‹ La petite mèreChapitre 20 sur 27 · INTRODUCTION A LA VIE DÉVOTK · texte numérisé non relu

INTRODUCTION A LA VIE DÉVOTK

— Si, moi, je taime ainsi ?.^

— Aime-moi, chère enfant, aime-moi bien ; mais ne. f avise pas de me ressembler.

— Tiens ! regarde ton nez.

Vivement elle lui tendit la glace. Le général jeta un coup d'œil.

— Eh bien ? demanda-t-elle.

— Eh bien, je distingue une montagne, puis de nombreux ravins, puis deux cavernes pour respirer. Voilà.

— Père chéri !

Elle l'embrassa.

Le général se tut un moment.

— T Ce qui me manque, reprit la jeune fille, toujours à son idée^ ce sont les moustaches... Ah 1 si j'avais des moustaches !

— Pour le coup, je voudrais bien voir ça, mademoiselle.

— Alors, je serais ton portrait vivant. Même bouche, même front, mêmes...

— Oreilles, interrompit Fuster riant de bon cœur... Et ceci? ajouta-t-il montrant une balafre qui lui creusait la joue gauche.

— Ce coup de sabre!... Moi, je trouve qu'il te va très bien. Il faut bien que les soldats aient des blessures!...

Ce n'est pas absolument nécessaire.

— Ceux qui n'en ont pas ne se sont jamais battus, si tu veux savoir mon opinion.

— Vous avez donc des opinions, mademoiselle ?

— Crois-tu, par exemple, continua-t-elle s'animant, que ton coup de sabre ne serait pas d'un noble effet sur le visage de Daniel?

— Daniel !

— Mais non, pas la moindre égratignure../ C'est bête. . •

— Il est brave, cependant.

— On le dit.

— Comment, on le dit ! Mais on Ta vu au feu, et je sais, moi, comment il a gagné sa croix en Kabylie.

— Tout ce qu'il te plaira ! Pour mon goût, je préférerais une bonne estafilade sur sa figure à la croix d'honneur sur son habit.

— Tu aimes donc Daniel ?

— Moi, pas le moins du monde!... Autrefois c'était bon, quand il me disait « tu » et me traitait en petite fille. Maintenant il m'appelle or mademoiselle » et ne m'aborde pas sans se courber jusqu'à terre. Ces grands-a airs m'impatientaient au point, quand il t'a ramené d Bordeaux, que j'ai manqué...

Elle leva la main.

— Une affaire ! s'écria le général.

— Crois-tu que je le craigne, par. hasard ? ripostat-elle, se plantant stoïque et ferme devant son père qui éclata de rire sans nulle retenue.

Page 1