il reprit avec une vivacité singulière
— Tandis que moi, j'éludai les plus saints et les plus sacrés... Je devais vous garder près de moi, ne jamais me séparer de vous, de notre enfant,, .
Et, goûtant à s'accuser une joie amère, il ajouta :
— Thérèse, je n'étais pas digne de vous. Pourquoi n'ai-je pas eu la sagesse de subir votre joug? Mon amour immense était fait pour me le rendre si doux l . Mais il y a je ne sais quoi de bourbeux amalgamé aux passions que la religion ne purifie pas, et c'est cette bourbe attachée à mes flancs qui vous éloigna de moi. Si vous saviez tout !. . .
Le Supérieur du Jugement- Dernier repoussa son siège doucement.
— Général, dit-il, dans une circonstance solennelle que je ne me lasserai point de vous rappeler, vous avez reconnu vos torts devant Dieu. Quoique indigne, je fus l'instrument de la miséricorde divine, et vous reçûtes l'absolution de vos péchés. Si, ayant sollicité d'en haut le pardon de vos fautes, il vous plaît encore de les reconnaître auprès de celle qui en a le plus souffert ici-bas, je n'ai pas le droit de vous affranchir de la noble humiliation qu'il vous plaît de vous imposer. Je vous prierai seulement de me permettre de ne point
assister à un entretien d'un caractère si intime et où certains détails.. •
— Pourquoi vous retireriez-vous ? Ne connaissezvous P9S tous nos secrets, à ma femme et à moi ?
•^ Dieu seul les connaît.
Il s'inclina profondément et essaya quelques pas pour sortir.
— Mon Révérend Père, je vous en conjure, restez.
— Général, je suis prêtre, et le récit oîi vous vous engagez...
— N'êtes- vous pas mon ami ?
Le moine retira sa main déjà posée sur le bouton de la porte et revint lentement vers Fuster.
— Général, lui dit-il d'une voix bien pleine, bien timbrée, qui prouvait une entière possession de soi, l'amitié n'est durable que placée sous la protection du ciel; comptez sur la mienne à jamais : je suis votre ami en Notre-Seigneur Jésus-Christ.
Il reprit la place qu'il venait de quitter.
Après une pause, André Fuster poursuivit :
— Il ne peut entrer dans mes intentions, mon Révérend Père, de toucher aux détails que vous redoutez et dont les oreilles de ma femme pourraient se trouver blessées. Je vous respecte tous les deux. Quand, m'adressant à madame Fuster, je lui disais, il n'y a qu'un instant : — « Si vous saviez tout !» — je ne faisais aucune allusion à des aventures, à des désordres rejetés dans l'oubli, j'évoquais le souvenir des tortures que