RÉQUISITION DE COUVERTES, MARMITES, GAMELLES
Conformément aux instructions qu'il avait reçues, Laval Dubousquet se transporta dans toutes les communes du canton et, avec l'aide des municipalités, mit la main sur toutes les couvertes qu'il put rencontrer. La récolte, hélas ! ne fut pas aussi abondante que l'escomptait le district et qu'il l'espérait, lui-même. Suivons-le dans ses pérégrinations :
lo Le 14 frimaire, il visite la commune de Nojals. Il y trouve une seule couverte, que la municipalité a déclaré appartenir à demoiselle Lachèze, ancienne fille de la Foy du couvent de Beaumont. Il lui appose une carte portant le n^ i et, sa mission étant terminée dans la commune de Nojals, il rentre à Beaumont ;
2° Le 15 frimaire, il se transporte à Rampieux, Il y rencontre trois couvertes : deux appartenant à la citoyenne de Montsec; la troisième appartenant à Antoine Trin, ci-devant curé de la commune. Il leur donne les numéros 2, 3 et 4.
30 Le 16 frimaire, il se rend à Glottes. Malgré toutes ses recherches, il n'y trouve aucune couverte. La municipalité, du reste, lui affirme qu'il n'y en a aucune dans la commune susceptible d'être réquisitionnée.
40 Le 17 frimaire, il se transporte sur la commune de Montavit. Même résultat qu'à Glottes : aucune couverture.
50 Le 18 frimaire, il va à Labouquerie. Là, il rencontre, dans la maison qu'habitait Flaujac, ci-devant curé de la commune, deux couvertes, à lui appartenant. Il leur appose les numéros 5 et 6 et rentre chez lui, à Beaumont.
6° Le 19 frimaire, il visite la commune de Bom, où il trouve trois couvertes : une chez le citoyen Gibial (n» 7), une autre chez le citoyen Ghoisy (n» 8), la troisième chez le citoyen Lespinasse Fonzal (n^ 9). Ajoutons que ces trois citoyens, en les remettant au commissaire Laval Dubousquet, lui déclarent « en faire offrande à la patrie ».
70 Le 20 frimaire, Laval Dubousquet se transporte dans la commune de Bourniquel. Il y trouve quatorze couvertes, dont dix dans la maison de Gardou (il les numérote de 10 à 19), les quatre autres chez le maire, le citoyen Ducros (de 20 à 23), Ducros déclare que ces quatre couvertures appartenaient à
Lafuge, ci-devant curé de Bayac. Et, sur l'affirmation de la municipalité qu'il n'y a pas d'autres couvertes dans la commune, Laval Dubousquet rentre à Beaumont.
80 Le 22 frimaire, il se rend à Sainte Sabine, son ancienne commune. La municipalité lui atteste qu'il n'y a, à Sainte Sabine et dans ses deux annexes. Saint Germain et Le Bel, aucune couverte susceptible d'être réquisitionnée.
90 Le 23 frimaire enfin, Laval Dubousquet opère à Beaumont. Il y trouve trois couvertes seulement (n^^ 24, 25 et 26). Elles appartiennent toutes les trois au citoyen Pouzargue, cidevant curé de la commune.
La mission de Laval Dubousquet était terminée. Elle avait duré dix jours et avait produit un total de vingt-six couvertes. Quant aux marmites, gamelles et bidons en cuivre, ses investigations avaient été improductives : seule la commune de Rampieux lui avait offert « un bidon en cuivre rouge appartenant à l'héritier de feu Jacques Boyer demeurant au lieu appelé La Tuque », lequel déclara « en faire un don à la patrie ».
Comme on le voit, il s'était trouvé dans le canton de généreux citoyens qui, spontanément, avaient fait don à l'armée des couvertes trouvées chez eux et mises en réquisition. Laval Dubousquet était trop bon patriote pour ne pas suivre leur exemple : à la fin de son procès-verbal sur les opérations à lui confiées, il déclare nettement « qu'il n'entend en aucune manière recevoir aucun dédommagement de ses dépenses, attendu qu'il en fait don à la patrie ».
Ce procès- verbal, Laval Dubousquet l'envoya au procureur syndic de Belvès, le lendemain du jour où il avait terminé ses réquisitions. Il l'accompagna de la lettre .suivante :
Beaumont, 24 frimaire l'an 2 de la République française, une et indivisible et éternelle.
A Pélissier, citoyen français et procureur syndic dti district de Belvès.
Citoyen procureur syndic,
Je t'envoie le résultat de la commission que tu m'as fait passer. Je suis fâché que, dans ce canton, il ne se soit pas trouvé un plus grand
RÉQUISITION DE COUVERTES, MARMITES, GAMELLES yiq
nombre de couvertes de la grandeur et de la qualité que désirent nos représentants. J'en ay, cependant, fait déposer vingt-six à la maison commune de Beaumont, qui me paraissent pouvoir servir à nos frères d'armes et que j'ay fait marquer d'une marque ineffaçable.
Quant aux marmites, gamelles et bidons, je n'en ay découvert aucune part. J'ay seulement trouvé, dans la municipalité de Rampieux, un bidon ou cruche de cuivre, que j'ay fait déposer à la maison commune. Dans ce pays, on ne fait usage que de pots de fer, de seaux de bois, de cruches et plats de terre.
J'eusse désiré trouver abondamment tout ce qui peut servir à nos armées. La bravoure et l'intrépidité avec laquelle ils repoussent les vils satellites des tyrans excitent toute ma reconnaissance. Ils ont tous, les héros de la liberté, un droit acquis sur mon amour.
Salut et fraternité.
Laval Dubousquet.
Et, six jours après, Laval Dubousquet fait transporter à Belvès les vingt-six couvertes, et probablement aussi le bidon, qu'a produits la réquisition. Voici sa lettre d'envoi au procureur syndic, son ami Pélissier :
Beaumont, 30 frimaire l'an 2 de la république française, une, indivisible et éternelle.
Citoyen et frère.
Je t'envoie les vingt-six couvertes que j 'ay ramassées dans le canton. Elles sont marquées et numérotées conformément à la commission. Tu trouveras cy-joint mon procès-verbal. J'ay chargé le porteur desdites couvertes que tu voudras bien payer.
Laval Dubousquet, commissaire.
Si je suis utile dans ce pays cy pour la patrie, compte sur moi.
J'ai tenu à reproduire ici ces deux lettres de l'ancien maire du Bel, parce qu'elles montrent bien ce qu'était l'homme : actif, ambitieux, impatient de jouer un rôle politique, exaltant son patriotisme, faisant ostensiblement du zèle, s'offrant lui-même à l'administration. « Si je te suis utile dans ce pays cy pour la patrie, écrit-il à Pélissier, compte sur moi. » On ne peut dire plus nettement ses vues ambitieuses.
Il convient d'ajouter que Laval Dubousquet, intelligent et
instruit, était un homme de valeur et pouvait prétendre aux plus hautes fonctions administratives. Nous le retrouverons sous le Directoire.