REQUISITION DES TOILES ET DES FILS
29 aunes de toile, ces dernières chez le citoyen Jeiin Jutte, tisserand.
A Nojals, le maire Carrier et son agent national Rasteau Lanauve ne trouvent, chez leurs administrés, que 15 livres de fil et pas une aune de toile.
A Bourniquel, les deux Ducros, l'un maire, l'autre agent national, inventorient 60 livres de fil, dont 38 livres dans la maison de Cardou, 10 livres chez Terme Laplane, 6 livres chez Jean La vache, 4 livres chez Jérôme Delprat, 2 livres chez Laly Doursal. En fait de toiles, ils n'en trouvent que 51 aunes chez Saint Exupéry Rouffignac, à Cardou.
A Born de Champs, le maire Lespinasse fait figurer sur son inventaire 163 livres et demie de gros fil et 46 aunes de toile, trouvées soit chez les tisserands, soit en boutiques.
A Rampieux, le maire Gay et Vyé, agent national, envoient au district le court rapport que voici : « Après avoir parcouru la commune, nous avons trouvé et mis en réquisition, chez tous les individus de la commune, la quantité de 124 livres de fil. En toile, nous n'en avons pas trouvé. »
Comme on le voit par ces quelques chiffres, les fils et toiles, comme les chanvres du reste, étaient relativement rares dans notre canton. Les particuliers n'en faisaient pas commerce; ils n'en produisaient que pour leurs propres besoins et, de ce fait, ne pouvaient s'en dessaisir sans se causer à eux-mêmes un gros préjudice. C'est assez dire que le recensement, suivi de réquisition, des quelques livres de fil et des quelques aunes de toile qu'ils pouvaient posséder, provoqua chez eux un mécontentement général et probablement aussi de nombreuses protestations. Le conseil général de la commune de Born s'en fit l'écho et, à l'instigation du maire, il prit dans sa séance du 23 floréal la délibération suivante ;
Sur les réclamations qui ont été faites par plusieurs citoyens et d'après la connaissance qu'ont les officiers municipaux du besoin qu'ont les
I. Aune, ancienne mesure de longueur, valant i m. i88, en cliift'res ronds 12 décimètres. Il y a quelques années, on achetait encore à l'aune dans les magasins et sur les marchés.
citoyens des gros fils et toiles mis en réquisition par l'arrêté de l'administration du 2 2 ventôse dernier, la municipalité, prenant en considération le besoin urgent où se trouvent presque tous les citoyens de la commune de se vêtir et convaincue que leur unique ressource est dans les fils et toiles mis en réquisition, arrête qu'il en sera écrit à l'administration pour lui faire connaître le besoin où se trouvent presque tous les citoyens. Fait et arrêté en séance publique le 23 floréal an 11 de la République.
Lespinasse, maire.
MoLiÉRAC, secrétaire greffier.
Le jour même, l'agent national de Born de Champs, le citoyen Grenier, transmit le présent arrêté à l'administration du district en observant, de son côté, que « son objet avait paru assez puissant à la municipalité pour la déterminer à en référer à l'administration ».
L'appel de la municipalité de Born était on ne peut plus légitime. Il fut entendu en haut lieu et l'administration du district rapporta son arrêté, moins peut-être pour être agréable aux citoyens de Born que parce que le dit arrêté n'aurait apporté qu'une contribution dérisoire à la commission des subsistances de l'armée.
J'ai tout lieu de croire, bien que je n'en ai trouvé jusqu'ici aucune preuve, que la libéralité — plus apparente que réelle — de l'administration du district ne fut pas limitée à la commune de Born, mais s'étendit à toutes les communes du canton.
Le 20 prairial suivant, le citoyen Grenier, en accusant réception au district de l'arrêté précité, qui « levait la réquisition des toiles et fils gros », lui annonçait qu'il l'avait aussitôt publié et il était heureux de pouvoir ajouter qu'il avait « porté la consolation dans une foule de familles indigentes, qui n'avaient pour se vêtir que les objets mis en réquisition ».
L'arrêté de l'administration du district relatif au recensement et à la réquisition des laines chez les particuliers est du mois de fructidor an IL
Au reçu de la lettre-circulaire qui leur notifiait cet arrêté, les
municipalités du canton, comme elles l'avaient fait quelques mois auparavant pour les toiles et les fils, se mirent en mesure de recenser tout ce que possédaient les particuliers en fait de laines et d'en dresser un état détaillé, où figuraient, à côté du chiffre représentant la récolte de la présente année, la quantité qui restait des années précédentes et l'emploi qu'on en faisait. J'ai pu mettre la main sur un certain nombre de ces tableaux de recensement. Ils sont tous établis sur un modèle uniforme. Je n'en reproduirai qu'un seul à titre de spécimen, celui de la commune de Sainte Sabine. Le voici :
DISTRICT DE BELVES
Canton de Beaumont
Recensement des Laines.
C"" de S'^ Sabine
NOMS