LES ACQUÉREURS DES BIENS NATIONAUX
Dans le canton de Beaumont, nous n'avons à signaler, à propos de l'acquisition des biens nationaux, que deux incidents.
C'est d'abord l'affaire du presbytère de Rampieux. Le 9 prairial an V, a un attroupement considérable » se transporta dans le cy-devant presbytère de cette commune, en expulsa les acquéreurs, s'empara des clefs, faucha l'herbe d'un pré qui en dépendait et l'emporta. Le citoyen, ainsi expulsé d'une maison qu'il avait régulièrement acquise, porta plainte au juge de paix de Beaumont qui, à son tour, ût connaître le fait au commissaire du Directoire exécutif. Ce fait tombait sous les coups de la loi du 10 vendémiaire de l'an IV, aux termes de laquelle les communes étaient responsables des délits qui se commettaient à force ouverte dans leur arrondissement, lorsqu'elles n'avaient pas fait tout ce qui dépendait d'elles pour les empêcher, ce qui était le cas pour la commune de Rampieux.
Le commissaire Grenier dénonça le délit à l'administration municipale dans .sa séance du 26 prairial et, sur sa réquisition, l'assemblée prit la délibération suivante :
Considérant cjue l'attroupement c|\ii s'e.st formé dans la commune de Rampieux et le délit qui a été commis en s'emparant des clefs du cydevant presbytère et l'enlèvement (jui a été fait de l'herbe du pré qui en dépend est un attentat commis envers la société et les acquéreurs du cy-devant presbytère et fonds en dépendant et dont la lov leur garantit la propriété;
Faisant droit au réquisitoire du commissaire du Directoire exécutif;
Arrête que :
L'agent municipal demeure chargé de constater, dans les vingtquatre heures, l'attentat qui a été commis dans la commune de Rampieux, ainsi que la valeur des dommages qu'il en est résulté au préjudice des propriétaires du cy-devant presbjtère de ladite commune, d'en dresser procès-verbal et de faire connaître l'esprit public de la commune de Rampieux et si la tranquillité publique y est rétablie pour, le tout rapporté, être statué ce qu'il appartiendra.
Je ne sais comment se termina l'affaire. Il n'en est plus question, en effet, dans les registres des délibérations municipales. Il est très probable que force resta à la loi, que l'acquéreur du presbytère de Rampieux rentra en possession de son
9IO liEAUMONT SOUS LE DIRECTOIRE
bien et que les habitants de la commune, qui l'en avaient brutalement dépossédé, furent condamnés à l'indemniser.
Le second incident relatif aux acquisitions des biens nationaux se passa dans la commune de Saint Avit. Il est de peu d'importance et je me contenterai de le signaler. Le citoyen Lanauve avait acquis les domaines de Peyssou et de Pradinasse qui, appartenant autrefois à Coustin BourzoUes, avaient été déclarés biens nationaux, le dit BourzoUes ayant été inscrit sur la liste des émigrés,
Or le citoyen Lanauve apprit un jour « qu'on avait enlevé la presque totalité des fruits utiles (foin) aux travaux des deux domaines de Peyssou et de Pradinasse et que les citoyens BourzoUes, auteurs de l'enlèvement de ce foin, en avaient vendu environ deux cents quintaux ».
Lanauve, dans une lettre en date du 27 messidor, s'en plaignit amèrement à l'administration municipale du canton, qui chargea l'agent municipal de Saint Avit, Jean Delpit, de faire un rapport sur l'affaire. Celui-ci, après enquête, ne put que constater la réalité du fait, qui n'était pas niable. Mais il apprit en même temps que, en vertu d'un arrêté de l'administration centrale du 14 prairial dernier, les citoyens Coustin BourzoUes « étaient chargés de la jouissance provisoire des domaines de Peyssou et de Pradinasse et pouvaient percevoir les fruits et revenus à la charge d'en rendre compte ». Voilà donc un acquéreur de biens nationaux, qui est propriétaire légal de deux domaines et qui, légalement aussi, est troublé dans la libre jouissance de ces domaines, par les anciens propriétaires. C'était, désormais, une affaire justiciable des tribunaux.
§ 2. - L ADMINISTRATION MUNICIPALE ACCORDE TOUTE SA CONFIANCE A SES DÉPUTÉS DE GERMINAL.
Le Journal des Amis de la patrie, dans son numéro 471, dénonçait une conspiration royaliste. En réponse au journal, les députés de la Dordogne élus en germinal dernier, Delpit, Maine Biran et Carrier Saint Marc, rédigèrent une adresse à