U\ FAIT DE TERREUR BLANCHE A BEAUMONT
commune par le Comité révolutionnaire de Belvès, se permit d'en imposer arbitrairement une seconde à son profit sur les contribuables et, non content de l'ordinaire de l'auberge, il mit en réquisition, de son autorité privée, les dindes grasses et le vin vieux d'une de ses victimes. La Société populaire prit en considération les vexations dudit Lacrose et, comme elle se décidait à en instruire le représentant du peuple Lakanal, lors séant à Bergerac, ledit Loiseau entra dans l'Assemblée avec ledit Bonfils et un de ses adjoints, et assura avec imposture, en sa qualité de membre du Comité révolutionnaire, que ledit Comité avait donné en sa présence toute autorité audit Bonfils Lacrose. Ledit Bonfils, outre la taxe imposée, se faisait donner 25"^ aux uns, 20"" aux autres, de sorte que la somme dont il greva les contribuables à son profit, dans moins de 24 heures, se trouve monter à près de 500 ''^.
Ledit Loiseau n'a pas rougi, contre les défenses du décret sur le gouvernement révolutionnaire, d'occuper en même temps les postes de juge de paix du canton de Beaumont et de membre du Comité de surveillance dudit canton.
Ledit Loiseau a occupé en même temps, avec appointement, la judicature de paix du canton de Beaumont, les places de garde magasin dudit canton et d'économe de la maison de réclusion de Beaumont.
Nommé commissaire pour inventorier les effets de Montsec ' saisis par la loi, ledit Loiseau en enleva plusieurs, entre autres un sabre; il se fermait dans les chambres sans vouloir que personne des domestiques fût présent.
Dans la vente des effets de Matasse, ci-devant curé de Montavit, dans ce canton, Loiseau se présenta pour en acheter et déprécia publiquement ceux qu'il voulait acheter, entre autres une armoire qu'il dit ne rien valoir et qu'il acheta 240^.
Il se dit publiquement que ledit Loiseau, étant à Belvès dans un cabaret, dit à un membre du Comité révolutionnaire : quand le Comité donnerait des ordres pour surveiller les reclus de Beaumont et que, aussitôt qu'il faudra fusiller, il irait à la tête.
Ledit Loiseau dit publiquement, lors d'un arrêté de Pinet et Cavagnac, portant échange du numéraire contre des assignats, qu'il deviendrait le plus grand aristocrate de la République.
Et voilà tous les méfaits dont on chargeait le citoyen Loiseau : il avait occupé des postes multiples; il avait en sa possession un lit de damas vert et une pendule, qui provenaient de la vente Constantin; il avait soutenu le commissaire Lacrose, accusé lui-même d'avoir imposé arbitrairement et à son profit une contri-
I. Arnaud de Montsec, qui, comme parent d'émigrés, avait vu ses biens mis sous séquestre, habitait sur la Place Vieille, la maison qui fait Fencoignur de l'ancienne rue Raniond (maison de Lafaurie aujourd'hui).
bution à un certain nombre de citoyens de Beaumont ; il avait dérobé un sabre, en inventoriant les effets de Montsec; à l'inventaire du curé Matasse, il avait déprécié un meuble qu'il devait ensuite acquérir. Il fallait vraiment que le citoyen Loiseau fût un bien honnête homme pour que ses ennemis politiques n'aient trouvé, dans sa vie publique comme dans sa vie privée, que de pareilles vétilles !
Au reçu de la dénonciation des citoyens Dagut et Rivière, l'administration du district nomma quatre commissaires, les citoyens Gouzot et Landon fils, les citoyens Ters et Delpit jeune, chargés de vérifier, les deux premiers dans le canton de Beaumont, les deux autres dans le canton de Montpazier, les faits imputés à Loiseau. Ce n'est qu'après avoir reçu les rapports des commissaires enquêteurs que l'administration, le 19 fructidor an III, rendit son jugement sur l'affaire. Du sabre de Montsec et de l'armoire du curé Matasse, il n'en est même pas question. Pour le lit de damas vert et la pendule Constantin, que possédait Loiseau, le fait est exact, puisqu'il est reconnu par Loiseau lui-même. Mais il est parfaitement établi que ce dernier les tient des premiers acquéreurs, ce qui n'empêche pas l'administration de déclarer qu'un pareil fait est justiciable des tribunaux criminels. Les administrateurs glissent rapidement sur les fonctions multiples occupées par Loiseau et sur l'appui qu'il aurait prêté au commissaire Lacrose. Mais ce sur quoi ils insistent particulièrement — d'après les commissaires enquêteurs sans doute — c'est sur ses agissements sous la dictature de Robespierre et ils lui reprochent tour à tour, de s'être servi du crédit que lui donnaient ses fonctions pour « comprimer ses concitoyens par la terreur... », « d'avoir provoqué au massacre de reclus en demandant à deux gendarmes quand est-ce qu'ils voudraient les fusiller...», d'avoir «participé aux horreurs de la tyrannie... » En somme, Loiseau est un républicain avancé, un Jacobin, un terroriste. C'est là son crime, son grand crime, et les réacteurs thermidoriens de Beaumont ne sont pas près de le lui pardonner.
Le 20 fructidor an III, à l'assemblée primaire réunie pour