V. plus haut, p
2. V. Edm. Bonnaffé : le Catalogue de Brienne (1662). — Paris, Aubry, iSyd.
V. Bibliothèque Nationale (Réserve) : « Ludovicus-Henricus Lomenius Briennæ Cornes, De Pinacotheca sua. « Lut. Paris, IV Eid. octobr. cb bc. Lxii. Typis Pétri Le Petit (i5 pages).
Le comte de Brienne augmentait encore sa collection après la mort du cardinal Mazarin, ainsi qu’en témoignent ses mémoires {V. Appendice, U.) — Il ne se défit de ses tableaux pour se retirer à l’Oratoire, qu’après la perte de sa charge de secrétaire d’Eltat (i663) et la mort de sa femme survenue en 1664.
Lg Petite Sainte-Famille du Louvre n'est pas, du reste, le seul
après 1662, disons-nous, et Mazarin possédait le sien dès 1644 1.
Ni le chevalier del Pozzo, ynort en i65j, ni Mazarin, mort en 1661, n’ont donc pu établir de comparaison avec un tableau du Roi qit'alors le Roi ne possédait pas, la chose n’a pas besoin d’être autrement démontrée 2.
tableau du comte de Brienne qui soit entré dans la collection de Louis XIV, comme on pourrait le penser. Une quinzaine au moins de ceux qu'il possédait se retrouvent dans les inventaires du Roi, entre autres : la Vision de saint Jérôme, du Guerchin (Giov. Franc. Barbiéri); Psyché reçue dans l’Olympe, de Polydore de Caravage ( Polidoro Caldara); deux Saintes-Familles de Paul Véronèse (Paolo Caliari); un Paysage d’Annibale Carrache; le Siège de la Rochelle et leVns de Su^e, de Claude Lorrain (Claude Gellée), etc. (Voir Catalogues du Louvre.)
1. L’inventaire dressé par Colbert en i653, le mentionne sous le N“ io3.
2. L’espèce de mise en scène ae Félibien, d’un tableau de LouisXlV comparé à un tableau de Mazarin, c'est-à-dire d’un tableau en quelque sorte royal comparé au tableau d’un simple sujet, n’a aucune raison d'être et doit même être renversée, si l’on veut se tenir dans la vérité : Mazarin était cardinal-premier ministre ; le comte de Brienne n’était qu’un secrétaire d’Etat placé sous ses ordres, et l’on peut penser, dès lors, que si le cardinal avait voulu posséder son tableau, il n’aurait eu qu’à en exprimer le désir.
Mais, fera-t-on peut-être encore observer, \a. Petite Sainte- Famille de la collection de Mantoue était une œuvre originale, tous les documents en témoignent et le tableau de Mazarin a-t-il jamais été considéré comme tel par d’autres que par le cardinal lui-même?
Si l’on en croit Félibien et les auteurs qui l’ont reproduit, sans examen, sans contrôle, — non, peut-être; — mais que vaut son dire et que vaudrait même son opinion?
Il suffit de voir ce qu’il écrit au sujet de la Sainte Marguerite du Louvre, qu’il considère comme « de la bonne maniéré de Raphaël, » et au sujet du dessin de Vérins et Vulcain de Jules Romain, également au Louvre et qu’il attribue avec éloges à Raphaël, pour être fixé
1. V. La Petite Sainte-Famille de Raphaël, Madonna Piccola de la marquise Isabelle d’Este de Gonzague, collection de Mantoue. — Paris, Dumoulin et Cte, 1892.
2. V. Félibien, Entretiens. Edition de 1690, t. 1"'', p. î56 et 254.
Ce n’est pas seulement à propos de Raphaïl que Félibien témoigne de son ignorance. Ne dit-il pas, au sujet des peintres Hamands et en particulier de Van Eyck, pour ne citer que lui :
« Il est vray... que l’art de peindre s’estoit répandu en divers endroits de l’Europe et que les flamands ont esté des premiers qui s’y sont attachés avec beaucoup d’amour. Mais les ouvriers et les ouvrages de ce temps-là n’ont pas esté asse\ recommandables pour en faire conserver la mémoire, et ce Jean de Bruge n’a esté mis au
L’authenticité, l’originalité du tableau de la Petite Sainte- Famille possédé par Mazarin, n’ont-elles jamais, d’ailleurs, été constatées ?
On peut le penser; ce serait une erreur.
Dans l’inventaire des tableaux de Mazarin, dressé par Colbert en i653, celui de la Petite Sainte-Famille figure comme étant de Raphaël i.
C’est une première indication; mais il y a autre chose que cette indication.
A la mort du cardinal Mazarin, survenue en i66r, des inventaires détaillés ont été faits de tout ce qu’il possédait, par des hommes spéciaux et autorisés pour chaque nature d’objets.
Ces hommes ont eu non seulement les objets sous les yeux, pouvant ainsi les examiner et les apprécier à loisir, mais sans doute aussi tous les titres ou documents s’y rattachant. Or, comment ont-ils prononcé à l’égard de la Petite Sainte-Famille? '
Ceux chargés de l’appréciation et de l’estimation des tableaux ont, d’abord, divisé les tableaux existants dans la
rang des excellens, que pour avoir contribué d perfectionner cet art par le secret qu’il trouva d’employer les couleurs avec de l'huile. Il (Ibid., p. 143.)
I. Cet inventaire, conservé dans les archives de Coudé, au château de Chantilly, décrit ainsi le tableau : — io3 — « La Vierge avec un petit Jésus, à pied sur le chemin, sainct Jean Baptiste et saincte Elizabeth, le tout en petit sur du bois, avec sa bordure d’ébeine. Ce tableau n’est pas achevé. — Rajfaello. "
collection de Mazarin en deux catégories bien distinctes :
1° — les M Tableaux originaulx »;
2“ — les « CoppiES DE Tableaux »; de manière à éviter toute confusion, toute méprise, et à établir ainsi une ligne de démarcation bien nette
Et dans quelle catégorie ont-ils classé la Petite Sainte- Famille?
Dans celle des « Tableaux originaulx », où elle figure sous le n° gqS et est ainsi décrite:
« Un autre, faict par Raphaël, sur bois, représentant la Vierge, le Petit Jésus sur un berceau, Sainct Jean-Baptiste et Saincte Eliiabeth, hault d’un pied deux poulces et large de unze poulces. Garny de sa bordure d'ebene. Prisé la somme de deux mil livres, cy . ijg »
Les experts qui appréciaient et estimaient ainsi la Petite Sainte-Famille de Ma^^arin, après sa mort, c’est-à-dire quand ils n’avaient à être guidés par aucune considération personnelle, s’appelaient :
Pierre Mignard, premier peintre du Roi;
André Podesta, peintre-graveur italien;
Charles-Alphonse Du Fresnoy, peintre possédant, dit Siret, de profondes connaissances théoriques^.
1. V. iii fine, Appendice, O, Extrait de l'Inventaire dressé après la mort du cardinal Mazarin, lôôi.
2. Pierre Mignard et Charles-Alphonse Du Fresnoy, son ami, passèrent ensemble plus de vingt ans â Rome, à étudier Raphaël, l’antique et les grands maîtres. Mignard y fit successivement les portraits d'Urbain VIII, d’innocent X et d’Alexandre VII. Mignard et Du
Et c’est après avoir fait et prêté le serment de prononcer selon leur conscience qu’ils ont procédé à leur expertise *.
Leur jugement, leur autorité doivent-ils être récusés ? — Pour quelles raisons le seraient-ils? Surtout si l’on considère qu'ils ont eu le tableau en mains, alors que les écrivains qui en ont parlé depuis, sans connaître probablement le fait qui précède, n’ont jamais vu, eux, le tableau de Mazarin
Pierre Mignard, André Podesta et Charles Du Fresnoy, n’ont pas eu, d'ailleurs, à se prononcer seulement au sujet de la Petite Sainte-Famille, comme œuvre de Raphaël; ils ont, en outre, statué à l’égard du Petit Saint Georges et du Petit Saint Michel, que Mazarin possédait également ét qui sont aujourd’hui au Louvre. Voici dans quels termes ils l’ont fait ; ”
Inventaire de Mazarin. N» 1177. — « Un autre qui se ferme en deux en fornle de couverture de cuir ; d’un costé est représenté Sainct Georges à cheval qui combat avecq le dragon et dans l’autre Sainct Michel qui combat
Fresnoy séjournèrent également ensemble à Venise, en 1654. Rentrés en France, ils peignirent en commun le dôme du Val-de-Grâee. En 1664, Mignard, bien qu’étranger, fut nommé chef ou prince de l’Académie de Saint-Luc à Rome. (V. F. Villot, Datai, français du Louvre, édit, de 1875.)
1. V. in fine, Appendice, P, Extrait de l'Inventaire du cardinal Mazarin.
2. L’Inventaire de la collection de Mazarin, dressé par Pierre Mignard, André Podesta et Charles-Alphonse Du Fresnoy, à la suite de la mort du cardinal, est conservé à la Bibliothèque Nationale, Mss.: (I Mélanges Colbert », v. qi, Inventaire de Ma\arin.
aussy un monstre, le tout faict par Raphaël, hault de unze poulces et, estant ouvert, large de neuf poulces, la dicte fermeture ornée de quelques ornements d’argent et de cuivrei, prisé la somme de deux mil livres, cy . ijg £‘. »
Se sont-ils trompés ?
I. Cette circonstance des deux petits tableaux du Saint Michel et du Saint Georges réunis en forme de volume, à l'italienne, et leur possession simultanée par Mazarin, seraient de nature à faire naître des doutes sur la valeur des dires de Lomazzo, Félibien. Passavant, etc. et sur ceux des catalogues, touchant l'existence du petit Saint Georges dans la collection de François 1".
Les deux tableaux, d’après les auteurs, ont été peints pour le duc d’Urbin. Le duc d’Uibin en aurait donc distrait un pour le donner à François I" ? A quelle occasion et pourquoi pas les deux, dans ce cas, puisque les deux formaient pendants ?
Il n’est peut-être pas sans intérêt de faire observer, à ce sujet, que c’est dans Venlrevue que François 1^’ eut avec le pape Léon X, à Bologne, en décembre 15 1), que fut décidée la spoliation du duc d'Urbin. laquelle eut lieu effectivement en juin-juillet i 5 16 (V. I.uzio et Renier; Mantova e Urbino. Turin, tHgd, p. 222-223), et ce n’est évidemment pas ce fait, désastreux pour lui et les siens, qui a pu porter le duc d'Urbin il faire un présent à François I".
S'il en avait été ainsi, d’ailleurs, comment le Saint Georges seraitil venu en la possession de Mazarin ? La Reine ou le Roi le lui auraient donc donné ?
En i653, Mazarin était ministre depuis onze ans déjà et ne possédait encore ni le petit Saint Georges ni le petit Saint Michel, puisqu’ils ne figurent, ni l’un ni l’autre, dans son inventaire établi à cette date; en 1661, au contraire, il possédait les deux.
Ne serait-il pas naturel, dès lors, de penser que Mazarin les a acquis en même temps en Italie, où il faisait effectuer tant d’achats, dans les conditions mêmes où on les a trouvés à sa mort, c’est-àdire réunis et formant une sorte de dyptique?
Dans son Trésor des merveilles de Fontainebleau, le père Dan ne fait aucune mention du petit Saint Georges.
Or, s’ils ont sainement jugé et apprécié à l’égard de ces deux petits tableaux, qu’ils avaient sous les yeux, pourquoi n’auraient-ils pas sainement jugé et apprécié à l’égard delà Petite Sainte-Famille, qu’ils avaient également devant eux? — On remarquera même qu’ils l’ont estimée, à elle seule, autant que le Saint Georges et le Saint Michel réunis, soit ooo £t. i
Nous avons dit que les écrivains qui ont parlé du tableau de Maqarin, depuis l’époque où Mazarin le possédait, ne l’ont jamais vu. Aucun n’a pu, en effet, jusqu’ici, faire connaitre ce qu’est devenu ce tableau, ni dans quelles mains il est passé après la mort du Cardinal. — Félibien a donné incidemment une indication, il est vrai 2; mais cette indication, si elle a été fondée, chose possible, puisque le duc de Mazarin était un des héritiers du Cardinal, ne l’a pas été longtemps, ainsi qu’en témoignent les documents 3.
1. N. B. Sans ajouter aucune créance au dire de Félibien dans son ensemble, il se peut que le chevalier del Pozzo ait vu le tableau acquis pour Mazarin et ait exprimé l’opinion que c'était bien une œuvre originale de Raphaël. S’il en était ainsi, le chevalier de] Pozzo étant un connaisseur émérite, son témoignage viendrait s’ajouter à ceux qui précèdent de Pierre Mignard, d'André Podesta et de Charles Du Fresnoy.