‹ La petite MionneChapitre 20 sur 28 · I,A PE · texte numérisé non relu

I,A PE

pour richesse que son t C'est dans ce chAteai moiselle Lucienne de Foi et quelques mois. Maden line de père el de mère père était mort complète de quelle catastrophe.

Mademoiselle de Form baron de Cormarin, son :

Le baron et la baroi vieillards de soixante-dix et soixante-quinze ans : iis avaient pris leur petite-nièce en affection et devaient lui laisser en mourant, sinon toute leur fortune, qui éUil considérable, mais au moins la moitié, car la baronii' avait aussi, de son côté, un petit neveu qu'elle ne croyaB pas devoir déshériter complètement, bien qu'il eût une très grande fortune.

André Ramel et Lucienne de Formose se voyaieo souvent, tous les jours, presque à chaque heure. Jeune et beaux tous deux, ils s'aimèrent.

Tout alla bien jusqu'à la fin des travaux. Hais, pou André Ramel, le moment était venu de quitter le clil teau.

Gomme vous, l'autre jour, Etienne, le peintre eu l'audace de demander la main de celle qu'il aimait et lui arriva ce qui vous est arrivé :on lui rit au nez et odI traita de jeune insensé, et Lucienne fut vertement r primandée.

Il fallut se séparer, André partit désespéré, la moi dans r&me. Lucienne n'était pas moins désolée ; pendu cinq jours, elle versa toutes les larmes de ses yeux.

Le sixième jour, sacrifiant tout à son amour, elle s'en fuit du chfltoau et vint retrouver mon père à#aris. Vous devinez le reste. Lucienne força ses grands-p»

332 LA PETITE MIOKNE

petits caprices d'enfant gâté, elle trouvait moyen, en vue de mou avenir, d'épargner chaque mois une pelilt somme. Pour mes parents, j'étais tout et ils ne pensaiec que pour moi, — « Il est intelligent, le petit, disait mon père, alor- ~ 'wais à peine cinq oa iix ans, j'en ferai un habîi

:P typographe.

I Non pas, répliquait vivement ma mère, je rtt;

non Alexis une plus haute destinée. »

se querellait ainsi un instant, puis cela finissait p:ir

os baisers de l'un et de l'autre sur les joues àa

in.

1 cœur est fait des sourires et des haisers de as

&ge de sept ans on me mit à l'école des frères. Dè'ii ais lire et je commençais h écrire lisiblement. >prenais bien, je faisais des progrès rapides, j'émjours le premier de ma classe. Bref, à en croire c^ isait ma mère, à dix ans j'étais un petit prodige. J'ûen effet, une étonnante facilité pour apprendre, usf luse mémoire, gr&ce k laquelle il me sufâsalt de lir' fois une page pour la savoir par cœur, rais, en outre, une belle et bonne diction et j'excclréciter une fable, une ode, un discours, un poème, I, aux jours des distributions de prix, les bons frères it fiers de montrer mon savoir dire.

)ara!t que je déclamais comme un véritable petil idien, et, principal acteur de l'école, j'étais choyé. se et applaudi à outrance. Mon jeune amour-propn' singulièrement Qatlé; j'étais orgueilleux de mou is et déjà j'avais le goût de la poésie ; j'étais entboni de ces belles fables de La Fontaine, de ces magois tirades de Corneille, de cei- vers auperbes de utine et de Victor Hugo auxquels je devais mes pr^

Je pensai bien que je devais travailler, faire n'importe j quoi pour gagner quelque chose; mais le démon de la poésie s'était emparé de moi ; j'avais, comme on dit, le diable au corps. D* ailleurs, enthousiaste de mes idées, ma mère, dans son aveugle confiance en son fils, sut m'empêcher de chercher un emploi quelconque.

Ce fut) je l'avoue, avec une sorte de volupté que. je me trouvai ainsi libre de me bercer dans mes rêves.

Rôver, laisser aller sans frein sa pensée vagabonde, s'é* lancer avec elle vers les régions de l'idéal, sonder rinfioi, ouvrir son &me et son cœur à toutes les sensations de sa jeunesse ardente, puis, sur le papier traduire ses peu sées en coupant l'hémistiche, en forgeant et ciselant l'alexandrin, en caressant la rime, quelle douce et pare jouissance à nulle autre comparable I

La poésie est certainement un don de nature, précieux { pour quelques-uns, fatal pour les autres.

On apprend à voir par les yeux du corps, mais point par les yeux de l'âme ; l'âme voit sans avoir appris à voir. On n'apprend pas non plus à sentir, parce que sentir est une faculté du cœur. Pour le poète, tout est harmonie, il observe, contemple et médite; au milieu du silence pro* fond, il assiste à de délicieux concerts. A lui seul est donné d'entendre et de répondre à ces voix mystérieuses qui lui parlent du beau idéal et des choses infinies. Une flamme divine est en lui, toutes sortes d'effluves magné* tiques ont pénétré son être ; sa pensée a des ailes. Fixé k la terre, il touche les sommets et plane sur les océans.

Alexis MoUin s'était dressé debout. L'œil étincelant d'enthousiasme, il était superbe.

De sa belle voix large et sonore il continua :

— Oh I ne cherchez pas à combattre les aspirations da poète I Ne brisez pas sa lyre, il a l'inspiration, il faut qu'il chante!... Il faut qu'il exhale ses plaintes, qu'il dise ses

UN DRAlfE DE FAWLLE

louleurs, ses angoisses, ses amertumes ou < lymne de joie il laisse éclater sa reconoai joëte, qu'on t'éeoute ou non, chante toujour '.tant ÏDspiré reste éclairé du rayonnement d Le jeune homme s'arrêta un instant pônr

— Ohl pardon, pardon, reprit-il en passt lar son froot et en rejetant ses longs cheveu je ne sais pas vraiment pourquoi je m'es roQS dis tout autre chose que ce que j'ai à ti

Il se rassit et poursuivit :

— Hais, pouvez-vous me dire, il fallait y [allait vivre. Ma vaillante mère se fit femme «t comme je ne faisais rien autre chose qui elrftver aux étoiles, elle sut, en prenant t peine, gagner pour deux.

Âh! je ne voyais pas sans soulTrir le n:

donuait.

— « Il faut pourtant que je gagne anssi, s soit, lui disais-je.

— Non, non, me répondait-elle, je ne v fais pas attention à ce que peuvent dire les le comprends, moi. Continue tes chères él écris, mon chéri; c'est si beau ce que tu fai Il arriveras sûrement. Alors, juge de ma ; oi'gueil en toi... Comme je serai récompenséi ) Kl du courage et je serai forte ; sois tranq firai à tout. Ta n'es pas difficile et tu sais te

■ Pauvre mère I

Tout en elle était délicatesse et abnégatio:

tioi) rien pour elle. Désirais-je un livre, sut

gaia de la semaine, elle trouvait le moyeu c

^B cQté la petite somme nécessaire pour Vu

AlfiiN. jiij^ j'avais pris la manvîdsa habitt

326 Li. P£TIT£ MIONNE

il me semblait qu'il m'était impossible de me passer de tabac et de ma pipe. Que de besoins on se crée ainsi maladroitement, je puis môme dire sans raison ! La dépense pour le tabac grevait notre faible budget, et cependant le tabac ne me manquait jamais. Môme quand ma mère était le plus à court d'argent, je trouvais, le matin, sur la table où je travaillais, le petit paquet de tabac de dix centimes qu'il me fallait pour la journée.

Un jour, je dis à ma mère :

— « Tu te prives de différentes choses dont tu as abso lument besoin ; au lieu de te donner ces ol\jets nécessaire, tu m'achètes du tabac. »

Simplement, mais avec un accent intraduisible, elle me répondit s

— « Puisque tu fumes I »

Je ne pus retenir mes larmes, et je lui sautai aa cou.

— ((Ah ! mon chéri, me dit-elle en me serrant dans ses bras, quand rien ne te manque, à toi, je n'ai plus besoin de rien. )>

Ahl vivrait-on un siècle, il y a de ces choses qu'on ne peut pas oublier.

Et cette femme, cette femme sublime de dévouement, la meilleure des mères, est mortel.. • Je l'aipleurée, je la pleure encore 1...

Je restais seul au monde, sans parents, n'ayant pas no ami. J'avais, il est vrai, vingt et un ans, et encore l'espérance en l'avenir. Oui, j'y croyais fermement à cet avenir en vue duquel mon père et ma mère avaient fait tant de sacrifices, et ce fut ma sottise... Allez, ce n'est pas sans souffrir énormément qu'on perd une à une ses illusions, qu'on renonce à jamais à tout espoir, qu'on sent s'éteindre en soi, peu à peu, sa foi profonde.

Je ne vous dirai pas les tourments de ma vie, mes luttes incessantes, mes, déceptions, mes fièvres, mesnuit^

UN DBAMB DE Pj

sans sommeil, les longues heu quelles j'ai passé, ma misère navr cela. N'est-ce pas parce que je sui aaéaDti, que je Toatais me donne

Voilà l'histoire de ma vie.

Broussel, et toqs aussi, Etienne I naissez comme me connaît moi pour qui, depuis longtemps, je n'

-- Nous TOUS remercions de la i avez témoignée, monsieur Mol nous avons gagné à cela de savi TOQS êtes un grand cœur. Me pei lion que tous trouverez paut-Atre

— Oui, monsieur.

-~ Avide de sensations comii après la mort de votre mère, a eu tieui besoins d'affection. N'y a-tmour dans votre ezisteace touri recherche de l'idéal, n'avez-vous jeune fille représentant pour vous

Un doux sourire courut sur les

— Je n'ai pas su trouver l'id pondit-il ; car je n'ai jamais rena physique et la beauté morale. P( ché, ou la femme telle que je la v inonde qui n'est pas celui dans le

Enfant du peuple, ma nature iiÉienDe, et je sens que je ne poi amour qu'à une jeune fille appart classe ouvrière et populaire. V qu'elle eût en elle toutes les 1 jeune, gracieuse de forme, chasi

Va jour, il y a de cela quelque trouvé cette perle rare, cette pt

avait dix-buit ans. Elle se donna à moi, croyant m'ûmer, et vint pour quelque temps égayer la solitude de ma chambrette, perchée sur les hauteurs de Montmartre.

Je l'aimai, comme on aime la première fois, avec tontes les ardeurs et toutes les illusions de la jeunesse.

Elle, c'était une autre Musette, qui m'aima quand elle en eut le temps.

Nous allions aussi, le dimanche, nous asseoir sous la tonnelle et nous y buvions le petit vin clair,

Ce fut un grand amour qui dura juste cinq mois, le temps de la belle saison ; il s'éteignit tout d'un coup à la chute des premières feuilles mortes, au premier grelottement dans la mansarde.

Ma Musette eut peur d'avoir froid l'hiver, et, comme l'infidèle de MUrger, elle s'en alla un beau soir pour ne plus revenir.

C'était la déception de l'amour ajoutée à tant d'autres déceptions.

Je fus triste pendant toute la semaine, puis je jetai ma plainte sur le papier en quelques vers et ce fut toul. J'oubliai l'infidèle.

— "Vous souvbnez-TOUS de ces vers consacrés au souvenir de votre Mnsette î demanda M. Broussel.

— Je pourrais, je crois, les retrouver dans ma mémoire,

— En ce cas, vous nous serez agréable en nous les faisant connaître.

— Vous être agréable, monsieur, est pi

sir. J'ai donné & ces vers le titre de Chataon ^automne. Les voici :

Pai' les premiers vents dégarnies.

Les branches doat l'ombre, autrefois.

Protégeait mes amours bénies, Eq clairière ont changé le bois.

Plus d'étroits sentiers, plus d'ombrage, Plus de boudoirs au plafond vert.. .

Plus d'amour dans son cœur volage...

Ohl qu'il fera froid cet hiver 1

De l'automne, la bise emporte Les derniers parfums ; et je croîs, R£vant seul, le soir, sur ma porte Entendre encore heurter ses doigts.

Fris d'une espérance insensée, En vain j'ai bien des fois ouvert. ..

Cest le vent qui l'avait poussée...

Oh 1 qu'il fera froid cet hiver I

Qu'il fera froid, quand,

en décembre,

Triste auprès d'un foyei

■ pàii.

Mes regards, errants dans la chambre.

La chercheront — elle

ou l'oulli —

Quand lentement tinter

a l'heure

Où sa main dressait le couvert...

A souper seul dans ma i

Jemeure,

Oh 1 qu'il fera froid cet

hiver !

Od applaudit le- poète. M, Broussel le tson obligeance, puis il sonna le garçon, l'addition. Le compte réglé, les quatre ami restaurant.

Page 1