POMPE FUNEBRE EN L HONNEUR DU GENERAL HOCHE
l'après-midi, dans la soirée et jusqu'à une heure très avancée de la nuit, de déférer consciencieusement au désir de leur administration municipale.
§ 2. - Pompe funèbre, a Beaumont, en l'honneur
DU GÉNÉRAL HoCHE.
Louis Lazare Hoche, général français, mourut le 2^ jour complémentaire de l'an V (le 18 septembre 1797) au camp de Wetzlar, où il commandait les deux armées de Sambre-et- Meuse et du Rhin, réunies alors sous le nom d'armées d'Allemagne. Il n'avait que vingt-neuf ans. Paris, on le sait, lui fit de magnifiques funérailles : elles eurent lieu au Champ-de-Mars au milieu d'une affluence considérable et avec tous les honneurs dus à un général qui, malgré son jeune âge, avait rendu à la patrie les services les plus signalés. Le général Hoche est une des plus belles figures de la Révolution.
Le Directoire, pour reconnaître son dévouement, ordonna, par une loi du 6 vendémiaire an VI , qu'une « pompe funèbre » serait célébrée en son honneur, au cours du présent mois dans tous les cantons de. la République. Voici cette loi, elle est très courte :
Art. i*^"".
Décadi prochain, il sera célébré dans la commune où siège le corps législatif une pompe funèbre à l'occasion de la mort du général Hoche.
Art. 2.
Le Directoire exécutif est chargé de tous les détails de cette cérémonie.
Art. 3.
Le 30 vendémiaire, la même fête sera célébrée dans tous les camps et dans chaque commune principale de chacun des cantons de la République.
Art. 4.
La présente résolution sera imprimée.
JouRDAN (de la Hte-Vienne), président.
Piton du Galand. Sieyès. Grelier.
J.-P. Chazal, secrétaire.
L'administration municipale du canton de Beaumont, au reçu de cette loi, se réunit dans le local ordinaire de ses séances et, le commissaire du Directoire exécutif entendu, prit l'arrêté suivant :
Art. 1er.
Décadi prochain, il sera célébré dans la commune chef-lieu du canton, une pompe funèbre à l'occasion de la mort du général Hoche.
Art. II.
Cette fête sera annoncée la veille et le matin du trente du présent mois par le son de la cloche et du tambour.
Art. III.
L'administration municipale en corps et le juge de paix et ses assesseurs assisteront à cette cérémonie et, pour cet effet, les agents municipaux sont chargés de les prévenir dans leurs communes respectives.
Art. IV.
L'état-major, les oiïiciers et la garde nationale seront invités d'y assister.
Art. V.
L'administration municipale et les autres autorités constituées partiront à dix heures du matin des séances de radminis|;ration pour se rendre sur la place Publique, précédée et suivie par un détachement de la garde nationale.
Art. VI.
Le président prononcera un discours ou oraison funèbre en l'honneur du général Hoche.
Art. VII.
Le cortège se retirera à l'administration dans le même ordre.
Art. VIII.
La fête sera chômée pendant toute la journée par les Iiabitants de la commune chef-lieu, dans l'enceinte de ses murs.
Art. IX.
Le présent arrêté sera affiché sur la place publique, vingt-quatre heures avant.
Art. X.
L'agent de la commune chef-lieu et son adjoint sont chargés de l'exécution du présent arrêté.
POMPE FL;NÈBKE en l'HOXNEV R ou r.ÉxÉRAL HOCHE 947
Fait à Beaumoat, en séance publique, par l'administration municipale, le 26 vendémiaire, l'an VI de la République une et indivisible.
Louis Ters, prt. Moliérac.
BouscAiLLou. Vyé. Fontanelle.
Durant. Delpit.
Grenier, comm^^ du Dir"^ exécutif.
En exécution de cet arrêté, le programme de la fête fut affiché le 29 vendémiaire sur la Place Publique et, le soir du même jour, les sonneries des cloches et le roulement des tambours annoncèrent au peuple la fête du lendemain.
Le lendemain, à l'aube, nouvelles sonneries des cloches et, à travers les rues, nouveaux roulements de tambours.
A 10 heures, les membres de l'administration municipale se rendent individuellement au lieu de leurs séances, où ils sont bientôt rejoints par le juge de paix et ses assesseurs.
Quelques instants plus tard, le commandant de la garde nationale, avec un détachement de la colonne mobile, se rend à son tour à l'administration municipale pour prévenir les membres de l'assemblée que tout était prêt pour la cérémonie. Sur ce, les membres de l'administration municipale, le juge de paix, quatre assesseurs, sous la conduite du président Louis Ters, précédés et suivis par deux pe,lotons de gardes nationaux, se rendent en corps sur la Place Publique, ayant chacun à la main une branche de laurier. Ils s'arrêtent devant l'arbre de la liberté où une estrade, très gentiment décorée de verdure et de fleurs, avait été dressée : l'administration municipale y prend place avec le juge de paix et ses assesseurs. Les gardes nationaux se rangent en cercle autour de l'estrade. Une foule immense, accourue de toutes parts, remplit la place.
Le président fait alors lecture du procès-verbal de la cérémonie funèbre qui a eu lieu à Paris, au Champ-de-Mars, le 10 du présent mois, cérémonie qui, organisée avec le plus grand soin, avait été des plus imposantes. Puis, à haute et intelligible voix, il lit le discours qui avait été prononcé à cette occasion par le président du Directoire exécutif et que je crois devoir reproduire ici. Nos pères, il y a cent vingt-cinq ans, l'applau-
dirent avec enthousiasme sur la Place Publicjue. J'aime à croire que leurs fils, aujourd'hui, ne la liront pas sans quelque intérêt :
Citoyens,
Dès l'aube du jour, le bruyant airain avait signalé la fête de la République; l'aurore, ayant embelli l'orient de ses plus riches couleurs, le soleil s'était élancé dans la carrière. Il semblait se complaire à verser son éclat radieux sur la scène, aussi touchante qu'animée, qui se préparait. Le peuple, ses magistrats et ses défenseurs s'étaient réunis pour célébrer cette belle journée par des actions de grâce, par des jeux, et par des concerts. L'amour de la liberté transportait tous les cœurs; la plus douce satisfaction régnait sur tous les visages. La paix, la concorde, un délicieux abandon réunissaient cette foule innombrable dans une seule et même famille. Partout était l'image du bonheur, et l'âme ravie se croyait déjà transportée dans l'Éh'sée
Hélas ! il est donc vrai, ce n'est qu'au sein de l'Eternel, dans le séjour de l'immortalité, que l'homme peut compter sur des plaisirs sans fin et sans mélange !
Quelle vapeur obscurcit déjà l'horizon? d'où partent ces tristes murmures, qui se mêlent sourdement aux acclamations multipliées de la joie et de la gratitude? A ce jour de fête va succéder un jour de deuil, et les chants de l'allégresse seront étouffés par les accents de la douleur. L'un des plus fermes appuis de la République, le vainqueur dt- Wissembourg, de Quiberon et du Rhin, l'immortel pacificateur de la Vendée, Hoche n'est plus!... il n'est plus!...
Les citoyens consternés se demandent : comment est-il tombé au milieu de son armée triomphante et dans la fleur de son âge, celui que tant de hauts faits et une profonde sagesse avaient rendu si fameux à l'époque où le commun des hommes n'est pas encore parvenu à la maturité? Comment est-il tombé?
Des travaux sans nombre, une activité sans bornes, une sollicitude toujours inquiète pour la gloire et la prospérité de la République, ont dévoré ses forces; les maux dont la patrie était menacée par la trahison déjouée le 18 fructidor portent le dernier coup à son âme ardente et sensible!... Il succombe!... il n'est plus!...
Il n'est plus !... Ce cri lugubre a volé d'une extrémité de la France à l'autre... et, à chaque instant, il retentit sur mon cœur! Oui, plus que moi, doit en effet déplorer sa perte ! Il fut le sauveur des miens.
O toi ! qui fermas l'horrible plaie dont fut affligé si longtemps le pays qui m'a vu naître et celui qui m'honora de son suffrage; génie tutélaire, envoyé par le ciel dans nos contrées pour y éteindre le feu de la discorde et y tarir la source de nos larmes, reçois par mon organe l'hommage de mes compatriotes désolés !... Ils connaissent leur infortune, et de toutes parts, dans les champs mélancoliques de la \'endée, et sur
POMPE FUNÈBRE EX i, HONNEI.'K OU GEXF.RAL ÎTOCHE 949
les riantes collines de Maine-et-Loire, ton nom se prononce au milieu des sanglots, et l'écho le répète en gémissant.
Mais c'est à la France entière que Hoche appartient; tous ensemble fesons éclater nos regrets; Bardes républicains, entonnez les chants de la mort du héros; racontez ses exploits et ses bienfaits. Et vous tous, enfants de la liberté, amans de la gloire, amis de l'humanité, soyez attentifs et frémissez.
L'un des plus fermes appuis de la République, le vainqueur de Wissembourg, de Ouiberon et du Rhin, l'immortel pacificateur de la Vendée, Hoche n'est plus.
Il n'est plus; ... mais sa dépouille mortelle seule a péri. L'histoire et la tradition transmettront sa mémoire aux siècles futurs, et le récit de ses actions, souvent répété, charmera d'âge en âge les loisirs des philosophes et des guerriers amis de la liberté!
Et toi, souverain des êtres, auguste protecteur de notre indépendance, tu feras descendre quelquefois parmi nous cette grande âme que tu composas des qualités les plus brillantes du héros et des vertus les plus précieuses du bienfaiteur de l'humanité. Si des dissentions civiles devaient malheureusement nous diviser encore, ou d'injustes voisins nous forcer à la guerre, à ta voix secourable, Hoche s'éloignera de ta présence, quittera les doux entretiens des législateurs qui fondèrent les Républiques, des hommes vertueux qui les rendirent heureuses, et des héros qui les illustrèrent. Il planera au-dessus d'une patrie qui lui sera toujours chère, même au delà du terme de la vie; son souffle pacificateur éteindra toutes nos haines, et la plus parfaite harmonie régnera où la discorde devait exercer ses fureurs. Son feu guerrier se glissera dans les veines de nos soldats; son génie militaire inspirera les chefs et nous devrons encore des victoires au héros descendu dans la tombe !
Ce n'est donc pas à de stériles regrets que nous devons lâchement nous livrer. Lorsque le premier tribut a été payé à la nature, et que les derniers devoirs ont été rendus à la cendre des grands hommes, c'est en les imitant qu'on les honore.
Accomplissons les rites funéraires commandés par le devoir et par une trop juste douleur, mais avant notre séparation, bardes républicains, entonnez l'Hymne à la liberté et le Chant du départ. Que les cris mille fois répétés de Vive la République les accompagnent et retentissent avec eux depuis les Pyrénées jusqu'au Rhin, et depuis le Rhin jusqu'aux rives de l'Adriatique.
Au bruit de ces acclamations, soldats, saisissez vos armes : effacez vos étonnants exploits par des exploits plus étonnants encore et forcez à la paix un orgueilleux ennemi. Législateurs, gouvernans, magistrats, redoublez d'activité, de sagesse, d'énergie et de désintéressement pour accomplir dignement vos devoirs; citoyens de toutes les conditions, que la République soit votre idole; que la Constitution de l'an 3 soit pour vous l'arche sainte et le point de ralliement; soyez grands, justes et bons; appelez tous les peuples à la liberté par l'éclat de vos vertus et l'image de votre bonheur, et c'est alors, seulement alors, qu'elle sera dignement
honorée la mémoire du héros que nous pleurons aujourd'hui et que nous chérirons à jamais.
Ce discours fut écouté avec la plus grande attention et, ajoute le procès-verbal, « avec le recueillement qu'inspire la perte d'un homme cher à la République ».
Un roulement de tambours se fait entendre, auquel se mêlent les acclamations de la foule et les cris mille fois répétés de Vive la Republique.
Le silence rétabli, le président Louis Ters se lève de nouveau, se découvre et donne lecture du panégyrique du général Hoche parle citoyen Daunou, membre de l'Institut national. Bien que ce panégyrique ait été spécialement écrit pour la fête de Paris, il n'en fut pas moins lu publiquement à la fête de Beaumont, et à ce titre, il doit trouver place dans notre récit, sinon en entier, du moins dans ses principaux passages :
Eloge funèbre du général Hoche par Daunou, lu à la fête de Beaumont par le citoyen Louis Ters, président de l'adm'^" municipale.
Nous étions rassemblés, il y a peu de jours, dans ce champ de la Patrie et de la gloire, pour y célébrer la fondation de la République. Tout fier d'un récent triomphe sur une faction perfide, un peuple innombrable couvrait cette vaste enceinte. Les arts offraient à la liberté leurs tributs sDlennels et des jeux publics représentaient la puissance de l'émulation nationale. Des trophées militaires et, bien plus que ces images, la présence auguste de nos guerriers mutilés dans les combats, le spectacle de leurs glorieuses blessures, vous retraçant le souvenir de tant d'exploits et de conquêtes, remplissaient nos cœurs de joie, d'orgueil et d'espérance. Vous répétiez, en contemplant ces braves soldats, les noms des généraux républicains qui tant de fois les ont conduits à la victoire; et, au milieu de ces noms immortels, souvent on entendait celui du triomphateur de Quiberon, du pacificateur de la Vendée. Ses ennemis vous avaient entretenus de sa jeunesse, vous en parliez à votre tour; et vos vains présages, l'appelant à une carrière nouvelle de travaux, de périls et de gloire, le suivaient des rives de la Lahn jusqu'en ces mers qui, seules aujourd'hui, peuvent défendre contre vous le gouvernement britannique. Voeux insensés ! Hoche n'était plus, sa cendre s'avançait vers le fort de Pétersberg, pour y rejoindre la cendre de Marceau; et la nouvelle de son trépas vous attendait dans vos foyers au retour de votre fête et de vos jeux.
Je sais bien qu'un jour, dans les plus éclatantes solennités de la République, le nom du général Hoche sera mêlé à des chants d'allégresse et de