POLITIQUE RELIGIEUSE
n'était pas libre de vivre conformément à ses convictions. Décidément, les néo-catholiques ou catholiques constitutionnels n'étaient pas moins sectaires que ceux qu'ils remplaçaient : extrêmement rares étaient les croyants convaincus qui consentaient à vivre en paix avec ceux qui ne partageaient pas leurs convictions. En matière religieuse, la tolérance, alors comme aujourd'hui, était une vertu toute théorique !
La Société populaire prenait, en toutes circonstances, la défense des curés assermentés. Par contre, elle surveillait avec soin les agissements des prêtres réfractaires, non pas par haine de la religion, mais parce qu'elle exigeait le respect des lois. Un jour, c'était en septembre 1791, un prêtre étranger (on ne le nomme pas) s'était permis d'administrer les derniers sacrements à une personne, morte dans la paroisse de Beaumont. A ce sujet, dans la séance du 29 septembre, un membre ayant obtenu la parole, demanda à l'assemblée ce qu'elle pensait de cet acte, qu'il considérait, lui, comme illicite, et, si elle l'autorisait à le dénoncer à la municipalité. Le président, qui était ce jour-là Delpit père, répondit que «■ quant aux confessions, chacun était libre de s'adresser à un prêtre quelconque; que, pour les autres sacrements, dont l'administration est une fonction publique, nul ne pou- P
vait le faire dans une autre
Le citoyen Pierre Delpit, paroisse que ceux à qui le soin président de la Société en septembre 1791.
en était confié, ou bien avec
leur consentement ». En conséquence, si on avait vu, comme on le prétendait, un prêtre en surplis et en étole porter à la personne en question u le saint viatique de la communauté », ce prêtre était dénonçable à la municipalité. Mais la Société populaire, elle, n'avait à intervenir en aucune façon.
A propos du saint viatique, la Société des Amis de la Constitution tenait absolument à ce que le prêtre qui le portait aux malades fût partout entouré du plus grand respect. Dans la séance du 4 octobre 1791, à la suite de quelques incidents regret-
tables survenus dans la commune de Beaumont, un membre de la Société observa « qu'il se passait des choses très scandaleuses lorsqu'on portait le saint viatique » et il fit la motion que, « pour inspirer le respect qui est dû au saint sacrement, il fût fait une pétition à la municipalité pour qu'elle autorisât les citoyens soldats de la garde nationale à accompagner sous les armes le saint sacrement toutes les fois qu'il sortirait ». Cette proposition vint en discussion dans la séance suivante. Il fut délibéré que, dorénavant, quatre fusiliers de la garde nationale, en armes, escorteraient le saint sacrement lorsqu'il serait porté aux malades, à la condition toutefois que la municipalité y donnât son approbation. Et, à cet effet, deux commissaires furent nommés séance tenante pour aller présenter ce vœu aux officiers municipaux.
Dans les derniers mois de 1793, la question religieuse passa au second plan dans les préoccupations de la Société populaire. A Beaumont, comme ailleurs, le culte fut à peu près abandonné. Le curé Lacoste, tout entier à la politique, fit à son église des
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L'abbé Lacoste, curé de Beaumont, président de la Société popuLiire en 1795 *^^ i794-
visites de plus en plus rares et la population l'imita : la vieille église gothique fut bientôt déserte. Finalement, dans la séance du 12 frimaire an II, Lacoste, après avoir publiquement exprimé la haine qu'il avait contre les prêtres et son vif regret d'être entré dans un corps « qui, par ses intrigues, méritait d'être anéanti », déposa sur le bureau ses lettres de prêtrise, en déclarant à la Société que, à partir de ce jour, il abdiquait l'état de prêtre et renonçait à toute fonction ecclésiastique. Le curé de Bannes, l'abbé Guibert, qui assistait à la séance, en fit autant : il déposa lui aussi ses lettres de prêtrise. L'assemblée éclata en applaudissements et arrêta que les lettres précitées seraient
envoyées au district pour y être brûlées. Mais un membre fit observer qu'il était préférable à tous égards de les brûler à Beaumont même, dans la salle des séances, ajoutant « que toutes les sociétés populaires avaient joui de ce spectacle digne de nos jours, comme un fruit de leurs travaux à dévoiler et anéantir le fanatisme,
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monstre qui, depuis son ^yyUi/^t^r' c*'<y*^ c {/<. Ô )a^i^ origine jusqu'à ce jour, ne u , — — — '"'~~-
s'était nourri que des dé- Pic. 117.
pouilles et du sang de trop Gulbert, curé de Bannes.
crédules humains ». Voilà
un son de cloche qui aurait fait bondir d'indignation les sociétaires, encore très croyants et très pratiquants de 1791. Et aujourd'hui les sociétaires de 1793 — les Montagnards maintenant — applaudissent et approuvent à la presque-unanimité. Les temps sont bien changés !
Après sa « déprétrisation », Lacoste, le « ci-devant curé Lacoste » comme on l'appelle dans les procès-verbaux de la Société, n'en continua pas moins à résider à Beaumont et à présider la Société de la Montagne. Mais il n'y est plus question ni de religion ni de culte : on ne saurait s'occuper que de ce qui existe. Sans doute, au culte catholique se substituèrent, à Beaumont comme dans bien des localités, le culte de la Raison et le culte de l'Etre suprême (voy. Culte). Mais les procès-verbaux des séances de la Société populaire s'arrêtent, pour nous, au 17 frimaire de l'an II, et nous ne savons rien, absolument rien, du rôle que jouèrent les Montagnards de Beaumont durant cette période de l'histoire religieuse de la Révolution.
§ 4. - La Société populaire et la défense nationale.
On sait l'aide précieuse que les sociétés populaires, par l'exaltation de leur foi républicaine, non moins que par leur puissante organisation, apportèrent à la Convention pour la levée et l'équipement de ses armées. « Les sociétés populaires, écrit de Cardenal {loc. cit.), ne séparaient pas la patrie de leur
idéal politique. L'influence de ces Sociétés fut considérable sur la mise en action des forces du pays et l'organisation de la défense nationale. Elle s'exerça de différentes façons et on peut dire qu'au point de vue militaire, pendant les premières campagnes de la Révolution, les sociétés populaires furent à la fois des foyers d'enthousiasme et de patriotisme, des agences de renseignements, des sociétés de secours aux soldats ».
Les Amis de la Constitution de Beaumont, eux aussi, eurent toujours au premier rang de leurs préoccupations l'organisation de l'armée et la défense du territoire. Toutes les fois que nos municipalités eurent à s'occuper des questions militaires, mise sur pied de la garde nationale, enrôlement des volontaires, recrutement des conscrits, réquisition des subsistances pour les armées en campagne, etc., elles trouvèrent toujours chez eux un concours aussi actif que dévoué. Elles n'eurent pas de meilleurs auxiliaires.
Dès le mois de juillet 1791, dans une séance présidée par l'abbé Delpit, un des plus jeunes membres de la Société demande qu'un registre soit ouvert au secrétariat, pour recevoir l'inscription des patriotes qui « volontairement se voueraient à la défense de la patrie ».
De tout temps, la Société populaire fut regardée, plus encore que la municipalité, comme spécialement désignée pour exécuter les mesures intéressant la défense nationale. Le 26 pluviôse an II, le Comité de salut public de Belvès invite les Amis de la Constitution de Beaumont à désigner deux citoyens robustes, intelligents, accoutumés au travail, âgés de 25 à 30 ans et pris, si possible, dans la compagnie des canonniers, pour se rendre, le 30 du courant, au chef-lieu du district et, de là, partir à Paris pour y être instruits « dans l'art de raftiner le salpêtre, de fabriquer la poudre, de mouler, fondre et forer les canons ». L'assemblée, après de nombreuses recherches, désigna le citoyen Bertrand Bourges et le citoyen Parpaliol, cultivateurs, tous les deux habitants de la présente commune. Quatre mois plus tard, le 23 prairial, l'administration du district demanda, de même, à la Société populaire de Beaumont, de lui désigner deux jeunes
gens qui seraient envoyés à Paris, aux frais de la République, « pour y recevoir une éducation républicaine, y apprendre les principes de l'art de la guerre, les fortifications de campagne, l'administration militaire, et être exercés au maniement des armes, aux manœuvres de l'infanterie, de la cavalerie et de l'artillerie ». Pour pouvoir être désignés, plusieurs conditions étaient requises, savoir : être bien constitués, robustes, intelligents, d'un civisme reconnu et d'une bonne conduite constante; avoir i6 ans révolus et moins de 17 ans et demi; être enfants de sans-culottes, parents de défenseurs de la patrie servant dans les armées de la République et, de préférence, de militaires tués ou blessés. Ces jeunes citoyens seraient armés, équipés, campés, nourris et entretenus aux frais de la République. Ils devaient être rendus à Belvès le i*^^ messidor, d'où ils seraient dirigés immédiatement sur Paris pour y jouir aussitôt « de l'avantage et honorable destination » à laquelle les appelait la République. Nous voyons, de même, la Société populaire de Montignac nommer, parmi ses membres, une commission chargée de désigner les jeunes citoyens de la commune susceptibles de suivre les cours de l'école militaire, appelée École de Mars \
Quand le citoyen Servantie fut envoyé à Beaumont par le département de la Dordogne pour activer la levée des jeunes gens de 25 à 35 ans, il s'adressa, non à la municipalité, mais à la Société populaire. Le i^^r frimaire an II, il se présenta à la séance et y prononça, dit le procès-verbal, « un discours énergique, dans lequel il représentait à la jeunesse l'honneur de combattre pour la Liberté et les peines et l'infamie qu'encourraient les lâches qui tâcheraient de se soustraire à la réquisition ». Puis, il invita l'assemblée à concourir, avec lui et les autres commissaires, à la mission dont ils étaient chargés. Ce concours, les Amis de la Constitution le lui prêtèrent, tout entier et avec le plus grand empressement.
Le 6 mars 1793, les Amis de la Constitution, qui étaient
K Le Roy, La Société populaire de Montignac pendant la Rcvoliilioii; et de Cardhnal (loc. cit.), p. -jiB.
en même temps les Amis des soldats, eurent la bonne inspiration, à l'exemple de quelques autres sociétés patriotiques, de venir en aide « aux braves défenseurs de la Liberté », qui, làhaut, sur la frontière, bravaient à la fois « la rigueur des saisons, l'intempérie de l'air et le courroux des despotes coalisés ». Et, à cet effet, elle ouvrit un registre de souscriptions sur lequel seraient inscrites les offrandes des citoyens, membres de la Société, qui voudraient ainsi donner des marques de leur civisme. Elle nomma, en outre, quatre commissaires qui iraient de porte en porte chez tous les citoyens du canton de Beaumont pour
Le citoyen J. B. Labarrière, président de la Société populaire en mars 1792.
les inviter à concourir, avec la Société, à cette offrande civique. On se rappelle {voy. chap. V, p. 570) la proclamation enflammée que le président Labarrière adressa, à cette occasion, à la population de Beaumont en faveur des volontaires du département, <i de nos frères, nos vaillants défenseurs de la Liberté », qui ne devaient déposer les armes, ils l'avaient juré, que « lorsqu'ils auraient exterminé tous les tyrans de la terre ». La population répondit avec enthousiasme à l'appel de Labarrière.
Mais les Amis de la Constitution ne s'intéressaient pas seulement aux troupes qui bataillaient sur les frontières. Leur pensée allait aussi à la garde nationale du canton, qu'ils entouraient de la plus vive sympathie. Ils firent tous leurs efforts, d'accord en cela avec la municipalité, pour l'organiser sur une base solide, et quand ils eurent la satisfaction de la voir sur pied, avec ses règlements et ses cadres, ils lui offrirent par souscription son premier drapeau, le drapeau tricolore. Rappelons que
racquisition de ce drapeau fut confiée au citoyen Labanière, alors secrétaire de la Société, le 14 octobre 1793, que Labarrière le lit confectionner à Bergerac et, le 24 octobre suivant, le présenta à la Société qui, l'ayant trouvé « fort à son gré » en lit la remise à la garde nationale de Beaumont.
Dans la séance du 30 août 1791, la Société populaire, sur la proposition d'un de ses membres, délibéra « qu'en reconnaissance de la bravoure qu'ont témoignée les gardes nationaux de Beaumont, membres de la Société, pour porter secours au département \ il serait décerné une couronne civique, qui sera placée par le président sur la tète d'un chacun de ces membres qui se trouveront présents à la prochaine séance ». Et, conformément à cette décision, dans la séance du 5 septembre, l'abbé Delpit, curé de Beaumont, réunit devant le bureau les gardes nationaux qui étaient allés à Périgueux pour assurer dans cette ville et aux environs le maintien de l'ordre et, après leur avoir adressé les éloges qu'ils méritaient, il déposa sur le front de chacun d'eux une couronne civique.
Ces quelques faits, auxquels nous pourrions ajouter un grand nombre d'autres, suffisent pour nous montrer l'ardent patriotisme qui animait, dans notre petite ville, les Amis de la Constitution. Sincèrement acquis à la Révolution, qu'ils avaient faite et qu'ils avaient à cœur de conserver et de développer, ils firent tout ce qui leur était possible de faire pour donner au gouvernement une armée solide, qui pût le défendre, à l'intérieur comme à l'extérieur, contre toute tentative de restauration royaliste. Ils furent toujours, sur ce point, à la hauteur de leur tâche, et on peut dire d'eux ce que H. Labroue {loc. cit., p. 41) a dit des clubistes de Bergerac : « Ils entendaient par patriotisme la volonté de défendre la souveraineté nationale contre les oppresseurs du dedans aussi bien que contre ceux du dehors; ils étaient jaloux de leurs libertés naissantes autant que
I. 11 s'agit de troubles qui éclatèrent sur certains points du département a la suite de la fuite de Varennes. Le district de Belvès avait du, à cette occasion, organiser et diriger sur Périgueux une colonne volante, forte de 60 hommes, pour laquelle la garde nationale de Beaumont avait fourni un contingent de 15 hommes (Vov-
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de leur patriotisme territorial; la Révolution et la France ne faisaient qu'un dans leur esprit ».
§ 5. - Relations de la Société populaire avec la municipalité.
La Société populaire, de par sa nature, était en relations constantes avec la municipalité. Disons tout de suite que ces relations furent toujours, non seulement correctes, mais encore empreintes d'une grande cordialité. Pouvait-il en être autrement entre deux groupements politiques qui se recrutaient dans le même milieu et qui, ayant les mêmes aspirations, poursuivaient le même but? Les Amis de la Constitution ne prenaient d'ordinaire aucune décision sans en référer aux officiers municipaux et ceux-ci, généralement, montraient le plus grand empressement à leur être agréables, en accueillant favorablement toutes les pétitions, écrites ou verbales, qui leur étaient présentées. Un jour, un membre de la Société, à propos de je ne sais quelle affaire, proposa d'envoyer à la municipalité une pétition écrite. Le président l'arrêta en lui faisant remarquer que la pétition était tout à fait inutile et qu'« il suffirait de prévenir la municipalité pour qu'elle s'en occupât ».
Quand la Société populaire crut devoir violer le secret des correspondances, elle « délégua son président » auprès de la municipalité, pour lui demander de nommer elle-même deux commissaires qui auraient la mission d'ouvrir les lettres adressées aux particuliers.
Quand elle arrêta qu'il serait chanté un Te Deum pour célébrer la victoire sur les Vendéens, elle ajouta dans sa délibéralion : avec « le consentement, toutefois, de la municipalité ».
Quand, le 25 juin 1791, s'éleva un conflit entre la garde nationale de Beaumont et celle de Naussannes, la Société populaire, au lieu d'intervenir directement, demanda à la municipalité de Beaumont de régler elle-même le différend survenu entre les deux communes.
Dans les affaires de police, dans certains conllits entre