‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 109 sur 269 · LES ELECTIONS MIMCU'AI KS O ()(T()HK1C I · texte numérisé non relu

LES ELECTIONS MIMCU'AI KS O ()(T()HK1C I

actes tant soit peu importants de la vie i)ublique, mais surtout dans les élections.

Nous allons les voir se manifester nettement dans les élections d'octobre pour la nomination des nouveaux officiers municipaux.

§ I. - Les élections municipales d'octobre 1792.

I-es élections pour le renouvellement du corps municipal furent fixées au dimanche 7 octobre. J'ai sous les yeux le procèsverbal de la séance et, de ce fait, il nous est très facile de savoir comment les choses se sont passées.

Conformément aux ordres de l'administration du district, en date du 5 octobre, le procureur de la commime convoqua les citoyens actifs de la ville et banlieue, non pas à l'hôtel commun, mais u en l'église des cy- devant Filles de la Foi ». Ils s'y réunirent le 7 octobre, ^ / . -y^^f ^ \ à 9 heures du matin, sous la présidence de <=<

François Meyniel, habitant du village de pj^ „2

Lalande, comme doyen d'âge. Le citoyen Meynid

Le président Meyniel fit, d'abord, l'appel <^<^ laiande),

des citoyens composant l'assemblée. Il ne '''•«-^''^<-"' ^^";'-;,f '«^■'e^f"" s'en trouva que trente ! Trente citoyens seulement avaient répondu à l'appel du procureur de la commune. Je tiens à citer leurs noms, ne serait-ce que pour faire connaître ceux sur qui pèse la responsabilité de l'élection qui va avoir lieu :

Blanchard (Pierre), ojf m/»'. Tinet (Jean) jeune.

Randonnier (Ant.), o//"" m/)'. Fontauzard (Pierre).

Coste (Jacques), 0//' mp^. Julier (Jean).

Meyniel (François), notable. Rivière (Antoine).

Melon (Pierre), notable. Audissou (Jean).

Labarrière (J. B.), secrétaire. Marchés (Jean).

Darchier (Gilles). Tourneur (Roque).

Reynal fils. Revnal (Antoine).

Brousse (Jean). Combe (Jean).

Bertrand (Georges). Girot (Antoine).

Galtico (François). Dénuel (Jean),

Paviot (Jean). Alias (Pierre).

Grenier (Pierre). Lartigue (Jean).

Bessot (Pierre). Carrière (Pierre).

Chaval (Pierre). Dagou (Armand).

Il y avait à procéder à la nomination du maire, du procureur de la commune, de cinq officiers municipaux, de douze notables, soit dix-neuf fonctionnaires. Avec ce nombre ridicule de citoyens actifs présents, l'élection ne pouvait être que le produit d'une coterie.

Les opérations furent relativement rapides, puisqu'elles s'accomplirent en une seule séance.

Tout d'abord, on remplace le bureau provisoire par le bureau définitif. Dans un premier scrutin, pour le président et le secrétaire, sont élus Pierre Blanchard, comme président, et Georges Bertrand, comme secrétaire. Tous les deux prêtent le serment d'usage. Un deuxième scrutin désigne comme scrutateurs, Antoine Reynal, Antoine Randonnier et Jacques Coste. A leur tour, ils prêtent serment et prennent place au bureau, aux côtés du président et du secrétaire.

Le bureau de l'élection était ainsi au complet, le président se lève et, s'adressant aux électeurs : Vous jurez et promettez, leur dit-il, de ne nommer que ceux que vous aurez choisis en votre âme et conscience, sans avoir été déterminés par dons, sollicitations, promesses ou menaces. A quoi chacun des citoyens présents s'empresse de répondre par ces mots : Je le jure.

Et, alors, on passe au scrutin.

On vote, en premier lieu, pour le maire. Pierre Colin est élu par 28 voix sur 50 votants. Cinquante votants ! Il n'y en avait que trente tout à l'heure qui avaient répondu à l'appel de leur nom. Il est probable que les vingt autres, se trouvant en retard étaient entrés dans la salle après les premières opérations, à moins que — ce qui est fort possible et se voit encore de nos

LES ÉLECTIONS MINICIPALES d'OCTOBRE I792 43I

jours — le nombre des bulletins recueillis dans l'urne n'ait été

supérieur à celui des votants. Quoi qu'il en soit, Pierre Colin est

proclamé et reconnu maire de la ville

ei banlieue.

On procède ensuite à la nomination

du procureur de la commune dans le

même ordre et de la même manière que

pour le maire. Le dépouillement du

, Pierre Colin,

scrutm donne les résultats suivants : ,.,-,«

sur 36 votants (14 se sont éclipsés ou

abstenus depuis le précédent scrutin), Pierre Blanchard obtient

24 voix, ce qui lui fait la pluralité absolue. Il est proclamé

procureur de la commune par le doyen d'âge, ne pouvant, en sa

qualité de président d'élection, se proclamer lui-même.

On vote alors pour les cinq officiers municipaux. Il n'y a plus que 29 votants : la majorité absolue est de 15. Sont élus, au premier tour, Jacques Coste avec 23 voix et Jean Dubut avec 19 voix. Jacques Coste et Jean Dubut sont aussitôt proclamés officiers municipaux. Un nouveau tour de scrutin ne donne aucun résultat. A un troisième tour, sont nommés : Jean Baptiste Labarrière, Antoine Randonnier et Pierre Cî renier fils, '( celui-ci, ajoute le procès-verbal, par suite de la démission d'Antoine Carrière qui a obtenu la pluralité des voix sur lui )>. Les trois nouveaux élus sont, à leur tour, proclamés officiers municipaux.

Enfin, dans un dernier scrutin, on procède à la nomination des notables. Sortent de l'urne, à la pluralité relative des suffrages, Guillaume Jardel fils, Jacques Auriel, Pierre Mianne, Pierre Bessot, Gilles Darchier, Etienne Robert, Antoine Reynal, Pierre Carrière dit Lafond, Pierre Rivière, Pierre Melon, Arnaud Tinet, Jean Baptiste Lacoste, tous habitants de la ville. La banlieue n'est même pas représentée. Ces douze notables sont proclamés, avec le même cérémonial, par le président Blanchard, et les opérations électorales prennent fin.

Les résultats de cette élection sont significatifs : c'est le triomphe des réactionnaires, des réacteurs comme on disait alors.

sur les républicains démocrates. Pour en avoir l'explication et en comprendre toute la portée, il faut se rappeler qu'elle a eu lieu le 7 octobre 1792, sept jours à peine après l'expulsion des Dames de la Foy et la mainmise sur leur couvent, sous l'administration de Benoît Loiseau, maire, par le procureur Jean

Baptiste Lacoste. C'est sous le coup de l'émotion profonde soulevée par ce gros événement, qu'eut lieu l'élection. Les Dames de la Foy, autrefois toutes-puissantes, se posant aujourd'hui en victimes, avaient dans la bourgeoisie beaumontaise quelques solides appuis. Ce sont eux qui avaient préparé les électeurs, qui les avaient montés contre l'expulsion des religieuses, qui les avaient conduits à l'urne, etc., etc., et voyez s'ils ont bien pris leur revanche. Le

FiG. 74.

La maison lio Pienc Culin, iiiaiii.' de 15e;iuiiioiU niaire Benoît LoiseaU en 1792.

n'est plus rien, pas même

iMiiisrjii PeriMUilin .lujniiiil'liuij

notable : il est remplacé à la mairie par son voisin, Pierre Colin, personnage assez terne, qui tenait une auberge au coin de la Place Publique et de la Place des Mesures {li^. 74), dans la maison occupée aujourd'hui par M. Perraudin. Le procureur de la commune, Jean Baptiste Lacoste, cède la place à son tour à Pierre Blanchard, qui à son métier de « tailleur pour hommes » joint les fonctions bien significatives de « Trésorier de la Confrérie du Très Saint Sacrement ». Plus heureux que son ami Loiseau, le citoyen Lacoste fait bien encore partie du corps municipal, mais il n'\' ligure

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que dans le ning modeste des notables et encore faut-il ajouter qu'il est arrivé beau dernier, peut-être avec trois ou quatre voix seulement. Comme on le voit, les expulseurs des religieuses ont été expulsés par elles — par elles ou par leurs amis — du corps municipal de la commune. Ils n'ont plus aucune influence : leur règne est momentanément fini.

Un ardent démocrate, ami et partisan de Loiseau et de Lacoste, a bien réussi à se faufiler dans le groupe des officiers municipaux, c'est Labarrière. Mais il n'est 'arrivé qu'au troisième tour et à la majorité relative. Du reste, Labarrière n'est pas aimé des élus du 7 octobre, qui ne l'ont vu arriver qu'à regret : c'est un poids mort dans la barque municipale et il ne tardera pas à être, comme ses deux amis, jeté pardessus bord.

Quinze jours après l'élection municipale du 7 octobre, le maire, le procureur, les officiers municipaux et les notables nouvellement élus se réunissent à l'hôtel commun de la ville et banlieue et, successivement, entre les mains de l'ancien maire (Benoît Loiseau), et de l'ancien procureur (Jean Baptiste Lacoste), prêtent le serment prescrit par la loi. Voici le procèsverbal de cette prestation de serment :

Ce jourd'hui quinzième octobre mil sept cents quatre-vingt-douze, l'an !<''■ de la république française, en l'hôtel commun de la ville et banlieue de Beaumont, pardevant le maire et officiers municipaux dudit Beaumont, Pierre Colin maire, Antoine Randonnier, Pierre Grenier, officiers municipaux nouvellement élus, Jacques Coste et Jean Dubut, officiers raunicip lu.x nouvellement réélus, comme il appert du procès verbail de la commune de y^ du courant, exhibé en original par le citoyen Blanchard, secrétaire de l'Assemblée; et désirant lesdits citoyens susnommés se conformer aux dispositions de l'article xi,viii du décret de l'Assemblée nationale du 14 décembre 1789, ils ont fait et prêté le serment pardevant nous en ces termes : Je jure d'estre fidèle à la Nation et de maintenir la liberté et l'égalité ou de mourir en la défendant et de bien remplir mes fonctions.

Et aussi a comparu le citoyen Pierre Blanchard élu procureur de la commune comme il appert par le même verbail, lequel a prêté le même serment susdit entre nos mains.

De laquelle prestation de serment lesdits sieurs nous ont requis acte.

Octroyé audit Beaumont lesdits jour, mois et an que dessus. Et ont lesdits maire, officiers municipaux et procureur de la commune entrans en fonctions signé avec nous.

Colin, mère {sic). Coste, officier municipal.

DuBUT, officier municipal. Randonnier, officier municipal.

Grenier, officier municipal. Blanchard, procureur de la commune.

LOISEAU

Lacoste, cy devant procureur de la Commune.

A noter que tout au bas des signatures des nouveaux fonctionnaires municipaux, Loiseau, ancien maire, et Lacoste, ancien procureur, ont tenu à ajouter la leur. Et tandis que Lciseau se contente d'écrire simplement son nom, Lacoste, fièrement, fait suivre le sien de son ancienne situation : cy devant procureur de la commune.

La municipalité de Beaumont, à partir du 15 octobre 1792, est donc composée comme suit :

Maire Colin (Pierre).

Procureur de la commune^. Blanchard (Pierre).

/ Coste (Jacques).

l DuBUT (Jean).

Officiers uuiiiicipaux . . . . '. Labarrière (Jean Baptiste).

Randonnier (Antoine).

Grenier (Pierre).

Jardel (Guillaume).

Auriel (Jacques).

MiANNE (Pierre).

Bessot (Pierre).

Darchier (Gilles).

Robert (Etienne).

Reynal (Antoine).

Carrière (Pierre).

Rivière (Pierre).

I Melon (Pierre).

' Tinet (Arnaud).

I Lacoste (Jean Baptiste).

Secrétaire greffier Labarrière (Jean Baptiste),

Notables.

LE BUDGKT COMMUNAL AU DÉBUT DlC LA COXVKNTION 435

Comme on le voit, le citoyen Labarrière cumulait, dans la municipalité d'octobre 1792. les fonctions d'otliciei" municipal et de secrétaire.

§ 2. - Le budget communal au début de la Convention.

La municipalité de Beaumont, comprenant encore les quatre paroisses de Beaumont, de Montcany, de Bannes et de Gleyzedals, avait un budget commun qui était fourni, proportionnellement à leur importance, par les quatre paroisses sus-indiquées.

Il serait intéressant de savoir ce qu'était le budget de la commune de Beaumont à cette époque. Une délibération du 17 mars 1793 {Arc/i. niun.., 2^ registre, p. 461) nous fixe à ce sujet d'une façon très nette.

Ce jour-là, le maire et les officiers municipaux délibérant « sur les sommes à imposer sur chaque contribuable des paroisses de Beaumont, Montcany, Bannes et Gleyzedals, composant la présente commune pour, par icelles parer aux dépenses ordinaires et extraordinair-es de la municipalité, arrêtent et fixent définitivement que les charges locales pour l'année 1792 seront imposées au marc la livre (au marc le franc dirait-on aujourd'hui) sur chaque contribuable de la ville et banlieue de Beaumont, jusqu'à concurrence de la somme de quatre cent nonante huit livres » qui représentent les dépenses.

Et voici comment se décomposent ces dépenses :

1° Allocation au curé pour logement loo/f

20 Location du lieu de séance de la commune 24 /f

30 Pour le secrétaire greffier (et moyennant ladite somme, le secrétaire fournira toutes les déclarations

pour la contribution mobilière) 100/^

40 Pour papiers, bois, cire et plumes 60//^

.50 Pour le soldat de ville 6o#

A reporter 344^

Repoli J44"

6" Pour la confection des rôles des six mois d'acomptes de 1791 38'^

70 Pour la perception de la contribution foncière de

l'année 1792 114 /a

8° Pour les deniers additionnels pour la contribution

mobilière 2l^

Total 498^/^

Le budget communal de Beaumont, au début de la Convention, est, comme on le voit, bien différent de nos budgets actuels. Le secrétaire de la mairie trouverait aujourd'hui un peu maigre l'allocation de 100 francs que touchait alors Labarrière. On chercherait vainement, même dans les quartiers les plus pauvres, au prix de 24 francs, une salle pour les séances du conseil municipal, et je me demande si on pourrait trouver aujourd'hui un homme, à Beaumont, qui consentirait à remplir les fonctions de valet de ville pour la modique somme de 5 francs par mois..., trois sous par jour !

§ 3. - Deux incidents municipaux.

Un nouveau maire.

Une harmonie parfaite ne régnait pas parmi les membres de la municipalité nouvelle. Trois semaines après son installa-

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FiG. 75.

Pierre Blanchard, procureur de la commune en juillet i7i)''-

tion, le 12 novembre 1792, Pierre Blanchard donnait sa démission de procureur. Voici les trois lignes (pu' nous trouvons à

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