DE FAMILLE
Bs êtes an justicier et Totre langage est celui t plaidant les circonstances atténuantes d'une ■se qu'il ne sait comment défendre. Pas de l-je, pas de pitié I... Dans certains cas, la ; t nne duperie, et la bonté doit être mesurée, nd coupable souvent par trop de bonté. On j l'indulgence pour une faute, mais le crime :
mne jamais! Prenez garde, mon fils, tont )U5 êtes faible, si vous manquez de courage, < IU9 : il a mérité son sort.
jEUe s'arrËta un instant pour reprendre halei onad'un ton farouche :
— Âb! vraiment, tu penses à l'enfaatqui iiis malheureux insensé que tu es, peux-tu ifant est de toi ou de l'autre?
Le comte fit trois pas en arrière, en cbancela n homme ivre, et un sourd gémissement s'éi i poitrine.
-Ohloh!flt-il.
Ses bras tombèrent inertes & ses c&tés et il !te.
Le malheureux était écrasé.
la comtesse se rapprocha de son fils, et, h i main :
— Gaston, dit-elle d'une voix caressante, , in'one vieille femme, et tu vois si je suis fo. nanque d'énergie; toi, mou fils, tu es un hoi ois agir en homme... Tu as donné ton nom à réature, elle l'a souillé, foulé sous ses pieds ; t 3nËé ton honneur, qu'en a-t-elle fait 7... Gas lis-tu encore cette femme?
Le comte se redressa brusquement, le fron égard chargé de sombres éclairs.
— Si je l'aimais encore, répondit-il d'une vi
l'appartement de rathonde
Qaand, au boot de dix minutes, Raymonde sortit de son cabinet de toilette, elle avait revèta un délicieux peignoir en mousseline crème du Bengale, à manches très courtes, terminées par des ruches de dentelle de Ghan<^ tilly; le corsage ouvert, délicatement serré au-dessus des hanches, laissait voir les seins demi-nus sous des flots de dentelle; la ceinture était arrêtée sur le c6té gauche par un large nœud en ruban de satin rubis ; la jupe, avec un haut plissé très fin, tombant droite, effleurait à peine de mignons souliers de satin rose glacé, ornés de boucles de strass.
En un clin d*œil, avec cette adresse et cette science de la coquetterie qui n'appartient qu'à la femme, Raymonde avait aussi refait sa coiffure, en rattachant les nattes de sa magnifique chevelure.
Son mari n'allait pas tarder à venir, sans doute ; mais elle pouvait le recevoir, elle était sous les armes.
De fraîches couleurs roses estompaient ses joues; elle avait le Ifont rayonnant; jamais, peut-être, ellenes'é-
trer chez elle, sans bruit, espérant la surprendre et la réveiller sous ses baisers ; c'était Jacques Yernier, c'était son amant, qu'elle croyait hors du château, qui venait la trouver.
Elle bondit sur lui, le front plissé, les yeux étincelants et le repoussa avec violence jusqu'au fond de la chambre.
Le garde- chasse n'opposa aucune résistance ; il était pâle comme un mort, avait la figure décomposée, les yeux hagards, et de grosses gouttes de sueur tombaient de son front.
Mais Raymonde ne voyait pas cela, elle ne s'apercevait as non plus qu'il était haletant et se soutenait à peine sur ses jambes.
— Toi, toi, ici encore? fit-elle, assourdissant le timbre de sa voix ; mais à quoi penses-tu donc? Âh çà 1 est-ce que tu es fou, dis ?
— Raymonde, nous sommes menacés.
— Hein, menacés ?
— Impossible de sortir du château.
-^ Je ne comprends pas, que veux-tu dire?
— Pendant que nous étions ensemble, et certainement avant l'arrivée de ton mari, toutes les portes ont été fermées.
— Fermées, les portes fermées... murmura Raymonde, devenant affreusement pâle.
— Oui, toutes, à clef et à double tour.^. Pas une issue. Ne pouvant gagner l'escalier dérobé, j'ai voulu, au risque d'être vu et arrêté par les domestiques, m'échapper par l'antichambre et le vestibule du grand salon ; mais impossible encore; de ce côté, comme de l'autre, j'ai trouvé les portes fermées; je suis enfermé, emprisonné. Raymonde, nous sommes tombés, nous sommes pris dans un piège.
Uîî DBAME DE FAMILLE 63
missait et la contraction de ses traits révélait la violence de son agitation intérieure.
Elle ne pouvait plus se faire illusion, il fallait se rendre à l'évidence : tout ce qqe venait de dire son complice était vrai. Elle aussi, maintenant, comprenait tout. Elle se rappelait certains regards de sa belle-mère auxquels, malheureusement, elle n'avait pas assez fait attention. Voilà donc pourquoi madame de Soleure Faccueillait avec tant de froideur, était gênée en sa présence, lui parlait à peine, et la quittait si brusquement, sous un prétexte ou sous un autre, lors dé ses visites du matin ou après les repas. Et, aveugle qu'elle était, elle n'avait rien compris, rien deviné.
Ain§i, ce n'était pas dans les Pyrénées que Pierre Valenski était allé; sa maîtresse l'avait envoyé en Russie, à Saint-Pétersbourg, avec Tordre de ramener le comte. Tout était préparé, combiné d'avance : le piège, le retour du Russe devançant l'arrivée du comte de quelques heures. C'était la mise en scène du drame.
Si forte qu'elle fût, Raymonde tremblait cette fois. Comment parer le coup ? Comment sortir d.e cette situation sans issue? EUq en cherchait le moyen et ne le trou-, mi pas. Une sorte de délire s'emparait de son cerveau. Elle se sentait perdue. Elle voyait se creuser sous ses pieds l'effroyable abîme oîi elle allait être précipitée.
Reconnue coupable par son mari, elle perdait aussitôt l'empire qu'elle avait sur lui et tout son prestige ; sa beauté n'était plus rien, l'idole était brisée... Inutile de lemander grâce, de jouer la comédie des larmes et du epentir, elle savait que le comte de Soleure n'était pas lomme à pardonner. Rien à tenter, elle était fatalement ierdue« Il fallait dire adieu à ses rêves ambitieux, à outes ses espérances.. Tout s'effondrait autour d'elle. La Drtune lui échappait, en même temps elle perdait sa
je fasse, Dois-je essayer d'enfoncer les puis ouvrir ?
— Mauvais moyen, murmura-t-elle tËle ; pourquoi, voyant que tu ne pouvai pas monté dans les comlïles du cb&teau rais facilement en attendant un moment t'esquiver?
— Cette" idée m*est venue; mais j'ai aussi, la porte du couloir qui conduit combles.
— Ils ont pensé à tout, grommela pourtant, continua-t-elle d'une voix sou tu disparaisses, que tu sortes du chlleai ou d'une autre, que tu te caches...
— Lh, Raymonde, dans ton cabinet d€
— Abt vraiment, répliqua-t-elle, ei épaules; ahl tu t'imagines que tu serais Quelle folie 1 Passe encore si l'on ignon dans mon appartement ; mais on le sait. ( Non, non, je n'ai pas la ressource de pou Atout pris il faut que tu sortes du chftti ce moyen de me sauver. Écoute, il faut beaucoup d'audace peut assurer notre s Dépens pas fuir par l'escalier dérobé, il autre chemin. Tu vas sortir hardiment mon boudoir, tu traverseras l'anticbamt adroite, le corridor circulaire, tu arrivei calier. Si tu rencontres des domestiques et s'ils tentent de t'arrôter, passe-leur su du ch&teau, Jacques, le reste me régi courage et de l'audace ! Viens I viens 1
Elle le saisit par le bras et l' entraîna qu'à la porte du boudoir, qui ouvrait, co de le dire, sur une antichambre.
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Il se pencha sur la barre d'appui, et son œil vitreux mesnra la distance qui le séparait du pavé de la cour. Il recala en frissonnant.
— - Ah I il a peur, il a peur, fit-elle ; oh I le lâche !
— Ray mon de I '\
— Lâche I lâche I '}.
— Tu ne raisonnes plus, Raymonde, tu es folle!... Si je pouvais te sauver en me précipitant par cette fenêtre, ce serait déjà fait. Mais regarde, et vois la hauteur. T'obéir serait ma mort! Oh I je ne craindrais pas de mourir, si ma mort pouvait te sauver. Mais non. Tu penses peut-être que je ne me tuerais pas; c'est possible ; mais je me casserais les jambes et les reins sur le ^ pavé, ce qui serait à peu près la même chose. Ya, qu'on me trouve ici ou gisant dans la cour, sous tes fenêtres,
ta situation est la même.
— C'est vrai, prononça sourdement la jeune femme en hochant la tête. >,^
— Trouve donc autre chose si tu veux pouvoir répondre victorieusement à l'accusation de ta belle-mère. \
Raymonde laissa tomber sa tête dans ses mains.
— Obi que je souffre, dit-elle; quelle torture I Elle reconnaissait son impuissance.
Ainsi, elle était perdue, rien au monde ne pouvait la sauver, et c'est en vain qu'elle se débattait dans les convulsions de répouvante.
— Mais, pensait-elle, d'autres femmes avant moi se '\ sont trouvées dans une situation pareille. Gomment en sont-elles sorties ?
Elle cherchait dans ses souvenirs et se remettait en
mémoire certains romans où la femme adultère joue un T
rôle. A
Dans celuj-ci, le mari tuait l'amant; dans celui-là, îl *
— Comment?
— En te laissant accuser par moi.
— Accuser de quoi?
— De vol.
-* Je ne comprends pas.
— Il faut que mon mari, que tout le monde croie que tu es un voleur. Tu t'es introduit dans le château, tu as pénétré dans ma chambre pendant mon sommeil pour me voler. Et tu as commis le vol.
11 voulut parler. D'^un regard tranchant comme une lame, elle lui ferma la bouche. Elle s'élança dans sa chambre et reparut au bout d'un instant, les mains pleines. Elle venait de prendre ses bijoux, de l'or et des billets de banque dans un meuble.
Rapidement, elle fourra le tout dans les poches de son amant qui, stupéfié, ahuri, ne comprenant peut-être pas encore, la laissa faire.
— Maintenant, lui dit-elle, va-t'en.
— Où veux-tu que j'aille ?
— Où tu voudras. Si tu peux te cacher quelque part, cache-toi.
— On me trouvera.
— Je le sais bien ; mais l'essentiel est qu'on ne te trouve ni dans ce salon, ni dans ma chambre, ni dans mon cabinet de toilette. Mais pars donc ; tu n'entends donc pas qu'ils viennent? Dans une minute le comte va ouvrir cette porte.
Jacques n'avaitaucune objection à faire ;il obéit. A peine fut-il sorti de la chambre que Raymonde se mit à crier :
— Au voleur! Au voleur I Au secours I
Et, simulant une grande frayeur, elle se laissa tomber sur un canapé.
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Raymonde s'était dressée comme pouBtée par un ressort.
— Ah! Oaston, Gaston! s'écria-t-elle.
Et elle voulut se jeteràson cou.
Lui, toujours calme, froid, les yeux sans clarté, avança le bras et l'arrêta sans la repousser.
— Raymonde, que se passe-t-il donc ici ? demandât-il.
— J'ai peur, Gaston, j'ai peur!
— Je ie crois, murmura madame de Soleure.
— Vous paraissez, en effet, très effrayée, RaymoDde; répliqua le comte; vous êtes paie, vous tremblez, vos yeux sont hagards... Mais vous avez appelé à votre se^ cours, TOUS avez crié : au voleur I Pourquoi ces cris, Rayoïonde, et d'ob vient votre épouvante?
— Un homme, Gaston, un homme que j'ai vu là, tout & l'heure.
— Un homme dans votre chambre, Raymonde, est-ce que c'est possible 1 Vous avez eu un moment d'halluciuation. Allons, allons, reconnaissez que vous avez eu peur de votre ombre. D'ailleurs, vous devez être rassurée maintenant que ma mère et moi sommes près devons.'
— Je ne me suis pas trompée, Gaston, j'ai bien vu un homme.
— En Ce cas, où est-il?
— Il a pris la fuite.
— Ce que vous nous dites est bien étrange; que faisait-il dans votre chambre, cet homme?
— 11 s'y est introduit pendant que je dormais pour me voler.
— Ah!
Madame de Soleure frappait le parquet du pied avec innpatience, et se tenait à quatre pour ne pas éclater.