‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 247 sur 269 · POMPE FUNIÎBKE EN L HONNEUR DU GENERAL HOCHE 95I · texte numérisé non relu

POMPE FUNIÎBKE EN L HONNEUR DU GENERAL HOCHE 95I

triomphes. Je sais qu'un jour on ira chercher sa cendre pour la transporter en pompe dans le temple où la Patrie doit rassembler les objets de sa reconnaissance et les monuments de son orgueil. Mais nous, ses amis et ses frères, nous, les témoins de ses vertus publiques et privées; nous, les dépositaires des généreuses affections de son âme grande et sensible; nous, accoutumés à le compter au nombre des plus fermes soutiens de cette liberté, sans doute impérissable, mais réservée encore à tant d'épreuves et de combats; quel autre hommage que celui de la douleur

pourrions-nous lui offrir aujourd'hui Nous parlerons de ses exploits,

car quelle autre pensée pourrait occuper nos esprits? Mais nous les raconterons avec le seul accent de la tristesse, comme au sein d'une famille en deuil qui vient de perdre l'un de ses membres les plus chéris, on s'entretient de lui, de ses actions et de ses bienfaits, pour alimenter la douleur dont on ne veut pas être consolé.

L'orateur rappelle alors la naissance de Hoche, en 1768, dans une famille où il puisa de bonne heure cette élévation de sentiments et ces vertus fières et indomptables qui l'accompagnèrent toute sa vie; puis, son entrée au régiment des Gardes françaises où, tout en prenant de fortes habitudes de régularité et de bravoure, il étudiait la science de la guerre; enfin, ses débuts aux armées de la République :

Au commencement de la guerre de la liberté, surtout après la chute du trône, lorsqu'au bruit de l'invasion de plusieurs de nos départements, nos camps désertés par la plupart des amis de la royauté se remplissaient d'une innombrable multitude de vrais enfants de la Patrie, la malveillance se plaisait à demander à la République où donc étaient les chefs qu'elle destinait à ces légions si subitement formées, et par quels noms imposants elle allait remplacer les noms auxquels seuls la gloire militaire semblait pouvoir s'attacher. Hélas ! citoyens, il a été plus facile au génie delà Républiciue de susciter au sein de vos armées des généraux dignes d'elles que de les conserver assez longtemps à votre reconnaissance et à vos besoins. Cette liste de héros, soudains et illustres ouvrages de la seule liberté, vous ne pouvez plus la lire ou l'entendre, sans l'interrompre trop souvent par vos regrets et par vos soupirs; et déjà, de plusieurs d'entre eux, il ne vous en reste, en effet, que des noms immortels. Il ne cessera point, cet actif instinct de la liberté, de manifester sa puissance : les cœurs qu'il pénètre, il les agrandit, il les entrame au parfait développement de leurs facultés; il crée, il féconde, au sein des Républiques, dans la paix comme dans la guerre, tous les talents, toutes les vertus, toutes, les gloires. A votre insu, il a d'augustes nourrissons, vos familles et, parmi vos enfants, il cultive en secret de grands hommes. Ah ! quand ils auront commencé de .servir et d'illustrer leur Patrie.

puissent leurs pères ne pas leur survivre, et leurs amis ne pas verser sur leurs tombeaux des larmes prématurées.

Le président de l'administration rappelle alors, toujours en faisant la lecture du panégyrique de Daunou, la brillante campagne de Hoche sur le Rhin avec l'armée de la Moselle, son incarcération à Paris par le gouvernement de Robespierre et sa mise en liberté, après la journée du 9 thermidor qui mit fin à la Terreur.

Jurons, dit-il, sur la tombe d'une illustre victime de ces tyrans, car ils avaient ordonné sa mort, jurons, comme lui, haine éternelle à la terreur, dont le règne, déjà épouvantable en lui-même, et si plein de crimes, a laissé encore après soi la semence de tant d'autres crimes, de tant de discordes et de réactions.

Vient alors l'affaire de Ouiberon et la pacification de la Vendée. Ici, je cite textuellement les paroles de l'orateur :

La terreur n'était plus, mais la discorde agitait la France, et d'autres proscriptions dévastaient surtout les départements du midi, tandis que la guerre de Vendée, à peine assoupie un instant par une pacification mensongère, recommençait, propageait ses ravages et menaçait toutes les contrées de l'ouest. Le gouvernement anglais croit ce moment favorable pour tenter un nouveau crime. Il arme et vomit sur nos côtes des cohortes d'émigrés, résolu de les seconder si quelque succès couronne leurs premiers efforts, de les trahir si elles succombent. Hoche est à la tête de l'armée destinée à les repousser, et bientôt, battues à Carnac, forcées d'évacuer Auray et leurs autres postes, elles sont bloquées à Quiberon.

Journée de gloire et de triomphe ! Comment te célébrer en ce jour de deuil? Non, c'est aux vainqueurs de Fleurus et d'Arcole qu'il appartiendra de nous révéler, en de moins lugubres moments, tout ce que tu vis éclater d'héroïsme et de prodiges. Ils nous diront comment, à travers l'orage, les vents et les ténèbres. Hoche, rassemblant ses républicains épars dans les sables et dans les flots, parvient à reconnaître, à distinguer les chefs et les corps; comment il rectifie les erreurs et supplée, par des ordres nouveaux, à ceux qu'il n'est plus possible d'accomplir; comment, au sein de ce vaste désordre des hommes et de la nature, il retrouve et réordonne une armée. Ils nous diront comment nos soldats, sans artillerie, sans autres armes que leurs bayonnettes et leur intrépidité, foudroyés à la fois par les batteries des forts et par les frégates anglaises, s'avancent à travers les flots mugissants, s'élançant de rochers en rochers, s'emparent des forteresses, en arrachent les étendards de la rébellion et y arborent celui de la Républicjue. Suprême auteur de tout ce qui est force, vertu et puissance; voilà donc ce que la liberté, ton bienfait et

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