‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 206 sur 269 · RELATIONS AVEC LA MUNICIPALITÉ · texte numérisé non relu

RELATIONS AVEC LA MUNICIPALITÉ

est difficile à trouver, qu'une puissance surhumaine ne pourrait y parvenir *i qu'en changeant par un miracle leilr faculté naturelle ».

On ajoute qu'il faut s'en rapporter à la municipalité du soin de prendre les sanctions qui conviennent contre celles qui donneraient des preuves d'« un civisme trop scandaleux ».

Un autre membre demande alors la parole et il y va, lui aussi, de son petit discours : il se plaint qu'un membre de la Société, sans qualité aucune pour s'ingérer dans les affaires de la police, se soit opposé à ce qu'il appelle « une cérémonie dictée par le plus pur patriotisme » et qui, à son avis, était « des plus propres à ramener aux bons principes les gens les plus inconstitutionnels par le ridicule qu'il leur donnait ».

Prenant à son tour la parole, le membre ainsi pris à partie proteste de la pureté de ses intentions et il ajoute qu'il n'a agi ainsi que pour empêcher des désordres qu'on eût eu ensuite à regretter. La Société lui donne raison et la motion déposée contre l'arrêté municipal est rejetée.

C'est surtout dans la question des subsistances qu'une collaboration étroite réunit la Société populaire et la municipalité (voy. Subsistances). Pour le recensement et la réquisition des grains, pour leur répartition équitable entre les « communes et les individus, pour l'approvisionnement des marchés, pour la répression de la fraude dans les déclarations des récoltes, dans la lutte contre les accapareurs, etc., les Amis de la Constitution de Beaumont se trouvent toujours "aux côtés des officiers municipaux ou de leurs commissaires, les aidant de leur influence et de leurs conseils : la municipalité n'eut jamais de meilleurs auxiliaires.

Dans une circonstance seulement, les Amis de la Constitution faillirent « se brouiller » avec la municipalité : c'est lorsque quelques gardes nationaux, on n'a jamais su pourquoi, érigèrent une potence {voy. p. 397) sur la Place Publique, en face de la maison où la Société populaire tenait ses séances. Tandis que les Amis de la Constitution n'y voyaient qu'un vulgaire poteau destiné à supporter un réverbère, qui

devait éclairer les sociétaires se rendant le soir à leur séance, la municipalité y voyait au contraire (et elle n'avait peut-être pas tout à fait tort !) l'image en petit de la potence où l'on pendait les aristocrates, et elle prit la « sage précaution d'ordonner qu'il fût enlevé ». La Société populaire qui, en somme, ne se faisait pas d'illusion sur le bien-fondé de l'explication qu'elle avait donnée, fit des excuses et, dans sa séance du 20 septembre 1791, elle décida elle-même que le « poteau boutefeu serait arraché ».

Quelque déférence qu'eût la Société populaire pour la municipalité, elle tenait absolument à ce que les pétitions qu'elle lui envoyait fussent prises en considération; et, quand la municipalité se montrait à son égard tant soit peu revêcbe ou simplement négligente, elle n'hésitait pas à lui adresser une lettre pressante, impérieuse ou même parfois quelque peu menaçante. Le 27 brumaire an II, un membre de la Société, en séance publique, exposa que la municipalité « négligeait absolument l'exécution des lois, surtout de celles relatives aux subsistances, aux secours accordés aux parents des volontaires, à la levée des chevaux pour les armées de la République et au partage des biens des émigrés ». En conséquence, il fit la motion que la Société des Amis de la Constitution « invitât fraternellement les officiers municipaux à apporter à l'avenir plus de zèle dans leurs fonctions; que, si au mépris de leur invitation, elle persistait dans sa négligence, elle fût dénoncée aux représentants du peuple ». La motion fut adoptée à l'unanimité des membres présents et les citoyens Latour et Labarrière furent commis pour se transporter devers la municipalité et l'inviter à seconder, par plus d'exactitude, les vues fraternelles de la Société.

§ 6. - Relations des Amis de la Constitution

DE Beaumont

AVEC LES sociétés POPULAIRES DES ENVIRONS.

En parcourant les procès-verbaux des séances de la Société ])opulairc de Beaumont, nous apprenons qu'elle entra en relation

KtLATIONS AVEC LES SOCIÉTÉS VOISINES 787

avec plusieurs sociétés de la région, notamment avec celles de Bergerac, de Belvès, de Périgueux, de Couze, de Montpazier et de Bordeaux.

Dès le 17 mars 1791, six semaines à peine après sa fondation, la société des Amis de la Constitution de Beaumont songea à « s'affilier avec les différents clubs du royaume » et, trois jours plus tard, elle entra en correspondance avec les clubs de Bordeaux, de Bergerac et Belvès, en leur envoyant, avec une lettre, le « Tableau des vexations commises par le s'" Paty du Rayet «1 dressé par un de ses membres. Nous reproduisons cette lettre plus loin (p. 789).

Dans sa séance du 11 août 1791, la Société populaire de Beaumont reçoit une adresse des Amis de la Constitution de Couze, par laquelle ils témoignent le désir de s'unir et de fraterniser avec les Amis de la Constitution de Beaumont. Le président Delpit en donne lecture à la Société qui, en échange, leur offre « les forces et secours dont elle peut être capable », en leur donnant l'assurance qu'ils partagent leur opinion et que leurs sentiments sont les mêmes que ceux qui animent les clubistes de Couze.

Bien que Bergerac ne fût qu'à quelque 30 kilomètres de Beaumont, il n'y eut entre les Sociétés populaires de ces deux villes que des rapports rares et peu importants : envoi par la Société de Beaumont à celle de Bergerac du tableau des vexations de L. de Paty (31 mai et 8 juin 1791), notification de la députation des dames-citoyennes à la Société populaire de Beaumont (4 juillet 1791), demande à la Société de Bergerac par un membre de la Société de Beaumont d'étoffes propres à faire un drapeau (20 octobre 1793) et c'est tout.

La Société populaire de Beaumont entra en correspondance avec celle de Montpazier dans deux circonstances, le 26 juin 1791 et le 2 brumaire de l'an IL En juin 1791, les Amis de la Constitution de Beaumont délèguent à leurs frères de Montpazier deux

I. Léonard de Paty baron du Rayet, ancien seigneur de Lusiés et comte de Beaumont.

de Ses membres, chargés de leur apporter la nouvelle de l'arrestation du roi à Varennes. Deux ans plus tard, en frimaire de l'an II, la Société populaire de Montpazier envoie, à son tour à celle de Beaumont la copie d'une lettre, arrivée de la Vendée par un courrier extraordinaire, annonçant « la défaite complète des brigands, la prise qu'on leur a faite de 153 pièces de canon et l'entrée des troupes de la République dans Cholet et Mortagne, lieux oii ces infâmes fanatiques ont commencé leur brigandage ». C'est à la suite de cette lettre que les Amis de la Constitution de Beaumont firent chanter un Te Deum en action de grâces dans l'église paroissiale.

Les relations de la Société populaire de Beaumont avec celle de Belvès ne paraissent pas avoir été très suivies. Je n'en trouve aucune mention dans les procès-verbaux que j'ai eus sous la main. Par contre, les Amis de la Constitution de Beaumont recevaient de nombreuses lettres du Comité de salut public ou des administrateurs du district qui se servaient d'eux pour surveiller et faciliter l'exécution de leurs arrêtés. Le district, à la date du 3 nivôse an II, leur écrivait la lettre suivante, que je tiens à reproduire ici, parce qu'elle nous fixe nettement sur le caractère des correspondances que l'administration échangeait avec les Sociétés populaires {Arch. dép. Dordogne, Série L-350) :

Belvès, le 3 nivôse, 2^ année républicaine.

Bien persuadé, citoyens, que les Sociétés populaires sont les sentinelles de la Révolution, qu'à elles est confié le soin de faire exécuter les lois émanées du sein de la Convention et qu'elles sont les dépositaires du bonheur du peuple, qui leur est respectif, je m'empresse de vous transmettre

1° Le décret de la Convention nationale relatif à l'organisation de l'instruction publique. La seule idée du but de ce décret doit vous faire concevoir l'empressement avec lequel vous devez veiller à ce qu'il soit exécuté. Car point d'instruction, point de gens instruits, point d'hommes qui connaissent leurs droits et leurs devoirs; et, alors, l'erreur devient un champ ouvert à la malveillance, sème les préjugés à la place des vérités et agite le peuple pour l'égarer.

2° La réponse de la Convention nationale au manifeste des rois ligués contre la République, proposé par Robespierre au nom du Comité de salut public et décrété par la Convention;

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