‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 149 sur 269 · ANCIEN CURÉ DE MONTPAZIER · texte numérisé non relu

ANCIEN CURÉ DE MONTPAZIER

Ces nombreux élargissements vidèrent pour ainsi dire la maison de réclusion de Beaumont. Il n'y resta plus, en effet, après la mise en liberté du citoyen Bonnié, qu'un seul pensionnaire : l'abbé Géraud Lentilhac, ancien curé de Montpazicr.

Géraud Lentilhac, sous la Terreur, avait été séquestré, comme suspect, en même temps que ses deux compatriotes les citoyens

I. Borie-Camiiort, anciLMi juge ;'i Sarlat, avait été nommé députe à la Convention nationale, par l'assemblée électorale de la Dordogne, en septembre i7<)2, par .(-îy voix sur 6^1 suffrages exprimés. Il fut réélu, à l'assemblée élcetorale de vendémiaire an IV, député au Conseil des Cinij-Cents.

PAS d'Élections municipales en 1794 597

Laval et Lacan. Ces deux derniers, à la demande de la municipalité de Montpazier, avaient été élargis le 20 nivôse (voy. p. 594) et on se demande pourquoi leur curé n'avait pas bénéficié de la même faveur.

Le malheureux Lentilhac devait rester encore trois mois dans le dernier étage de l'ancien couvent de Beaumont.

Son tour arriva enfin.

Le représentant du peuple Boussion, en mission dans la Dordogne, était « en séance » à Bergerac. Le ci-devant curé de Montpazier lui adressa, au commencement de germinal, une pétition dans laquelle il lui demandait sa mise en liberté. Boussion renvoya « le pétitionnaire au directoire du district de Belvès povir lui rendre sa liberté définitive, si cela pouvait se faire sans danger pour la chose publique ». Le directoire du district transmit l'arrêté de Boussion à la municipalité de Montpazier pour avoir son avis. Et, comme le conseil général de cette ville attesta que leur ancien curé avait prêté le serment prescrit par la loi et avait même mérité un certificat de civisme, le directoire, en exécution de l'arrêté du représentant Boussion, élargit définitivement le citoyen Lentillat et le renvoya en liberté à Belvès.

§ 2. - Pas d'élections municipales en 1794.

Pour la première fois depuis cinq ans, au mois de novembre 1794, le dimanche après la Saint Martin, les électeurs ne furent pas conviés à venir, en l'hôtel commun, procéder au changement de leur municipalité. Par une dérogation à la loi, la municipalité précédente, avec ses divers éléments, resta en fonctions jusqu'au EHrectoire.

Le 9 pluviôse an III (28 janvier 1795), il fallut remplacer cinq notables, dont les emplois, pour des raisons diverses, se trouvaient vacants. Mais on n'eut pas besoin pour cela de convoquer les électeurs en assemblée primaire. A la suite d'une simplification apportée au rouage administratif et conforme aux instructions qui avaient été envoyées à Beaumont par l'agent national du district de Belvès, les officiers municipaux et notables

du conseil général de la commune se réunirent en séance extraordinaire et désignèrent tout simplement, pour remplir les places vacantes, les citoyens Pierre Audy Laval Dubousquet, Pierre Blanchard (qui venait de terminer sa mission auprès du district), Jacques Foussal Laroque, Pierre Colin, l'ancien maire, et François Gibert, un nouveau venu.

C'est le seul changement qu'eut à subir notre assemblée municipale. Elle se composait comme suit :

Maire : Coste (Jacques) .

A gent national : Melon (Pierre) .

. Officiers municipaux : Randonnier (Antoine) ; Grenier (Pierre); Dubut (Jean); Auriel (Jacques); Mianne (Pierre); Secrétaire: Robert (Etienne).

Quant au conseil de la commune, il resta exactement le même. Ce fut toujours Jacques Coste qui, comme maire, eut pour mission, avec l'aide de l'officier municipal Randonnier et de l'agent national Melon, de conduire l'esquif municipal : mission facile du reste, car l'esquif ne cessa de courir, dans des passes nullement dangereuses, sur une eau perpétuellement calme et tranquille.

Rappelons maintenant toutes les misères faites par nos nouveaux administrateurs à ce pauvre Loiseau, ancien officier municipal, ancien maire, ancien juge, qui n'avait commis d'autres crimes que d'avoir — étant un ardent démocrate — lutté énergiquement, depuis 178g, contre les ennemis de la Révolution.

§ 3. - Un fait de terreur blanche a Beaumont

sous LA réaction THERMIDORIENNE.

Nous sommes arrivés au mois de fructidor de l'an III (septembre 1795) à la veille du Directoire. Nous avons franchi les trois années de la Convention, on i)eut le dire, sans constater le moindre trouble, sans rien rencontrer qui nous rappelle ce régime tyrannique et sanguinaire que les historiens ont désigné

UX FAIT DE TERREUR BLANCHE A BEAUMONT 5gg

SOUS le nom de Terreur. Pourquoi faut-il qu'après avoir ignoré la terreur rouge, nous ayons, à la fin de notre récit, à enregistrer un fait de terreur blanche.

Comme on le sait, la fin de la Convention fut marquée, en Dordogne, par une vive réaction qui triompha un peu partout des républicains démocrates. Ce mouvement, au reste, trouva un excellent appui dans le représentant du peuple Boussion, envoyé en mission dans les départements de la Dordogne et de la Gironde en l'an III. Il s'y montra, dit Labroue {loc. cit., p. 127) « farouche modérantiste ». C'est ainsi que « le 21 germinal an III, il faisait désarmer ceux qui avaient soutenu la politique d'avant le 9 fructidor. Le 6 messidor de cette même année, il déclarait qu'il fallait les anéantir. Le 25 floréal suivant, il renouvelait les membres de l'administration et du tribunal criminel du département ; de l'administration du tribunal civil et du bureau de conciliation du district de Périgueux ; du conseil général de la commune de Périgueux, etc. ». C'était une véritable contre-révolution. Elle fit un peu partout dans le département de nombreuses victimes. A Beaumont, elle en fit une en la personne du citoyen Pierre Benoît Loiseau.

Loiseau, ancien maire de Beaumont, était bien connu, dans le district et dans le département, par ses idées révolutionnaires. Mais c'était, d'autre part, un homme d'une parfaite honorabilité. Quand, en octobre 1792, il s'agit de nommer à l'élection le juge de paix du canton, c'est sur son nom que se portèrent les suffrages des électeurs. Quand, au mois de novembre 1793, le comité de surveillance de Belvès invita la Société populaire de Beaumont à lui adjoindre « un citoyen sans-culotte du canton pour travailler conjointement avec lui aux mesures de sûreté générale que les circonstances exigeraient », l'assemblée délégua le citoyen Loiseau. L'administrateur du district l'appela à siéger à Belvès comme membre du conseil. De son côté, la municipalité de Beaumont le nomma successivement gardien du magasin des subsistances et économe de la maison de réclusion, deux postes de confiance qu'elle n'aurait certainement pas donnés à un homme indélicat. Loiseau était très estimé à l'administration

du district, où l'agent national Fabré l'honorait de son amitié. Il n'était pas moins considéré à l'assemblée départementale qui, le 6 frimaire an III, prenait à son sujet la délibération suivant e {Arch. de'p. Dordogne, Série L-XIII, p. 177) :

Directoire du Département Du 6 frimaire an III

Présidence de Grand.

Le président donne lecture de la correspondance, qui fournit une lettre du citoyen L.iseau, juge de paix du canton de Beaumont, par laquelle ce citoyen dénonce certaines manœuvres aristocratiques et fait part des mesures qu'il a prises pour découvrir et faire punir les coupables en les dénonçant, tant au représentant du peuple qu'au Comité révolutionnaire du district de son arrondissement.

L'administration du département arrête qu'il sera écrit au citoyen Loiseau pour le féliciter de son énergie et l'inviter à continuer son active surveillance.

Fait au directoire du département de la Dordogne les jour, mois et an que dessus.

Boyer Desmond Grand GiNTRAC Laussinotte Soullier Lalande

Loiseau était donc un ardent démocrate, très estimé des républicains révolutionnaires et, partant, peu sympathique aux modérés et aux royalistes.

Après les élections municipales du 2 octobre 1793, qui amenèrent au pouvoir des républicains modérés, Loiseau fut en butte, de la part de ses adversaires politiques, à des tracasseries de toutes sortes : dénonciations, insultes, menaces, rien ne lui fut épargné. Il payait bien cher son attachement aux- idées démocratiques. Les contre-révolutionnaires, à Beaumont, lui rendirent la vie si dure qu'il se décida à aller habiter Montavit, où des révolutionnaires existaient encore avec la foi ardente des premiers jours. Il rencontra là de nombreux amis et la vie lui fut relativement douce, tout au moins supportable. Il allait, chaque mardi, tenir son audience à Beaumont et avait, en outre, à Montavit, une audience par semaine.

Voici la lettre particulièrement intéressante qu'il écrivait à son ami Fabré, où, tout en lui demandant la nomination d'un

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greffier, il lui dit toute sa peine de se voir ainsi poursuivi pour ses idées politiques, toute sa joie aussi de se trouver à Montavit, dans un milieu franchement républicain. Elle est datée du I" décadi de brumaire IIP année républicaine (31 octobre 1794) :

Au citoyen R. Fabré, agent national près le directoire du district de Belvès.

Égalité Liberté Fraternité •

Citoyen,

Depuis les sages conseils que j'ai reçus de toi concernant les inculpations que quatre ou cinq partisans du despotisme et de la contrerévolution ont voulu alléguer faussement contre moi, je n'ai point daigné leur répondre. Au contraire, je les ai entièrement méprisées et les méprise encore.

La crainte d'échapper tout à coup au silence que ta prudence et tes avis m'ont conseillé, et d'être poussé par un feu momentané m'a fait quitter ma demeure de Beaumont et j'ai pris mon asile dans la commune de Montavit, là où je ne vois que des républicains, parmi lesquels on ne voit régner qu'unité, fraternité et concorde. Mais je tiendrai toujours au moins une audience tous les mardis à Beaumont, et une autre à Montavit. Je n'abrégerai rien en ce qui regarde mon devoir, quelque peine qu'il y ait : c'est une récréation pour moi.

J'ai fait rencontre d'un citoyen dans la commune de Montavit d'un civisme sincère et reconnu, très capable à occuper la place de greffier de juge de paix. Il s'appelle Jean Garant. Il est huissier national, mais il est très décidé à abandonner son office pour accepter cette place, si, toutefois elle lui est confiée. En conséquence, je te prie, en ami et frère républicain, comme étant chargé de l'organisation des corps constitués par ordre du représentant du peuple, à ce que je viens d'apprendre, de me donner pour greffier le citoyen Garant. Tu obligeras ton affectionné concitoyen.

Salut et fraternité,

LOISEAU

Loiseau, nous l'avons dit plus haut, avait à Belvès dans l'administration du district, de nombreux amis, et il est certain que, le sachant menacé, ils s'employèrent de leur mieux, avec Fabré, pour le sauver de la disgrâce ou peut-être même de la prison. Mais leurs démarches devaient être impuissantes. Que pouvaient ils contre l'omnipotence du représentant en mission Boussion?

I. La lettre de Loiseau renferme de nombreuses fautes d'orthographe, que j'ai cru devoir l'aire disparaître dans la copie que je reproduis ici.

Les contre-révolutionnaires avaient juré la perte de Loiseau. Loiseau tomba sous leurs coups.

Le 4 prairial an III (22 mai 1795), Boussion signa un arrêté, en vertu duquel Benoît Loiseau était relevé de ses fonctions de juge et remplacé par son ennemi personnel le citoyen Jacques Poussai Laroque, qui, avec Pierre Melon, était le chef incontesté de la municipalité d'alors. Loiseau, ainsi dépossédé d'une charge qu'il tenait des électeurs, quitte Montavit et vient de nouveau habiter Beaumont pour y reprendre, simple citoyen désormais, son double métier de maître plâtrier et d'aubergiste. Mais on ne le laissa pas longtemps en repos.

En thermidor an III (juillet 1795), très probablement à l'instigation du nouveau juge, deux citoyens de Beaumont, Dagut, instituteur, et Rivière, accusèrent publiquement Loiseau dans une dénonciation adressée à l'administration du district. J'ai trouvé dans les papiers Poussai une copie de cette dénonciation. Elle est ainsi libellée :

Abrégé de la conduite de Loiseau, juge de paix du canton de Beaumont "... pour être présenté au citoyen Chauvier, représentant du peuple et commissaire délégué par la Convention nationale dans le département de la Dordogne, à Périgueux.

Loiseau, juge de paix du canton de Beaumont, se disant le seul bon citoyen de cette commune, tèrrorifiant qui lui déplaisait ou qu'il z royait contraire à la inarche de ses intrigues, s'est fait connaître par 1 es faits suivants.

Loiseau a occupé en même temps, et avec appointements, les places de juge de paix du canton de Beaumont, de membre du Conseil du district de Belvès et de membre du Comité révolutionnaire du district.

En sa qualité de membre dudit Conseil, nommé commissaire pour la vente des effets de Constantin, émigré, des maisons de Marsalès et Montpazier, ledit Loiseau a prévariqué dans ses fonctions et il a acheté ou fait acheter pour son compte, plusieurs effets et du linge, entre autres un lit de damas vert et une pendule.

Dans le mois frimaire de l'an II, Bonfils Lacrose, nommé pour le recouvrement d'une taxe imposée sur quelques particuliers de cette

I. Dans cette dénonciation, il est question en inèinc temps de Laharrière, ancien nstituteur de la commune de Beaumont, qui partageait les idées de Loiseau. Je supprime ici tout ce qui est imputé à ce dernier. Nous le retrouverons plus loin à propos de V Instriiilion (voy. t. II).

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