‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 165 sur 269 · LA PRODUCTION AGRICOLE · texte numérisé non relu

LA PRODUCTION AGRICOLE

pas, à roccasion, de leur adresser quelques reproches, souvent un peu sévères, parfois même complètement immérités. C'est ainsi que le 27 brumaire an II, un membre dont le nom encore ne nous est pas donné, après avoir exposé que la municipalité « négligeait absolument l'exécution des lois, surtout celle relative aux subsistances, etc.. », fit la motion que la Société «invitât fraternellement les officiers municipaux à apporter à l'avenir, plus de zèle dans leurs fonctions; que si, au mépris de son invitation, elle persistait dans sa négligence, elle fût dénoncée aux représentants du peuple ». La motion fut adoptée et, séance tenante, on désigna les citoyens Latour et Labarrière pour se transporter auprès de la municipalité et l'inviter « à seconder par plus d'exactitude les vues fraternelles de la Société ».

Quelques jours plus tard, le 4 frimaire, un autre membre signale de nouveau l'inexactitude de la municipalité dans l'exécution de la loi sur les subsistances « au mépris de l'invitation de l'assemblée », et il demande qu'une nouvelle députation lui soit envoyée pour lui déclarer que si « jusqu'au septidi prochain (7 frimaire), elle n'avait pas fait son devoir, la Société la dénoncerait aux représentants du peuple ». Et, cette fois encore, ce sont les citoyens Latour et Labarrière qui sont chargés de remettre cette déclaration à la municipalité.

De pareilles remontrances, on en conviendra, étaient bien faites pour stimuler le zèle des officiers municipaux et, tout au moins, pour les empêcher de s'endormir. Et c'est ainsi que les Sociétés populaires, sous la Convention, étaient des auxiliaires, parfois un peu gênants peut-être, mais généralement précieux pour nos administrations municipales.

§ 7. - Préoccupations des municipalités

au sujet de la production agricole,

la culture de la pomme de terre.

Dans l'état précaire où étaient les subsistances, l'administration du district, qui avait à faire face à la fois à l'alimentation de la population civile et au ravitaillement des armées

des Pyrénées, se préoccupait beaucoup, et avec raison, de la production des terres.

Le 14 brumaire an III (4 novembre 1794), l'agent national du district envoya à toutes les municipalités de son ressort une lettre circulaire à l'effet d'être fixé : 1° sur la quantité d'arpents ^ actuellement ensemencés dans la commune, combien, en automne et combien au printemps ; 2° sur la quantité d'arpents actuellement ensemencés pour l'automne; 3° sur la quantité d'arpents qu'on croit pouvoir ensemencer; 40 sur l'espèce de grains, en blé, seigle, orge d'hiver; 50 sur la quantité d'arpents à ensemencer au printemps en blé de mars, orge, avoine, sarrasin ou blé noir.

Il leur demandait, en outre, de vouloir bien envoyer au district » un citoyen de la commune, le plus entendu dans l'art de la culture des terres et le plus capable de donner des éclaircissements sur cette partie ».

En exécution de cette circulaire, la municipalité de Beaumont, dans sa séance du 19 brumaire, délégua un médecin, le citoyen Louis Ters, ancien maire. La municipalité de Montavit nomma Delpit père. La municipalité de Bourniquel désigna pour cette mission le citoyen Neyrac, cultivateur de la commune. La municipalité de Born de Champs délégua le citoyen Pierre Dénuel dit Rigal, du village de Champs. La municipahté de Rampieux fit choix du citoyen Mathieu Foucaud et désigna le dit Jacques Gouyou <( pour lui aider à remplir ladite mission ». La municipalité de Glottes, dans sa séance du 17 nivôse, nomma « à l'unanimité des voix le citoyen Barriat, agent national de la commune, présent à la délibération, qui a accepté la présente commission et promis de s'en acquitter avec tout le fruit possible ». La municipalité de Labouquerie, enfin, par sa délibération en date du 26 brumaire, fit choix, comme la commune de Rampieux, de deux délégués : Jean Bouysset, .secrétaire de la municipalité, natif du village de Merle, et François Ramond,

I. Arpcnl, ancienne mesure agraire qui était, suivant les pays et les localités, Ue 30 à 51 ares.

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du même village de Merle, «que nous avons choisis, dit le procèsverbal, les plus capables et connus ». Au bas de ce procès-verbal, je lis: «Le citoyen Bouysset s'est présenté le i^r frimaire et a déclaré ne pouvoir ni ne savoir donner aucun des renseignements demandés et a signé ledit jour. » C'est donc au citoyen François Ramond, «le plus capable et connu» de la commune, qu'incomba la mission de fixer le district sur l'état des ensemencements dans la municipalité de Labouquerie.

Il est probable que les délégués municipaux ne furent pas très exacts à se rendre à Belvès ou, tout au moins, n'y apportèrent que des renseignements tout à fait insuffisants. Car, un mois après, le ii nivôse, le conseil général de l'administration du district, voulant s'assurer si son arrêté du 14 brumaire avait reçu son exécution, et considérant que les agents nationaux, chargés par leurs fonctions de veiller à l'ensemencement des terres, étaient encore ceux dont on pouvait obtenir les renseignements les plus sûrs, leur adressa une circulaire, portant qu'ils auraient à rendre compte, dans la décade, à l'agent national du district, de l'exécution du décret sus-indiqué et à le fixer, sous leur responsabilité, sur la situation de l'ensemencement des terres dans leurs communes respectives. J'ai sous les yeux les réponses des différentes municipalités du canton de Beaumont sauf trois : Montavit, Nojals et Clottes.

A Beaumont, Pierre Melon envoya la réponse suiv^ante, très courte, mais très précise :

J'estime, d'après les renseignements que j'ai pris, qu'il reste à ensemencer deux cent quatre-vingt-six arpents, faute de semence.

A Rampieux, c'est le citoyen Vyé, officier de santé, qui répond aux administrateurs du district. Voici sa lettre :

J'ai resut votre lettre, avec l'areté de l'administration du 11 nivôse relatif à l'état de l'ensemencement de terre. Nous avons fait donner du blé à tous ceux qui en ont demandé. Il se peu que quelque individus, au lieu de finir de semer sa terre, a mangé une partie du blé que nous lui avions procuré. Il peut rester à semer, dans la commune, une douzaine d'arpents de terre à semer en avoine ou baillarge. Voila tout ce que je puis vous dire sur ce que vous me demandes.

Salut et fraternité, R- Vyé.

A Saititc Sabine, le citoyen Lagrèze, agent national, répond que toutes les terres ont été ensemencées en automne :

Citoyen,

J'ai pris toutes les informations possibles relativement à l'ensemen

cernent des terres en automne. Il en reste fort peu à ensemencer, que

les propriétaires peuvent y semer des avoines.

Salut et fraternité,

Lagrèze.

A Born de Champs également, toutes les terres sont ensemencées. Rappelons que les communes de Born, de Sainte Sabine, de Nojals et de Glottes, qui formaient la partie sud du canton, étaient celles où la culture des céréales était le plus active et le mieux soignée : c'était le grenier du canton.

Born de Champs, le 30 nivôse, 3^= année républicaine.

Citoyens,

Pour répondre à tes (Questions, je te certifie que toutes les terres qui se sèment en automne ou qu'on est dans l'usage de semer sont ensemencées dans cette commune.

MoLiÉRAC, agent nat' .

Il en est de même dans la commune de Bourniquel. Les

cultivateurs ont travaillé et ensemencé la presque-totalité de

leurs terres. Voici la lettre qu'écrivit à ce sujet le citoyen Ducros,

agent national :

Bourniquel, le 4 pluviôse an III.

Citoyen,

En réponse à votre lettre du 8 nivôse dernier, qui ne m'est parvenue

que le 30, je vous instruis qu'il ne reste dans cette commune, des semences

d'automne, qu'environ deux arpents de terre à ensemencer.

Salut et fraternité,

Ducros, agent nat'.

A Labouquerie, l'opération des semailles est beaucoup moins avancée. L'agent national Pagnoux, qui « a passé sur tous les terrains de la commune » pour se rendre compte de l'état de l'ensemencement, écrit qu'il y a encore des « individus » qui n'ont pas fini d'ensemencer et il cite, notamment, Antoine Alis,

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