‹ La petite somnambuleChapitre 10 sur 26 · MORIN · texte numérisé non relu

MORIN

Comment, comment, père Morin? {A Claire). Dis

donc, Claire , fais lui entendre que... {à part. ) Ah ! père Morin... Ah ! il n'a pas d'usage.

CLAIRE

Pardon, M. Adolphe; mais vous ignorez sans doute qu'on appelle maintenant mon père M. de MOi incourt.

ADOLPHE

Ah ! ah! et pourquoi donc avez-vons changé de nom? MOhiNcouRT, à part.

Le pauvre gnrcon! il ne devine pas... (Iiaiil.) Je te dirai ca plus tard...; mais explique moi donc pourquoi tu l'es présenté avec un pareil accoutrement?

ADOLPHE

C'e^t vrai ^ je suis venu avec l'habit que je portais là- Lns ; j'ai peut-être eu tort... j'en con\iens... mais j'ai craint...

STE.-AMARANTHE

De paraître gauche... déplacé... n'est-ce pas?

ADOLPHE

Non, pas plus que voiis... mais ca mViurait retardé d'un jour, de deux peui-êire, et ye n'ai pu résteter au désir que j'avais de revoir tout de suite ma bonne petite Claire, l'amie de mon enfance.

CLAIRE, à part.

En vérité... plus je Técoute, et plus j'éprouve de plaisir à l'entendre.

ADOLPHE

D'ailleurs, à Dijon, on n'y regarde pas de si près.

MORINCOURT.

Ah? dam... a Dijon, comme à Dijon; mais à Paris, comme à Paris, mon cher; et voilà... ce n'est pas ta faute , tout le monde ne peut pas avoir le goût et le genre qu'on a dans la capitale.

STE.-AMARANTHE

Laissez donc, M. Morincourt, quand on est de la province de monsieur, on n'a pas à se plaindre.

MORIJVCOURT.

Je ne dis pas.... Je sais qu'on uoiive à Dijon des personnes très recommandables....

ste.-amaranthe.

Et sur-tout d'excellente moutarde.

MORINCOURT.

Mais pas de gens comme il faut, pas de gens spirituels, comme nous autres.

STE.-AMARANTHE

Ah! .... pouvez vous dire ça en voyant monsieur?... et puis au fait... tous les pays ne peuvent pas être feitiles en hommes d'esprit, et tout le monde n'est pas forcé d'en avoir h Dijon.

ADOLPHE

C'est comme ici, tout le monde n'est pas forcé de savoir les clioses les plus simples.

Air de la Sentinelle.

Quand pour Dijon vous montrez du mépris,

C'est que , monsieur, je le parie , Vous ignorez que c'est à mon pays , Qu'on doit l'auteur de la Motromanie ;

Qu'aussi Bossuet l'illustra , (

Jrar ses écrits , par sgn génie ;

Moi , d'être de ce pays-là ,

Je me sens fier , puisqu'il donna

Deux grands hommes à ma patrie.

CLAniE^ à part.

Quel langage !... L'aurions- no us mal jugé ?

MORINCOURT.

Pas mal répondu , pas mal répondu du tout. ( bas à Ste.-Amaranthe.) Ah ça, ils étaient donc comme il faut, ces deux messieurs là?

STE. AMARANTHE

Du tout, n'écoutez pas ce nigaud.., c'est un ignorant.., ça n'a pas la première idée des convenances. MORiNCouRT, c?e /weme.

Oui, n^est-ce pas? c'est ce que je me suis dit^ sitôt que je l'ai vu. ...c'est dommage, il a l'air d'un bien brave garçon: mais je gagerais qu'il ne sait pas seulement monter à cheval, faire le salut d'usage {il salue de la tête) Décidément, il ne peut pas être mon gendre.

STE. AMARANTHE^ à part.

BoU;, ça ne va pas mal. {haut) Mais je vous laisse; des affaires me forcent de me retirer quelques instans. Adieu^

charmante Claire, {a Germont) Je vous salue, rancune toujours^ monsieur le Provincial.

ADOLPHE

Allons donc, il n'y a pas de cjuoi.

STE. AMARANTHE^ à MoriiicourU

Air ; clu menteur.

Songez qu'il faut de la prudence , Que tout se passe sans éclat ; Et ce soir nous pourrons , je pense ^ Ensemble signer le contrat.

Soyez franc , je vous le conseille , Pour moi , je me rends chez jNourtier, Je vais acheter la corbeille. . .

(à part ).

Et rassurer maint créancier.

sans

ADOLPHE

Songeons qu'il faut de la prudence.

Et n'allons pas faire d'éclat ; Je les empêcherai, je pense , De signer tous deux ce contrat.

MORINCOLBT.

Suffit , j'aurai de la prudence, ENSEMBLES. \ Tout va se passer sans éclat, etc.

CLAIRE

Songeons qu'il faut de la prudence »

Que tout se passe sans éclat ; Car je ne sais en conscience , Si je dois signer ce contrat.

STE -AMABANTBB.

Songez qu'il faut, etc. {Il sort.)

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