LA DISGRACE DE LARARRIÈRE
Rappelons, en passant, que Jacques Costa et Antoine Randonnier habitaient l'un et l'autre la rue Deytier (voy. p. qq). Ils habitaient même tout à côté l'un de l'autre : leurs maisons n'étaient séparées, en effet, que par celle de Jean Baptiste Lacoste, le « cy-devant procureur ».
§ 4. - La DISGRACE DE LaBARRIÈRE.
Labarrière, on le sait, ne partageait pas les opinions de la municipalité et de nombreux conflits durent se produire entre le maire, qui prenait les arrêtés, et le secrétaire greffier, qui avait à les transcrire.
Le secrétaire, qui devait certainement souffrir d'une pareille tension, apporta peut-être un peu de relâchement dans son ser- \'ice, à son double service, devrais-je dire, car nous n'avons pas oublié que, à ses fonctions de secrétaire de la municipalité, Labarrière joignait celles de directeur de l'école publique des garçons. Le maire et le procureur, qui depuis longtemps cherchaient à s'en débarrasser, prirent prétexte d'une absence non motivée de leur subordonné pour le révoquer.
Voici le procès-verbal de la séance où fut prise cette décision. Elle porte la date du 9 juin 1793 {Arch. mun., 2e Registre, p. 493) :
Ce jourd'huy, neuvième juin mil sept cent quatre-vingt-treize, l'an second de la république, jour de dimanche à une heure de relevée, en assemblée du conseil général de la commune de la ville et banlieue de Beaumont, le maire absent, furent présents les citoyens Antoine Randonnier, Jean Dubut, Jacques Auriel, Jean Mianne et Pierre Grenier, officiers municipaux, Carrière cadet, Darchier, Melon, Antoine Reynal, Pierre Bessot, Pierre Rivière, Tinet I.acombe et Estienne Robert notables, et Pierre Blanchard, procureur de la commune.
Considérant que, malgré que les travaux de la contribution mobilière ne sont point encore terminés, que, malgré que le conseil général soit en permanence, cependant le citoyen Labarrière a osé entreprendre de s'absenter sans congé depuis trois semaines, d'interrompre par là ses fonctions de secrétaire greffier dans un temps où le besoin se faisait sentir d'estre pour ainsi dire dans une perpétuelle activité;
Considérant que, préjudiciable aux laborieux travaux de la municipalité, l'absence du citoyen Labarrière l'est encore à l'éducation publi-
que, puisque en sa qualité de régent il laisse sans culture les jeunes élèves qui lui ont esté confiés;
Considérant enfin que le citoyen T.abarrière a souvent abandonné de la sorte, depuis son exercice, des tâches également précieuses et également importantes et que, malgré cela, il n'en perçoit pas moins les émoluments qui y sont attachés;
C'est pourquoi le conseil général.
Sur ce ouï le procureur de la commune, a délibéré et arrêté à l'unanimité des suffrages :
Que ledit Labarrière sera tout présentement remplacé dans ses fonctions de secrétaire. Et, à l'égard de celle de régent de la présente ville, cette place sera et demeurera vacante dès aujourd'hui et qu'il sera incessamment fait mie pétition à qui il appartiendra pour obtenir un autre régent ou instituteur public à la place dudit Barrière. Et qu'afin que ledit Barrière ne prétende cause d'ignorance, le présent arrêté lui sera notifié.
Fait et délibéré, en l'hôtel commun, conseil générai tenant, les dits jour, mois et an cy dessus et avons signé.
Randonnier, off. mpl et président.
DuBUT, off. mpl. AuRiEL, off. mpl. Grenier, off. mpl. Mianne, off. mpl.
Darchier, notable. Bessot, notable. Melon, notable.
Carrière, notable. Tinet, notable.
Robert. P. Rivière. Reynal. Coste, secrétaire d'office.
Voilà un réquisitoire en règle, bien conçu et rédigé d'une façon très convenable, trop convenable peut-être pour pouvoir être attribué au maire ou au procureur de la commune, qui étaient d'excellents patriotes, des hommes intelligents même, mais à coup sûr des illettrés. Bien certainement une plume plus experte a écrit ces lignes et je ne serais pas étonné qu'elles fussent l'œuvre de quelque girondin beaumontais, du juge Poussai, par exemple, ou bien du notaire Darchier, cet ardent révolutionnaire de 89 qui n'aimait pas Labarrière et qui, depuis qu'il avait la République, était un peu moins républicain que lorsqu'il ne faisait que la désirer.
Labarrière n'ayant pas été appelé à fournir des explications sur les faits à lui reprochés, nous ne savons au juste quelle est l'étendue de ces griefs et nous ne le saurons probablement jamais.
Conformément à l'usage, le secrétaire révoqué fit remise à la municipaiitc' d'un grand .^ac où se trouvaient renfermés les