‹ La petite mèreChapitre 22 sur 27 · I-re dragon obéît et se retira · texte numérisé non relu

I-re dragon obéît et se retira

— Alors, vous avez été paresseux ce matin comme

^^^r ? demanda la baronne, s'asseyant au chevet du Ut.

''*- Un moment, j'ai pensé à essayer mes forces ; Puis ce grand air, que j'ai respiré avec trop d'avidité, ^'a grisé pour ainsi dire, et, au lieu de me lever, j'ai ^^tmi délicieusement. Je dormirais peut-être encore si Madeleine...

*— Ne vous avait éveillé sans doute... Ahl la mauvaise enfant I

— Ne la blâmez pas, je vous en prie... J'ai éprouvé ^ant de plaisir à babiller avec ellel

— Babiller, c'est le mot. Elle ne cause pas sérieusement, en effet, ainsi que les jeunes filles de son âge, elle babille comme une pie.

— Mais, maman... hasarda Madeleine.

— Plaît-il, mademoiselle?/.. Avez-vous fini votre rédaction, au moins?

— Non, maman. C'est si long, si long I

— Puis, je lui ai volé bien plus d'une heure, moi, interrompit le général.

— Cette enfant me désole, mon ami, et avec son ignorance, la triste éducation qu'on lui a faite à Saint- Denis, elle va devenir pour nous un terrible embarras. Je m'entretenais d'elle avec le Révérend Père Supérieur, et...

— Vous avez vu le Révérend Père déjà, ce matin?

— A propos, vous savez, la maison de la rue Saint- Séverin dont je vous ai parlé?

— La rue Saint-Séverin? murmura Fuster cherchant dans sa mémoire.

— La maison des Sœurs du Jugement-Dernier, fondée par le Révérend Père Supérieur dans le quartier populeux de la place Maubert...

— Ah! oui... Eh bien ?

— Elle réussit au-delà de toute espérance. Ces bonnes Sœurs vont veiller les malades, les soigner, les convertir, et on les appelle à toute heure du jour et de la nuit. C'est admirable l

— C'est admirable, en effet, répéta le général, charmé de voir l'entretien prendre un tour qui Téloignait de Madeleine.

— Le Révérend Père Supérieur croit que, très prochainement, il faudra installer là deux ou trois reli-

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gieuses de plus pour s'occuper des enfants de nos pauvres. Nous aurons notre Orphelinat...

— Notre Orphelinat!... Vous êtes donc pour quelque chose dans la fondation de cette maison de la rue Saint-Séverin ?

— Est-ce que cela vous contrarierait, mon ami, si j'y étais pour beaucoup?

— Pouvez-vous le penser!

— Vous ne Tavez pas oublié sans doute, mon père vit tout d'abord un obstacle à notre mariage dans votre fortune, et il ne consentit enfin à vous donner sa fille que par la pensée que vos richesses la mettraient à même de faire du bien.

— Vous me rappelez un de mes plus chers souvenirs... Faites du bien, ma bonne Thérèse, videz vos poches aux mains des malheureux. Toutefois, comme nous devons tenir l'œil ouvert sur nos passions, surveillez votre charité et tâchez qu'elle ne vous entraîne pas trop loin.

— Qu'en tendez- vous par là?

La baronne se raidit.

— Rien qui doive vous offenser, ma chère amie, répondit le général du ton le plus affectueux. Seuleinent. . .

— Seulement ?

— Seulement, vous êtes une sainte, et je ne voudrais pas que votre sainteté vous amenât à confondre la

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terre, oti l'on vit de pain qui coûte de l'argent, avec le ciel, où Ton vit de grâce qui ne coûte rien...

— Alors, s'il me prenait fantaisie de me dépouiller pour vêtir les pauvres, « qui sont les membres vivants de Jésus -Christ, » vous en seriez désolé?

— J'en serais effectivement désolé.

— Me direz-vous pourquoi? s'écria la baronne, dont l'enthousiasme religieux qui la possédait emportait la voix à un diapason inconnu,

— Assurément, ce n'est pas pour moi, ma sublime Thérèse, balbutia Fuster, serrant les doigts fins de sa femme entre ses deux mains qui palpitaient... Je vous en prie, reprit-il après un silence, ne me faites pas l'affront de croire que je pense à moi en ce moment. S'il n'y avait que moi ici, je vous dirais : — « Prenez tout, donnez tout. »— Est-ce que j'ai des besoins, moi! Je n'en ai qu*un, celui de vous être agréable, de vous voir heureuse, de vous obéir sur un signe. D'ailleurs, si vous veniez à dépenser mon dernier sou, ne trouverais-je pas, aux Invalides, de la soupe trempée et une capote de soldat? Il ne m'en faut pas davantage. Mais j'ai une fille...

— Cette enfant? fit la baronne, désignant par un geste, où le général démêla je ne sais quelle nuance de dédaigneuse indifférence, Madeleine penchée et écrivant.

— Oui, cette enfant, comme vous vous obstinez à l'appeler, Madeleine Fuster, votre fille.

l'orphelinat de SAîNT-SÉVERIN 2îI

Puisque vous me mettez sur son chapitre^ nous Tons d'elle, si vous le voulez bien.

Je vous écoute.

adeleine, qui suffoquait, dont les pieds labout le tapis avec rage, rejeta sa plume, lança, reîllé comme un chiffon, son cahier au fond du re, dont le couvercle retomba bruyamment, et ^a.

Que signifie ce vacarme, mademoiselle, et où vous, je vous prie? lui demanda sa mère.

Je descends, répondît-elle.

Vous avez donc terminé vos devoirs?

Dui, madame.

Madame! s'écria Fuster.

Calmez-vous, mon ami, dit la baronne impas- C'est une convention passée entre mademoiselle [. Il ne lui est permis de m'appeler « maman » )rsque je suis contente d'elle, et elle devine bien suis loin d'être satisfaite. • • s, s'adressant à la jeune fille :

Vlontrez-moi votre travail, ieleine produisit deux pages maculées d'encre, écriture microscopique.

Vlais ce n'est pas lisible, ce grimoire, dit madame r irritée... Voilà toute l'histoire de la Troisième cuiion ?

)ui, madame, delà Troisième Persécution, sous

2r2 LA PETITE MÈRE

— Et VOUS oserez présenter ces feuillets au Révérend Père Supérieur du Jugement-Dernier, qui daigne vous consacrer, chaque jour, quelques minutes de son temps si précieux?

— Il faudra bien que je les lui présente, s'il l'exige, riposta Madeleine sans sourciller.

— Je veux vous épargner cette honte.

Elle déchira les pages en mille morceaux.

La jeune fille, ayant relevé la tête d'un air de bravade, s'élança vers la porte et prit son vol à travers le palier du premier étage de 1 hôtel.

XVUI

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