‹ La petite MionneChapitre 16 sur 28 · DB FAMILLE · texte numérisé non relu

DB FAMILLE

Vous écrivaillez ! Est-ce que

avec vos pattes de mouches

} vous me devez? S'il y avait

res comme tous, les proprié-

lecdicitê. Quand ou ne peut

Das payer son terme, monsieur Aleiis Mollin, on ne

prend pas un logement, on va se nicher hors barrière,

ians un trou quelconque, ou l'on couche h la belle étoile.

— Vous ôtes dur, monsieur.

— Croyez-vous, par exemple, que je vais avoir pitié de vous? J'aime les gens qui travaillent, moi, je n'aime pas les fainéants, moil

Le jeune homme était pâle comme la mort; il y avait du feu dans son regard et son corps frémissait. 11 était facile de voir qu'une colère sourde grondait en lui. Mais Il parvenait à se contenir et il restait calme en apparence,

D'ailleurs, qu'était-ce que cette nouvelle humiliation, ces outrages, ces grossières et lâches insultes après tout ce qu'il avait enduré jusqu'à ce jour?

— Enfin, continua le féroce portier, arrangez-vous comme vous voudrez; si ce soir, avant huit heures, vous De m'avez pas apporté quatre-vingts francs, prix des deux

(termes, demain vous serez expulsé.

Le pauvre poète se contenta de hausser les épaules.

— Du reste, ajouta le portier, c'est pour vous dire cela Que je suis venu, car je me doutais bien que vous ne me donneriez pas d'argent. Ainsi, c'est bien entendu, n'estce pas? Les deux termes payés ce soir ou demain sur le pavé.

Voyons donc un peu ce qu'il y a ici. Et l'homme promena rapidement son regard de vautour d'un bout à l'autre du galetas.

~- Hum, hum ! ût-il, exprimant son dédain par une

grimace, tout ceU ce les frais d'expulsion, fait ; ça m'apprendra confiance, à ne plus i paroles.

11 n'y a pas à s'occi laisser emporter ; c'es

Trois chaises de pi pas dix sous.

Cette méchanle tab!

Un franc, tout au plu!

La commode ne vai est bonne à jeter au f< qui n'est pas cassé ; oi bien Tendu.

Quant à ces vieux bouquins crasseux, on en fera o^ ballot pour le bureau de tabac: quarante à cinq centimes la livre, deux francs.

Qu'est-ce qu'il y a dans ces tiroirs?

quelques vieilles guenilles et aussi, sans fonnages. Peuhl On sera généreux, n Mollîn, on vous les laissera emporter, moncbes. Deux ou trois kilog. de pa vendre, ce n'est pas une affaire.

Et c'est tout. Pas même de quoi faire q vous devez deux termes, monsieur.

Ah I j'oubliais ce cadre doré... Tiens, ti c'est tout ce qu'il y a de propre ici 1 Don connais. On trouvera un amateur qui l'a francs ; c'est toujours ça. Dame! quanc qu'on veut, il faut bieu se contenter de ce

Je ne parle pas du tableau, continuases mains sur ses hanches et en serran bondis ; on dirait que cela ressemble & ui

— Hein, qu'est-ce à dire? Je sortirai si je veux, en tendez-vous ?

— Allez I ne me tentez pas I Sortez, misérable, sorte: vite, ou je ne réponds plus de moi!

Le jeune homme avait l'air si terrible daas sonindi gnation et sa colère que, cette fois, le portier e: peur.

11 battit en retraite prudemment, mais à reculoû*! comme s'il eût craint de recevoir un coup par derrièn

— Paresseux, fainéant, va-nu-pieds, crève-la-fain cria-t-il quand il se sentit en sûreté dans le cooloii demain expulsé !

Ces dernières insultes, lancées dans la mansard< Todieux personnage s'empressa de gagner l'escalier.

— En vérité, dit Georges, qui était encore rouge c colère, voilà un affreux coquin !

— Que veux-tu? c'est un de ces hommes comme il en a malheureusement trop, sans éducation, grossie brutal...

— Tu peux dire féroce. Et tu appelles cela u homme! Mais il n'a de l'homme que son visage, ce mi sérable ! Si tu ne m'avais pas retenu, Alexis, je l'aurai étranglé comme un chien enragé !

— Et après ? nous aurions été bien avancés !

— Je me demande comment le propriétaire de ceti maison peut conserver ce grotesque personnage?

— Mon cher, tel maître tel valet. Le propriétaire de l maison est un nommé Farfouillet, qui a été autrefoi marchand de meubles neufs et d'occasion, brocanteur e receleur ; il a eu souvent maille à partir avec la justio qui, finalement, l'a mis sous les verrous où il est re> quatre ans. Mais le sieur Farfouillet, très malin, aval alors son magot fait et placé en bon endroit. Rendu J

— Non.

— En ce cas tu peux mourir dans Teau, à moins ce[ dant qu'il ne se trouve là des bateliers ou des pêcher^ pour empocher ta noyade.

— Sois tranquille, je saurai trouver une berge désert Et toi, Alexis, quel est ton moyen ?

^-Je ne veux pas de Teau, pour plusieurs raisonr.! d* abord je nage comme un poisson, et si je me précip;] tais dans la Seine, je craindrais, au moment suprêiad que Tinstinct de la conservation, plus fort que m volonté, ne me fît regagner la rive h la nage ; et puis^ ^ tort ou à raison, je me figure que dans Teau, ayaol l'asphyxie complète, l'agonie est horrible ; un jour, j'ai vu un noyé sur une dalle delà Morgue: eh bien, je mt sens frissonner en pensant que je pourrais rester quinz^ jours ou un mois au fond de la rivière, et qu'à la mêia< place où j'ai vu le noyé, on verrait mon cadavre du comme le sien et dans le même état de décomposition,

Ce que je dis là peut te paraître singulier, George^ mais que veux-tu? je suis ainsi ; c'est un genre de coquetterie. Mourir sans souffrir, sans agonie, subitemeDt, foudroyé, comme d'un coup de tonnerre, voilà ce que je veux.

Il prit le pistolet sous le traversin oi!i il l'avait replacé, et le montrant à son ami :

— Yoilà la foudre, dit-il; une détonation, du plomb dans la tête, on tombe, c'est fmi,.. Le corps plein de^id tout à l'heure n'est plus qu'un cadavre. L'âme a pris sod voll

— Moi, je n'ai pas de pistolet, murmura le peintre.

— Est-ce que tu ne vois pas? Regarde donc I

— Quoi?

— Il est à deux coups et tous deux bien chargés.

— Eh bien ?

UN drabcb: db famillb 275

— Ëhbien, Georges, chacun le nôtre ; une dernière iSf amif partageons en frères l

— Est-ce bien vrai, Alexis, tu veux?,,.

— Oui, si tu acceptes,

— Mais j'accepte avec reconnaissance, avec joie,,, Abi ier, merci, merci I

— Gomme cela, Georges, nous mourrons à la même lace, mon cadavre à côté du tien, et nous resterons unis asemble jusque dans la mort, car j'espère bien que ous aurons la môme tombe au cimetière. Mais il y a ne difficulté, une seule.

— Laquelle ?

^ Nous ne pouvons pas faire feu des deux coups au iême instant. •

— C'est vrai.

-- 11 faut donc que je me tue avant toi, ou toi avant loi.

— Alexis, s'écria Georges, je mourrai le premier I

— Pourquoi toi plutôt que moi? Aurais-tu peur de ne voir étendu sanglant sur le sol?

— Ami, j'ai eu tort de réclamer un droit qui ne m'appartient pas ; tu es mon aine, c'est à toi de passer le tremier 1

— J'abandonne mon droit d'aînesse, Georges ; mais il a un moyen de trancher la difficulté. Que le sort

^cidel... Jouons à pile ou facel

— Avec une pièce de vingt francs, répliqua le peintre, bauchant un sourire.

— Non, pas avec ce que nous n'avons point, dit gravelient le poète; mais avec ceci, ajouta-t-il, en prenant ine pièce de cuivre jaune dans une soucoupe ébrécbée placée sur le marbre de la commode.

-^ Qa'est-ce que cela? demanda Georges, une méiaille?

— Oui, c" voudras. Re

pleins de cl roma oi de an qu 'est lu de foi) ]ni ep ïng, a deries lit dai isà c ^Ui se «té i deux{ t, les

renrichissait. i panache, et von* ;, si je n'avais pai

\hlil

gin n'

; il amusait le public, et le public reurichissait.

lUS regardez mon casque et mon panache, i

ibéciles, badauds que vous Êtes, !

isque et mon panache vous n'achèteriez pas mes

.si » I

i ce que Mangin disait à ceux qui l'écoutaient.

B il avait raison I Vous avez beau faire, voas tons

.tez pour parvenir, vous n'arriverez & rinn si vnnsi

pas le casque et le panache !

ipn est mort riche, très riche, m'a-

Qtion, Georges, attention 1 Pile ou

ace.

ûédaille frappa le plafond, tourna

Âlesis Mollin avait vin que Georges Ramel.

Celaient deux enTants Mouffetard et Georges a amis d'enfance ni amis d depuis cinq ans seulemen

C'est au palais du Luxei musée, qu'ils s'étaient rei

Lejeuue peintre était palette et ses pinceaux. I Pils : Rouget de l'isie c saloQ du maire de Strasbi

Alexis passait; il s'arr œuvre ébauchée.

Dans le croisement ( thique s'établit aussitût.

Us sentirent que lisurs âai que, souffrant tous deux ] entre eux des affinités de

Rapidement ils échanj

iimuUaDémeQt, les mains s'avaacèreDt et ■ peintre tombèrent dans celles du poète.

Le matin, ils ne se connaissaient pas, le étaient amis inséparables.

Ces deux jeunes gens, qui s'étaient unis ain soutenir dans la grande lutté contre les dif&c barrent le chemin et se déFendre contre la misèi Également bien doués; ils avaient du cœur, enthousiasme pour les choses grandes et belles boas et généreux.

Ce que leuréducation première ne leur avait p ils l'avaient acquis par instinct ; tant il est vrai qu'il a l'amour du beau, du bien et de ce qu l'homme s'élève et s'ennoblit.

Au moral la ressemblance entre eux était gra ce qui les avait rapprochés.

Physiquement, ils ne se ressemblaient guèn était grand et fort. Alexis était de petite taille plexion délicate et toute sa force résidait dans

La beauté du peintre était correcte ; son fin i rappelait certains beaux camées antiques ; celli était heurtée, mais avait du caractère, de l'orig qui lui donnait un cachet tout particulier. I qu'on pût dire qu'elle était jolie, sa figure ou agréable.

Il avait la bouche un peu grande, mais omet dents. Ses joués pâles, maigres, creusées, et I mal dissimulée peinte sur son visage disaient frances.

Oui, comme Georges Ramel, et plus encore

que son ami, il avait soufTert, moralement sur

jamais faire entendre une plainte, avec la n

d'un martyr. ^

Il portait toute sa barbe, non-e comme ses

claire, mais bien plaotéa, '. menton, comme sa moustach

11 avait la voix sonore, la p tëme nerveux constamment son corps fluet et grêle une si il avait des mouvements imp< guliëres et, souvent, une allu

Malgré tout, dès l'abord, si franc et l'expression indéfin inspiraient la sympathie etl'i

Ses grands yeux d'un gr frontal, étaient pleins de cette flamme donnée au regard pa fonde.

Un de ses camarades, rime puis brisé sa plume de poèti qui lui était offert dans une a son adresse la stance suivanti

An fond de cet œil i

L'avei

J'entends le manea

Reieni

Poàte, on

te raille,'

Dis te;

BriK mr

ton enclu:

Lesp.

Ta muse.

ami, sera

Tôt m

Bien que

sa cachan

Mouffe

Aleiis

Est ui

Etjel

Aleiia

Feras.

L'auteur des Aiguillons aval

vu DRAHB DE FAMILLE

rore ; mais le temps avait passé, emporta ment toates les espërances du poète. De la il avait conduit sa muse à Montmartre et i rue des Ëcluses-Saint-Martia; mais la pai était pas moins resiée ignorée.

Alexis Mollin avait fait son chemin, et qi Celui duCalvairel

Les deux amis, marchant côte à cAte.

silencieusement la rue Lafayette. Cbacut liii-naême, s'entretenait avec ses pensées.

Gepecdaut, quand ils eurent traversé 1 bourg-MoDtmarIre, Georges saisit le br s'arrêta, obligeant ainsi son ami à s'arrête:

— Ah ! çà, pourrais-tu me dire où noi manda le peintre.

— Où nous allons ï

— Oui.

. — Droit devant nous.

— Parbleu, mon cher Alexis, je le vois pj

— En ce cas, marchons.

— Toujours droit devant nous ?

— Oui, jusqu'à ce que nous nous arrttioi

— Je comprends : nous allons au bois d<

— Le chemin que nous suivons y mène.

Arrivés au bout de la rue Lafayette, ils j

levard Haussmaun, puis l'avenue Friedlai vèreut bientAt sur la place de l'Étoile.

Là, des centaines de voitures de tout depuis l'humble cabriolet de place jusqu'à lèche armoriée, se croisaient dans tous le dans la belle et large avenue des C *.int ™r.= rt^t»;!^ Qu descendant sur Paris, de brillants équipages, <

LA

coupés, de landaus,

promenears à pied. L'

choquer ces flots hum

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Le re| liDalei m cha] SIégan pauvi , et t rës aci le que joronç

aGeor mais I

i te s sembl lae fe atre té ite fen le me

DD empressé de me faire sentir que certaines hardiesses ne sont point permises à un gueux de mon prends donc, Georges, cette femmeest rich jt moi je suis pauvre et malbeureiu 1

— Enfin, Alexis, qui est-elle ?

— C'est madame Joramie.

— Joramie I je connais ce nom-là.

-- Assurément ; monsieur Joramie est u »ges politiques et financiers les plus en ^our ne pas connaître ce nom d'un arctii- 1 faudrait avoir toujours vécu au Congo ou iint d'une île inconnue de l'archipel Poljrné

— J'y suis, maintenant, j'y suis. Ainsi Dadame Joramie que je viens de voir; '.

Qadame Joramie, dont tous les journaux v ir la distinction, l'élégance, la grâce inc( rillant esprit?

— Elle-même.

— Elle m'a paru toute jeune.

— On dit qu'elle a à peine trente ans ; oavaincu que, de complicité avec ses adu liiiie se rajeunit de cinq ou six années ; o ien forcé de convenir, c'est que madame ne très jolie femme. Mais qu'elle ait tren inq ans, ou trente-six, elle est beaucoup pi }□ mari, qui 3 passé la soixantaine.

Pendant une vingtaine d'années, M. Ji

lËIé à toutes les grandes entreprises finan

ipart detousles g&teaux. Administrateur

e fer étrangers et directeur de mines pi coup parlé des gros mil lais point des dividendes est souvent ainsi, parait ijetE, s'enricbissent su:

nu dans la foale. Mais, le moment venu, elle sut me

joindre, et je me trouvai devant ce public grave et

urmé comme uu acteur débutant sur la scène du

léâtre-Français un jour de première.

Au lieu de choisir une poésie de mes Beures c

■s, avec ma maladresse habituelle, j'eus la îî

ée de dira un !ambe des Aiguillons : les Pervers.

C'est k Tons qu'en cea lers mon aiguillon s'adreasi Muis Tantïrda et libertinB,

Four qui l'amour a trop d'ineffable tendresse Et pas assez de vils instincts. . .

Oq m'écouta silencieusement, on ne perdit êmistiche, pas une rime ; mais je vis ces dames ] is poses de nymphes effarouchées et, du & jmmes, beaucoup de sourcils froncés.

J'allai toujours. Je ne sentais pas que l'effet ,ait tout autre que celui que j'attendais.

Je lançai cr&nement mes derniers vers :

A genoux, pour permettre à mes ttaiaes brûlantes

De s'éloigner de vous, pervers.

Après avoir fait mordre en vos chairs frissonnanti Tous les aiguillons de mes vers.

Pas un applaudissement. Mais de tous les cdl ameur sourde pareille à un grondement de colé:

Alors seulement, à un regard froid de madame . t à certains haussements d'épaules, je compris enais de commettre une de ces fautes qu'on i onne point.

Vois-tu, Georges, il y a des gens qu'on blesse ■ nent en disant devant eux certaines vérités.

En un instant je venais de me faire plus d'e ju'un homme généreux et bon ne saurait co 3'amis dana le cours d'une longue existence.

Je ne songeai plus qu'à disparaître et je sortis piteusement de la somptueuse demeure, comme un intrus qu'on vient de mettre à la porte. Le salon de madame Joramie m'était à jamais fermé.

• Tout en parlant, les deux amis étaient arrivés au grand

lac.

— Allons de ce côté, dit Alexis, prenant, à droite, la

route du bord de l'eau ; nous passerons entre les deux lacs et nous nous dirigerons vers la porte de Boulogne par un chemin peu fréquenté, que je connais.

— Est-ce que tu me mènes à Boulogne ou à Saint-Cloud? Non, car nous n'y avons rien à faire. Le temps

n'est plus où je pouvais t'offrir, dans une guinguette du bord de la rivière, une friture de Seine arrosée d'une pinte du petit bleu de Suresnes. Nous descendrons en nous promenant du côté de Boulogne ; il existe encore dans ces parages d'épais taillis respectés des promeneurs et qui restent déserts même le dimanche. Quand le moment sera venu, c'est-à-dire quand le bois deviendra silencieux et qu'on ne verra plus personne dans les allées solitaires, nous trouverons facilement un endroit bien clos de verdure, ayant, tout près, le moelleux lit de mousse sur lequel s'étendront nos cadavres. Du reste aujourd'hui, comme tu le vois, il n'y a pas de nombreux promeneurs au Bois.

Le poète fit couler lentement son regard sur les eaux du lac et se mit à déclamer :

Salut, champs que j'aimais, et vous, douce verdure,

Et vous, riant exil des bois !

Ciel, pavillon de Thomme, admirable nature.

Salut pour la dernière fois !

Ah ! puissent voir longtemps votre beauté sacrée

Tant d'amis sourds à nos adieux !

Qu'ils meurent pleins de jours ! que leur mort soit pleurée ! Qu'un ami leur ferme les yeux I

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