‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 22 sur 269 · LES PLACES · texte numérisé non relu

LES PLACES

En l'an \ 1, la Place Vieille est désignée, dans un document officiel, sous le nom de Place de la Souveraineté nationale. Ce document, que j'ai là sous les yeux, est précisément le récit, fait par le secrétaire greffier, de la fête de la Souveraineté nationale qui fut célébrée à Beaumont le 30 \'entôse de l'an \'l, et j'ai tout lieu de croire ([ue ce nom fut donné à la IMace \^ieille

FiG. 6.

La Place du Castelot en i'/^<): vue depuis le elieiiiiii cjui nmiue a [Jelpeeh.

A sa clroile, se voit le grand chemin qui de^-cend vers le Lugassou. A sa gauolie, court col .lUlre grand chemin qui va au porl de Couzc: tout au lii>ul de cp dernier el dans le lointain, se voit l'église paroissiale de Beaumont,

pour la circonstance, car je ne le retrouve ni avant ni après la date précitée du 30 ventôse an VI.

b) La Place du Castelot.

La Place du Castelot (fig. 6) n'est autre que la partie supérieure du monticule de même nom. Elle était située au nord de la ville, à une distance de 280 à 300 mètres de l'ancien mur d'enceinte. C'était, comme aujourd'hui, une pelouse mal aplanie, à contours irréguliers, avec, au levant, au couchant et au nord, des pentes excessivement raides.

Deux chemins conduisaient à la Place du Castelot. Le premier, partant de la Rue Froment, passait sur son côté est, et puis se prolongeait vers Belpech, Lajeante et Lataillade : il n'est autre que le Grand chemin de Beaumont à Bergerac. Le second, à peu près parallèle au précédent, faisait suite à la Rue Deytier et allait en ligne droite au centre de la place, en traversant successivement : 1° le grand jardin qui appartenait autrefois au docteur Poussai (aujourd'hui jardin des religieuses); 2° le chemin transversal qui délimite ce jardin du côté du nord et que l'on appelait autrefois le Chemin du Colombier à la fontaine du Castelot ; 3° les terrains en culture qui se trouvent compris entre ce dernier chemin et la place du Castelot. De ces deux chemins, le premier subsiste encore. Le second a entièrement disparu, mais il est facile d'en retrouver les vestiges et je renvoie, à ce sujet, à mon Histoire de la Bastide de Beaumont (voy. t. II, p. 291).

Avant la Révolution, la Place du Castelot était indistinctement désignée sous les noms divers de Place du Castelot, Communal du Castelot, Communal de la Place du Castelot. Dans un acte de Darchier, que j'ai là sous les yeux et qui porte la date du 5 décembre 1776, il est question d'une terre vendue par Jean Jardel, marchand, à Pierre Grimard Bastier, cordier, laquelle était située sous le Castelot et confrontait « du levant et midi au Communal de la Place du Castelot ».

Dans un document de l'époque, se rapportant à la réparation du chemin de Beaumont à Bergerac, la Place du Castelot est désignée sous le nom de Champ de la Fédération. Cette appellation, que l'on retrouve dans d'autres villes ou bourgs de notre Périgord, est significative : elle nous apprend que c'est sur la place du Castelot que la population se donna rendezvous, le 14 juillet 17QO, pour célébrer la fête de la Fédération Nous y reviendrons plus loin.

J'ai lu quelque part (mais je ne saurais dire où) que, au début de la Révolution, les officiers municipaux de Beaumont, dans le seul but de faire disparaître tout ce qui rappelait le «régime maudit», brûlèrent, une après-midi, sur le Castelot

toutes les archives municipales antérieures à 1789. Je ne sais si le fait est exact, mais ce qui est bien certain c'est qu'il n'existe actuellement à la mairie aucun document administratif antérieur à la période révolutionnaire.

Il est très probable que les patriotes de Beaumont, au cours de la Révolution, plantèrent sur le Castelot un ou plusieurs arbres de la Liberté. Nous verrons plus loin que, sous le Directoire, le 30 ventôse an VI, jour où fiit célébrée à Beaumont la fête de la Souveraineté du peuple, le cortège, pour se rendre à la Place Publique, fit un long détour par le Castelot, appelé alors le Champ de la Fédération.

§ 2. - Les rues.

Les rues de Beaumont, quelle que soit leur importance, larges ou étroites, longues ou courtes, sont toujours des rues droites ou à peu près droites, systématiquement orientées ou dans le sens nord-sud, ou dans le sens est-ouest. C'est là une caractéristique de nos bastides : Montpazier, Villeréal, Montflanquin, Lalinde, Molières nous en offrent des exemples frappants. Ces bastides, on le sait, étaient construites en un temps relativement très court, comme d'un seul jet, sur un plan préconçu d'une régularité remarquable, de telle sorte que si l'on examine les bastides sur leurs plans cadastraux, on croit voir (Curie-Seimbres) de grands potagers, distribués en carreaux et desservis par des allées droites. Si, à Beaumont, les rues ne sont pas aussi parfaitement rectilignes que dans les bastides précitées, c'est que le terrain où la ville est assise, au lieu d'être régulièrement horizontal comme à Montpazier et à Lalinde, est formé par une colline légèrement contournée en S et que les architectes royaux chargés d'en dresser le plan avaient été obligés d'en tenir compte ^.

Les rues de notre vieille bastide beaumontaisc ont été admi-

I. Voyez, 3 ce sujet, mon Histoire de la Baatide de Beaumont, 1. T""", p. 6 et siiiv.

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rablement conservées. Toutes celles que foulaient aux pieds nos ancêtres du xiii*^ siècle existent encore : on n'en a ajouté aucune; on n'en a supprimé aucune, du moins en totalité, car nous verrons dans la suite qu'un certain nombre d'entre elles (mais ce nombre est tout à fait restreint) ont disparu par places à 1? suite d'empiétements des propriétaires voisins. Par contre, il n'en est pas une qui ait conser\'é son nom. Nous n'axons aujourd'hui, à Beaumont, (lue deux rues (|ui portent nue plaque indicatrice : la Kuc Romieu et la Rue F'oussal. Mais Romicu et Foussal, l'un préfet de la Dordogne, l'autre maire de Beaumont, \'ivaient l'un et l'autre sous I.ouis-Pliilippe et les désignations précitées sont de date touti^ rér<>nte. ( Omment s'appelaient ces deux rues en 178g? Quels noms donnait-on aux aiitres? Personne aujourd'hui n'en sait rien. La tradition est, sur ce point, entièrement muette et les registres municipaux ne nous en dirent pas davantage.

Un seul moyen nous reste pour résimdre le problème : c'est de recourir ;uix minutes r^otariales. Il ét;ut cl'usage.à la tin du dix-huitième siècle, comme aujourd'hui du reste, d'indiquer pour un immeuble vendu ses diverses confrontstions. Je pouvais donc espérer, en parcourant les actes relatifs aux ventes de maisons qui se sont faites dans Beaumont avant 1789 et de 1789 à la fin de la Révolution, je pouvais espérer, dis-je, trouver les renseignements t]ue je désirais. T'est dans cet espoir que je me suis mis à l'œuvre, et, après avoir compulsé plus de huit mille actes de Darchier, de Castaing, de Rouby, de Boisserie, de Ducros, de Vivien et autres, tous affreusement poussiéreux, tous plus ou moins endommagés à la suite d'un long séjour dans le fond d'un grenier (besogne ingrate, mais parfois bien capti- /ante!), j'ai pu arriver à retrouver le nom de toutes nos rues de Beaumont, sauf une, celle qui longe l'église, du côté du levant, et qui devait être la Rue de l'Eglise.

Je diviserai les rues et ruelles de Beaumont on deux groupes :

1° Les rues longitudinales, allant du nord au sud, parallèlement au grand diamètre de la ville;

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