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QU' EST-ELLE DEVENUE

Le comte Gaston de Soleure venait de rentrer aa châ* teau de Noisy-les-Monts, après une absence de dix années moins deux mois.

Il était arrivé la veille, assez tard dans la nuit, et, devant lui, sur Tordre de Pierre Yalenski, la grille d'honneur s'était ouverte, après être restée constamment fermée depuis la nuit terrible.

— Je serais bien entré par la petite porte, dit le comte.

— Non, répondit Pierre, ce n'est pas ainsi que mon noble maître devait rentrer dans sa demeure.

Le comte revenait bien vieilli ; sous le ciel brûlant de< zones torrides, son teint s'était cuivré. Ce n'était plus le même homme, et, tout d'abord, l'intendant avait eu de la peine à le reconnaître. Il était parti malade, il revenait plein de force et de santé, malgré sa barbe et ses cheveux blanchis et les rides précoces que le temps, en passant, avait laissées sur son visage.

Le comte trouva son souper servi et son appartement prêt à le recevoir.

Après une visite à la chambre de sa mère, oti il resta pendant un quart d'heure silencieux et recueilli devant

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Il se disait, sans doute :

— Condamné à vivre seul, ai-je besoin d'une si grand fortune?

— Pierre, reprit-il, vous me parlez de vos compter de ma fortune, n'avez-vous donc pas autre chose à m dire?

Le vieux serviteur baissa la tôte, et, à son tour, il sou pira.

— Est-ce que vous n'avez pas fait ce que vous prescri vait mon avant-dernière lettre ? demanda le comte. '■

— Je l'ai fait aussitôt, monsieur le comte. (

— Ahl je comprends, votre tristesse me ^dit tout : La' malheureuse enfant est morte .

Le vieillard garda le silence.

— Répondez-moi donc, Pierre, ayez le courage de médire la vérité; elle n'est plus, n'est-ce|pas ?

— * Hélas I monsieur le comte, je l'ignore.

«— Pierre, que signifie?...

--' Monsieur le comte m'ordonne de ne pas lui cacher la vérité; je vais lui dire tout ce que je sais, tout ce qae j'ai appris.

— Parlez, Pierre, je vous écoute.

— Dès que j'eus votre lettre, monsieur le comte, c'està-dire le lendemain matin, je ^me suis rendu au village de Yignotte, dans la Haute-Saône, oti, par ordre de madame la comtesse, votre mère, j'avais confié la petite fille à une pauvre journalière, femme d'un ouvrier tisserand appelé Morel, mère de trois enfants en bas âge et de laquelle on m'avait donné les meilleurs renseignements.

Antoinette Morel était, en eifet, une brave et honnête femme qtli, tant qu'elle vécut, c'est-à-dire pendant six ans, prodigua tous ses soins à la petite qu'elle aimait autant et peut-être.plus, m'a-t-on dit, que. les trois autres enfants dont elle était la mère.

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