‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 100 sur 269 · I. - DÉPRÉDATIONS DANS LES BOIS NATIONAUX · texte numérisé non relu

I. - DÉPRÉDATIONS DANS LES BOIS NATIONAUX

Lorsque les terres des « ci-devant nobles » eurent été déclarées biens nationaux et, à ce titre, mises sous séquestre, les paysans se crurent autorisés à y pénétrer et à y faire des dégâts de toute nature. Ils abattirent notamment des bois, qu'ils emportaient chez eux, soit pour leur usage personnel, soit pour la vente. Dans la commune de Beaumont, ces déprédations eurent pour théâtre les bois de Penlaud et les bois de Lusiés. Elles furent peu importantes, nettement localisées, réduites pour ainsi dire à des faits individuels. Elles furent, du reste, énergiquement réprimées par la municipalité de Beaumont.

37^» BEAUMOXT sors LA CONSTITIAXTI-: ET LA LÉGISLATIVE

Il n'en fut pas de même à l'est du canton, dans la forêt de la Bessède. Là, les déprédations, longuement méditées, eurent pour auteurs des bandes organisées et armées, qui s'attaquaient à la fois aux biens nationaux et aux propriétés privées. Dès le mois de décembre 1790, le directoire du district de Belvès s'était ému de ces agissements et, dans sa séance du 24 décembre, nous voyons le procureur syndic dénoncer publiquement « des attroupements armés qui se forment tous les jours par des citoyens de diverses paroisses, qui se rassemblent dans la Bessède et y commettent des dégâts de toute espèce ». Il rappelle que ces bandes violent sans distinction les propriétés publiques et particulières et qu'il est essentiel «d'arrêter, dans les commencements, des mouvements d'insurrection qui peuvent devenir plus dangereux et produire des événements sinistres ». Et, à sa requête, le directoire prend l'arrêté suivant, qui sera envoyé d'urgence à toutes les municipalités du district :

1° Les municipalités sont requises d'employer tous les moyens que la loi met en leurs mains pour maintenir l'ordre et faire respecter les propriétés publiques et particulières.

2° La municipalité de Belvès, comme chef-lieu du district, est particulièrement invitée de requérir le commandant de la garde nationale, de se transporter avec des troupes suffisantes dans la Bessède, pour s'opposer à la continuation des dégâts qui s'y commettent et veiller à la conservation des propriétés publicjues et particulières.

3" Les citoyens, amis de l'ordre et de la constitution, sont invités: a) de dénoncer aux municipalités les auteurs des dégâts commis dans la Bessède et les instigateurs des attroupements qui .se forment; b) de se réimir à la garde nationale de Belvès pour empêcher lesdits attroupements, les dissiper et, autrement, employer tous leurs efforts pour maintenir, dans l'étendue du district, l'ordre et la tran(}uillité publique qui y ont été si heureusement con.servés jusqu'à présent.

I/hiver étant déjà très avancé et la provision de bois étant faite, les paysans cessèrent leurs incursions. Pendant dix mois, ils restèrent chez eux, occupés aux travaux de leurs champs.

Mais quand vint l'hiver de 1791, avec .ses besoins de bois do chauffage, les habitants des communes situées tout autour de la Bessède reprirent le chemin des bois et, avec la même désinvol ture qu'en novembre 1790, ils recommencèrent à abattre les arbres

A la première nouvelle, le 7 décembre 1791, dans la matinée, le directoire du district se réunit d'urgence. Le procureur s\ndic, prenant la parole, s'explique en ces termes : il expose tout d'abord que. " malgré la sévérité des lois contre les attroupements et contre les dévastations commises dans les bois nationaux et ceux des particuliers, il demeure instruit que des troupes de paysans et habitants des campagnes, égarés par des ennemis de la constitution et des gens intéressés a perpétrer l'anarchie, se rendent journellement dans les bois de la Bessède et y font des abatis de bois et des dégâts considérables; que, ces mêmes attroupements et ces dégâts ayant eu lieu l'année dernière, le requérant provoqua un arrêté du directoire portant que les municipalités hmitrophes seraient tenues de se transporter sur le terrain et d'employer le secours des gardes nationales pour dissiper ces attroupements et faire respecter les propriétés; que ce moyen fut emplové avec succès; mais les ennemis de la République ont, depuis, renouvelé leurs tentatives; ils sont encore parvenus à tromper le peuple de la campagne et les mêmes attroupements, les mêmes dévastations se sont renouvelés ». Dans ces conditions, attendu que ces attroupements se forment sur un terrain appartenant à la nation ^ et qu'il est urgent, pour en arrêter le cours, d'arriver à connaître les auteurs qui les ont fomentés, le procureur syndic demande la nomination de c commissaires, qui se transporteront sur ledit terrain pour dresser procès-verbal des dégâts faits dans les bois, tâcher d'éclairer le peuple égaré et le ramener à l'amour de l'ordre et au respect des propriétés, prendre tous les renseignements nécessaires pour découvrir les auteurs desdits attroupements et désordres et, autrement, donner tous les ordres et faire toutes réquisitions nécessaires pour faire observer les lois ').

En conséquence de ce réquisitoire de son procureur syndic :

Le directoire, profondément affligé des désordres et des dévastations (\u\ se commettent dans la Ressède, convaincu que le peuple qui se permet ainsi de violer les lois sacrées de la propriété nationale est égaré

I. La forêt Uc la Bcssùde, située entre Cadouin et Belvés, appartenait à la nation comme dépendant, avant la Révolution, de l'archevêv^ue de Bordeaux.

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par des suggestions perfides; qu'il est nécessaire de le ramener à l'amour de l'ordre et au respect des propriétés, sans lesquels il ne peut v avoir ni liberté ni sécurité pour personne; que, d'un autre côté, il est absolument nécessaire de découvrir les auteurs de ces désordres et de les livrer à la sévérité des lois; qu'enfin, il est intéressant de connaître les dégâts et les dévastations qui se sont faits dans lesdits terrains de la Bessède;

Arrête :

Que tous les membres du directoire, le procureur syndic et le secrétaire du district se transporteront ce jourd'hui même sur le terrain de la Bessède appartenant à la nation pour y dresser tel état et tel procès-verbal que de raison et, en cas d'attroupement existant sur ledit terrain, il sera donné des ordres convenables pour les dissiper et faire telle réquisition qu'il appartiendra aux municipalités circonvoisines.

En exécution de cet arrêté, dans l'après-midi de ce même jour, les administrateurs du district de Belvès, accompagnés du procureur syndic et du secrétaire du district, se transportent dans la forêt de la Bessède sur le point où les déprédations avaient été signalées. Ils y aperçoivent, de loin, un grand nombre de paysans, qui étaient occupés, les uns à abattre des chênes, les autres à charger le bois sur des charrettes. Les administrateurs s'avancent vers eux; mais, à leur approche, les paysans — tels des malfaiteurs qui se trouvent surpris — s'enfuient dans la profondeur du bois. Les administrateurs, arrivés sur les lieux, ne rencontrent qu'un certain nombre de charrettes, les unes chargées, les autres à demi chargées. A côté de l'une d'elles se trouvait un jeune homme, le nommé Léonard Fortunel, du village de Pascal, qui n'en continua pas moins à compléter son chargement. Interpellé par les administrateurs, il répondit que « le bois qu'il avait coupé et qu'il chargeait sur sa charrette était du cydevant archevêque de Bordeaux ». Et comme les administrateurs lui faisaient observer qu'il devait savoir que « c'était du bois appartenant à la nation », Fortimel avoua tout naïvement qu'« il ne l'ignorait pas, mais que c'était la première fois qu'il y était venu ». Tout à côté do Fortunel se trouvaient deux autres paysans, le nommé Marsilliat, domesticpie du sieur Bonfils, et le fils de la veuve (iouyou, habitant du lieu de Lacrout. Tous les deux avaient à la main une hache, 11 \' a\'ait sur les

lieux un certain nombre d'autres charrettes chargées de bois, mais leurs conducteurs avaient pris la fuite et leurs camarades s'étaient formellement refusés à les dénoncer.

Les administrateurs du directoire représentèrent aux trois pavsans rencontrés sur le terrain « qu'ils étaient dans le cas des peines prononcées par les décrets », et ils leur enjoignirent de laisser le bois qu'ils avaient chargé sur leurs charrettes. Puis, ils poursuivirent leur inspection dans la forêt. Ils constatèrent qu'il \' avait un nombre considérable de chênes qui avaient été abattus et qui n'avaient pas encore été enlevés. Ils constatèrent aussi que la plupart des arbres avaient été « plutôt étoisés que coupés », et qu'ils l'avaient été « en jardinant », de telle sorte que l'on ne pouvait guère espérer de les voir repousser. Du reste, ils ne rencontrèrent aucun autre attroupement et, leur enquête étant terminée, ils reprirent le chemin de Belvès.

Chemin faisant, ils trouvèrent sur la route deux charrettes chargées de bois : c'étaient précisément celles de Léonard Fortunel et du fîls de la veuve Gouyou, qui étaient ainsi surpris en flagrant délit de désobéissance aux injonctions des administrateurs. Ceux-ci, faute de « main-forte », les laissèrent tranquillement continuer leur chemin. Mais, de retour au directoire, ils rédigèrent un procès- verbal et l'envoyèrent à l'accusateur public du tribunal, à l'effet de poursuivre les coupables et de prendre contre eux telles sanctions qu'il jugerait convenable. J'aime à croire que ces sanctions furent sévères et servirent de leçon. Car, à partir de ce jour, il n'est plus question, dans les registres communaux, de déprédations commises par les habitants de nos campagnes, soit dans les biens de la nation, soit dans les propriétés privées.

§ 2. - Agitation populaire après la fuite de Varennes,

Depuis la fin de 1790, Louis XVI, qui ne signait qu'à contrecœur les décrets de l'Assemblée nationale, songeait à s'échapper de Paris, où il ne se trouvait plus libre.

Après des pourparlers secrets avec l'empereur d'Autriche, son beau-frère, et avec le marquis de Bouille qui commandait une armée à Montmédy, sur la frontière belge, il forma le projet d'aller rejoindre Bouille, dont l'armée lui était dévouée; puis, tandis que l'empereur ferait sur la frontière une démonstration militaire pour effraver les patriotes, lui-même, à la tête des troupes de Bouille, marcherait sur Paris pour réduire le mouvement révolutionnaire et reconquérir son autorité. Dans la nuit du lundi au mardi 20 juin 1791, il sortit furtivement des Tuileries sous un déguisement et s'engagea sur la route de Montmédy. Découvert à Varennes, petit bourg au pied de l'Argonne, il fut arrêté et reconduit à Paris sous escorte.

Après la fuite du roi, l'Assemblée nationale conservant son calme et son énergie au milieu de l'effervescence générale, s'empara du pouvoir exécutif et demanda aux ministres de rester à leur poste. A la monarchie succéda, pendant quelque temps du moins, une sorte de république.

j° L'arrivée de la nouvelle en Dordogne.

La fuite du roi se répandit très rapidement en province. Elle fut connue en Dordogne dès le 23 juin. Le lendemain, 24, à 5 heures du soir, le « messager » de Périgueux apportait au directoire du district de Belvès un paquet contenant :

I" Une lettre d'avis du procureur général syndic du département, qui annonce que le roi et sa famille ont été enlevés, le 21 juin courant, invitant le directoire à prendre toutes les mesures pour maintenir l'ordre et la tranquillité et s'en rapportant à sa sagesse pour le choix des moyens;

2^ Plusieurs exemplaires du décret rendu par l'assemblée, le 21 courant, relativement à cet enlèvement, et pour arrêter toutes les personnes, armes et munitions sortant du royaume;

]0 Copie en forme du procès-verbal concernant les moyens et précautions prises à Périgueux pour le maintien de l'ordre à la nouvelle de cet événement.

D'urgence, les administrateurs se réunissent pour délibérer.

TKorni.Ks poi iTiori:s. amaikics dv. l'oi.ici-: j(Si

Après la lecture des documents précités, un membre dont le nom n'est pas indicpié fait observer « que, le peuple étant toujours dans le plus grand état de fermentation, il y avait à craindre qu'en apprenant cette nouvelle, il se portât à des violences contre les c\-devant nobles et contre leurs propriétés; qu'il était nécessaire de prendre des mo\ens pour les sauver; qu'il n'en voyait qu'un seul, celui de les rendre faibles et d'obliger par là le peuple à les respecter ; il a proposé, en conséquence, d'inviter les municipalités à demander les armes de tous les cy-devant nobles dans leur territoire ». Cette mesure est immédiatement approuvée^

Le président de l'administration {Arcli. de/)., Série L-316), fait alors venir la municipalité, le commandant et les officiers de la garde nationale et leur donne connaissance des dépêches et des décrets du département. L'vm d'eux fait observer que la nouvelle de l'enlèvement du roi s'est déjà répandue dans la \ille et que, à cette nouvelle, plusieurs personnes cy-devant nobles ont pris la fuite. Evidemment, comme toujours, quelque courrier particulier avait précédé de quelques heures le courrier ofttciel. Le directoire prend aussitôt un arrêté pour inviter les personnes que la crainte a mises en fuite, à rentrer dans leurs demeures et pour leur déclarer qu'elles sont « sous la sa'ivegarde de la loi et sous la protection du peuple ».

Il arrête ensuite :

i^ Ou'il sera fait état de la quantité d'armes et munitions de guerre qui se trouvent dans la ville, et il charge le commandant de la garde nationale de faire cet état et de le remettre incessamment au directoire; d'autre part, il dépêche deux officiers municipaux chez le garde-magasin des poudres et salpêtres de la ville et chez les divers débitants de poudres pour s'assurer de la quantité qu'ils possèdent, s'en emparer et la mettre en lieu sûr; il va même jusqu'à leur donner mission de visiter les maisons suspectes et de mettre la main sur les armes qui pourraient s'y trouver;

2° Que le commandant de la garde nationale fera battre la générale et rassemblera la garde nationale en armes sur la Place Publique.

A peine cet arrêté était-il écrit et signé que se présentent les deux officiers municipaux chargés du recensement des poudres. Ils ont rempli leur mission avec la plus grande diligence. Ils apportent au directoire 240 livres de « poudre à tirer ». Cette poudre a été transportée immédiatement dans un lieu sirr placé tout à côté du corps de garde. Comme mesure de précaution, il est établi auprès du corps de garde une batterie de quatre canons et on décide « qu'une sentinelle à arme blanche veillerait continuellement auprès de la porte du dépôt des canons ».

Quelques instants après, les citoyens actifs du canton de Belvès, réunis en assemblée primaire dans l'église des Jacobins, font leur entrée dans la salle. Le président de l'assemblée déclare que, sur la nouvelle qu'il venait de recevoir, il avait levé la séance. Le président du directoire lui répond que l'assemblée électorale doit continuer ses opérations.

Puis un détachement de la garde nationale arrive pour annoncer au directoire que « la troupe était sous les armes sur la Place Publique et qu'une foule immense de peuple, tant de la ville que des environs, y était pareillement rassemblée »>. Et alors, les membres du directoire, en écharpe, les officiers municipaux, également en écharpe, tous les membres du conseil général de la commune, le juge de paix du canton, le curé de la paroisse, son vicaire et tous les citoyens qui se trouvaient à ce moment-là au directoire se forment en cortège et, précédés du détachement de la garde nationale, ils se rendent sur la Place Publique où les attendaient, en effet, « la garde nationale en bataille et sous les armes et une foule innombrable de peuple » : Au milieu du plus grand silence, l'un des administrateurs fait « un discours attendrissant analogue aux circonstances et bien propre à maintenir l'union, sans laquelle il n'y a point de force publique, et l'amour des lois, sans lequel il n'y a point de liberté ». Puis, il donne lecture au peuple des décrets, de la lettre du procureur général et des mesures qui ont été prises au chef -lieu de département. Le peuple, par ses applaudissements, plusieurs fois répétés, « a manifesté tout l'enthousiasme (|uc peut inspircM" l'amour de la jxitrie

TROIBLES FDl.lligiliS, AllAIKES DE POLICE 383

et de la libert«5 dans un moment où l'on craint de la perdre. Les cris de « ràrt? lib^-e ou mourir ^^ se sont fait entendre de toutes parts. Hommes, femmes, jeunes gens et vieillards, tous ont montré la même énergie et le même amour pour la Liberté et pour la Constitution.

On propose alors de prêter le serment dont la formule se tiouve consignée dans le procès-verbal du département, proposition qui est accueillie avec transport. En conséquence, chaque membre du directoire prête le dit serment en ces termes : Je jure sur mon honneur d'être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi des Français, de maintenir de tout mon pouvoir la constitution du royaume décrétée par l' Assemblée nationale et sanctionnée par le roi et de vivre libre ou de mourir. Ce serment est répété dans les mêmes termes par le maire, par chacun des officiers municipaux, par le procureur de la commune, par chacun des membres du conseil général de la commune, par le curé, par son vicaire, par le juge de paix, par son greffier et ses assesseurs, par l'officier et les cavaliers de la gendarmerie nationale, par le commandant, les officiers et bas-officiers de la garde nationale, par tous les soldats et volontaires de chacune des compagnies de la garde nationale.

Puis, la formule du serment étant lue au peuple à haute voix, tous les assistants, hommes, femmes, vieillards et enfants, le prêtent en levant la main et, avec un ensemble touchant, jettent les cris de Vive la nation! Vive la Constitution!

La prestation de serment, une fois terminée, le commandant de la garde nationale commande un détachement pour la garde de nuit, double toutes les gardes et ordonne des rondes continuelles ; les canons sont chargés ; on dispose des guérites à toutes les avenues de la ville et on arrête que tous les citoyens sans distinction d'âge seront tenus, à tour de rôle, de monter la garde ou de la faire monter pour eux ; on arrête, enfin, que les « canons pierriers et fauconneaux ' seraient montés sur affûts de façon à pouvoir être transportés facilement sur les divers points où leur présence pourrait être nécessaire. Toutes ces mesures prises, le président du directoire lève la séance et il invite les citoyens

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présents à assister, le soir, à une séance publique de la Société des Amis de la Constituante, qui s'ouvrira à 9 heures, dans l'église des Jacobins, et qui sera en permanence toute la nuit.

En même temps qu'il communiquait à la municipalité et à la garde nationale de Belvès la nouvelle de l'enlèvement du roi, le directoire du district mobilisait un certain nombre de volontaires de la garde nationale pour porter dans le plus bref délai dans toutes les municipalités chefs- lieux de cantons, un nombre suffisant d'exemplaires des décrets du 21 juin, pour pouvoir, à leur tour, en envoyer un aux différentes municipalités de leur ressort. Dans la lettre d'envoi qui accompagnait ces décrets, le directoire recommandait instamment à toutes les municipalités de (( veiller avec le plus grand soin au maintien de l'ordre et de faire observer le respect dû aux propriétés et aux personnes •)<.

Le paquet adressé à la municipalité de Beaumont arriva le 25 juin à la première heure. Le maire, qui était alors Benoît Loiseau, dépêcha aussitôt des exprès à toutes les municipalités du canton pour remettre à chacune d'elles l'exemplaire du décret du 21 juin qui lui était destiné.

La fuite de Louis XVI fut donc connue dans tout le canton de Beaumont dans la journée du 25 juin et il est probable qu'elle se répandit avec la même rapidité dans toutes les communes du département. Cet événement, aussi grave qu'inattendu, y provoqua, comme à Paris, comme partout ailleurs, une émotion profonde : « A la première nouvelle, ce fut un sentiment de stupeur, puis un sentiment d'indignation, puis un sentiment de peur. La nation se sentit abandonnée, orpheline. Il lui parut que le roi avait emporté avec lui un talisman préservateur. De terribles dangers furent aperçus : la France se vit envahie et, sans chef, perdue. » (Aulard, loc. cit., p. ii(S.)

Le peuple, dans nos campagnes, crut tout d'abord que le roi, à l'instigation de Bouille, avait été enlevé par les nobles et que ces derniers allaient rentrer, avec lui, pour rétablir l'ancien régime. Foncièrement royaliste, il ne s'en prenait pas au roi, qu'il accusait seulement de faiblesse; mais il fulminait contre ses courti.sans, et en général contre les nobles.

TROUBLES POLITIQUES, Ail AIKKS DK POLICE '.S^

([ui lui avaient conseille de fuir, c^ui l'avaient enle\c et c[ui devaient s'en servir potir supprimer les libertés que lui octroyait la constitution.

Dès lors, nos paysans deviennent songeurs, inquiets, menaçants et, de nouveau, ils vont partir en guerre contre les nobles, contre les curés réfractaires, contre tous ceux enfin qu'ils croient susceptibles de provoquer un mouvement contrerévolutionnaire. L'agitation est à peu près générale : oubliant les lois et restant sourds à la voix de leurs magistrats qui les leur rappellent, les habitants des campagnes se refusent à payer l'impôt, exigent des propriétaires des renonciations à leurs droits, s'organisent en bandes, menacent de planter des mais, signes de l'insurrection, etc. « Presque partout, dit le procureur général syndic de Périgueux dans la séance du 8 août {Arch. dép., L-3), la liberté individuelle est attaquée, presque partout les propriétés sont menacées, la voix du magistrat n'est plus écoutée et c'est dans cette ville, sous vos yeux mêmes, que les atteintes les plus mortelles sont portées à la Constitution. >

Sur certains points du (icpartement, des troupes armées parcourent les villages et les bourgs, qu'ils cherchent à entraîner dans le mouvement. Dans quelques localités, notamment dans le canton d'Eymet et à Beaumont (voy. plus loin), on va même jusqu'à dresser des potences sur la Place Publique.

2° Mesures de précautiox.

Il devenait nécessaire d'arrêter au plus tôt cette agitation qui, si on l'avait abandonnée à elle-même, aurait pu amener les désordres les plus graves. A l'instigation du directoire du département, les administrateurs se réunirent d'urgence pour s'occuper de la situation et prendre les mesures qu'elle comportait. Dans la crainte d'un complot possible entre le peuple et les châtelains, on commença par mettre la main sur les armes que pouvaient avoir ces derniers. Dans le canton de Beaumont, deux châteaux sont indiqués comme possédant des armes : I. ^5

Cardou, dans la commune du Bourniquel, et Lusiés, dans la commune de Naussannes.

a) Saisie des armes aux châteaux de Cardon et de Lusiés.

Le château de Cardou, on le sait, appartenait à M. de Saint Exupéry Roufftgnac qui, aux premières élections municipales de 1790, avait été choisi par les électeurs de Bourniquel pour remplir les fonctions de maire.

En juin 1791, la garde nationale de 'Beaumont ^ projeta de se transporter à Cardou « pour enlever divers canons et autres armes qui pourraient s'y trouver ». Le bruit de l'opération arriva aux oreilles des membres de la Société des Amis de la Constitution, qui se réunirent d'urgence pour s'occuper de cette affaire. Rien d'important ne se passait à Beaumont sans que la Société intervînt pour donner sa note, approuvant ou désapprouvant, suivant le cas, les faits et gestes de la municipalité ou de la garde nationale. En cette circonstance, la Société, après une longue discussion, fut d'avis qu'elle ne pouvait approuver cette expédition sur Cardou que tout autant qu'elle serait autorisée par le directoire du district. Elle arrêta, en conséquence : « i^ qu'il lui serait fait une précision à cet effet au nom des Amis de la Constitution composant le club de Beaumont ; 2^ que les électeurs de cette ville, qui devaient se rendre le lendemain à Belvès, seraient priés de la présenter et d'envoyer la réponse dans la même journée par un député de la Société, qui les accompagnerait pour cela ». Et le président, qui était alors Jacques Foussal, rédigea la pétition et la remit, séance tenante, au mandataire de la Société.

Le lendemain, arrivait la réponse du directoire. Elle donnait

I. L'année précédcnto (on se pi (.'ni lue 1790), une caisse de 12 fusils et baïonnettes, adressée à la municipalité de Bnnrni<iuel pour le service de la garde nationale, avait été arrêtée et prise par la municijialité de Lalinde. Sur une réclamation, i'ort juste du reste, de M. de Saint Hxupérv Rouflignac, inaire de lîourniijuel, le Directoire du district de Belvès avait rendu un «jugement fraternel » (sic), portant i)ue lesdites armes, injustement reteiuies par l.i nuiiiiei|ialile de l.;ilnule, ser. lient, par cette dernière remises .i la municipalité de B()iiiiiii]uel (.1 /v/;. i/c/. Série L-ilh).

satisfaction aux Amis de la Constitution. La voici {Arch. dép.. Série L-316) :

Le directoire :

Considérant qu'il est essentiel, pour rétablir le calme et la confiance pamii le peuple justement alarmé des amas d'armes et de munitions de guerre, qui se sont faits dans divers châteaux et maisons fortes;

Considérant que l'unique moyen de prévenir les insurrections du peuple est de ne laisser aucun prétexte, aux malintentionnés qui peuvent l'agiter ou l'égarer; qu'il est dans le principe des administrations et des administrés de ce district de protéger l'inviolabilité des biens et des personnes, de même qu'il est aussi dangereux qu'inutile de laisser dans aucun château des armes et des munitions de guerre dont les ennemis de la Constitution pourraient faire un mauvais usage;

Considérant, en outre, que les municipalités se trouvant chargées, chacune dans leur territoire, de maintenir l'ordre et la tranquillité publique, c'est à chaque municipalité à veiller à ce que dans son étendue il n'y ait aucune maison qui puisse être un sujet d'alarme; mais que d'un autre côté les municipalités des villes se trouvant environnées d'une plus grande force, il importe de l'augmenter encore, afin que les gardes nationales de ces villes puissent se porter à fournir dans leurs environs des secours prompts et efficaces.

Arrête que les officiers municipaux de Bourniquel se transporteront de suite au château de Cardou pour demander les canons pierriers ou fauconneaux qui se trouveront dans ledit château, ainsi que les autres armes et munitions de guerre qui s'y trouveront, sauf qu'il sera laissé au propriétaire dudit château, trois fusils de chasse s'ils s'y trouvent; et, quant aux fusils de munitions dont il est question dans ladite adresse, le directoire arrête que, s'ils se trouvent dans ledit château ou autres bâtiments en dépendant, ils seront remis au commandant et officiers de la garde nationale de Bourniquel qui en répondront et en donneront un récépissé auxdits officiers municipaux;

Arrête, en outre, que les canons pierriers ou fauconneaux qui seront saisis seront remis à la municipalité de Beaumont, qui en fournira un récépissé et qui les tiendra à la disposition du directoire du district sur la première réquisition qui lui en sera faite.

Et, pour protéger l'exécution du présent arrêté, les municipalités de Beaumont et Bourniquel enjoindront aux commandants de la garde nationale de prêter main-forte suffisante à ladite municipalité de Bourniquel, de veiller à ce qu'il ne se passe rien de contraire au bon ordre dans la visite qui sera faite dans ledit château de Cardou, qui demeure sous la sauvegarde spéciale du directoire et ce à peine de responsabilité.

Conformément à cet arrêté, un certain nombre de gardes nationaux de Beaumont et de Bourniquel, sous la conduite de

j88 BEAUMONT SOUS l.A CONSTH LAM 1£ KT J,A LKGISLATlVi;

P. Blanchard, officier municipal, et du commandant Carrière se rendirent à Cardou et emportèrent les armes que renfermait le château. Les fusils, presque en totalité, furent laissés à la municipalité de Bourniquel. Les canons, avec quelques fusils, seulement, furent transportés à Beaumont ^

L'année suivante (i^'" mai 1792), les officiers municipaux de Bourniquel réclamèrent à la municipalité de Beaumont des fusils que le commandant Carrière avait u emportés de chez le sieur Saint Exupéry Rouffignac » {Arch. dép. Dordogne, Série L-317). Mais j'ignore s'ils leur furent rendus.

Plus tard, vers la fin de l'an II, M. de Saint-Exupéry, rentré à Cardou, réclame à son tour cinq fusils, deux fauconneaux, une épée dorée avec son fourreau, une canne à lance, sept livres et demie de grenaille et environ un demi-quart de poudre, qui lui avaient été enlevés en 1791. Il produisait du reste, à l'appui de sa pétition, deux reçus parfaitement en règle, qui avaient été délivrés à son homme d'affaires par les officiers municipaux de Beaumont et par le commandant Carrière. La réclamation de M. de Saint Exupéry était fondée et l'administration départementale, dans sa séance du 2 vendémiaire an III, l'accueillit favorablement. Le jugement renferme des considérants curieux et je n'hésite pas à le reproduire in extenso :

Vu le reçu, donné par le citoyen Blanchard, officier municipal, et Carrière, commandant de la garde nationale de Beaumont, au citoyen André Blanc Darbas, homme de confiance du citoyen Saint Kxupéry,

I. C'est vers la méiiie ép()i|Ue (oiiobii' I7<)i) que M. de S.iiiil hxupérv Rouftigiiac, sur un proeés-verbal île la iiiunieipalité île B(niriiii|uel, rurnuila une plainte contre les si"» Blanchard et Rivière, otlieiers iMunieii^aux, et ("arrière, eoinniandant de la garde nationale, « eoniiiie auteurs ou complices d'attrdupi'uieiits dans la maison de Rouffignac (de Cardou, sans doute) en son absence >>.

Cette plainte se rapporte vraisemblablement à la visite domiciliaire du mois de juin, suivie de la saisie des armes. Les trois accusés, appelés à s'expliquer devant l'administration du district (s novembre et <) novembre 1791), protestèrent hautement contre les allégations de M. de Saint fcxupéry, et le commandant Carrière ajouta même, dans son indignation, qu'il se réservait « de traduire de Saint Hxupérv devant les tribunaux compétents |iour lui faire inlliger une peine proportionnée au délit et telle que la mérite un Taux accusateur ».

L'aflaire alla au directoire du déparlenienl, ijui la renvova à celui du district pour avoir son avis. Hn réponse, le directoire du district, à la date du 10 janvier 179a (Arch. du départ, de Li Dordogne, Série l.-iH)), émit l'avis « i]u'il n'v a pas lieu à accusation contre les s'"* Blanchard, Rivière et Carrière, sauf audit hxupérv a se pf)ur\()ir contre i|ui et île la manière qu'il avisera. »

(le cinq fusils, dont un double, une épée dorée, etc. (les objets dont il est question ci-dessus) ;

Vu un reçu, donné au même Darbas de deux fauconneaux, signé Loiseau. maire, Lacoste, Blanchard, officier municipal, Labarrièrc, secrétaire et Carrière, commandant ;

Considérant que la juridiction de chaciue municipalité a toujours été circonscrite dans le territoire confié à sa surveillance et que tt)us les actes de police qu'une municipalité fait au delà des bornes qui lui sont assignées par la loi sont nuls de plein droit;

Considérant que, si le pétitionnaire était dans le cas du désarmement, c'était à la municipalité de son domicile qui est Bourniquel à le faire désarmer et ; mais que, dans aucun cas, la municipalité de Beaumont, ni le commandant de la garde nationale de cette commune ne pouvait avoir le droit d'aller faire exécuter même des lois et des arrêtés sur le territoire d'une commune voisine;

Considérant que la municipalité de Bourniquel a réclamé dans le temps contre cette violation de son territoire et contre cette espèce de suprématie que les grandes communes exerçaient alors contre les petites;

Le directoire, oui le substitut du procureur syndic.

Arrête :

Que la municipalité de Beaumont fera remettre au pétitionnaire les armes et les munitions qu'il réclame, à moins qu'elle ne justifie de la remise qu'elle aurait dû en faire dans un dépôt national; et, dans le cas où elle croirait avoir des réclamations à faire contre le présent arrêté, elle fera remettre provisoirement les armes à la municipalité de Bour niquel, qui lui en donnera décharge.

\'oilà donc le propriétaire du château de Cardou rentré en possession des armes que lui avaient enlevées les officiers municipaux de Beaumont et le commandant Carrière. Allons maintenant au château de Lusiés et voyons ce qui s'y était passé en juin 1791.

Le château de Lusiés, à la Révolution, était la propriété de Léonard de Paty, baron du Ray et et seigneur de Beaumont. Le 25 juin 1791, le lendemain de la Saint Jean, im courrier extraordinaire du district de Belvès apporte à Beaumont « l'affligeante nouvelle de l'enlèvement du roi », avec une lettre dans laquelle était exprimé le vœu que les habitants des châteaux voulussent bien remettre leurs armes entre les mains des municipalités. Déjà, la veille, la municipalité de Beaumont, « qui avait prévu l'orage ^ avait écrit à la municipalité de Naussannes d'avoir à se rendre au château de Lusiés, placé sur son territoire,

pour y enlever les armes qui pouvaient s'y trouver. La municipalité de Naussannes, ayant à sa tête le sieur Dutinct de Vilarzac, maire, était partie aussitôt et avait emporté au bourg u vingt-deux fusils, bons ou mauvais ». C'était, pour un château que l'on croyait fortement armé, un bien maigre butin.

Un certain nombre d'ouvriers de Beaumont, qui avaient travaillé à Lusiés, ne cessaient d'affirmer que le château devait renfermer une quantité d'armes beaucoup plus considérable. Le maire, se rendant à cette affirmation et estimant que la première perquisition avait pu être trop rapide et par suite insuffisante, écrit de nouveau à la municipalité de Naussannes

FiG. 67.

Le citoyen Dutinet de Vilarzac, maire de Naussannes,

qui. comnio niaii'p, pri'sidn à la visite tlomiciliairc (lu Cliàtcaii de Lusiés.

pour lui « communiquer sa surprise » et la prier de vouloir bien procéder à une nouvelle perquisition, « lui offrant, quant à ce, le moyen de la faire plus exactement ».

Et, la municipalité de Naussannes ayant accepté, le château de Lusiés, ce jour même, dans l'après-midi, reçut la visite des cinq personnages suivants : Dutinet de Vilarzac, maire de Naussannes ; Seurguier sieur de Gazelle, commandant de la garde nationale de Naussannes; Blanchard et Lacoste, officiers municipaux de Beaumont remplaçant le maire. Carrière commandant de la garde nationale de Beaumont. Aux commandants Seurguier et Carrière s'étaient joints un certain nombre de gardes nationaux de Beaumont et de Naussannes. Les recherches, cette fois, furent plus longues, plus minutieuses. On fouilla consciencieusement toutes les pièces du château, mais nulle part on ne rencontra l'arsenal que la rumeur publique y avait placé. Voici, du reste, le procès-verbal qui fut signé, après l'opération, ]>ar les trois olliciers municipau.x et par les cU>ux commandants de

la garde nationale qui y avaient pris part {Arclt. dép., Série I--353) :

Procédant de concert, après une exacte perquisition, avons trouvé cinq fusils simples, la vis du chien manquant à l'un desquels; et deux fusils à deux coups; plus deux pistolets, l'un simple et l'autre à deux coups; plus une pertuisane très usée; plus deux piques avec leur manche de bois de sapin; plus une canne à lance garnie en argent. Parmi le nombre desquels fusils, le sieur Monteil, homme de confiance du sieur Paty, en réclame un à deux coups comme lui appartenant en propre; et Jean Martigne, ancien domestique dudit Paty en réclame un autre simple, savoir celui qui est monté à gauche.

Lesquelles armes ont été déposées, savoir trois fusils simples, du nombre desquels est celui du commandant de la garde nationale dudit Beaumont; et les autres armes, dans le nombre desquelles est le fusil dudit Monteil, avec la pertuisane, es mains du commandant de la garde nationale dudit Xaussanes, qui en ont fourni le récépissé audit Monteil. Demeure convenu que lesdites armes demeureront ainsi disposées jusqu'à ce que au corps administratif du département il soit décidé définitivement à qui elles doivent appartenir.

Dont et du tout avons dressé le présent procès-verbal ainsi que de raison, par double, lesdits jours mois et an que dessus, signé Dutinet d^? Vilarzac, maire de Naussannes; Seurguier, commandant de la garde nationale de Naussannes; Blanchard, Lacoste, officiers municipaux de Beaumont; Carrière, commandant de la garde nationale de Beaumont.

Certifié conforme à l'original par nous secrétaire de la commune de Beaumont soussigné.

Lab ARRIÈRE, secrétaire.

Les trois fusils et les deux pistolets, confiés au commandant Carrière, furent remis par lui à la municipalité de Beaumont. Quant aux autres armes, elles allèrent rejoindre, à Naussannes, celles qu'\' avaient déjà transportées, lors de leur première perquisition, le maire Dutinet de Vilarzac et le commandant Seurguier.

b) L'arrêté du 8 juillet 1791.

A cette première mesure de mettre la main sur les armes que renfermaient les châteaux, les administrateurs du district de Belvès en ajoutèrent un certain nombre d'autres tendant à la fois à combattre les menées contre-révolutionnaires et à ramener chez les paysans le calme et le respect des lois.

392 BEAUMONT SOl'S LA CONSTITUANTE ET LA LEGISLATIVE

Dans la séance du 8 juillet et à la demande du procureur s}ndic, ils prennent l'arrêté suivant :

i^ Il sera fait une adresse au département, à l'effet d'avoir des armes (jui seront distribuées dans toutes les municipalités du district;

2^ Le serment prêté le 24 juin dernier sera envoyé à toutes les municipalités du district qui, de nouveau, le prêteront et le feront prêter aux gardes nationales et au peuple à l'issue de la messe paroissiale ;

3° Les municipalités surveilleront d'une manière spéciale les prêtres non assermentés, ainsi que ceux dont le serment a été jugé bon, qui diront ne pas reconnaître l'évêque constitutionnel; et, au cas où la municipalité fut instruite d'un pareil langage, elle sera tenue de le dénoncer au directoire, attendu que la loi prive de tout traitement le prêtre rétractant et que le refus de reconnaître l'autorité de l'évêque est une vraie rétractation ;

40 Que les prêtres non assermentés et qui ont été remplacés seront invités à sortir des paroisses où ils se trouvent et ne mettre aucun obstacle à la prise de possession des nouveaux élus; et il leur sera déclaré que, conformément aux décrets, en cas de résistance de leur part, ils seront poursuivis par l'accusateur public comme des perturbateurs du repos et de l'ordre;

5" Il sera fait une proclamation au peuple du district pour le prémunir contre les tentatives des prêtres réfractaires et des ennemis de la constitution et pour lui recommander l'vmion la plus intime, sans laquelle il n'y a pas de force publique, la soumission aux lois, le respect des propriétés et des personnes, le paiement des impôts et la confiance dans les dépositaires des lois et de l'autorité publique.

Notons en passant que, dès 1791, nos administrateurs ont mis au premier rang de leurs préoccupations les agissements des prêtres qui n'ont pas prêté le serment ou (jui, après l'avoir prêté, l'ont rétracté : ce sont eux qui inspirent les partis contrerévolutionnaires, eux (|ui sont les ennemis de la liberté, les pcrturbîitcuis du rcjios et de l'ordic. eux (pi'il f;iut suspecter.

surveiller, dénoncer. Ces accusations et menaces contre les curés non constitutionnels, quoique encore quelque peu discrètes, n'en sont pas moins nettes et précises. Elles sont comme le prélude des mesures autrement rigoureuses que, bientôt, prendra la ( onvention contre les prêtres réfractaires.

c) Nominatioi de commissaires spéciaux.

Quelques jours plus tard, les administrateurs du district étant réunis en séance, le procureur syndic, prenant la parole, dit {ArcJi. (h'p., Série L-316) :

Messieurs,

Xotre directoire, toujours occupé des moyens qui peuvent maintenir l'ordre et la tranquillité publique dans l'étendue de son territoire, et instruit aujourd'hui que dans quelques paroisses et notamment dans celle de Siorac présent canton, de Beaumont chef-lieu de canton, de Sainte Alvère, du canton de Limeuil et de Doissat, du canton d'Orliat, les enneniis de la constitution et de la liberté travaillent à fomenter des divisions et à mettre le peuple dans un état d'insurrection et de trouble; instruit encore que le directoire du département de la Dordogne a nommé des commissaires pour se transporter dans les divers districts à l'efiet de rappeler à l'ordre et d'y calmer les esprits, que la nouvelle de l'enlèvement du roi a mis nécessairement à effervescence, je requiers qu'il soit délibéré sur les moyens à prendre dans une conjoncture aussi délicate et intéressante.

Et, faisant droit à ce réquisitoire, le directoire arrête que :

Nonobstant les divers arrêtés qu'il a pris dans ces circonstances et dont il recommande de plus fort l'exécution aux municipalités de .son ressort ; le sieur Caumont, maire de Cabans et citoyen aussi recommandable par son zèle pour la Constitution que par .son patriotisme connu, se transportera avec le s'' Saint Martin de Poussai, commissaire nommé par le département dans les paroisses du district où il s'est commis ([ueUiues désordres et où la tranquillité publique est compromise et notamment dans les paroisses de Doissat, Sainte Alvère, Beaumont et Siorac pour aviser conjointement avec ledit s'' Saint Martin aux moyens les plus convenables pour rétablir l'ordre et le calme.

Voilà donc les citoyens Caumont, maire de Cabans, et Saint Martin de Foussal, commissaire du département, envoyés à Beaumont pour enquêter, prêcher le calme et, si besoin, prendre

des sanctions contre les fauteurs de désordre. Les registres municipaux de la commune ne nous donnent aucim renseignement sur cette délégation. Ils ne la mentionnent même pas.

d) Mobilisation des gardes nationaux.

L'effervescence et l'agitation qui suivirent r« enlèvement du roi », tout en se manifestant un peu partout dans le département, prit dans les environs de Périgueux, une tournure particulièrement grave. Des désordres regrettables se produisirent dans les campagnes environnantes et l'on vit même une troupe nombreuse de paysans, armés de bâtons en forme de massue, pénétrer jusque dans la ville et y mettre à sac la maison d'un propriétaire. En présence de ces événements, l'assemblée départementale eut recours à la garde nationale de Périgueux et elle prit un arrêté portant qu'il serait formé une colonne volante, qui se transporterait successivement sur tous les points où sa présence serait jugée nécessaire et, là, s'emploierait par tous les moyens en son pouvoir à rétablir la tranquillité publique.

Mais les administrateurs du département ne se contentèrent pas de mobiliser, en cette circonstance, la garde nationale de Périgueux. Ils firent appel en même temps aux gardes nationales des autres districts.

Le district de Belvès, celui qui nous intéresse ici tout particulièrement, au reçu de cette requête, se réunit en séance extraordinaire et il arrête que les municipalités de Belvès, de Beaumont, de Montpazier et de Villefranche requerront les commandants de leur garde nationale d'assembler d'urgence leurs compagnies et d'y choisir 15 hommes de bonne volonté, dont 12 à pied et 3 à cheval, lesquels se rendront immédiatement à Belvès pour s'y équiper et repartir pour Périgueux sans délai.

Et cet arrêté, le district de Belvès l'envoya par exprès à la municipalité de Beaumont, avec la lettre suivante :

Helvès, ;î avril i7()i.

Messieurs,

t^a tran(iuillité publique est en péril. Le.s uouvelles manœuvres des ennemis de la patrie ont égaré le peuple des campagnes. Des .scélérats

l'agitent en tout sens pour lui faire violer les lois et le livrer au glaive (le la justice.

Le département demande im prompt secours. Nos gardes nationales, sur le premier avis, n'ont pas balancé à vouloir se rendre dans le cheflieu. Mais nous avons cru, Messieurs, devoir arrêter ce premier élan de leur patriotisme et que vos braves volontaires seraient bien aise de partager avec eux la gloire de rétablir la paix et la tranquillité.

Nous avons pris, en conséquence, l'arrêté que nous vous envoyons. \'ous voudrez bien le mettre à exécution sans perdre un seul moment et requérir tout de suite le commandant de votre garde nationale de commander quinze hommes, dont douze à pied et trois à cheval, qui se rendront ici tout de suite et en armes, pour partir sans perdre de t?mps et se rendre à Périgueux.

Les volontaires des autres districts y sont déjà arrivés.

Les administrateurs du directoire du district de Belvès, J.-B. PÉLissiER Saint-Hilaire, V. p.

En bas de la lettre se trouve ce post-scriptuin :

Votre détachement doit être rendu ici demain avant midi. Nous ferons fournir les armes à ceux qui n'en auront pas.

La municipalité de Beaumont reçut l'arrêté précité dans l'après-midi du 22 août. Le jour même, avec l'aide du commandant Carrière, elle faisait choix des quinze hommes demandés. Le lendemain matin, 23 août, ils quittaient Beaumont et, vers 8 heures, faisaient leur entrée à Belvès. Je regrette de n'avoir pas pu me procurer les noms de ces braves volontaires qui se dévouaient ainsi pour la chose publique. J'aurais eu plaisir à les rappeler ici.

En même temps que les volontaires de Beaumont, arrivaient à Belvès les volontaires de Montpazier et de Villefranche. Réunis à ceux de Belvès, ils formaient une petite troupe de soixante hommes, dont cinquante à pied et dix à cheval. A l'élection, ils choisirent pour chef le sieur Robert, capitaine de la garde nationale de Belvès. Robert avait amené un tambour, pris par lui dans la garde nationale de la ville. Avec le commandant et le tambour, l'effectif du détachement était porté à soixantedeux hommes. Disons, en passant, que dans un élan de patriotisme, tous les gradés de cette troupe d'élite demandèrent de n'être payés que comme de simples volontaires.

3q6 beaumont sous la constituante et la législative

Le directoire du district de Belvès, instruit par la municipalité de la ville que le détachement de volontaires à pied et à cheval qu'il avait demandé la veille se trouvait rassemblé sur la Place Publique, s'occupa aussitôt de leur logement et de leur nourriture pendant leur séjour à Belvès. puis de leur route jusqu'au chef-lieu du département. Il prit, à ce sujet, l'arrêté suivant {Arc/i. dep., Série L-316) :

I" F,e détachement, composé de soixante-deux hommes compris le commandant et un tambour, dont cincjuante-deux à pied et dix à cheval, passera le reste de cette journée dans cette ville et la municipalité fera fournir le logement et l'étape.

2° Ledit détachement partira mercredi, jour de demain, sur les deux heures du matin pour se rendre à Périgueux par la route de Siorac et le Bugue et pourra passer le reste de la journée de demain au Bugue, si les volontaires se trouvaient trop fatigués; néanmoins, le directoire les invite, attendu qu'il paraît cjue la chose publique est en danger, d'effectuer le plus tôt possible leur arrivée à l'érigueux.

3° En cas de .séjour ou seulement de halte au Bugue, la municipalité dudit lieu est invitée et reciuise de fournir audit détachement et aux chevaux le logement et l'étape et d'envoyer au directoire du district l'état des dépenses qu'elle aura avancées pour cet objet aux fins de son remboursement.

40 Le directoire applaudit à la déclaration faite par tous lesdits volontaires que, nonobstant les différents grades que chacun d'eux conservera, ils ne veulent recevoir que le traitement de simples volontaires.

5" Il approuve la nomination qu'ils ont faite du s"" Robert, capitaine de la garde nationale de cette ville pour commandant en chef dudit détachement tant à pied qu'à cheval.

6° L'étape .sera fournie en argent à rai.son de quinze sols par jour pour un volontaire à pied et de quarante sols pour un volontaire à cheval, cheval compris, ou en nature, savoir : pour chaque volontaire une livre et demie de pain, une livre de viande et une bouteille de vin mesure de Paris; et, pour les chevaux, vingt livresde foin et une mesure d'avoine ou boisseau de Paris.

7" Ces dépenses seront avancées par les municipalités et remboursées sur l'état qu'elles en donneront au directoire.

8" Les volontaires conservenmt l'ordre et la paix avec la subordination (|ui ccmvient à des citoyens libres et patriotes, et remettront à leur retour les armes qui leur ont été confiées par le directoire et les y remettront en bon état.

Conformément à cet arrêté, les soixante-deux liommcs que comj)renait ledétaelicment du commandant K'ohtrt se Iromèrent

TROUBLES piirrigrKS, amaikks dk poi.icii 397

réunis, K- niorcrodi matin à la première heure, sur la Place Publiciue de Relvès. Le directoire leur fit distribuer des armes et des munitions. Puis, en présence des administrateurs du district accourus pour les saluer à leur départ, ils prêtèrent le serment de fidélité à la nation et d'obéissance à leurs chefs et, en bon ordre, d'un pas alerte, heureux et fiers de la mission qui leur était confiée, ils s'engagèrent dans la grande route qui, j)ar Siorac et Belvès, conduit à Périgueux.

30 Le calme renaît.

(irâce à l'énergie de l'administration et à la vigilance des gardes nationales, le calme revient peu à peu dans le département et le peuple, après une agitation qui avait duré plusieurs mois, reprend ses occupations.

Il est encore royaliste, mais ses sentiments à l'égard de Louis XVI ne sont plus les mêmes.

Avant la fuite de Varennes, il avait pour la personne du roi une sorte de culte. Mais, quand il fut nettement fixé sur sa duplicité, quand il apprit que, a u lieu d'être « enlevé », il était parti de lui-même pour échapper à l'Assemblée, quand il sut que son évasion n'était qu'un complot ne tendant à rien moins qu'à étouffer la Révolution, à supprimer les libertés publiques et à rétablir l'ancien régime, il se détourna de lui et, sachant maintenant (puisqu'il était parti) qu'il n'était nullement indispensable, il se laissa aller peu à peu aux idées démocratiques et républicaines. " L'effet du voyage de Varennes, écrivait M. Thiers ^, fut de détruire tout respect pour le roi, d'habituer les esprits à se passer de lui et de faire naître le vœu de la république. »

.^ 3. - Une potence sur la Place Publique en septembre 1791.

Xous avons vu plus haut que, sur certains points du département, des troupes de paysans, partis en guerre contre les enne-

I. A. Thikrs, Histoire de lu Révolulion t'raïuuise. Paris, 1880.

mis de la Constitution, étaient allés jusqu'à élever des potences sur les places publiques.

A Beaumont, petite ville pourtant bien calme, le ii septembre 1791, un certain nombre de gardes nationaux construisirent une potence et, précédés d'un tambour, vinrent la dresser au milieu de la Place Publique. Ces gardes nationaux, disons-le tout de suite, avaient agi à titre individuel, sans mandat aucun, soit de la garde nationale, soit de la municipalité.

Les officiers municipaux, qui en furent vite informés, se réunirent d'urgence en l'hôtel commun et, après avoir déclaré que la potence en question avait été dressée « à l'insu de la municipalité », ils ordonnèrent de l'enlever, avec des considérants que je tiens à reproduire /» extenso :

Considérant combien ce monument affreux aux regards d'une nation libre, pourrait dans la suite devenir funeste en servant au caprice d'une populace effrénée;

Avons arrêté que cedit monument sera ôté sur le champ et que, pour l'exécution d'icelles, en sera délivré une expédition au commandant de la garde nationale dudit Beaumont, de quoi il demeure requis, à peine de répondre des événements :

Une pareille expédition sera affichée es-lieux accoutumés.

Grenier, o//'' mp' . Lacoste, o//'' mp' . Rivière, ofp' mp''. Labarrière, secrétaire.

Et aussitôt, sur l'ordre des officiers municipaux, le commandant Carrière se transporta sur la place avec quelques-uns de ses hommes et fit disparaître \'«. affreux monument », sans rencontrer de résistance et, j'aime à le croire, aux applaudissements de tous les bons citoyens.

Les « Amis de la Constitution », racontant la chose à leur manière, disent, dans leurs procès-verbaux, qu'un certain nombre de citoyens, faisant partie de la garde nationale, « avaient érigé un poteau au milieu de la place pour y suspendre un réverbère, pour la commodité des amis de la Constitution \ dans le temps où ils tiendraient leurs séances ». Mais personne, à Beau-

I. La Sofictc popiihuit' de Bcaumonl, a\aiil il'axoir obtenu Jo la municipalité aiuienne cliapillr viu (.mniiit, Unait sos séancos dans nne maison siUioc snr Li place.

iiiuiit, ne se laissa prendre à une explication, qui peut-être était intéressée, mais qui, à coup sûr, était par trop fantaisiste. Un poteau n'est pas une potence et puis, quand on veut dresser un simple poteau destiné à supporter une lanterne, on ne se fait pas accompagner par un tambour. C'était bel et bien, non pas un « poteau boute-feu » pour employer l'expression des Amis de la Constitution, mais une vraie potence avec sa signification bien caractéristique alors, à l'adresse des aristocrates de la ville et des environs.

Ajoutons qu'une pareille manifestation ne répondait nullement à l'état d'esprit de la population qui, par la bouche de leurs officiers municipaux, l'avait flétrie comme elle le méritait. C'était l'œuvre de quelques exaltés !

§ 4. - UXE RIXE SUR LA PLACE DE BeAUMONT ENTRE GENDARMES ET CIVILS.

« Deux gendarmes un beau dimanche », le dimanche 15 mai 1792, par une superbe après-midi de printemps, faisaient les cent pas sur la Place Publique, longeant les cornières Nord, descendant de la cornière Dubut à la cornière Lajeante et remontant de la cornière Lajeante à la cornière Dubut : c'était le sieur Bessot Dumoulin \ brigadier de la gendarmerie de Moiitpazier, et Massin, simple gendarme, appartenant également au détachement de Montpazier. A eux vint se joindre le sieur Maleville, autre gendarme, venu je ne sais d'où, probablement de Lalinde.

Ces trois gendarmes n'avaient ce jour-là à Beaumont aucune mission, leurs rapports avec la population avaient toujours été des plus corrects et rien ne faisait prévoir le moindre incident.

Tout d'un coup, devant la cornière Lajeante {fig. 68), sur l'ordre du brigadier, les gendarmes Massin et Maleville se

I. Bessot Dumoulin ou du Moulin, était originaire de la Borie Basse, près I^taillade. C'était un parent de Marc Antoine Bessot, s"" de Lataillade, qui habitait cette dernière propriété. La Borie Basse, avec le moulin Bessot (et non Bcssou) qui en dépendait, appartenait encore, il y a quelques années, n la (aniiilc Bessot.

400 BEAUMOXT soL's i.A coxs 111 TAXI 1-: i;t i.a i.E(;isi.ati\-e

mettent à « colleter ■ un citoyen de Beaumont (jui, comme eux, se promenait sur la place. Des passants s'en mêlent, prennent naturellement fait et cause pour leur concitoyen et le débarrassent de ses agresseurs. Les gendarmes — cela leur

arrivait souvent à cette époque — avaient dû céder devant la foule.

Et voilà le fait très simple, très anodin qui, deux heures après, réunissait en séance les membres de la municipalité et mettait dans la bouche du procureur de la commune — ou plutôt de son remplaçant, Jacques Coste, car lui-même était absent ce jour-là — le violent réquisitoire que voici :

Messieurs,

Sur le rapport cjui m'a été fait que ce jourd'hui Place Publique, environ les quatre heures du soir, il était survenu dan.s cette ville des troubles si dangereux que, sans l'entremise de (juekiues bons cito\'ens, la tranciuillité publlcjne allait être compromise; que les fauteurs de ces troubles étaient les sieurs Hessot Dumoulin, bigiadier, et Massin, gendarme, de la brigade de Montpazier, avec lestjuels était le sieur Maleville, aussi gendarme; <iue la principale cause des troubles a été de ce que iesdits gendarmes, de leur autorité privée, et par ordre dudit s' Bessot brigadier, s'étaient permis de colleter un citoyen de cette ville (jui se promenait seul sur la Place Publi<iue; cpie l'éclat qu'ils avaient fait dans cette entreprise, aussi téméraire qu'illégale, avait cau.sé un scandale d'autant plus grand (pi'ils ont attenté à l'autorité municipale, en s'immisvant dans une ri.xe prétendue et (|ui n'aurait été nullement dt leur ressort aux termes du

FiG. 68.

L'encoignure nord-ouest de la

où eut lieu la rixe du is niai i7<)2 onU'e gendarmes et civils.

(V ^'aurlic, la corniérp Liijeiiuli' ; à droilc. l.i cornière LuIVile ; .111 (Irlii fil' liTicois-'iiiiri' II' l'iimnuiiceiiii'nl ili- la rue l>e\liiM-. a\(>c la inawini ili' (iilli'> DnnliiiT (iiiai^ini Mnliv<-rl aii.joMrcriiiiiV

TROUBLES POLlTigUliS, AI lAIKES DE l'OLU E 40!

décret général sur 1 organisât it)n judiciaire du lO août ij<)o, titre XI, qui attribue aux corps municipaux seuls le soin de réprimer dans les villes, bourgs et marchés, les délits contre la tranquillité publique, tels que les rixes, les disputes, etc.

Et, comme lesdits gendarmes, notamment les sieurs Bessot et Massin, se sont signalés dans cette ville la première fois qu'ils y sont venus, le 13 mars dernier, par une conduite diamétralement opposée à leur institution; et que, au lieu de se montrer, au moins par état, les amis de la paix, ils ne se sont au contraire distingués qu'en y allumant chaque fois le flambeau de la discorde parmi nos citoyens;

Je requiers. Messieurs, qu'il soit arrêté à l'instant :

i^ Que les sieurs Romchamps, colonel, résidant à Libourne, et le lieutenant résidant à Montpazier soient informés dans les plus courts délais de la conduite desdits gendarmes dans notre ville et notamment de celle desdits sieurs Bessot et Massin;

2" Que lesdits colonel et lieutenant soient priés de ne plus permettre que lesdits gendarmes reviennent dans notre ville sans être requis, par qui de droit; ou, s'il y a nécessité, d'y séjourner !e moins de temps qu'il se pourra;

3" Que copie de votre arrêté .soit également envoyée à Messieurs les colonel et lieutenant, sans préjudice, en cas de récidive, de vous pourvoir aux autorités supérieures, ainsi que de droit.

Signé : Coste, en l'absence du procureur ordinaire.

Comme on le voit, le procureur Jacques Coste n'est pas tendre pour les gendarmes et n'était guère d'humeur, pas plus que ses collègues du reste, à les laisser empiéter sur les attributions de la municipalité en matière de police.

Il fut fait comme le

demandait le procureur.

Le lendemain, confor-

FiG. 69.

mément à l'arrêté du maire

Le citoyen Jacques Coste, oificier municipal, et des officiers municipaux, remplaçant le procureur de la commune.

on écrivit au colonel en résidence à Libourne et au lieutenant de Montpazier, pour les informer l'un et l'autre de l'» inconduite » {sic) des sieurs Bessot et Massin. On leur demanda de ne plus les autoriser désormais à venir à Beaumont sans mandat et on leur fit connaître que, si le fait se renouvelait, les dits Bessot et Massin seraient dénoncés aux autorités supérieures comme « perturbateurs du I. «6

repos public et de l'ordre ». Des gendarmes troublant l'ordre et le repos public alors qu'ils ont mission de les faire respecter, c'était une affaire grave difficilement croyable, comme quelque chose d'impossible : et voilà pourtant l'accusation formelle que le farouche procureur portait contre le brigadier Bessot Dumoulin. Bessot, on le sait, était de Beaumont, et peut-être Jacques Coste, pour se montrer aussi sévère, avait-il contre lui quelque grief particulier auquel la politique était complètement étrangère.

§ 5. - Agitation paysanne a Sainte Sabine : l'affaire Bergougnat.

Après le battage du blé, à Sainte Sabine comme partout ailleurs dans le pays, le propriétaire, avant de partager avec son métayer, prélevait sur la pile commune une certaine quantité de grains, pour acquitter la rente seigneuriale, qui incombait à lui seul. Ce prélèvement n'était pas seulement en usage, il était inscrit sur le contrat de bail intervenu entre le métayer et le propriétaire : il était donc parfaitement légal.

Quand l'Assemblée nationale eut aboli les rentes seigneuriales, le prélèvement en question, n'allant plus au seigneur, restait dans les mains du propriétaire, ce qui, aux yeux de beaucoup de gens, paraissait profondément injuste. Les métayers de Sainte Sabine, plus que tous autres, étaient de cet avis et ils demandèrent à leurs propriétaires de vouloir bien accepter que, désormais, la récolte des grains serait partagée sans aucun prélèvement. Les propriétaires, forts du droit que leur accordaient les contrats de louage stipulant nettement que ce prélèvement leur était dû, refusèrent formellement.

De là conflit.

Les métayers tinrent bon et, d'un commun accord, ils s'opposèrent à l'exercice, par le propriétaire, d'un privilège qui, dérivant du droit féodal, devait, comme la dîme, être maintenant aboli. Ce fut comme une petite insurrection communale, avec cette circonstance singulièrement aggravante

que les métayers avaient à leur tête un nommé Bergougnat, méta>'er lui-même, et que ce Bergougnat occupait dans la municipalité le poste de procureur. Un officier municipal, dans sa propre commune, provoquait et entretenait des désordres, alors qu'il avait la mission de les réprimer !

Le fait n'était pas nouveau. Déjà, en 1790, ce refus des métayers de laisser toucher à la pile commune avant le partage s'était produit dans plusieurs communes du département, notamment à Léguilliac de Lauche (aujourd'hui commune du canton de Saint-Astier), où un certain Linard, secrétaire de la mairie, excitait ouvertement les colons contre les maîtres, les soutenant dans leurs prétentions et allant même jusqu'à leur faire entendre — ce qu'il savait être faux — qu'il existait des décrets abolissant l'usage du prélèvement. Le soulèvement dans la commune fut général. Il s'étendit même dans quelques communes voisines, notamment dans la commune de Mensignac. « Ce fut, dit Bussière ^, une épouvante générale parmi les propriétaires. De toutes les questions qui agitèrent et troublèrent le Périgord en cette période particulièrement critique, il n'en est pas, semblet-il, qui ait jeté plus d'émotion dans la classe dirigeante. »

Pour couper court à ce mouvement qui aurait pu avoir les conséquences les plus graves, le directoire du district de Périgueux prit des mesures énergiques. Il fit venir Linard pour rendre compte de sa conduite et, après l'avoir semonce vertement, il lui enjoignit de lire lui-même devant la population de la commune, le dimanche suivant, à l'issue de la messe, une rétractation dont les termes naturellement lui furent imposés. Voici cette rétractation :

Je déclare que c'est contre toute vérité que j'ai dit et cherché à persuader qu'il existait des décrets qui défendaient aux métayers de payer à leurs maîtres les rentes qu'ils sont dans l'usage de prélever avant le partage; que je n'ai jamais rien vu de pareil en ma qualité de commissaire de la municipalité; que je me repends d'avoir cherché à entraîner les métayers, par une fausse application que j'ai pu faire de

I. G. BcssiÉRE, Études historiques sur la Révolulion en Périgord, }^ partie, Paris, 1903, p. 425.

(juelque décret concernant les droits féodaux ou censuels. J'engage tous les métayers, qui auraient pu se refuser d'après ce que je leur ai dit à remplir leur obligation, à s'y conformer, selon l'usage, ainsi que le veulent la loi et la justice '.

La présente rétractation fut, en outre, reproduite dans un acte notarié et signé par Linard.

Mais revenons à Sainte Sabine.

Pour les désordres qui se produisirent dans cette commune, le directoire du district de Belvès en fut informé par le maire de la commune. L'affaire vint en délibération dans la séance du 18 juillet 1792 [Arch. dép., Série L-317). Le procureur syndic n'y est pas tendre pour Bergougnat. Il expose, tout d'abord, que « le nommé Bergougnat, procureur de Sainte Sabine, se permet d'exciter le peuple à violer la loi sacrée des propriétés en le portant à refuser aux propriétaires la redevance particulière qu'ils se réservent de prélever sur la pile commune avant le partage de la récolte; que lui-même, se trouvant métayer dans ladite paroisse, est coupable d'un pareil refus vis-à-vis le propriétaire du domaine qu'il exploite; qu'il cherche à porter les autres métayers à l'imiter et semble, par des propos incendiaires, méditer de porter le peuple de cette paroisse à une insurrection ». Et il ajoute : « dans ces circonstances, si ledit Bergougnat n'était pas revêtu d'un caractère public, ses demandes exciteraient le zèle des officiers de police correctionnelle; mais, comme il se trouve procureur de la commune de sa municipalité, c'est à l'administration supérieure à surveiller sa conduite et à punir par les moyens en son pouvoir ». En conséquence, le procureur requiert que Bergougnat se pré.sentera devant le directoire pour rendre compte de sa conduite et les administrateurs du district, faisant droit au réquisitoire de leur procureur syndic, arrêtent «que ledit Bergougnat se rendra, le 20 courant, au bureau du directoire ».

Au jour fixé, Bergougnat arrive à Belvès et comparaît devant le directoire. Que se passa-t-il? Je ne le sais, n'ayant au sujet

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