‹ La Petite ville de Beaumont en Périgord pendant la période révolutionnaireChapitre 248 sur 269 · POMPE FUNEBRE E\ L HONNEUR DU GENERAT. HOCHE · texte numérisé non relu

POMPE FUNEBRE E\ L HONNEUR DU GENERAT. HOCHE

ton ouvrage, peut inspirer à des Français de hardiesse et de prévoyance, de courage et de magnanimité. Tels sont les héros que tu donnes à la République et que ta main ravit avant le temps à la tendre vénération des Peuples.

Voici maintenant la pacification de la Vendée :

Qu'un Français à la fleur de l'âge ait cueilli les palmes de Quiberon, il vous est aisé de le concevoir; mais qu'il ait pacifié la Vendée, nous aurions peine à le comprendre si de grands exemples ne nous avaient appris combien rapidement la liberté sait avancer, pour les héros qu'elle enflamme, l'âge de l'expérience et de la maturité. Laissons le récit des combats, ne rappelons point des triomphes obtenus sur des Français par leurs frères : assez de gloire dans cette expédition resterait au général Hoche, quand on ne lui tiendrait compte que des actes de fermeté, d'humanité et de sagesse dont il a rempli cette intéressante époque de sa vie publique. Son nom, d'ailleurs admiré, ne sera que béni dans ces contrées jusqu'à lui si malheureuses. On y chérira sa mémoire comme celle d'un père, de qui l'on a reçu des instructions, des pardons et des bienfaits. Dans ces champs désolés où, durant cinq ans, les crimes succédaient aux crimes, et les désastres aux désastres, il a fait renaître les moissons, l'industrie et l'espérance.

Là, au sein de leurs nouvelles habitations, les citoyens disent à leurs enfants ses proclamations paternelles; c'est lui, leur disent-ils, qui a puni les traîtres qui nous égaraient; il a dévoilé leurs complots, saisi et rompu pour jamais le fd de leurs manœuvres meurtrières, mais il n'a vaincu que l'obstination, il pardonnait à l'erreur, il accueillait le repentir. Que notre reconnaissance soit éternelle ! C'est lui qui nous a donné la Repu" blique.

L'Ouest pacifié, Hoche rentra à Paris, où il <( sut trouver et saisir l'occasion de déplaire aux ennemis de la République ». C'était le temps où la calomnie poursuivait Bonaparte qui se couvrait de gloire en Italie. Hoche s'empressa de le défendre et de rendre à son rival d un hommage digne de tous les deux ». (( Ah, brave jeune homme ! écrivait-il dans une lettre célèbre, quel est le militaire républicain qui ne brûle du désir de t'imiter? Courage, Bonaparte, conduis à Naples, à Vienne, nos armées victorieuses; réponds à tes ennemis personnels en humiliant les rois, en donnant à nos armes un lustre nouveau; et laisse-nous le soin de ta gloire. » Hoche ne fit qu'un court séjour à Paris, vaste théâtre de factions, d'intrigues et de lâchetés qui l'écœuraient. Il repartit pour la frontière de l'Est où, à la tête de

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l'armce de Sambre-et-Meuse, il franchit le Rhin et poursuivit, en Allemagne, le cours de ses exploits. L'orateur termine ainsi :

Tel fut le terme des exploits guerriers du général Hoche; depuis lors, il n'eut à résister qu'à la malveillance des ennemis intérieurs de la République. Dans ses derniers écrits, dans ses lettres où son cœur s'épanchait au sein de l'amitié, on voit combien, durant son expédition de l'ouest et au milieu de ses conférences avec plusieurs chefs de l'armée vendéenne, il avait recueilli de connaissances précieuses et profondes sur la faction royale, sur son étendue, sur ses manœuvres, sur ses principaux instruments. Il savait trop bien distinguer les traîtres pour qu'il leur fût permis de lui pardonner. Aussi, dés qu'ils se virent revêtus d'une partie des premiers pouvoirs constitués, ils l'eurent bientôt désigné parmi les victimes qu'ils se disposaient à frapper. Déjà, les plus absurdes accusations avaient été proclamées contre lui avec une menaçante

solennité Mais pourquoi ce récit des fureurs d'une faction couverte

aujourd'hui d'un vaste opprobre? Certes, en ce jour de deuil et de larmes, nous avons bien assez de nos regrets douloureux, sans nous replonger encore dans les déchirants souvenirs de tant de crimes et de trahisons !

Entre les plus courageuses et les plus illustres victimes et de l'anarchie et de la réaction, il en est que la mort a récemment frappées au moment même des plus audacieux efforts du royalisme, au milieu de ses progrès et presque de ses triomphes. Hoche, tu fus moins infortuné, tu n'expiras au moins qu'après avoir rendu grâce au génie de la liberté et célébré sa victoire. Un vif espoir, un sûr présage du salut de la République vint consoler, embellir tes derniers instants. Oui, nous la conserverons la République, pour qu'elle soit le temple de ta mémoire, l'asile de ton vertueux père et la gloire de tous les guerriers qui l'ont défendue avec toi. Nous repousserons la terreur qui t'opprima comme le royalisme qui te proscrivit, et nous maintiendrons cette Constitution de l'an III, qui fut le constant objet de ton dévouement, de tes vœux, de tes espérances. Nous saurons, à ton exemple, résister aux factions, braver les périls, et ne connaître sur la terre d'autres puissances irrésistibles que celles devant qui seulement s'est abaissée ton âme républicaine ; la loi, la vertu, la nécessité et la mort.

Ce magnifique éloge, prononcé d'une voix forte, écouté dans un religieux silence, fit éprouver à tous les assistants, dit le procès-verbal, «ces sentiments divers que doivent inspirer le courage et les vertus qui y étaient peintes avec tant d'éloquence ». Le discours fini, les tambours de la garde nationale, voilés de crêpe, firent de nouveau entendre leurs notes lugubres,

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pendant que les assistants, profondément émus, ne cessaient de crier : Vive le général Hoche! Vive la République !

Aux roulements des tambours et aux vivats enthousiastes de la foule, se mêlèrent, comme dans toutes les fêtes, des chants patriotiques. Et, peut-être, vit-on, comme à Paris, un chœur de jeunes cito\'ennes, portant des écharpes de crêpe, s'avancer vers l'estrade municipale et chanter la strophe suivante de •'hymne écrit par Chénier et mis en musique par Chenibini :

Du haut de la voûte éternelle, Jeune héros, reçois nos pleurs; Que notre douleur solennelle T'offre des hymnes et des fleurs !

Ah ! sur ton urne sépulcrale Gravons ta gloire et nos regrets; Et que la palme triomphale S'élève au sein de tes cyprès.

à laquelle répondirent de jeunes citoyens, célébrant à leur tour les hauts faits du général :

Sur les rochers de l'Armorique, Il terrassa la trahison ; Il vainquit l'hydre fanatique Semant la flamme et le poison.

La guerre civile étouffée Cède à son bras libérateur; Et c'est là le plus beau trophée D'un héros pacificateur.

Oui, tu seras notre modèle;

Tu n'as point terni les lauriers.

Ta voix libre, ta voix fidèle

Est toujours présente aux guerriers.

Aux champs d'honneur on vit ta gloire;

Ton ombre, au milieu de nos rangs,

Saura captiver la victoire

Et punir encor les tyrans.

La cérémonie officielle était terminée.

L'administration municipale, le juge de paix avec son greffier et ses assesseurs, un groupe de volontaires blessés « en défendant la cause de la liberté », précédés et suivis par un détache-

ment de la garde nationale, regagnèrent, tristes et silencieux, le local de l'administration, tandis que la foule enthousiaste jetait à tous les échos d'alentour les cris mille fois répétés de Vive le général Hoche ! Vive la République !

Le 10 vendémiaire, le gouvernement et la ville de Paris, au Champ-de-Mars, avaient, dans un spectacle grandiose, magnifiquement célébré le général Hoche. Vingt jours plus tard, les habitants de Beaumont, dans le cadre plus modeste de la Place Publique d'une toute petite ville, venaient à leur tour de glorifier le jeune héros de la République, avec moins de pompe, mais avec la même âme et le même cœur.

§ 3. - Un commencement de réaction jacobine :

LA MISE en liberté DE PlERRE LoiSEAU.

Voilà longtemps, bien longtemps, que nous avons perdu de vue le citoyen Pierre Benoît Loiseau, ancien maire, ancien juge de paix, qui fut, sous la Convention, l'un des chefs incontestés du parti démocratique. Les élections de germinal ont eu lieu sans qu'il ait été question de lui, soit comme candidat, soit comme électeur. Dans la journée du 26 thermidor, quand des royalistes étrangers, avec le concours de l'administration municipale, ont abattu sur la Place Publique le vieil arbre de la liberté coiffé du bonnet rouge (p. 927), nous ne l'avons pas vu protester contre cette manifestation contre-révolutionnaire. Aux élections du 3<^ jour complémentaire, quand on a remplacé les élus de germinal déchus de leurs fonctions par la loi du 19 fructidor, il n'est pas plus question de Loiseau qu'aux élections précédentes. Le lecteur se demande naturellement si, pour disparaître ainsi de la scène politique, le farouche jacobin est mort ou bien a tout simplement quitté le pays. Cette dernière supposition est la vraie : Loiseau n'est plus à Beaumont ; ses ennemis politiques, pour se débarrasser d'un adversaire gênant, n'ont rien trouvé de mieux que de l'exiler dans la prison de Bergerac.

LA MISE EN LIBERTÉ D.i LOJSEAU 957

On se souvient que, le i^^ ventôse de l'an V, dans l'aprèsmidi, l'auberge Loiseau, où se trouvaient à ce moment -là quelques républicains démocrates, fut envahie soudain par des royalistes et qu'éclata alors, entre les deux partis, une rixe violente, que l'administration municipale eut grand'peine à calmer (p. 885). On se souvient aussi que, à la suite d'une plainte déposée par l'administration municipale au tribunal de Bergerac, les deux juges de paix de Cadouin et de Lalinde furent commis pour enquêter sur cette affaire. Je ne sais pas- au juste (mais on peut le deviner) dans quel esprit fut faite une

Le citoyen Loiseau, ancien maire.

pareille enquête. Mais ce que je connais bien, ce sont ses résultats et les sanctions qui s'ensuivirent : tandis que les provocateurs furent laissés tranquilles, le citoyen Loiseau, dont la maison avait été envahie, dont les amis avaient été insultés et frappés, fut, avec ces derniers, condamné à la détention dans la prison de Bergerac où il était encore au commencement de l'an VI. Benoît Loiseau avait toujours été comme un épouvantail pour les républicains modérés et les royalistes, qui lui firent payer chèrement son attachement à une république démocratique. Fonctionnaire ou simple citoyen, il eut continuellement à lutter contre l'opposition haineuse des républicains modérés. Nous l'avons vu (p. 598), à la réaction thermidorienne, devenir une vraie victime de la Terreur blanche. Sous le Directoire, en prairial an IV, ses ennemis de Beaumont, à propos de l'emprunt forcé, l'accusèrent ouvertement d'avoir fait imposer Beaumont

aa delà de ses facultés et il fallut, pour le justifier aux yeux de ses concitoyens, l'intervention directe de l'administration départementale, dans laquelle se trouvait pourtant, à cette époque, l'un de ses adversaires politiques, le citoyen Delpit, de Saint Avit Sénieur. Voici la lettre que les administrateurs du département adressèrent à cette occasion, à leurs collègues de l'administration municipale de Beaumont :

Périgueux, le 17 prairial an IV.

Liberté Égalité.

L'administration du département de la Dordogne aux citoyens composant l'adm"'^ inun'^ du canton de Beaumont.

Le citoyen Loiseau, du chef-lieu de votre canton, se plaint, citoyens, d'avoir été menacé sur la Place Publique et dans quelques maisons particulières comme prévenu d'avoir sollicité l'administration centrale à imposer de fortes sommes sur le canton de Beaumont.

Nous croyons, citoyens, ne pouvoir nous dispenser de justifier le citoyen Loiseau de l'inculpation qu'on lui fait.

Les hommes réfléchis ne croiront pas que ce citoyen nous ait influencé dans la répartition de l'emprunt forcé. Cependant, comme les préventions entrent facdement dans les esprits déjà aigris par des sacrifices pécuniaires, nous vous invitons à éteindre les animosités que ce faux bruit aurait pu produire et à prévenir les suites qu'elles pourraient avoir en déclarant, en notre nom, que le citoyen Loiseau n'a eu aucune part à la répartition de l'emprunt forcé, qui est entièrement notre ouvrage.

Salut et fraternité.

BoYER. Audibert. Delpit.

A la suite de cette lettre, qui fut naturellement connue des habitants de Beaumont, Benoît Loiseau vit cesser l'accusation et les menaces dont il avait été l'objet. Mais les républicains modérés, qui étaient alors tout-puissants, n'en continuèrent pas moins à le poursuivre de leur haine, à le surveiller, à lui faire toutes sortes de misères jusqu'au jour où ils purent le faire enfermer, dans la prison de Beaumont d'abord, puis dans celle de Bergerac. Là, à sept lieues de Beaumont et sous la surveillance d'un geôlier, ils n'avaient plus à le craindre.

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