JACQUES VERNIER
Madame de Soleure resta deux jours encore à la maisonl de la Princesse. I
Avant de quitter Raymonde, elle lui dit : i
^" Madame, d'ici à quelques jours vous serez complètement rétablie. Votre femme de chambre, Tougaref et Rudiow, mes fidèles serviteurs, à qui j'ai donné mes instructions, resteront près de vous, empressés à vous servir, à vous donner des soins, jusqu'au jour où vous quitterez cette maison. Alors vous aures toute votre liberté.
Nous n'avons plus ^ parler de nos conventions ; vous n'oublierez jamais, je pense, ce qui a été décidé et convenu entre nous. Il a été fait ce qu'il fallait au sujet de votre pension ; vous la toucherez régulièrement. Les ordres donnés par le comte de Soleure à son no taire sont précis.
Il ne me reste plus, en vous quittant, en vous disant adieu, qu'à vous souhaiter de pouvoir réparer, autant que cela vous sera ^ssible, tout le mal que vous avez
causé.
Restez dans Tombre, faites-vous oublier et tâchez de vous repentir. C'est par le repentir et une vie exemplaire,
201 LA PETTTB MIÛNNB
que, depuis quelque temps déjà, on disait partout que le comte de Soleure était devenu fou, ce que la vieille comtesse n'ignorait point.
Mais elle n'eut garde de Taire démentir ce faux, brait; elle le laissa s'accréditer, au contraire, car il yenait en aideà ses projets.
"-"- ni d'un côté ni de l'autre, rien n'avait résisté à i; elle avait pu mettre ses projets à exécution; ii'elle avait voulu était fait, nde avait quitté la maison de la Princesse aussi isement qu'elle y était entrée, et on avait lieu qu'on n'entendrait plus parler d'elle, cheuse qu'elle fût de la solitude, madame de e trouva bien isolée, bien seule au cb&teao it ns cette vaste demeure naguère encore si pleine joyeux, et oti régnait maintenant le silence froid et sombre d'un sépulcre, toujours seule, elle s'ennuyât. N'étant pins e par rien, ses nerfs s'étaient détendus, et elle us cette énergie et cette force factices qu'elle ;ées dans de terribles excitations, lement, elle avait eu son fils près d'elle! Maii exigé qu'il s'exilât. Cela, il le fallait. S'il était [jours enfermé dans sa douleur, il n'aurait pu srait mort 1
le quitterait aussi le ch&teau. Elle se proposait, l'hiver passé, espérant que sa santé le lui pe> d'aller rejoindre son iils.
liomme propose et Dieu dispose, a dit un sage, r, Pierre Valenski apprit, non sans surprise et le, que Jacques Vemier avait reparu dans le ne portait pas son costume de garde-chasse, l'avait vu avec son fusil. Il est vrai qu'il n'avail javerser Noisy-les-Monts.
Il s'était seulement arrêté dans one manger un morceau en vidant une tioute n'avait causé avec personne; d'ailleurs il été très fier avec les paysans qu'il savait te
Malgré cela, l'apparition inattendue de ] impressionna le Russe d'une façon désa; crut pas devoir en informer sa maltresse ; mandait :
— Pourquoi est-il revenu?
Avait-il voulu seulement se renseigne Raymonde, ou bien méditait-il quelque si
Pierre connaissait Jacques Vernier et sav sonnage était capable de tout. Aussi se pro l'œil, c'est-à-dire de faire bonne garde au teau.
Toutefois, après quatre jours écoulés, 1 ne s'étant montré nulle part, Pierre se seul rassuré : néanmoins il continua de veiller.
Un jour, par une belle après-midi de l'ét Martin, la comtesse, qui n'avait pas quitti depuis huit jours, était descendue dans les promenait dans une allée longeant les ép pare.
Tout à coup, une forte détonation d'arn entendre, partant d'un large buisson de c dessus duquel s'éleva aussitfit un nuage poudre.
La comtesse avait poussé un grand cri.
Instant debout, tournant sur elle-même, pui im le sol oii elle resta étendue tout de si mouvement.
Pierre n'était pas loin; il veillait sur sa i assez, cependant, puisqu'il n'avait pu emp( de feu ; mais comment pouvait-il devini
même, que Jacques Vernier
pour s'embusquer là, si près c
Car, saus l'avoir vu, Pierre a'avait pas bésiU i àÎK :
— C'est lui I
De tous les côtés on accourait au bruit de la détonation.
— Au secours, &l'assassiQ 1 criait Pierre, se préùpitaot vers la comtesse.
Le jardiûier et deux de ses aides arrivèrent les premiers.
— C'est l'ancieu garde- chasse, c'est Jacques Vemier qui est l'assassin, lui dit Pierre ; le coup est parti de là, j'ai vu la fumée... Élancez-vous à sa poursuite, arrétezle, tues-le comme un cbien enragé.
Et pendant que les trois hommes s'élançaient dans le parc à la poursuite du meurtrier, Pierre, aidé de Tougaref et d'un autre domestique, s'empressait de relever la comtesse qui, déjà, baignait dans son sang et ne donnait 1 plus signe de vie.
Comme les autres, le garde-concierge, qui Taisait k ce moment sa ronde dans le parc, entendit le coup de fusil- { 11 crut qu'il allait avoir aGfaire k quelque bracouaier et , il marcha rapidement dans la direction du bruit qu'il l venait d'entendre. '
Soudain, il aperçut un homme qui fuyait à toutes jambes à traversies taillis sans feuilles.
— Arrôle, coquin, arrête ou je fais feu sur toi ! cria- | l-ii. I
Mais le fuyard sa garda bien d'obéir. ,
Le garde bondit en avant, espérant lui couper la retraite.
A ce moment, il entendit des vois qui criaient :
— A l'assassin 1 A l'assassin 1 Et en même temps, malgré la distance, il reconnut
ça Ters la brâclie.
ions avaient jeté marteaux et truelles,
i son élan pour passer, tous quatre se
)rrible, mais ne dora qu'uo instant, ier fut terrassé et solidement maintenu rre jusqu'à l'arrivée du garde et des ia^
ier était pris. On le conduisit dans la [ui était le lieu le moins éloigné, et an la cave. Deux heures après il était livré
oleure avait été portée auch&teauet mise ^u bout d'une heure, elle reprit con- Dup de fusil, chargé de chevrotines, lui épaule et elle souffrait horriblement, le meurtrier l'avait visée à la tête ; mais fait ua mouvement ou que l'œil de l'anité mal assuré, pour une cause quelcoait dire que c'était par miracle qu'elle tuée du coup.
;u'on était allé chercher arriva. Sur son a à la blessée ses vêtements qu'on loi examina la blessure en hochant la tête et usieurs os de l'épaule étaient fracturés.
es, les lava avec soin, fit son pansement nettaat au lendemain, si c'était possible, ration de l'extraction des projectiles, irti, la comtesse congédia t i'elle, à l'exception de Pit d'interroger son homme de i
: DE FAHaLB 200
Celui-ci lai apprit ce qui s'était passé et put lui dire,
— on venait de l'en informer , ' — que le misérable icques Vernier avait été emmené par les gendarmes.
— Le malheureux, le malheureux I murmura-t-elle,
— Allez-vous le plaindre, maintenant? fit Pierre avec imeur.
— Cet homme a fait ce que j'ai fait moi-m6me, s'est vengé I
— C'est un misérable assassin !
— Ah I s'il n'était que cela ! Pierre, il ne fallait ire arrêter.
— Gomment?
— Oai, tu aurais dû le laisser aller.
— Est-ce bien vons, est-ce bien ma chère mal l'il a peut-être frappée moriellement, qui parle
— Ta ne comprends donc pas ?
— Non.
— Pourtant, c'est bien simple, Pierre ; cet hom ipable de toutes les l&chetés , il peut dire bî loses... Comprends-tu le danger de la situatio cret est révélé? La curiosité des hommes de ra éveillée; ils. voudront savoir, ils chercheront; is gens-là s'y mettent, Pierre, on ne sait oh ils pc trrfiter.
Le Russe se frappa le front
— Cestvrai, fit-il.
Et il baissa la tête.
Ce que la comtesse venaitde lui direlui avait écl ;aré par sa douleur, U o'ayait pas pris le temps ^chir, de songer aux conséquences, aux compli< lie pouvait entraîner l'arrestation du meurtriei mtait que les craintes manifestées par sa vas laient fondées.
Le lendemain matin, le premier soin da Russe fat de courir aux informations.
Après un interrogatoire sommaire du juge de paix^ Jacques Vernier avait été conduit à la prison de Dijoi
Il avait répondu quil avait tiré sur la comtesse de S( leure avec l'intention de la tuer; elle l'avait fait fouett jusqu'au sang par ses domestiques russes et il s'él vengé.
Maiç quand on lui demanda pourquoi la comtesse h avait fait subir ce châtiment cruel, il resta muet. Press de questions, il avait fini par répondre :
— Je n'ai pas à le dire, je ne dirai rien.
Pierre se hâta de rapporter ces paroles à la comtess(
— Ah I fit-elle, est-ce qu*îl y aurait encore en lui reste de délicatesse?
Et elle ajouta en poussant un soupir :
— Attendons I Le médecin vint avec ses instruments de chirurgie.
trouva que la malade avait une forte fièvre; toutefois jusqu'à présent, rien n'annonçait qu'on pût avoir dï craintes sérieuses. Il parvint à extraire trois chevrotinesj mais il en restait plusieurs autres dans les chairs qu'il put atteindre, vu l'état de faiblesse et les souffrances in^ tolérables de la blessée.
Le soir, un peu avant la nuit, le procureur impérial le juge d'instruction arrivèrent au château; ils étaiei accompagnés du juge de paix. Ces messieurs furei aussitôt introduits dans la chambre de madame de Soleui qui s'attendait, mais non sans inquiétude, à cette visil des magistrats.
Dès les premières paroles qui furent prononcées, U comtesse comprit que Jacques Vernier n'avait pas plw parlé devant le juge d'instruction, à Dijon, que devant 1( juge de paix, à Noisy.
silence; donc, comme il Tavait déclaré, il ne dirait rien.
G*est avec calme, sans embarras et beaucoup de présence d'esprit qu'elle répondit aux questions des magistrats.
— Jacques Vernier prétend que vous l'avez fait saisir par vos domestiques, conduire dans un souterrain, attacher à une colonne et que là, demi-nu, vous lui avez fait subir le supplice du knout.
— C'est vrai.
— Ce supplice russe, dit le procureur impérial d'une voix grave et sévère, est aussi cruel que barbare; en France, notre civilisation le condamne et nos lois le punissent.
— Je le sais, répliqua fièrement la comtesse; mais ni la civilisation, ni les lois ne peuvent empêcher qu'une femme gravement offensée ne se souvienne de son origine. Je suis Russe, monsieur, et princesse ; j*ai châtié, comme j'ai pensé qu'il le méritait, un serviteur indigne.
— Veuillez donc nous dire, madame la comtesse, quelle faute grave cet homme a commise pour avoir mérité une pareille punition ? demanda le juge d'instruction.
— Je viens de vous dire, messieurs, qu'il m'avait offensée, outragée. J'ai oublié que je n'étais plus dans mon pays, je le reconnais, et je me suis vengée.
— Oui, mais nous désirerions que vous précisiez, madame, nous voudrions savoir de quelle nature est l'oa* trage qui vous a été fait.
— Dispensez-moi, je vous prie, de vous répondre plus explicitement. Non, non, c'est assez; je sens que vous réveillez en moi de sombres fureurs à peines apaisées.
— Mais, madame...
— Non, vous dis-je; contentez-vous des réponses que
re blâme que tous voudriez que j'augmentasse les
iTges qui pèsent sur lui? Je ne ferai pas cela
irs; je réclame pour le coupable, au contraire
rcindalgence. Je l'ai fait fouetter ; il ne m'a pi
mépaisqu'il s'est vengé, et moi, aujourd'hui,
donne d'avoir tiré un coup de fusil sur moi.
Il ce fut tout ce que les magistrats purent obt<
lomlessB de Soleure.
loor la forma, ils interrogèrent plusieurs domesi
m Yalenski le premier. Tous répondirent
Bt:
-Nous ne savons rien.
a sortant du cb&teau, le juge d'instruction ava
cieui.
•Je reviens à mon idée, se disait<il, il y a là m
elques dispositions testamentaires, elle ferait peute bien de ne pas trop attendre.
- Mon cher docteur, répondit-elle très calme, je vous Qerciede l'avertissement que vous me donnez; mais que vous me dites défaire est fait. Je n'ai pas oublié braves gens qui m*ont toujours fidèlement servie; j'ai 3sé aussi aux pauvres des campagnes qui touchent au maine. Mou ûls et moi, nous avons fait restaurer la ille église de Noisy; il restait quelque chose à faire ns la commune ; il lui faut des écoles ; j'y ai pensé, et, ^ntôt, vous aurez à Noisy un groupe scolaire où les faots des deux sexes recevront Tinstruction gratuite. il y a, après moi, autre chose à faire pour ce pays que ime, vous le savez, le comte de Soleureest là. Comme vous le voyez, docteur, je n'ai pas attendu ce op de fusil pour faire mes préparatifs de départ. Vous n'osez pas me dire que je n'ai plus que quelques ors à. vivre; je comprends cela, vous craignez de m'efayer. Eh bien, non, docteur, je n'ai pas peur de la ort,qui n'a rien d'effrayant pour moi. Un peu plus tôt, Q peu plus tard, ne faut- il pas qu'on s'en aille? Allez, docteur, je sens bien que bientôt tout sera fini ûor moi. Ma vie ne tient plus qu'à, un fil ; j'ai l'&me )Qjours vaillante, c'est son enveloppe matérielle, c'est î corps qui est usé.
Après un court silence, elle ajouta:
^ Toute ma vie, après avoir donné à mon époux, à ce raud et noble cœur que vous avez connu, docteur, qui lait votre ami, tout le bonheur qu'il était en mon pouoir de lui donner, je n'ai vécu que pour mon cher fils. l^bl docteur, je mourrais bien tranquillement, sans un egret, si je n'étais pas inquiète, tourmentée au sujet de ûon enfant.
— Avez-vûus reçu de ses nouvelles depuis son départ?
— Hélas I non.
— Il est donc allé bien loin?
— En Asie, docteur.
•— Alors je comprends.
•— Il est probablement encore en mer. Et quand
première lettre, que je serais si heureuse de recevoir arrivera, je n'y serai plus I
G*est dur, docteur, c'est dur de mourir seule... Mon fil ne sera pas près de moi pour me fermer les yeux; je n pourrai pas l'embrasser une dernière fois avant de rendr mon dernier soupir!
Dans la journée, la comtesse se fit donner tout ce qui faut pour écrire. Elle trouva encore assez de force en elle tant sa. volonté était puissante, pour écrire pendan près de deux heures. Elle écrivit d'abord une longui lettre à son fils, puis une autre au notaire de Paris, e enfin, sur une feuille à part, ses dernières volontés, une sorte de codicille olographe à ajouter à son testament, et qu'elle mit dans la même enveloppe que la lettre au notaire.
Cela fait, elle fit appeler Pierre Yalenski.
— Ma dernière heure approche, mon pauvre Pierre. lui dit-elle, et comme je peux m'éteindre d'un moment â l'autre, comme une lampe qui n'a plus d'huile, je me suis hâtée de prendre certaines dispositions motivées par l'absence du comte de Soleure.
Le vieux serviteur ne put retenir ses larmes.
— Il ne faut pas pleurer, Pierre, mais rester calme ei m'écouter.
Habitué à obéir, Yalenski essuya vivement ses yeux.
— J'ai écrit à notre notaire, reprit la comtesse, voilà le pli, tu le feras porter tout à l'heure au bureau de poste afin qu'il parte par le courrier du soir. J'ai aussi écrit à mon fils; je te confie cette lettre, Pierre; tu l'adresseras
Partout oii il se montra, et sans le vouloir eccore, - le «mie brilla par son esprit distingué, ses belles manières, on élégance inimitable, sa rare et solide instruction et e cliarme de sa parole.
En 1res peu de temps il était deveou le béros de la coonie. 11 n'y avait pas une ricbe maison dans la ville où 'on ne parlât de lui. Les dames anglaises le portaient 111X nues et tous les plus bauts personnages auraient 'oulu être ses amis.
Peu h peu, une diversion s'opéra. Assurément le comte l'oubliait pas, mais il avait l'humeur moios sombre et )araissait moins absorbé dans ses idées. Il n'était plus >u) corps sans&me.
Le Sdèle valet de chambre voyait avec joie s'on cher [naître s'animer et renaître pour ainsi dire.
— Tout va bien, se disait-il. Décidément, c'est dans es distractions que monsieur le comte trouvera le remède 1 son mal.
Et sans en informer son maître, bien entendu, il avait déjà écrit deux lettres à la comtesse de Soleure, qui ne ievait pas les recevoir.
Le comte aussi avait écrit à sa mère une lettre le jour même de son arrivée à Calcutta, et une autre quelques [ours après. 11 attendait une réponse.
Un matin on lui apporta deux lettres.
Sur l^nveloppe de l'une il reconnut l'écriture de sa mère sans remarquer qu'elle était tremblée.
L'enveloppe de l'autre lettre, sur laquelle il reconnut l'écriture de Pierre Valenski, était bordée de noir.
Qu'est-ce |que cela signifiait? Pourquoi ,ce signe de deuil î
Était-ce Raymonde qui était morte ou bien... l'enfant?
Il ne put s'empêcher de tressaillir à cette pensée.
L'enfant morti n'est-ce pas ce qu'il désirnit?
C'est la lettre de Elle commençait [i a Mon fils, mon 1 grand e niasse ^rèsaro les yen «s, et I tu! iléc Dî, iléu nr lui a]
lettre, s les jour; liberté i est allé arlep d( ut est u ie et j'a X précai « paissi Irait à i de PieT 1 comte I ce qu'i tde lai, in mot ( de ce je ille pari raignail lans ses
nd deui
grossir le nombre de peut-être avec le sec de l'ennemi.
Ce n'est que six a malheurs de U patri — Quand la gêner guéri ses plaies, séi d'elle-même, retroi vanche.
Le grand mouveoi
vite étaient bien ce i
remettre en fonctioi
ses en lui. Il était s(
son corps avait repr
plus rien à craindre
Assurément, la bl
cicatrisée, il avait te
vives douleurs semb
Cependant, ni les
dangers qu'il avait
cette pensée domini
« Si c'était ma fiUi
Sur mer, au milie
au milieu du profo
mdcs vi
reilles :
ittafill
lamdmc
iserl Ti
lui criai
it U fill
s aussi,
i disait
renxl s: