‹ La petite sainte-famille de RaphaelChapitre 2 sur 15 · I. V.-in fine, Appendice, A · texte numérisé non relu

I. V.-in fine, Appendice, A

Il avait des propriétés à Venise et dans le voisinage; d’autres à Corfou, qui, alors, dépendait de Venise; il faisait la banque, le commerce de l’or, de l’argent, des pierres précieuses, etc., et possédait des navires à lui, avec lesquels il trafiquait dans le Levant.

Resté sans famille, Tipaldi, par son testament en date du août i636, passé à Corfou devant le notaire Santo- Mida, institua Jean Thierry, « dans lequel il avait, dit-il, reconnu tant d’affection pour lui, qui l’avait soigné dans toutes ses maladies et fidèlement servi dans toutes ses affaires i », son légataire universel.

C’est ainsi que ce dernier, parti pauvre de France, se vit à la tête d’une magnifique fortune, qu’il accrut encore par son travail et par ses soins, pendant de longues années.

i. V. iii fine, Appendice, A.

On aura déjà remarqué qu’arrivé à Venise dans les premières années du dix-septième siècle, Jean Thierry s’y trouvait, ainsi que Tipaldi, à l’époque où Daniel Nys faisait ses acquisitions à Mantoue. Tipaldi et Thierry sont demeurés à Venise jusqu’à leur mort; c’est-à-dire : Tipaldi, jusqu’en 1640 environ, et Thierry jusqu’en 1676.

On aura remarqué également que, par la nature de ses affaires, Tipaldi devait, presque forcément, se trouver en rapport avec Daniel Nys, dont le négoce embrassait tant d’objets h Peut-être Tipaldi était-il le banquier de Daniel Nys; peut-être lui faisait-il des avances de fonds: — c’était alors, par excellence, l’ère des prêts sur gages — et, s’il en était ainsi, on comprend sans peine que le tableau de la Petite Sainte-Famille ait pu passer des mains de Daniel Nys dans celles de Tipaldi, puis, à la mort de celui-ci, dans les mains de Jean Thierry, son légataire universel.

Ce n’est là, cependant, qu’une supposition. — Toutefois, si l’on se reporte à la lettre de Daniel Nys que nous avons publiée, du 3/i3 juin t63i -, dans laquelle il déclare qu’il a «ouvert sa maison et ses coffres à ses créanciers, en leur disant de se payer eux-mêmes jusqu’au dernier denier, ce qu’ils ont fait », ajoute-t-il, et si l’on tient compte que,

1. V.A. Baschet : Raccolta Veneta, 1866, Dispensa II, p. 95 etsuiv.

2. V. La Petite Sainte-Famille de Raphaël, ouv. cité, p. 44-45 et 81.

dans cette circonstance, on a découvert, dans les magasins de Nys, des tableaux et des statues provenant de Mantoue*, cette supposition prend de la consistance. Elle en prend bien plus encore, lorsqu’on sait que Daniel Nys a payé en partie ses créanciers an moyen d’œuvres d'art mises en gage entre leurs mains et qu’il s'est trouvé dans l’impossibilité de retirer à l'échéance, ainsi que le constate sa pétition au roi Charles I"^; — car on n’a pas grand effort à faire pour se dire que Tipaldi pouvait être un des créanciers auxquels Nys faisait allusion et qu’il a pu être payé ou se payer, en tout ou en partie, au moyen de tableaux et autres objets à sa convenance.

1. Un fait révélé par une lettre de M. d’Avaulx, ambassadeur de France à Venise, en date du 2 juin 1629, témoigne de nouveau de la façon de procéder de Nys.

Après avoir signalé qu’il a pu se procurer la liste et les prix copiés sur l’original demeuré à Mantoue, des peintures achetées par Nys et que celui-ci lui proposait en vente, M. d’Avaulx constate (( une différence quant au nombre, car le mémoire de Mantoue, ditil, emporte dix de plus que le mémoire de Daniel Nys »; il ajoute Il qu’il en a parlé au dit Nys, qui les remettra et les vendra avec les autres, s’il est ainsi convenu ». — V. in fine. Appendice, G.

Nys était d’accommodement, on le voit ; mais il s’accommodait très bien aussi des oeuvres qui lui convenaient, et rien de surprenant, par suite, qu’il ait gardé la Petite Sainte-Famille de Raphaël, la Madonna Piccola d'Isabelle : c’était une belle perle qu'il conservait dans son écrin.

Du reste, Nys pouvait se croire autorisé à agir ainsi. Il payait ses acquisitions à Mantoue sur ses propres fonds, et l’on a vu qu’il a couru le risque de perdre sa fortune dams l'opération.

2. y. \V.-N. Sainsbury ; Original unpublished papers, etc. Appendix H, p. 339. —V. in fine, Appendice, ï. Pétition de Nys.

Une seconde hypothèse également admissible, serait que Tipaldi, dont la position était considérable à Venise*, surtout vis-à-vis d’un autre marchand, ayant remarqué la Petite Sainte-Famille chez Nys^, lui ait exprimé le désir de la posséder et l’ait régulièrement acquise. Son état de fortune comportait la possession d’œuvres d’art et même d’œuvres de qualité et de prix exceptionnels.

L’existence du cachet de Jean Thierry sur le tableau de la Petite Sainte-Famille, s’explique, dès lors, de la manière suivante :

Ou bien Daniel Nys a donné, vendu ou attribué en payement le tableau de la Petite Sainte-Famille à Tipaldi, lequel, en vertu de son testament déjà mentionné du !«■' août i636, l’a légué, avec tous ses autres biens, à Jean Thierry;

Ou bien Daniel Nys l’a vendu, cédé ou attribué en payement à Jean Thierry lui-même, lequel, à l’époque, c’està-dire postérieurement à 1627, n’était plus le petit gentilhomme cherchant fortune que nous avons vu : associé de Tipaldi^ et fixé depuis plus de vingt ans à Venise, il avait alors, dans cette ville, une situation importante.

1. Son dépôt à la Zecca (Hôtel des Monnaies), de 800 000 écus vénitiens, en témoigne suffisamment. — V. in fine. Appendice, C, Certificat de la Zecca.

2. On sait que Nys avait transporté à Venise tous les tableaux provenant de Mantoue et en avait fait une exposition publique.

y. La Petite Sainte-Famille de Raphaël, ouvrage cité, p. 5i et p. 82-83, sa lettre du 4 septembre 1627.— -V. W.-N. Sainsbury : Original unpublished papers, etc. Appendix, H, p. 334.

3. Suo partiale (qui a une part), comme Tipaldi le déclare dans son testament. — V. in fine. Appendice, A,

Ainsi donc, au moment où Daniel Nys effectuait ses acquisitions à Mantoue, à l’époque où il faisait transporter et exposer à Venise les tableaux et autres objets d’art provenant de la collection d’Isabelle*, vivait, à Venise même et depuis longtemps déjà, la personne dont le cachet armorié se trouve appliqué sur le tableau de la Petite Sainte- Famille de RaphaêP. Cette personne y occupait, comme associé et fils adoptif de Tipaldi, le marchand grec richissime, une position en vue et, par la nature de ses affaires et du négoce auquel Tipaldi se livrait, devait être en rapports fréquents avec Nys s.

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